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Federico Mompou : le musicien du silencePar Damien Luce - BSCNEWS.FR / « Ma musique, c’est mes mains. » Ce mot de Federico Mompou (1893-1987) explique peut-être l’hégémonie du piano dans son œuvre. Pour ce Catalan, la musique se fabrique sous les doigts. C’est un artisanat subtil et solitaire, dont le silence est la matière première, et qui se pratique à tâtons devant un clavier, les yeux fermés, mais les oreilles grandes ouvertes.

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Par Damien Luce - BSCNEWS.FR / Ce n’est pas un destin ordinaire que celui d’Alexandre Borodine (1833-1887). Ce compositeur Russe était l’enfant naturel du Prince Louka Stépanovitch Guédianov et d’une fille d’histrion, une certaine Dounia. Loin de le desservir, cette naissance un tantinet honteuse lui prodigua bien-être et instruction. En effet, le Prince eut soin de loger mère et enfant dans une confortable et spacieuse maison, et puisqu’il avait couché la mère dans son lit, il coucha l’enfant dans son testament, chose qui ne manquait pas d’élégance.

Le petit Borodine est très tôt initié à la musique. Dès dix ans, il se pique également de chimie, science dont il fera son métier principal. Oui, l’auteur du Prince Igor est une sorte de Docteur Jekyll. Le jour, il est un membre éminent de l’Académie militaire de chimie, la nuit, il compose. Borodine est l’archétype de l’autodidacte génial. À vrai dire, le compositeur est né de rencontres : celle de la pianiste Ekatérina Serguéïevna Protopopov, sa future épouse, celle de Modest Moussorgski, de Franz Liszt (à qui il dédiera son Poème symphonique), ou de Balakirev, grâce auquel il intègre le fameux groupe des cinq. Mais il faut croire que le métier de chimiste ne laisse pas beaucoup de loisir. L’œuvre de Borodine comporte quelques mélodies, deux symphonies, deux quatuors à cordes, un poème symphonique, un Opéra, et une poignée de pièces pour piano. C’est tout. Borodine devait sa naissance à un Prince, et c’est encore à un Prince qu’il doit son immortalité : son Prince Igor est une pièce maîtresse de l’Opéra. Précisons également que son Poème symphonique intitulé Dans les steppes de l’Asie centrale, est un fleuron du répertoire pour orchestre.

Parlons du piano de Borodine. On en a vite fait le tour : une Suite (et encore, « petite ») et un Scherzo. Le Scherzo a tout pour plaire. Il est brillant, subtil, fantasque, coloré. Il est le petit frère (ou le grand !) de la Ronde des lutins de Franz Liszt (et il m’arrive de jouer les deux pièces ensemble). Le voici donc par votre serviteur :- www.damienluce.com/wordpress/?page_id=4364
N’a-t-on pas le sentiment de voir danser quelques Elfes ou diablotins ? La forme est des plus classiques : une exposition en deux thèmes, un développement, une minuscule transition suivie d’une réexposition en bonne et due forme. Forme Sonate dans toute sa splendeur, mais courte, affûtée. L’heure (ou plutôt la minute) n’est pas à la contemplation, mais à l’efficacité. Le premier thème, danseur en diable, est jeté sur le clavier comme une volée d’épines. Le second monte sa petite gamme pointue, avant de redescendre dans un ricanement chromatique. Le développement jongle avec ce matériau sonore, passant de l’un à l’autre avec malice et précision. Le chimiste n’est pas loin : les ingrédients sont bien pesés, utilisés dans des proportions justes qui les précipitent en cristaux effervescents. Quel délice pour l’oreille !
La Petite Suite est d’une autre encre. On y trouve le meilleur de Borodine. Vous la trouverez ici par Vladimir Sofronizkij :
www.deezer.com/music/playlist/borodine-petite-suite-60777011?provider=website
Dès la première pièce, on atteint une cime d’inspiration : Au couvent. Cette musique ne ressemble à personne. On y entend de lourds tintements de cloches, suivis d’un chant, esseulé d’abord, fredonné par une voix solitaire, à laquelle se joignent peu à peu d’autres voix pour former un chœur impérieux, avant de retrouver les cloches du début. L’Intermezzo est en fait une Mazurka, dont le trop court trio est une petite merveille d’harmonie. Sur une pédale de ré bémol éclot un chant emprunt de pentatonisme, presque ravélien (Et Ravel, on le sait, a rendu hommage à notre compositeur avec son À la manière de Borodine). Suivent deux Mazurkas avouées. Le visage de Chopin y flotte entre les portées. Telle inflexion mélodique dans la partie centrale de la première Mazurka, tel enchaînement d’accords dans la seconde, ne sont-ils pas des réminiscences du Polonais ? Toutes deux franches et turbulentes, elles débordent de verve et d’enthousiasme, et profitent de leur trio pour s’épancher. La brève Rêverie se perd un peu dans les couloirs de son labyrinthe harmonique. Touchante mélodie, qui semble chantée d’un souffle, et qui s’épuise un peu en fin de page, interrompue par la cadence dont elle est née. Jolie Sérénade, avec ses accords de guitare, ses intonations espagnoles, et sa désinvolture rythmique, preuve que Borodine sait troquer l’habit du Prince Igor pour celui de Don Quichotte. Enfin, on pourrait accuser le Nocturne de verser dans le sentimental. Heureusement, l’harmonie est là pour aciduler un peu la guimauve… Du charme à la mièvrerie, il n’y a souvent qu’une modulation. Et un thème facile est souvent sauvé par les accords qui l’habillent. C’est le cas ici. On peutMarco Rapetti, écouter sans honte cette tendre « Berceuse », titre que l’on trouve dans le manuscrit.

