Actualité littéraire

Par Stéphanie Hochet- BSCNEWS.FR / Jennifer Lesieur est journaliste et auteur de biographies : celle de Jack London (Prix Goncourt de la biographie), de Patti Smith et d’Amelia Earhart. Ce dernier ouvrage sur Mishima éclaire les zones d’ombre d’un des plus grands écrivains du XXème siècle. Né en 1925, le romancier confessait : la plupart des écrivains ont une cervelle parfaitement normale tout en se comportant comme des sauvages ; moi, j’aiune conduite normale, mais c’est à l’intérieur que ça ne va pas.

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Haruki Murakami : les effet de 1Q84 dans votre viePar Laureline Amanieux - BSCNEWS.FR / Quand vous lisez la dernière trilogie romanesque de Haruki Murakami, le plus fulgurant des romanciers japonais actuels, vous traversez un voile aussi fluide qu'une goutte d'eau, vous savez que le monde a changé autour de vous, et pourtant c'est encore à peine perceptible : un détail tout juste, les pistolets des policiers sont désormais des semi-automatiques, au lieu de leurs anciens revolvers.

Vous pensiez vous trouver en 1984, mais déjà vous avez basculé dans un autre temps, nommé 1Q84, où deux lunes brillent dans le ciel nocturne pour les yeux initiés. Vous ne les voyez pas encore, ni vous, ni les héros : Aomamé et Tengo. L'univers créé par Murakami est si réaliste qu'il vous faudra du temps pour cerner ce qui s'est détraqué en douce. Sans cesse, vous flottez dans un rêve qui vous échappe pourtant : c'est l'art magique de ce romancier.

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Par Stéphanie Hochet - BSCNEWS.FR / Auteur de 18 livres dont L’Appât porté à l’écran par Bertrand Tavernier en 1995, Morgan Sportès revient sur l’affaire du gang des barbares avec un roman coup de poing qui doit sa force à la grande clairvoyance de l’écrivain.

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Par Sophie Sendra - BSCNEW.FR/ A priori, lorsque j'ai reçu cet ouvrage, le nom de Bruno Masure ne m'engageait pas vraiment à une lecture sérieuse. Les souvenirs de ses interventions télévisées avant son éviction du petit écran, ne me permettaient pas d'imaginer qu'une écriture subtile soit possible. Erreur. La philosophie permet d'interroger ses propres jugements et de les corriger dès qu'ils se trompent.

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Eric-Emmanuel Schmitt : Un concerto bouleversantPar Julie Cadilhac - BSCNEWS.FR / Eric-Emmanuel Schmitt : Un nouveau livre bouleversant . Concerto à la mémoire d'un ange. L'empoisonneuse. Le retour. Un amour à l'Elysée. Quatre nouvelles composées autour d'un thème commun : " l'évolution des êtres selon leurs choix ou leurs traumatismes". Face à l'adversité, à l'injustice, comment réagir? Deux chemins s'ouvrent à l'homme exposé: la rédemption ou la damnation pour ceux qui n'ont pas su pardonner. Oui, la question essentielle et profondément humaine que soulèvent ces récits est : est-il aisé de pardonner? et de se pardonner?

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ANTOINE blondin Par Marc Emile Baronheid- Bscnews.fr/ Voici 20 ans que l’homme des tavernes nous a quittés, sans vraiment connaître le purgatoire littéraire. En revanche, s’il a échoué dans une compagnie de buveurs d’eau c’est l’enfer assuré.


