Société et Bien-être - Actus littérature

Par Mélina Hoffmann - bscnews.fr / « Nutella, lait concentré, crème de marrons... » difficile de trouver un titre plus alléchant en termes de recettes de cuisine, et impossible de ne pas céder à la tentation de l’ouvrir pour découvrir les trésors gustatifs qu’il nous promet !

Si vous êtes en pleine lutte contre votre pêché de gourmandise, que l’une de vos résolutions pour la nouvelle année était de perdre vos kilos superflus, ou encore que la simple évocation du mot « Nutella » vous fait perdre le contrôle de votre petite cuillère, passez votre chemin !! Je vous aurais prévenus !
Vous l’aurez donc compris, les recettes proposées dans cet ouvrage - toutes testées et délicieusement illustrées - sont faites à partir de Nutella, de crème de marrons ou de lait concentré sucré : trois péchés mignons à eux tout seuls !
A première vue on se dit qu’il pourrait être un peu plus épais ce bouquin, et puis finalement, il suffit de parcourir quelques pages pour comprendre que ses trente recettes sont amplement suffisantes !! Et si vous n’en n’êtes pas convaincu(e), votre balance se fera un plaisir de vous le confirmer ! Rien qu’en lisant les intitulés des recettes on a déjà l’impression de prendre du poids : mousse au Nutella, crème brûlée au Nutella, macarons au Nutella, crumble aux poires et au Nutella, pâte à tartiner au chocolat blanc, tarte au citron, gratin de fraises, tiramisu à la crème de marrons, bûche aux marrons et à la rose... Inutile de vous en dire plus, vous avez compris l’idée !
Un ouvrage original et gourmand, à consommer avec modération évidemment !

Nutella, lait concentré, crème de marrons...
Caroline Jausserand, Caroline Faccioli (photographies)
Editions Larousse

françois desgrandschampsInterview de François Desgrandchamps / Par Elodie Trouvé- Bscnews.fr/ Voyage au bout de la littérature et de la cuisine : rencontre avec François Desgrandchamps autour de son ouvrage "Lettres gourmandes des terres lointaines et d'Outre-mer".

François Desgrandchamps, vous êtes chirurgien, responsable du service d'Urologie de l'hôpital Saint-Louis, et en parallèle l'auteur de plusieurs ouvrages, dont ce dernier intitulé "Lettres gourmandes des terres lointaines et d'Outre-mer". Quel est le sujet de ce nouveau livre?
Il s'agit d'un ouvrage associant des textes de grands auteurs à des plats et recettes de cuisine. Le sujet est très particulier puisqu'il s'agit d'extraits de textes littéraires de romanciers contemporains de la période coloniale française, Daudet, Dumas, Kessel, Duras, Baudelaire, Lamartine, Gide, etc…, dans lesquels je repère un plat cité dont nous réinventons la recette, "poke de sardine et de crevette", "aloko, sauce feuille et pâte de gari", "oija aux rognons d'agneau", "petits fours de fruits tropicaux"….. Mon ambition a été de faire revivre la vie de cette période à travers les sensations de la cuisine. Pour moi, les dictionnaires et encyclopédies écrivent l'Histoire, les romans racontent des histoires, et il n'y a pas mieux qu'un plat, un repas, pour revivre des émotions liées à une époque.

D'où vous est venue cette motivation personnelle et cette envie intime d'associer littérature et cuisine, ce que vous aviez déjà expérimenté dans un précédent ouvrage, "Littérature et gourmandise"?

De mon enfance. J'ai une mère qui est une excellente cuisinière, j'ai baigné enfant dans les bons petits plats de la cuisine bourgeoise française, et une soeur qui est une grande intellectuelle. Moi je suis chirurgien, dans le concret, plutôt scientifique, et j'ai toujours eu un complexe vis à vis de la culture! Petit, je mangeais les bons plats de ma mère et lisais en cachette les quatrième de couverture des romans de ma soeur, sans oser les lire…. Faire ces ouvrages associant littérature et art culinaire m'a permis de dépasser ce complexe car je me suis mis à dévorer, c'est le cas de le dire… les livres pour trouver et choisir les textes que je souhaitais insérer dans "Littérature et gourmandise", puis "Lettres gourmandes". Cela m'a aussi permis de retrouver en même temps un peu de mon enfance à travers les recettes de cuisine. C'est en fait une jolie synthèse des deux.