On pourra écouter tout cela par un pianiste que j’aime particulièrement : Marco Rapetti (http://www.marcorapetti.com), dans un enregistrement sorti en 2009 chez Brillant classics. L’œuvre pour piano de Borodine, on s’en doute, ne suffit pas à emplir un disque, et Marco Rapetti a intelligemment complété son répertoire par d’autres compositeurs : Nikolaï Rimski-Korsakov, Anatoli Liadov, César Cui, ou Maurice Ravel (À la manière de Borodine, pastiche cité plus haut.) Bon nombre de ces pièces sont arrangées pour piano à quatre mains, et Marco Rapetti s’y adjoint la complicité de Daniela de Santis.
Par Damien Luce - BSCNEWS.FR / Pour le mélomane, Franz Liszt est au piano ce que Paganini est au violon : un brasseur de triples croches, parangon de la virtuosité et du brio, qui fait trembler doigts et phalanges des pianistes les plus chevronnés. C’est l’homme de la première Méphisto Valse ou des Rhapsodies hongroises, autant de défis aux lois de la nature, dont se délectent les amateurs de poudre aux yeux et aux oreilles, et qui sont le gage d’un succès d’estrade. Oui, rien de tel, pour transcender les foules, que de clôturer un concert par une bonne Étude transcendante. Il n’y a là rien que de normal : il faut être bien triste et rabat-joie pour ne pas pousser de grands « Oh ! » sous un feu d’artifice.