Se penchant sur son passé au moment où paraissait « L’humeur vagabonde », Antoine Blondin, 33 ans, relevait qu’à son âge, la plupart de ses contemporains avaient déjà publié au moins dix volumes. Lui n’en avait écrit que deux et se voyait comme un homme parfaitement disposé à s’endormir sur des lauriers si minces et déjà si fanés. Pour faire bouillir la marmite il prêtait sa plume à la presse. On lui reprochera ses articles pour Rivarol. Il rétorquera qu’il avait aussi signé des papiers dans l’Humanité, ajoutant « la gauche me croit de droite et la droite me croit de gauche ». Un paradoxe parmi d’autres d’un homme supérieurement doué pour l’écriture autant que pour ces bars qui sont le prolongement des salles de rédaction. Lorsque les libraires accueillent « L‘humeur vagabonde » , Blondin collabore à Elle et à L’Equipe. Ses chroniques pour le quotidien sportif assiéront durablement sa légende, en particulier les inoubliables billets donnés lors des quelque vingt-sept Tours de France cyclistes qu’il suivra ardemment (à côté de sept éditions des Jeux Olympiques) et qui lui vaudront en 1972 le Prix Henri Desgrange de l’Académie des sports.
L’été est propice aux (re)découvertes. Deux romans y invitent aujourd’hui, réunis en un volume agrémenté de plans d’écriture, de notes manuscrites, photos et confidences littéraires de Blondin. Voici 20 ans que l’homme des tavernes nous a quittés, sans vraiment connaître le purgatoire littéraire. En revanche, s’il a échoué dans une compagnie de buveurs d’eau c’est l’enfer assuré.
Dans « L’humeur vagabonde », Benoît Laborie quitte sa campagne, abandonnant femme et enfants pour tenter fortune à Paris. Un caprice du destin va réduire à néant le rêve de ce Rastignac du pauvre et déboucher sur un roman noir rappelant qu’on n’aime pas les francs-tireurs du bonheur, surtout lorsqu’ils manquent leur coup. « La vie simple ne m’avait pas armé pour l’exubérance, la futilité, l’art d’accommoder les usages ; elle me séparait de ceux qui détiennent le véritable mode d’emploi ». Une part appréciable de Blondin est déjà dans ces pages écrites au Grand Hôtel de Mayenne, à deux pas de l’imprimerie où son livre était composé au jour le jour.
C’est de ce lieu et de son gérant que Blondin s’est inspiré pour écrire « Un singe en hiver » paru en octobre 1959. L’histoire d’Albert Quentin, ancien militaire tenancier d’hôtel sur la côte normande. Il boit trop, ce qui le pousse à la nostalgie. Un serment fait à son épouse lors d’un bombardement en 1944 le détourne de sa faiblesse, jusqu’au jour où débarque un client qui tente de noyer l’échec de sa vie sentimentale. Le roman obtiendra la même année le prix Interallié, mais c’est surtout son adaptation au cinéma qui lui assurera une notoriété durable. On raconte qu’à l’origine, le producteur souhaitait tourner un scénario tiré d’un autre roman. Montant à bord du bateau prévu pour le film, Gabin aurait été écoeuré par l’odeur de morue qui s’en dégageait et décidé à refuser le rôle. Michel Audiard aurait alors suggéré d’adapter le roman de Blondin.
Antoine B. avait commencé à boire pour lutter contre le bégaiement dont il était affligé. Un traitement de longue durée, parfois de choc au point de lui valoir notamment trente-trois passages par le poste de police, une inspiration joliment dilatée et les faveurs d’un public acquis à la cause de l’écrivain talentueux qui aimait à rappeler « N’oublie par qu’on écrit avec un dictionnaire et une corbeille à papier. Tout le reste n’est que litres et ratures ».

Titre:« L’humeur vagabonde – Un singe en hiver »