Pourquoi dans celui-ci avoir choisi la période coloniale?

L'angle que j'ai choisi pour aborder cette fameuse période coloniale de la France vient également de ma propre expérience, et de mon enfance. Vers l'âge de dix ans, j'ai été très marqué par le fait que je voyais revenir dans ma classe des enfants de parents rentrant de pays devenus indépendants, d'Indochine, d'Afrique, d'Inde. Ils avaient une langue à eux, des expressions bien particulières, ils évoquaient des plats qui m'étaient inconnus, qui me faisaient rêver, voyager, et j'ai eu envie de retrouver la sensation de ces mots mystérieux qu'ils prononçaient. Un événement récent m'a vraiment fait prendre conscience de l'urgence et de l'impétuosité de ce livre lorsqu'il y a un an, un ami de mes parents ayant vécu cette époque en Afrique noire, est mort. Son épouse quant à elle avait vécu l'Indochine. J'ai réalisé alors que cette génération de français ayant connu cette période coloniale était en train de mourir sans pouvoir transmettre son savoir, ses connaissances, son vécu.

Pourtant 2010 est l'année du Cinquantenaire des Indépendances, l'occasion inespérée de donner la parole à ces témoins historiques.
Justement non, c'était une occasion officielle pour la France de regarder en face cette période de l'histoire, mais une occasion ratée puisque personne n'en a parlé, cette année du Cinquantenaire des Indépendances s'est passé dans l'indifférence générale. J'en veux pour preuve le fait que le Musée de l'Immigration a été inauguré à la sauvette, les ministres ne se sont même pas déplacés. La France garde une grosse difficulté pour se retourner sur cette période de son histoire, contrairement à l'Angleterre qui l'a fait.

Comment s'est organisé votre choix de textes et d'auteurs?
J'ai beaucoup lu….! Mais il s'agit avant tout d'un travail d'équipe. Cette idée d'associer un texte littéraire et une recette Lettres gourmandesde cuisine tirée du texte vient de moi. Comme pour mon précédent ouvrage, mon éditeur en a cette fois-ci encore accepté l'idée. Ce qui n'a pas été facile, car c'est un risque d'éditer un livre sur la période coloniale sujet délicat, polémique et cela n'intéresse pas beaucoup de monde à priori… Mais gageons que ce livre offrira un autre regard sur cette période historique. Etre dans le déni ou l'oubli ne fait de toute façon rien avancer. Pour ces ouvrages, je travaille en collaboration avec un cuisinier, qui écrit la recette. Le photographe met en scène le plat, et un directeur artistique redonne vie au texte littéraire en recherchant des photographies inédites de l'époque et des lieux, afin d'apporter au travers des images un éclairage sur l'ambiance dans lequel le texte fut écrit. Par exemple, dans "Voyage au Congo", André Gide, n'ayant plus mal au ventre sur son bateau, se décide à manger ce qu'il y a à bord, du riz, de la compote d'abricot et du champagne! Bien sûr nous faisons une recette d'un magnifique gâteau de riz aux abricots avec du champagne, mais le directeur artistique retrouve la photo d'André Gide sur le fameux bateau, l'Uses, et nous remet dans le contexte. Pour le "Grand Socco" de Joseph Kessel, une description de petites brochettes d'agneau est l'occasion pour nous de faire une recette de petites brochettes bien sûr, mais aussi pour le directeur artistique de l'illustrer par une photographie du grand marché du Socco de 1950.

