PERSEEPar Eloise Bouchet - La jeune troupe « A quoi la compagnie », fondée en 2013, s’empare pour sa septième création du mythe de Persée et le revisite à sa sauce. Une sauce pimentée et concentrée. Le sous-titre allitéré, « Persée, la palpitante épopée pipée perpétuelle », qui sonne comme des paroles de Boby Lapointe, donne le ton : la pièce sera fantaisiste, (ré)créative et absurde.

Les sons qui reviennent en boucle, qui roulent comme la pierre de Sisyphe, disent la sempiternelle répétition d’un destin, scellé avant la naissance, mais qui s’accomplira dans l’humour.

 

D’Eschyle à José-Maria de Heredia, en passant par Lully ou Rubens, le mythe de Persée a largement inspiré écrivains et artistes. La fin est « spoilée » d’avance. Malgré ses tentatives pour l’infléchir, Persée n’échappera pas à son destin: il tuera son grand-père, Acrisios, roi d’Argos. A quoi la Compagnie nous en offre pourtant une parodie pleine de surprises.

Six comédiens, parmi lesquels les excellents Rabah Benachour et Batiste de Oliveira, incarnent plus de vingt personnages tous plus loufoques et déjantés les uns que les autres: Danaé en amoureuse transie de Patrick Dempsey, Castor et Pollux en agents de sécurité, le professeur Mamadou en prédicateur escroc, Sisyphe en heureux gagnant de l’épreuve du lancer de poids aux J.O…

Tous ces personnages cherchent à instiller du sens dans leur existence mais se heurtent très vite à son absurdité intrinsèque qui, loin de susciter le tragique, autorise un espace de jeu désopilant. Les comédiens usent des ressorts comiques habituels : anachronismes, quiproquos, effets de surprise, ruptures de tons, de rythme, dérèglement du langage, accents, onomastique - Polydecte est rebaptisé « Polly Pocket »- Tout ceci fonctionne sans coup férir : on rit, et de bon cœur. Si les morceaux musicaux qui jalonnent la pièce -« Purple Rain » de Prince, devient « Golden Rain » quand Zeus, transformé en pluie d’or, féconde Danaé- gagneraient parfois à être plus abouties, la pièce reste néanmoins bien ciselée, très rythmée et recèle des trésors d’inventivité.

Persée : des comédiens qui dynamitent joyeusement le désespoir

De Sigmund Freud à Hélène Cixous, les intellectuels ont largement glosé sur le symbolisme du mythe, notamment sur la décapitation de la Méduse et le rapport au paternel. Ici, on est loin de ce type d’analyses : surréalisme à la Monty Python, humour décalé très assumé, références populaires. Inspirée aussi bien par « La guerre de Troie n’aura pas lieu » de Jean Giraudoux que « L’odyssée pour une tasse de thé » de Jean-Michel Ribes, Persée est une pièce intelligente et accessible qui mêle mythologie grecque et mythologie contemporaine (slogans publicitaires, chansons populaires, idoles télévisuelles ou cinématographiques … ). Franz Kafka écrivait : « Exprimons le désespoir de l’homme devant l’absurdité de l’existence ». Répondant à l’absurde par un humour lui-même absurde, les comédiens de Persée dynamitent joyeusement le désespoir.

 

« Persée, la palpitante épopée pipée perpétuelle »
A la Folie Théâtre, du 17 novembre au 28 janvier 2018, vendredi et samedi à 20h, dimanche à 18h30.
Mise en scène : Batiste Oliveira et Rabah Benachour.
Avec: Rabah Benachour, Pétronille Bernard en alternance avec Camille Giry, Martin Campestre, Claudia Cochet, Batiste De Oliveira, Marie Gebhard.
Création lumière : Batiste De Oliveira.
Création musicale : Marie Gebhard.

 

 

 

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