BONUS : L'Humeur vagabonde - Un singe en hiver

Auteur: Antoine Blondin

Editions: La Table Ronde

376 pages, 35 euros

Turlutte à tous les étagesPar Marc Emile Baronheid - BSCNEWS.FR / Reconnue et homologuée comme « la plus savoureuse des caresses », cette pratique éminemment roborative figure désormais parmi les grands classiques de la galanterie française.
Voici trois siècles, la duchesse Edmée de la Bouffarde assurait déjà que la « petite gâterie » deviendrait grande et cesserait d’appartenir aux rêveries piquantes que l’on déployait in petto. (BONUS )
Reconnue et homologuée comme « la plus savoureuse des caresses », cette pratique éminemment roborative figure désormais parmi les grands classiques de la galanterie française. Les magazines prescripteurs d’un été radieux la présentent comme une politesse élémentaire ; elle trône en tête de gondole des prestations des femmes hospitalières et le moindre « room service » new-yorkais l’inclut implicitement à sa carte. Elle se sert et se consomme comme une des gourmandises les plus respectables : dans sa version bio, sur canapé, à l’étouffée et quantité d’autres déclinaisons laissées à la discrétion des maisons de bouche.
La littérature n’est pas en reste, témoin cette compilation de pages pas toujours très sages, où le meilleur s’acoquine au pire. Elle est due à Franck Spengler, patron des éditions Blanche. Les emprunts au catalogue maison se taillent la part de la lionne. On appréciera la prometteuse Valérie Boisgel. Spengler lui-même propose Merlin en enchanteur enchanté par la fée Viviane. On « fait chanter l’instrument » dans un texte des Rita Mitsouko (les initiés auront reconnu « La taille du bambou ».
Henry Miller, Moravia, Emmanuelle Arsan, Nelly Kaplan sont autant de gages, qui de qualité, qui de diversité. Les métaphores, souvent peu inspirées, vont de l’or blanc à l’or bleu, à cent coudées du « lait suprême, divin phosphore » de Verlaine. Le surréaliste belge Marcel Mariën présente Jujup, personnage à la semence « comme les derniers feux du soleil couchant, ceux qu’il lance après avoir chaviré derrière l’horizon ». Romantisme aussitôt pulvérisé par un poème de Maupassant qu’il vaut mieux découvrir in situ.
Le comique est illustré par le brave Franck Poupard : « Comme souvent chez moi la montée du plaisir s’accompagnait d’une intense réflexion ». On dirait presque Francis Lalanne sur le plateau de Ruquier.
Si vous l’aimez contorsionnée, je vous mets au défi de rejouer cette scène : « Cloué dans la ruelle, la tête bloquée par le tiroir de la table de nuit et les bras coincés derrière le dos, Arnaud n’avait aucun moyen de résister à mon assaut ». Comme l’écrit Pierre Louÿs, autre figure marquante du recueil « A la bonne heure, on a le temps de savourer »…

Laissons le dernier mot à Michel Foucault, admirateur de Magritte : Il ne suffit pas que le dessin d'une pipe ressemble à une pipe, il faut qu'il ressemble à une autre pipe dessinée qui elle-même ressemble à une pipe.

BONUS : Anthologie littéraire de la fellation

« Anthologie littéraire de la fellation », élaborée par Franck Spengler, éditions Blanche, 219 pages, 13,50 euros


Chroniques d'une pieuvre de Laure Mezarigue, The Book EditionPar Mélina Hoffmann - BSCNEWS.FR / « L'épisode malheureux avec l'Homme-Panda avait sérieusement égratigné mon côté fleur bleue au profit d'une facette plus désinvolte que je ne me soupçonnais guère. Cette déconvenue me fit comprendre que, à l'heure du tout jetable où une relation chasse l'autre, les histoires d'amour ne font pas de vieux os. Si la société de consommation avait transformé l'humain en vulgaire produit, pourquoi ne pas faire du shopping au gré des catalogues en ligne ? »

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Par Sophie Sendra - BSCNEWS.FR / Petit roman qui ferait sans doute un bon exemple de « nomadisme » moderne. Il se ballade entre les « rives » méditerranéennes de l'auteure et d'autres, plus au nord, celles de la Belgique. Histoire d'une jeune femme qui cherche à comprendre à la fois les morts et les vivants, la famille et les rencontres, les souvenirs et la réalité.

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René de Ceccatty : un certain type d'affinitéPar Stéphanie Hochet - BSCNEWS.FR / Journaliste littéraire, écrivain prolixe, auteur d’une biographie de Violette Leduc et de Pier Paolo Pasolini, René de Ceccatty se penche sur un pan mystérieux de l’histoire littéraire italienne du XIXème siècle: le couple formé par Ranieri, jeune historien napolitain, et Leopardi, le célèbre poète et philosophe.