Il s'agit donc avec ce livre de revivre avant tout les émotions d'une époque…
Oui, qui ne sont pas toutes heureuses du reste, il faut insister là-dessus. Les textes sont un prétexte pour les recettes, mais les textes en eux-mêmes ont une grande valeur intrinsèque pour ce qu'ils expriment. Et on retrouve, notamment pour moi qui n'ai pas vécu cette période, beaucoup des sentiments ambivalents qui pouvaient animer les gens qui vivaient là-bas. En premier lieu, l'exotisme et l'attrait érotique. Il y a beaucoup de textes avec des passages très érotiques, correspondant à ce que l'on a appelé "l'orientalisme", au XIXe siècle. Les gens venaient de France où la morale était très stricte et découvraient en Afrique du Nord, au Liban, en Polynésie, en Inde, des femmes beaucoup plus sensuelles, moins prudes. Montherlant par exemple, dont on sent bien dans "Il y a encore des paradis - Images d'Alger" à quel point il est excité en regardant une danseuse du ventre…. Un autre sentiment que l'on retrouve exprimé dans ces textes est la peur. Par exemple, dans de très beaux textes du XIXe siècle sur Saïgon,on nous raconte l'air de rien qu'il y a des révoltes matées, ou que des "autochtones", c'est comme cela qu'on les appelait, ont égorgé au petit matin un "colon" et sa femme après des échanges de carabines nocturnes, puis on passe à autre chose…. Onretrouve aussi beaucoup dans ces textes de description sur "l'espoir de richesse". Une des grandes motivations des français pour partir dans les colonies était de faire fortune. Peu y sont arrivés en réalité. On voit bien dans "L'Amant de la Chine du Nord", ou "Le Vice-Consul" de Marguerite Duras par exemple, ou encore dans l'ouvrage "Paul et Virginie" de Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre les sentiments qui animaient tous ces gens partis pour devenir riches et qui ont raté leur objectif.
C'est très intéressant et émouvant, cette question de "l'échec" traité par les romanciers. L'amour du pays est également un des sentiments puissants évoqués dans ces extraits. Cette ambiguïté est ce qui peut à priori choquer. La colonisation est choquante politiquement, et aucun peuple ne peut accepter d'être colonisé, mais, les français expatriés ont néanmoins vécu un quotidien dans ces pays colonisés, sur plusieurs générations, ont aimé ou appris à aimer les pays où ils vivaient. Il y a par exemple un texte magnifique de Maurice Gleize qui décrit tout son voyage de noces en Algérie en alexandrins! On trouve des textes qui sont de véritables déclarations d'amour pour ces pays, chez Alphonse Daudet notamment qui parle admirablement bien des oranges et des dattes qu'il découvre.

La préface écrite d'Alger par Tahar Ben Jelloun était-elle importante et signifiante pour vous?
Absolument, et elle a une jolie histoire. L'éditeur en cours de travail du livre m'avait demandé si on ne pouvait pas enlever un ou deux textes que j'avais choisi parce qu'il estimait qu'ils pouvaient être choquants au regard des mots et termes utilisés. Par exemple on trouve des expressions comme "la pouillerie musulmane", ou encore "le petit juif", des expressions aujourd'hui qui font froid dans le dos. Après avoir regardé en détail ces textes, je me suis rendu compte que ces deux là venaient des "Lettres de mon moulin" d'Alphonse Daudet. Je me suis ouvert de ce dilemme à mon ami Tahar Ben Jelloun. Il a accepté d'écrire cette préface, qui d'un trait de plume gomme toutes ces réserves et réticences que nous pourrions avoir. Avec toute la générosité et le talent qui est le sien, il précise tout simplement en introduction que la colonisation est une agression raciste et qu'une fois cela dit, on peut s'intéresser au style, aux sentiments, à cette littérature sans être mal à l'aise. Oui, la colonisation est une agression raciste, c'est absolument ma position, mais ce fut comme ça. Pour autant, doit-on censurer tous les magnifiques textes que cette période coloniale à généré chez ces si grands auteurs et romanciers dont elle a nourri l'imaginaire?