Des ingrédients de la musique, la virtuosité n’est pas des moindres, à condition qu’elle soit bien employée, c’est-à-dire jamais gratuite. C’est le cas chez Liszt. Ce Hongrois (que les Français voudraient parfois s’approprier, mais non, Liszt était bien Hongrois, même s’il a longtemps vécu en France) a su repousser les limites de son instrument, et mettre sa fabuleuse technique au service de la musique. Si je lui fais aujourd’hui une place dans mon coin des maudits, c’est d’abord pour une raison bêtement commémorative : Franz Liszt est né le 22 octobre 1811 (et mort en 1886). De toutes les raisons de parler d’un compositeur, le bicentenaire de sa naissance est peut-être la plus bête, mais est-ce pour autant une raison de n’en point parler ? Cependant, pour être fidèle à cette « ligne éditoriale » qui est la mienne, je ne vous parlerai ni de la Sonate, ni des Rhapsodies hongroises, ni même des Années de pèlerinage, mais de trois œuvres plus méconnues, et pour lesquelles j’ai une tendresse particulière.
On peut certainement tracer une ligne stylistique de Bach à Ravel, en passant par Mozart et Chopin. Mais il en est une autre, qui de Bach passe directement à Franz Liszt, et conduit à Claude Debussy. (Franz Liszt était un fervent interprète de Jean-Sébastien Bach, dont il a étudié l’œuvre dès son plus jeune âge.) Oui, le piano visionnaire et imagé de Claude Debussy, ce piano que l’on qualifie souvent « d’impressionniste », trouve sa source chez Franz Liszt. Un exemple vaut tous les discours, voici donc les Murmures de la forêt, Étude tirée des deux Études de concert (composées en 1862-1863), cahier où l’on trouve également la célèbre Ronde des lutins. (Voici ces Murmures de la forêt : http://www.youtube.com/watch?v=TNASEb359KE.) Par quel mystère la première de ces études s’est trouvée délaissée au profit de la seconde ? Force est de constater qu’on l’entend bien peu en concert. Est-elle moins brillante ? Non. Tout au plus, on admettra qu’elle est plus développée, plus touffue. La Ronde est d’un accès plus immédiat. Mais le piano des Murmures est à n’en pas douter plus recherché. Ce bruissement d’arpèges en va et vient, dans l’aigu, sous lequel s’épanouit un chant souple et printanier, n’annonce-t-il pas le Debussy des Cloches à travers les feuilles, ou de Reflets dans l’eau ? Ce pouvoir évocateur sonore, si Debussy en a fait sa marque de fabrique, c’est à Franz Liszt que l’on en doit la découverte. J’évoquais plus haut une virtuosité bien employée, cette étude en est un exemple, et c’est sans doute pour cela que les pianistes lui préfèrent souvent sa jumelle : la virtuosité des Murmures passe inaperçue, parce qu’elle ne fait qu’un avec ce qu’elle exprime. Elle n’éprouve pas le besoin de se mettre en scène. La Ronde, elle, bien que furieusement efficace, est plus cabotine, plus apprêtée, bien maquillée sur ses pointes, elle semble vous cligner de l’œil pour vous entraîner dans ses tours. La Forêt n’a pas besoin d’ornements ni de guirlandes. L’émotion qu’elle suscite est plus vraie, par là plus discrète, car ce qui est sincère est souvent éloigné du « m’as-tu vu ». On ne pousse peut-être pas de grands « Oh ! », mais le cœur n’en frissonne pas moins. Autre merveille : l’Impromptu en fa dièse majeur (1872). En voici la version de Vladimir Horowitz : http://www.youtube.com/watch?v=WIunN-RiEL4. Musique chatoyante, où Liszt trouve des harmonies subtiles et originales. Là encore, la technique sert d’écrin à un chant inspiré, noble et généreux. On trouve là, en plus bouillonnant, certains accents du treizième Prélude opus 28 de Chopin (dans la même tonalité). Voilà une pièce qui mériterait d’être jouée davantage, en place des sempiternels et mielleux Rêves d’amour, qui ne font plus rêver personne. Enfin, dans un registre plus sombre, Nuages gris (1881) est peut-être l’une des pièces les plus modernes de notre compositeur. (Écoutez-les ici par Mathieu Papadiamandis : http://www.deezer.com/fr/#music/playlist/franz-liszt-58536767) Un thème lugubre et obstiné, que souligne un tremolo dans le grave. Deux pages étranges, économes de moyens, empreintes de solitude, et qui semblent attendre on ne sait quel désastre.
De nombreuses intégrales de l’œuvre pour piano de Franz Liszt existent, et le mélomane n’aura aucun mal à trouver un enregistrement des œuvres que je viens d’évoquer. Je ne citerai qu’une seule version, souvent considérée comme incontournable : celle du pianiste Australien Leslie Howard (Hyperion).
Par Damien Luce - BSCNEWS.FR / Il est plusieurs manières d’être maudit. On peut l’être en bloc, marqué par le fer d’un oubli complet et sans appel, et on peut l’être avec une mystérieuse parcimonie. Celui que j’évoquerai aujourd’hui est loin d’être inconnu. Son Concerto pour piano constitue l’un des fleurons du répertoire, joué à tour de doigts par tous les pianistes de la planète (moi y compris, je le confesse). Pourtant, Edward Grieg (car il s’agit de lui) mérite, hélas, une place de choix dans mon coin des maudits. Qu’on se rassure, je ne vous parlerai pas du fameux Concerto, que je laisse volontiers à ceux qui aiment s’extasier devant les vitrines de la postérité, où rutilent les pièces choisies de ce que l’on nomme, faute de mieux, le « grand répertoire ».

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