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Par Nicolas Bodou - BSCNEWS.FR / « Je venais de faire la connaissance de « commmoi », mon fiston. Il semblait avoir la délicatesse de la toile émeri et tout son être rayonnait de la tendresse infinie qui pousse les psychopathes à égorger les bébés koala avec une lime à ongles.
« Commmoi » était la branche Al-Qaïda de mon arbre généalogique.

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Par Sophie Sendra - BSCNEWS.FR / Un retour au style du conte philosophique pour cet auteur récompensé plusieurs fois par des prix littéraires. Savant mélange entre Voltaire et son Candide et une épopée homérique, c'est un ouvrage à la recherche de Sens.

Lire la suite : James Morrow : Un bonheur dans le style et dans l'humour

Par Sophie Sendra - BSCNEWS.FR/ Une belle collection qui s'adresse à tous ceux qui veulent découvrir des philosophes connus ou moins connus du grand public. Ces petits ouvrages sont parfaits pour des étudiants (ou des néophytes).

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Par Emmanuelle de Boysson - BSCNEWS.FR / Après « Confession d’un timide », Philippe Vilain joue l’indécis. Un prof de philo muté à Arras se souvient de son aventure - sa passade, dirait plutôt ce grand frileux de l’engagement - avec Jennifer, une jolie coiffeuse. Tout les oppose ; ils se consolent de l’ennui des dimanches jusqu’au jour où l’intello gaffe, humiliant la shampouineuse. L’amour, ce grand malentendu. Il y a un côté proustien chez cet auteur sentimental, un style épuré, un charme enjôleur, entre dérision et nostalgie. Ses portraits d’un inconstant et d’une Emma Bovary en doudoune fluo sont carrément notre genre. Une divine surprise. Elégant et subtil.

« PAS SON GENRE », de Philippe Vilain, éd Grasset

Par Harold Cobert - BSCNEWS.FR / Il y a quelques semaines, Delphine Peras, journaliste à L’Express et à Lire, m’a demandé d’exhumer un livre de mon « purgatoire littéraire ». Dans mon esprit, le mot « purgatoire » a immédiatement évoqué L’Enfer de la Bnf, et j’ai donc pensé à des ouvrages du second rayon ou traitant de figures libertines et sulfureuses. Inspectant les recoins inavouables de ma bibliothèque, mon choix s’est porté sur La Conversion de Casanova, une admirable nouvelle d’Hermann Hesse. Après l’avoir relue et en avoir parlé dans Lire, j’ai eu envie de partager mon affection pour ce texte ici.
Casanova fuit Stuttgart où ses dernières frasques ont autant déchaîné la chronique que les autorités de la ville. La police aux trousses, il se réfugie dans une auberge près de la frontière avant de descendre dans une autre à Zurich. Il décide d’y séjourner quelque temps pour se faire oublier et, en un mot, se mettre un peu au vert. Lors de l’une de ses promenades dans la campagne, il entre dans une église et engage une discussion théologique avec un prêtre. Né alors chez le Vénitien l’idée que, peut-être, il pourrait se ranger, abandonner sa vie d’aventurier et de libertin pour entrer dans les ordres. Au fil de leurs rencontres, Casanova entame sa préparation. La veille du jour où il doit prononcer ses vœux, il aperçoit le charmant profil d’une belle et mystérieuse jeune femme descendant dans l’auberge où il séjourne. Il se déguise en serviteur pour l’approcher, badine, mais la belle se joue de lui et ne cède pas. Le lendemain, elle est partie. Lorsque le prêtre vient chercher Casanova, celui-ci s’excuse, explique qu’il a changé d’avis et se lance à la poursuite de la belle inconnue – et de son destin.
Dans cette nouvelle, on retrouve tous les thèmes qui, de Siddhartha au Jeu des perles de verre en passant par Le loup des steppes et Narcisse et Goldmund, jalonnent l’œuvre d’Hermann Hesse : l’écartèlement de l’homme entre l’immanence et la transcendance, entre l’appel des sens et celui de l’esprit, le sensualisme et le mysticisme, le matérialisme et l’idéalisme. Ce qui est formidable, dans de texte, c’est d’avoir incarné cette dualité fondamentale dans la figure de Casanova. Car, de même que les grands mystiques sont souvent ceux qui doutent le plus de l’existence de Dieu, les grands pécheurs ont parfois la tentation de douter de son inexistence.
Enfin, le choix même de Casanova pour incarner cette dualité est fortement révélateur du positionnement existentiel et philosophique d’Hermann Hesse. En effet, si les grandes figures libertines foisonnent dans la littérature et dans l’histoire, elles se répartissent globalement en deux catégories correspondant à deux types de libertinages radicalement opposés. Un libertinage nocturne, relevant de ce que Michel Onfray appelle « les passions tristes », à savoir la domination et la soumission de l’autre (Don Juan, Valmont), voire son annihilation (Sade), et où la jouissance relève du plaisir de dénaturer autrui, de lui faire accomplir des actes qu’il réprouve ; et un libertinage solaire, procédant de « passions joyeuses », qui recherche le plaisir dans la jouissance partagée, librement consentie, la jouissance de l’un devenant une extension de la jouissance de l’autre, presque à l’infini. Hermann Hesse appartient à ce versant solaire ; versant qui, lorsqu’on on emploie à tort et à travers les mots de « libertin » et de libertinage, est toujours intéressant à revisiter.
Rares sont les textes qui rassemblent en si peu de pages tous les thèmes fondateurs d’un auteur. La Conversion de Casanova est de ceux-là. Et constitue une merveilleuse porte d’entrée dans l’œuvre d’un des plus grands écrivains du XXe siècle.