Par rapport à votre métier de chirurgien, que vous apporte le fait de faire régulièrement des livres?
Ce n'est pas une nécessité financière. Comme la plupart des auteurs en France, j'ai un métier principal qui me fait vivre. Il s'agit plus d'une nécessité de création. Et pour moi, il n'y a pas de grand écart entre mon métier de médecin et le fait de faire des livres sur la littérature et la cuisine, car tout converge vers l'humain. Il s'agit dans les deux cas de partager des choses, en consultation avec un patient, on donne et on échange. Ecrire, lire et faire la cuisine, c'est pareil! Pour Michel Onfray l'art de la cuisine est un art éphémère. Un repas est pour lui une sorte de happening où tout doit être prêt, parfait. Et aussi un moment de partage. Pour moi la littérature, c'est identique, cela correspond à un moment éphémère donné, de partage d'émotions. On fait la cuisine, puis on partage un plat. Ecrire et lire, c'est aussi partager. Le lecteur partage un instant les sentiments de l'auteur. Pour moi, littérature et cuisine sont très proches car il s'agit avant tout d'un partage humain.

Et écrire pour vous? Qu'est-ce que cela représente?
J'écris assez peu en fait, dans ces ouvrages, mon rôle revenant essentiellement à lire, compiler, choisir et sélectionner les textes. Mais j'ai quand même l'immense plaisir d'écrire l'introduction. Ecrire pour moi, c'est la beauté, le plaisir, l'insouciance. Dans un monde où on doit tout faire pour des raisons pratiques, écrire me permet non pas de m'évader, car je n'oublie pas le reste de ma vie, mais de compléter ma vie. Et aussi de dire ce que j'ai dans le coeur!

Titre:"Lettres Gourmandes, des terres lointaines et d'Outre-mer"

Auteur: François Desgrandchamps

Editions: La Martinière

239 pages

Prix: 35 euros.

Le petit roman de la chassePar Emmanuelle de Boysson - Bscnews.fr/ Le chasseur est devenu le bouc émissaire d’une société urbanisée qui a perdu le lien ancestral avec la nature. Dans le monde de plus en plus virtuel et factice qui est le nôtre, il est le dernier homme en contact avec la loi naturelle, en harmonie avec le cycle éternel de la mort et de la vie, qu’il s’arroge privilège de retirer. D’où l’image scandaleuse qui s’attache à lui. Cruauté gratuite, plaisir décadent et passéiste, privilège élitiste ? La chasse est d’abord un art de vivre, une école de maîtrise des pulsions et de respect d’un code moral, sans lequel elle perdrait sa raison d’être. Aux antipodes du braconnage industriel et des dérives commerciales, elle permet de préserver la faune sauvage dans des espaces naturels. A travers évocations historiques, récits personnels et pèlerinages sur des hauts lieux de l’art cynégétique, cet ouvrage est une initiation à un art méconnu, un éloge du chasseur tranquille.

Titre: Le petit roman de la chasse
Auteur : Bruno de Cessole
Editeur: Editions du Rocher.
Prix: 9,90 euros
le petit roman de la gastronomiePar Emmanuelle de Boysson - Bscnews.fr / « La cuisine, pour moi, était celle de ma mère et des mousquetaires. Mais tout a une histoire, car, sans histoire, nous ne serions rien. Tout au plus des mémoires grillées, déglacées au jus d’anecdotes », écrit François Cérésa. Ce fin gourmet connaît et invite à sa table les plus grands chefs dont il est proche. Dans ce petit livre d’un grand chef amateur, il évoque Bernard loiseau, Georges Blanc, Marc Meneau, Michel Guérard, Guy Savoie, André Daguin, Jean Ducloux, Jean-Michel Lorrain, Bernard Rebuchon… Critique gastronomique, formé à l’élaboration des saveurs, des épices et des mets, il prône un retour à la simplicité, à la fraîcheur et à la qualité des produits. Sans complaisance, il se dresse contre cette tendance du « Soyons chics. Soyons snobs. Donc gastronomes ». Un livre à déguster où vous trouverez toute la magie et les clefs de la gastronomie.

