Pierre Drieu la Rochelle : L’homme couvert d’infâmePar Marc-Emile Baronheid - BSCNEWS.FR /  Ce titre récent  « La moisissure Drieu la Rochelle sur La Pléiade » donne la mesure du sort  encore réservé à un écrivain dont beaucoup vantent les qualités littéraires, sans prétendre faire abstraction de son passé de collaborateur

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Les braisesPar Julie Cadilhac -Bscnews.fr/ Deux hommes à la veillée pour un face à face émouvant...deux hommes qui ont passé quarante ans à attendre le moment ultime de libération où leurs âmes pourraient enfin accoucher de leurs secrets.

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Par Mélina Hoffmann - BSCNEWS.FR / Né en 1923 à Madrid, Jorge Semprun – fils d’un diplomate de la République espagnole – s’exile avec sa famille en France en 1939, à la fin de la guerre civile qui sévit dans son pays. Quelques années plus tard, il s’installe à Paris pour suivre des études de philosophie à la Sorbonne. Engagé très tôt dans la résistance, il n’a que 19 ans lorsqu’il est arrêté par la Gestapo et déporté à Buchenwald en janvier 1944.

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Par Emmanuelle de Boysson - BSCNEWS.FR / Il dissertait sur le chien, le petit pois, la barbe à papa, les pharmaciens, la fête des mères, le bonheur, Fellini, Céline, Hemingway… Il était « le grand maître de l’incongruité », comme le dit Amélie Nothomb. Il terminait ses chroniques par « Et c’est ainsi qu’Allah est grand ». L’auteur du « Ténébreux », du « Fidèle Berger » est mort il y a quarante ans. Alexandre Vialatte était chroniqueur à La Montagne, poète et traducteur – il traduisit Kafka, le fit connaître en France. A l’occasion de cet anniversaire, le groupe La Montagne - Centre-France et les éditions Julliard ont tenu à s’associer pour rendre hommage à cet écrivain exceptionnel qui, pendant plus de vingt ans, a donné au journal La Montagne plus de neuf cents chroniques, réunies en deux volumes dans la collection « Bouquins » qui continuent à ravir les lecteurs. Un club des amis de Vialatte a été crée ainsi qu’un prix Alexandre Vialatte. La rédaction de La Montagne a choisi treize chroniques déjà publiées en 2011 dans son supplément dominical et treize autres choisies par des écrivains qui l’admirent dont Amélie Nothomb, Pierre Jourde, Baptiste Liger, Denis Tillinac, Bertrand de Saint Vincent ou Philippe Vandel. Une imagination débordante, une extravagance portée par une syntaxe minimaliste, des phrases limpides, Vialatte allie les extrêmes. Paradoxal, grave, ironique, poétique, il joue, il est libre. Avec lui, on ne s’ennuie jamais. On se régale. On est comme un enfant devant un arbre de Noël. Quelques extraits en guise de mise en bouche. Sur Céline : « Il a bâti des Parthénons en crotte de chien. » ; « Quoiqu’il en soit, c’est l’homme, maintenant, qui vit la vie zoologique des bêtes de cage. » ; «  La tour Effel écarte ses jambes et se balance comme un roseau. »

Alexandre Vialatte « Vialatte à La Montagne ». (Julliard).

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« Je ne sais pas trop par où commencer. C’est bien difficile. Il y a tout ce temps parti, que les mots ne reprendront jamais, et les visages aussi, les sourires, les plaies. Mais il faut tout de même que j’essaye de dire. De dire ce qui depuis vingt ans me travaille le cœur. Les remords et les grandes questions. Il faut que j’ouvre au couteau le mystère comme un ventre, et que j’y plonge à pleines mains, même si rien ne changera rien à rien. »

1917. Un petit village du nord-est de la France, près du front où la première Guerre Mondiale fait retentir ses coups de canon. Par un matin glacial de décembre, une petite fille de dix ans - Belle de jour, ainsi qu’on la surnommait - est retrouvée étranglée près du canal. Le narrateur revient sur ce crime survenu des années plus tôt. Un crime qui semble encore entouré de certains mystères et à partir duquel il nous dresse au fil des pages le portrait des habitants du village.
A commencer par Pierre-Ange Destinat, ancien procureur à la retraite après plus de trente années d’exercice. Un homme impressionnant, peu bavard et détaché, capable de prononcer les sentences de mort sans état d’âme. Un homme solitaire, vivant loin du monde, reclus dans son immense château aux côtés de deux domestiques qui ne se voient gratifiés que de quelques mots par jour.
Il y a aussi cette jeune femme, Lysia Verhareine, « […] bien trop belle, beaucoup trop belle pour être une institutrice, belle à ne pas avoir de métier. » La nouvelle institutrice du village, immédiatement appréciée par tout le monde, y compris par le Procureur. Sans doute fut-elle d’ailleurs la seule à avoir jamais su le comprendre…

Et puis il y en a d’autres. D’autres personnages, d’autres personnalités, d’autres âmes. Des âmes grises. « Les salauds, les saints, j’en ai jamais vu. Rien n’est ni tout noir, ni tout blanc, c’est le gris qui gagne. Les hommes et leurs âmes, c’est pareil… T’es une âme grise, joliment grise, comme nous tous… ».
Tout au long de cette histoire sombre, ponctuée d’incessants voyages dans le temps dans lesquels il est parfois difficile de ne pas se perdre, on les voit tout de même plutôt tirer vers le noir ces âmes aux destins tragiques… Le mépris, l’indignation, la colère, l’humiliation, le désespoir, l’amertume ou encore le pessimisme peignent la toile de fond de ce récit où chacun des personnages porte en lui un lourd et tout aussi sombre secret. Le narrateur lui-même, dans les dernières pages du livre, nous fait une révélation aussi terrifiante que dérangeante, offrant au livre une fin inattendue et percutante.

Les scènes sont décrites avec une telle précision que l’on ressent le froid de cette matinée de décembre qui enveloppe le corps sans vie et trempé de Belle de jour ; on entend le silence glaçant qui accompagne cette scène ; on visualise avec écœurement le comportement cynique du juge capable de réclamer des œufs mollets et de les déguster à côté du cadavre de la petite fille qu’il considère avec un mépris affiché…
Une précision qui, ajoutée à une narration à la première personne et à l’emploi d’un ton très personnel, donne à l’histoire un caractère authentique, et même parfois des allures de journal intime. « Depuis si longtemps je me sens mort. Je fais semblant de vivre encore un peu. J’ai le sursis, c’est tout. », nous confie le narrateur.
Une écriture nuancée, faite de poésie et de suggestions, mais toujours empreinte de pessimisme et d’une tristesse qui nous enveloppe tout entier avant de nous ensevelir sous son poids dans les dernières pages.
Au final, que retenir de ce petit chef d’œuvre de Paul Claudel ? Un livre glacial et brutal, qui s’affranchit de la morale. Une atmosphère sombre, à l’image de ces âmes grises aux destins tragiques qui peuplent le roman. Une trame complexe, dans laquelle l’auteur lui-même semble se perdre : « Tout cela a l’air bien embrouillé, comme un coq-à-l’âne cafouilleux, mais au fond, c’est à l’image de ma vie, qui n’a été faite que de morceaux coupants, impossibles à recoller. »
Un livre remarquablement écrit qu’on peut ne pas aimer, mais dont on sort difficilement indemne.





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