La Conversion de Casanova, Hermann Hesse, Calman-Levy, 11,25€.
Par Marc Emile Baronheid - BSCNEWS.FR / Trop souvent, lorsqu’ils accèdent avec bonheur à la prose, les écrivains renient leurs poèmes ou les considèrent à tout le moins comme des péchés de jeunesse. La Belgique est terre de poètes. Alain Bosquet disait qu’elle est le pays où l’on en compte le plus par kilomètre carré. Corinne Hoex est de ceux-là. Ses incursions fructueuses dans le romanesque autofictionnel ne la détournent pas du sillon pourpre du poème, d’autant qu’elle y poursuit le même dialogue diapré. Celle qui entra en écriture en posant le pied dans l’empreinte de sainte Brigide d’Irlande pratique un lyrisme de contention, fruit d’une sensualité soucieuse d’échapper à l’illusion romantique .


LE SOIR

un reflet
dans le miroir
un frémissement de soie
au même instant
la robe rouge à tes pieds

ton corset de satin
lacé comme une bottine
fermé d’un double nœud
*
* *


Récent prix Goncourt de poésie, Guy Goffette a glissé quelques-uns de ses poèmes les plus somptueux dans les replis de romans gonflés de mélancolie, de désir, de sève et de rêve. Pour l’un d’eux, il a d’emblée reçu, en Belgique, la seule distinction littéraire digne de ce nom. On a répudié les Muses pour bien moins. Pas lui. Il n’y revient pas, puisqu’il ne les a jamais quittées. Paradoxalement, Goffette est homme de partances. Il va de Caraïbes en syllabes ; ses envies sont ardennaises, son repos du guerrier est transsibérien. Voici qu’il sort de son baluchon une divagation. Méfiez-vous ! Certes il y est question du financier, du politique et du jardinier, fossoyeur compris, mais le filon laurifère est à découvrir sous le tablier des bonnes sœurs, là où les orgasmes entament la danse de saint Guy.
J’avais Laure dans la peau depuis pas mal de temps déjà, je la portais comme le saint sacrement en baissant les yeux sur mes pieds pour ne pas heurter le caillou qui m’aurait fait tomber avec elle, provoquant un Niagara de sons que la populace ne m’aurait pas pardonnés …

Une légende veut qu’un drôle de métallurgiste n’en finissait pas de renier son camarade président-directeur général, dans la moiteur du Jardin des oliviers. Le coq s’égosillait à crier au feu. Après trois fois , il rendit son tablier syndical.
Pas de ce danger-là avec Hoex et Goffette : ils sont encartés à vie.