Titre:Le petit roman de la gastronomie

Auteur: François Cérésa

Editeur: Les éditions du Rocher.

Prix: 3,20 euros


Jean michel groultInterview de Jean Michel Groult par Elodie Trouvé- Bscnews.fr /


Vous êtes botaniste de formation, journaliste pour diverses revues de jardins, écrivain d'une dizaine d'ouvrages sur le sujet et photographe de métier, dont "Jardiner durablement" qui vous a valu le prix Saint-Fiacre en 2006. Sur quel sujet porte ce nouveau livre ?
Il s'agit à la fois d'un beau livre et d'un livre savant. Le sujet me tenait à coeur depuis longtemps, ce sont les plantes interdites. Non pas les plantes-poison mais les plantes qui ont été interdites ou le sont encore. Cela comprend bien sur les psychotropes, le cannabis, la coca avec laquelle on fait la cocaïne, le pavot qui donne l'opium et l'héroïne, mais également toutes les plantes abortives qui ont été interdites sous le IIIe Reich, les plantes invasives pour lesquelles on commence à voir apparaître des décrets, les OGM puisqu'il y a un moratoire au niveau européen. Egalement les variétés potagères dont certaines sont interdites de commercialisation. L'absinthe, le tabac et des plantes alimentaires comme le stevia. Ou encore des plantes qui vont être interdites, notamment tout ce qui touche aux novel foods, des ingrédients ou aliments dont la consommation dans la Communauté européenne a été négligeable ou inexistante avec des réglementations qui considèrent aujourd'hui que tout est interdit et qu'il faut faire une démarche pour obtenir une autorisation de culture ou de commercialisation d'une nouvelle plante médicinale ou d'un aliment.

Quel est l'angle choisi? L'histoire de la plante?
L'angle choisi est essentiellement botanique et éthno-botanique. Ce n'est pas forcément l'histoire de la plante telle qu'elle a cohabité avec les hommes ou la manière dont les hommes l'ont domestiquée. Mon livre porte plutôt sur ce que les hommes en ont fait et la manière dont les humains ont transformé au fil des ans leur perception de la plante pour la voir parfois comme une plante diabolique. C'est l'exemple du cannabis décrit comme "la mauvaise herbe enracinée dans le jardin du diable", c'est emblématique. J'ai aussi voulu montrer que souvent ces interdits ne sont pas basés sur des réalités scientifiques mais en réalité sur des constructions purement sociales, voire économiques. Par exemple, l'absinthe a été interdite parce qu'il y avait le phylloxéra sur le vignoble français. Cela a été indirectement une façon de lutter contre l'alcoolisme, d'interdire l'absinthe. Mais il faut savoir qu'à l'époque, les producteurs viticoles français se sont alliés aux ligues de vertu pour faire interdire l'absinthe. On disait qu'elle rendait fou, en réalité elle ne rendait pas fou puisque les teneurs en substance impliquée soit-disant dans la folie que pouvait provoquer l'absinthe était inférieure à celle des absinthes actuelles. Donc, ce n'était pas du tout un problème scientifique, mais socio-économique.

Est-ce qu'il s'agissait également d'interdits relevant de l'ordre moral?
Jusqu'aux années 60 oui. Par exemple pour le cannabis. Mais aujourd'hui, on ne trouve plus de dimension morale, c'est essentiellement économique ou des faux-semblants sanitaires. C'est le cas pour le stevia, on a longtemps prétendu que cette plante pourrait être impliquée dans le cancer, mais en fait, l'interdit est parti d'une plainte anonyme déposée auprès de l'administration américaine, plainte dont on s'est rendu compte par la suite qu'elle avait été écrite par les fabricants d'aspartame, le stevia venant concurrencer le produit qu'il commercialisaient.