« Juin », Corinne Hoex, Le Cormier, 60 pages, 17 euros
Par Marc-Emile Baronheid - BSCNEWS.FR / « Bizarre, cette idée d’aller jusqu’à cent ans » écrit un participant à la gerbe d’hommages que La Quinzaine littéraire offre à son directeur Maurice Nadeau, né le 21 mai 1911, encore et toujours éditeur et critique respectable. « J’ai une très mauvaise mémoire » confie-t-il en préambule à la nouvelle édition de ses souvenirs littéraires. C’est bien pratique pour pardonner sans en avoir l’air ou ignorer définitivement les tristes sires que l’on a croisés. Nadeau sait combien l’acrimonie est stérile; il s’encombre peu des épisodes fâcheux. Editeur de Perec, il se souvient forcément. De sa brouille avec André Breton, mais ce n’est pas original. De ceux qu’il a découverts, révélés, admirés, publiés. Il assume avoir toujours fait perdre de l’argent aux éditeurs pour lesquels il a travaillé. C’est moins un titre de gloire que l’indice qu’il ne fut pas un forban. On l’étrille ? Il remercie, plutôt que de croiser le fer avec des gens de peu : « il serait trop beau qu’on ait toujours les ennemis qu’on mérite » On l’aime ? Il n’a pas lieu d’en tirer vanité. N’imaginez pas qu’il fut un prince du consensus mou. Nadeau a su montrer les dents chaque fois que sa conception de la littérature était menacée. Ce qu’il relate de sa traversée du siècle en porte témoignage.
Nadeau est assis un soir au théâtre, lorsque deux mains lui enserrent le cou, par-derrière. Il se retourne, sidéré. « Excusez-moi, je vous avais pris pour mon mari » dit Jeanine Queneau. De fait, on les a longtemps confondus et ils étaient loin de s’en offusquer. Trouvera-t-on ce qu’ils avaient en commun dans le désopilant « Cher Monsieur Queneau », florilège de lettres reçues par le père de Zazie, à l’époque où il dirigeait le comité de lecture Gallimard ? Des graphomanes impénitents estimaient essentiel de vanter leur manuscrit – et l’auteur - pour persuader Queneau de leur immense talent. C’est savoureux, naïf, plastronnant, flagorneur, éberluant. On va de « Le sein de Gallimard peut-il s’ouvrir enfin pour celui qui n’est que solitude … et impuissance … » à « je l’aime trop pour vouloir y changer quelque chose ». On décernera la palme à ce merveilleux « Que gagneriez-vous à me décevoir ? ».
En 1936-1938, Queneau a pratiqué le journalisme alimentaire en posant aux lecteurs de L’Intransigeant des questions sur Paris. Un recueil en propose plus de 400, assorties de réponses où se mêlent Histoire, anecdote, facétie, savoir. Un exemple : quel est le pont qui fut inauguré 13 ans après avoir été terminé. Ce pourrait être une histoire belge ...

« Grâces leur soient rendues », Maurice Nadeau, Albin Michel, 481 pages, 24 euros
« Cher Monsieur Queneau », Dominique Charnay, Denoël, 298 pages, illustrations et fac-similés, 25 euros
« Connaissez-vous Paris ? », Raymond Queneau, Folio n° 5254, 181 pages, 4,60 euros
Par Stéphanie Hochet - BSCNEWS.FR / Né d’un père russe et d’une mère française, l’auteur de L’Offrande sauvage et de La Mélancolie des innocents revient sur ses attaches russes avec un texte court et dense sur la période des purges en Union Soviétique.

En référence à Iejov, l’homme de main qui la mit en œuvre, une vague de Terreur, la Iejovschina, déferle sur l’Union soviétique et cause 50 000 morts par mois. On comptera près d’un million de fusillés d’août 1937 à décembre 1938. Odessa, 1937. C’est l’arriviste Gromov qui se trouve à la tête du NKVD d’Ukraine – Commissariat du peuple aux affaires intérieures. Les ordres ont été donnés de traquer les saboteurs, les agents de la contre-révolution. Dans le jargon des tchéquistes, il est temps d’écluser, c'est-à-dire faire du chiffre, respecter les quotas, trouver des viviers de saboteurs, des infiltrations fascistes, des complots diligentés par l’étranger… quand bien même Odessa, ville de province du sud de l’Ukraine ne comprend que quelques pauvres paysannes qui comptent en pliant les doigts, des vagabonds, des ménagères exténuées par les longues files devant les magasins, des membres du Parti à qui on vient de retirer leur carte (…). Gromov ne veut pas prendre du retard sur les statistiques et mettre à mal son avancement. Terreur Grande est hanté par les charniers. Le livre s’ouvre sur une fosse commune, en pleine nuit, on enfouit des corps dans le plus profond secret, des corps d’hommes, de femmes, et d’enfants – sans scrupule, la mise à mort des enfants de 13 ans fut autorisée par Gromov avant le décret de Staline et Molotov. Fusillés ou laissés pour mort dans des fosses communes dont personne n’avait le droit de parler (car la rumeur elle-même était un crime), les Condamnés de première catégorie (à mort) étaient les plus fréquents, on s’acquittait de leur sort avec toute la violence des litotes linguistiques ; venaient ensuite les simples Condamnations de seconde catégorie (envoi dans un camp de Sibérie), cas rare.
Dans la famille de Jean-Pierre Milovanoff, on a perpétué le souvenir des Vassiliev, considérés par le régime de l’époque comme des gens du passé. En 1937, le capitaine Anton Semionovitch Vassiliev est un administrateur qui doit réunir les preuves concernant des culpabilités et constituer les dossiers des hommes et des femmes ennemis du régime. Vivant avec sa mère, une ancienne comédienne qui se rappelle avec nostalgie les conversations, les manières, le goût, l’insouciance. La beauté. L’art de dire en passant les choses profondes et de s’attacher aux détails qui ne sont pas toujours superficiels, un temps révolu qu’aura remplacé la terreur, il sauve une vieille femme amoureuse des vers de Baudelaire, une crève-la-faim littéraire. Les manières, le genre aristocratique de Vassiliev attirent la jalousie, la haine de Gromov qui tente de le faire tomber. Vassiliev l’apprend et tente de fuir l’Ukraine avec sa mère, après avoir pris Gromov en otage. Ils s’embarquent sur un bateau et tentent de gagner Istambul…
Un texte bref, au plus près de la démence d’une époque. Mu par un véritable besoin de dire ce que des millions d’autres ont été empêchés de faire, Jean-Pierre Milovanoff livre un témoignage bouleversant sur l’humanité et la honte.