Est-ce qu'il y des plantes qui à une époque étaient conseillées pour la santé et qui sont devenues interdites ensuite?
Oui, l'opium par exemple. Au début, l'opium était considéré comme un relaxant, avant que l'on découvre la morphine. Le cannabis a également eu un usage thérapeutique dans les années 60. Un produit dont la marque s'appelait Marinol était recommandé pour soigner certaines pathologies, des usages maintenant complètement interdits. On s'est mis à l'héroïne car on essayait de soigner l'addiction à la morphine! On est tombé de Charybde en Scylla…

Dans votre livre, on comprend également que les interdits concernant les plantes relèvent également de questions culturelles.
Absolument. La coca par exemple, c'est complètement culturel. Elle est utilisée depuis des milliers d'années en Amérique du sud, on retrouve par exemple des représentations de feuilles de coca sur des vases anthropomorphes de l'époque pré-colombienne. Localement, mâcher de la coca, c'est lutter contre la fatigue, elle est d'ailleurs toujours consommée actuellement. Haroun Tazieff l'a utilisée sur des expéditions dans des volcans pour vaincre la faim. Chez nous, on interdit la culture de la coca, même en toute petite quantité alors même qu'il faut des champs entiers de coca pour obtenir un kilo de pâte de base servant à faire au final quelques grammes de cocaïne.

Quelle est votre position exprimée dans cet ouvrage concernant ces interdits?
L'esprit du livre et ma position sur le sujet c'est une certaine inquiétude parce qu'il n'y jamais eu autant d'interdits, de plantes interdites, et on interdit de plus en plus. C'est à dire que l'on dépossède l'individu de son libre arbitre et on décide à sa place. Et on va même jusqu'à éditer des listes positives, c'est à dire que tout ce qui n'y figure pas est interdit et ce n'est que lorsque l'on rajoute le nom d'une plante sur cette liste que sa culture est autorisée. Voilà ce vers quoi on tend, c'est à dire que toutes les pratiques médicinales traditionnelles sont complètement encadrées voire tuées. Pour exemple, une petite plante qui était consommée sous forme de baie en Suède est interdite à la consommation maintenant alors qu'elle n'est pas toxique.

Votre inquiétude de botaniste aussi?
Non, il y a 300 000 plantes qui ont été décrites dans la nature, même si on en interdit quelques milliers il en restera toujours. Je réagis plus en tant que citoyen car ces interdits sont quelque part iniques. En France notamment, on confond la substance active et la plante, le contenu et le contenant. En gros, c'est comme si pour empêcher les gens de consommer du vin on interdisait les verres! Je ne vois pas pourquoi on interdit par exemple de cultiver le chanvre qui pourrait être utilisé comme engrais vert, ou des tas d'autres plantes alors qu'il n'y pas d'utilisation psychotrope ou répréhensible.

Quelles sont les mesures punitives prises à l'encontre des contrevenants?
Cela va de la contravention jusqu'à la convocation en correctionnelle voire au-delà lorsque cela tombe sous le coup de la législation des stupéfiants ou sur les matières pharmaceutiques. Hors psychotropes, pour l'instant, je ne connais pas de cas ou des particuliers aient été condamnés. Mais il y a quand même des gens qui se sont fait pénaliser pour la culture du sedia. Il y a un procès retentissant à propos des semences potagères. L'association Kokopelli qui oeuvre à travers des actions militantes pour la biodiversité et la préservation des semences a perdu son procès et s'est vu interdire la culture et la commercialisation de semences Plantes interditespotagères qui n'étaient pas sur la fameuse liste positive, le catalogue officiel.

Ce livre est-il à destination aussi du jeune public?
Oui, on peut le mettre dans les mains des jeunes adolescents qui sont attirés par des substances hallucinogènes par exemple, car cela les dissuadera de faire des expériences stupides comme la prise de champignons, le datura notamment. Je n'ai fait dans ce livre ni angélisme ni démonisme. Je suis resté scientifique et objectif afin de montrer s'il s'agissait d'une bonne ou d'une mauvaise raison d'interdire telle ou telle plante. Ensuite je laisse le lecteur disposer de son libre arbitre. Je mets mon lecteur au défi de dire en ayant lu le passage sur les OGM si je suis anti ou pro-OGM! Sur d'autres sujets, j'ai été un peu plus partisan, mais je ne le cache pas et je l'explique.

Il y a par ailleurs de magnifiques illustrations dans ce livre...
Cela a été un gros travail iconographique, un travail de fourmi, avec des images recherchées auprès de la Force internationale en Afghanistan, des portraits botaniques réalisés dans des jardins, de très belles planches d'herbiers que je suis allé rechercher moi-même au Muséum… Le but ce n'était pas de faire un livre uniquement "joli" mais de mettre des images qui apportaient un sens quant à cette thématique de l'interdiction. Nous avons inséré des visuels actuels de manuels destinés à dissuader les jeunes de consommer du cannabis et nous les avons mis en perspective avec ce qui se faisait il y a soixante ans. C'est très intéressant de voir l'évolution…

La thématique de ce numéro de novembre étant les super-héros, je souhaiterais savoir si à votre avis les super-héros se dopent? Consomment des plantes interdites?
Pour voler ou avoir l'illusion de voler, oui, ils doivent consommer un peu de LSD! Mais non, ce n'est pas dans l'imaginaire lié au super héros qui est un être sain, naturellement musclé, d'ailleurs il ne va jamais dans une salle de gym! Donc il n'a pas besoin de consommer de matières dopantes ou de plantes interdites.

Et pensez vous qu'aujourd'hui, dans la société dans laquelle nous vivons, avec toutes les difficultés sociales, économiques, professionnelles, politiques, que nous traversons, il faut être un super héros pour ne pas être tenté de se doper, de consommer des plantes interdites?
Clairement oui! Mais bon, je tiens à préciser que pour la réalisation de ce livre, je n'ai absolument pas consommé de psychotropes, donc je suis un super héros! Mais il est vrai que c'est devenu très facile aujourd'hui de consommer de la cocaïne par exemple, réservée il y a encore une dizaine d'années à une élite urbaine fortunée. Le prix a énormément chuté, les narco-trafiquants ont maintenant des techniques de culture incroyables, et l'on en trouve partout bien que ce soit interdit. Il est devenu beaucoup plus difficile de se procurer du cannabis. Ce n'est pas être un super héros que de consommer des plantes psychotropes, de la sauge hallucinatoire ou des champignons, car la clairvoyance ou le sentiment de super pouvoir que peut donner la cocaïne par exemple ont leur revers : les bad trips, la destruction de notre perception et de notre cerveau. Je trouve pour ma part que l'on est plus un super-héros lorsque l'on arrive à survivre dans notre société actuelle! Mais c'est ma position personnelle. Et par ailleurs, on se "dope" tous un peu…nous consommons tous des alcaloïdes au quotidien, c'est-à-dire des substances issues des plantes qui agissent sur notre système nerveux, pour l'exciter ou le calmer. L'homme en a toujours consommé depuis le néolithique. J'ai une tasse de thé vert entre les mains, c'est de la théine. J'ai consommé de la théobromine tout à l'heure. La caféine est aussi une substance dopante, les tisanes, le chocolat également…

Pensez-vous qu'un jour on nous interdira le chocolat? Le cacao devenant une plante interdite?
Non. Mais peut-être qu'un jour on nous interdira le chocolat à plus de 70% de cacao par exemple, parce que c'est mauvais et qu'on aura plus le droit qu'à… du chocolat au lait! Si l'on reste dans le panurgisme et qu'on se laisse faire, notamment en matière de réglementation européenne, toutes les dérives sanitaires et sécuritaires, avec les lobbies et enjeux économiques qui sont derrière, sont possibles. D'où l'importance de faire ce livre. Et de le lire aussi!

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