Terreur grande de Jean-Pierre Milovanoff
Roman Grasset.
Mars 2011.
173 pages.
Par Carole Zalberg - BSCNEWS.FR / Il y a du chaudron de sorcière dans le travail de Fabienne Juhel. Y mijotent à parts égales la ruralité et le béton, la grâce et le crime, des êtres dévitalisés et des arbres aux tympans fragiles, des rites ancestraux et des désastres contemporains, de l’immatériel et tous les états de la chair : délicatesse, voracité, décomposition. Le lecteur d’abord un rien dérouté cède vite au sortilège de ce mélange unique.
Ce pourrait être un poison tant le mal et l’ombre guettent entre les lignes, tant ils tapissent la trame des romans de Juhel. Dans Les bois dormants, la narratrice, éternelle égarée, errait entre vie et mort, le corps inerte et comme échoué dans un lit d’hôpital tandis que son esprit arpentait souvenirs et cauchemars. A l’angle du renard, Prix Ouest France/Etonnant voyageurs 2009, orchestrait la rencontre entre une fillette des villes, douée d’une confiance lumineuse et un taiseux des champs rivé à sa terre bretonne, hanté par ses secrets et ses fantômes, tour à tour inquiétant et sensible.
Les hommes sirènes retrace le cheminement singulier d’une renaissance. Un baptême, plutôt. Antoine, que Juhel appelle « l’homme » en attendant de lui rendre le prénom qui le reliera à sa lignée, a été adopté à deux ans – acheté, ce n’est pas anodin - et élevé par Eli et Eve Eckert dans un vaste domaine bordelais. Jumeaux rescapés des camps, ces deux là ne croient plus en l’humain, ne sont plus que l’un pour l’autre et juste assez vivants pour transmettre à leur héritier choisi les mots et les images de l’horreur. Rien n’est épargné à l’enfant. Ni la description minutieuse des expériences pratiquées sur eux et beaucoup d’autres par le médecin du camp, ni la violence des chiens de garde, le danger qu’ils font planer, ni la mise à mort annuelle du cochon par un boucher qui a le même mot, « bonhomme », pour le petit garçon épouvanté et pour la bête qu’il s’apprête à égorger. C’est que le couple n’a pas voulu cet enfant pour donner ou recevoir de l’amour. Il est leur instrument au même titre que la meute de loups installée par Eli dans les bois du domaine. Chez eux, les Deux Ténébreux, ainsi que les désigne l’enfant, sont la loi, la règle. Une divinité bicéphale à qui tout devrait être sacrifié.
Ce pourrait être un poison, le spectacle d’un homme ainsi dépossédé de son identité et de son jugement, grandissant sans racines tel une fleur dans un vase d’eau croupie. Mais il y a Eugénie, la cuisinière et sa foi généreuse, le miel de ses paroles et de ses gestes, la douce rébellion de son affection pour l’enfant. Mais il y a le sorcier dans sa cabane aux confins du domaine. Lui est comme un relais vers le monde refusé à Antoine : celui de la mémoire et d’une sagesse qui ne serait pas du détachement. Un monde où l’enfant, par intermittence, entrevoit ce qu’il a été avant son adoption : Abhra, c'est-à-dire « nuage », l’incarnation de la liberté.
Ce pourrait être un poison, ce récit d’une vie volée et des épreuves nécessaires avant d’être enfin soi. Mais il y aura l’amitié sur le chemin, il y aura des corps aimants et des âmes bienveillantes logées dans un caillou ou le bruissement des feuilles dans le vent, il y aura le refuge des songes, ce lieu secret de la réunion.
Ce pourrait être un poison mais il y a la beauté d’une langue pétrie de ce que Fabienne Juhel sait entendre : le chant des éléments, les histoires confiées aux pierres et aux arbres, l’écho des existences que la terre couve.
Ce pourrait être un poison or c’est un puissant remède : une voix qui, parce qu’elle porte toutes les voix à travers le temps et l’éloignement, s’impose comme la vie même.

Les hommes sirènes, Fabienne Juhel, Editions du Rouergue.
Par Emmanuelle de Boysson - BSCNEWS.FR / Ecrivain et journaliste, Jean-Claude Lamy est l’ami des femmes. Il rend hommage à ces Françaises des sixties et des seventies qui surent conquérir leur liberté. Elles ont ouvert la voie en se battant pour leur indépendance, une révolution. Beauvoir, Bardot, Sagan, Greco… furent parmi des pionnières. Des symboles de liberté. Des femmes qui ont rendu leur tablier. Il fallait le faire ! Saluer leur courage, leur ténacité : merci à vous, ami Lamy. Et Dieu créa les femmes, de Jean-Claude Lamy, éd. Albin Michel.

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  Par Romain Rougé – Le festival de cinéma méditerranéen (Cinémed) revient du 20 au 28 octobre 2017 à Montpellier. Avant son coup d’envoi, l’équipe a essaimé les lieux culturels montpelliérains pour présenter cette 39ème édition.

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Alexis Lévrier : le journalisme à l’épreuve de l’endogamie avec la politique

Publication : vendredi 7 juillet 2017 11:12

Par Nicolas Vidal - Alexis Lévrier nous livre son analyse sur les liens étroits que les journalistes politiques entretiennent avec les sphères du pouvoir depuis l’Ancien Régime. «Le contact et la distance» est un ouvrage passionnant qui aborde l’ensemble de ces questions et réfléchit sur cette endogamie entre le monde de la presse et de la politique.

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