21CMITW

Par Nicolas Vidal - Augustin Trapenard revient pour une nouvelle saison de 21 cm sur Canal +. Le postulat ? Une émission qui aborde la littérature sous d’autres angles dans un format long ( donc rare à la TV) pour donner la parole à des invité(e)s trié(e)s sur le volet. Augustin Trapenard vient nous en parler. Entre le bilan de la première saison, les grandes lignes de la seconde et sur la culture générale, le Monsieur Culture du PAF est intarissable.

Cher Augustin, vous rempilez pour une seconde saison de 21 cm. Quel bilan tirez-vous de la première saison ?
Une grande fierté ! Celle d’être parvenu à convaincre notre chaîne très liée au cinéma de l’intérêt d’une émission littéraire, même mensuelle. Canal Plus a rediffusé tous les épisodes de la première saison de « 21cm » en clair, cet été - signe que le programme plaît. Je retiens également la chance d’avoir eu toute liberté dans l’élaboration de cette émission. Mon rédacteur en chef Ivan Macaux et moi-même n’avons somme toute jamais été contraints - et c’est la première condition, (suffisamment rare pour être notée), pour réaliser un programme de qualité à la télévision. Aujourd’hui, «21cm » est un OVNI dans le paysage audiovisuel, par le temps consacré à l’entretien littéraire, par l’éclectisme de ses invités et par l’originalité, surtout, de ses séquences. L’enjeu était quand même de donner un grand coup de pied dans la tradition du programme littéraire à la télévision. Ca ne fait que commencer… À nous la deuxième saison !

 

Quel(le) artiste retiendrez-vous en particulier pour cette première saison ? Avez-vous à ce sujet une anecdote de tournage ou de rencontre ?
Difficile de retenir un seul invité ou même une séquence, tant ces émissions sont longuement préparées, pensées et tournées avec passion. Le rythme mensuel nous permet d’enregistrer en longueur et de monter l’entretien avec une précision et une rigueur que je n’avais jamais vues à la télévision. J’ai été très ému, cela dit, à plusieurs moments, lors de l’émission consacrée à Edouard Louis. Dans les silences, le trébuchement de la parole, aussi, il s’est produit à mon sens quelque chose de très intime et d’unique.
Combien d’anecdotes inoubliables, par ailleurs, lors de cette première saison ! Pour n’en citer qu’une, la petite sieste de Jean d’Ormesson dans mon propre lit avant notre entretien - ce qui a tout à fait troublé mon chien !

 

" Une anecdote de tournarge ? Pour n’en citer qu’une, la petite sieste de Jean d’Ormesson dans mon propre lit avant notre entretien - ce qui a tout à fait troublé mon chien !"

 

 

Pour cette seconde saison, quelles sont les nouveautés à attendre dans 21 cm ?
Le principe de « 21cm », qui est une création originale, c’est justement de faire sauter les cadres de l’entretien littéraire, de ne jamais répondre à des codes ou à des conventions, et donc de toujours proposer quelque chose de l’ordre de la nouveauté. Encore une fois, cela ne tient pas qu’à nous mais à la périodicité mensuelle de l’émission, la liberté de création qui nous est offerte, et le fait que ce programme soit en crypté donc déconnecté de tout enjeu d’audience. Ainsi, chaque émission est pensée comme “sur mesure” pour l’auteur invité, avec des séquences inédites à la télévision - c’est d’ailleurs souvent ce qui nous anime lorsque l’on pense l’émission. La phrase préférée de mon rédacteur en chef : « Ca, je ne l’ai jamais vu à la télé ! » Pour ce numéro avec Enki Bilal, par exemple, l’entretien se mue peu à peu en fiction bilalienne, dans la forme et dans le fond. Je vous laisse imaginer… et rêver !

 

On ne peut pas s’empêcher de vous poser une question sur le teaser façon comédie musicale qui lance cette second saison. On dirait bien que cette idée vient de vous dans ce rôle de dandy littéraire, est-ce le cas ?
Ce qui nous amusait, c’était de proposer un « teaser » démesuré pour une émission à la rentrée décalée, diffusée à 23h00, sur une chaîne privée réservée aux abonnés... et en crypté ! Cette idée de démesure est d’ailleurs contenue dans le titre de l’émission, «21cm», qui joue aussi sur le décalage et le clin d’oeil.
À ce titre, la comédie musicale m’intéressait beaucoup comme forme pour une émission littéraire (ça non plus, je crois qu’on ne l’avait pas vu) et nous avons eu l’idée de faire un clin d’oeil à « La Belle et la Bête » qui est le plus littéraire des Walt Disney. Pour ce qui est de la paternité de l’idée, la télévision est un art collectif où chacun d’entre nous propose des idées lors de passionnantes séances de brainstorming !
Je dirais donc que l’on doit cette séquence, Ivan Macaux et moi, à l’originalité et au génie de toute notre petite équipe: Ophélie Roland et Marine Gruchet (production), Camille Bourleaud et Alexandra Guiral (journalistes), Valentine Chedebois (programmation), Capucine Colboc (stylisme) et Axelle Louvel (maquillage / coiffure). Sans compter la réalisation signée IDZ et l’école de comédie musicale Rick Odums !

 

Comment choisissez-vous vos invités tant l’offre est pléthorique ? Est-ce une alchimie délicate entre vos coups de coeur et l’actualité ?
Le choix des invités n’est pas forcément lié à l’actualité. Le prochain livre d’Enki Bilal, par exemple, sortira un mois après la diffusion de l’émission.  Encore une fois, il s’agit d’un choix collectif, même s’il faut absolument qu’il me passionne, qu’il ait une oeuvre conséquente et qu’il soit singulier dans la programmation de la saison en cours.
L’idée est de faire preuve d’éclectisme dans la variété des littératures interrogées, depuis le polar avec Ellroy jusqu’à la sociologie avec Edouard Louis, en passant par la BD avec Manu Larcenet, l’art contemporain avec Bilal, la poésie avec Patti Smith ou la littérature jeunesse avec Susie Morgenstern.

 

" L’idée est de faire preuve d’éclectisme dans la variété des littératures interrogées"

 

 

Quels sont vos petits trucs et vos manies pour la préparation de 21 cm ?
J’essaie déjà de bien dormir la veille de chaque séquence enregistrée ! Le pire, ce serait d’être trop fatigué pour ne pas savoir réagir, rebondir et adapter mon questionnement aux réponses de l’invité. Je parle également beaucoup avec l’invité entre les séquences, pour le mettre à l’aise et atteindre un niveau d’intimité qui me permette toutes les excentricités !
Dans l’ensemble, on rit beaucoup, surtout.

 

Avez-vous déjà en tête l’ensemble de vos invités jusqu’à la fin de la saison ?
Presque - mais c’est là l’ultime superstition de mon équipe. On n’en parle à personne de peur que cela ne se fasse pas… Croisons les doigts.

 

Quel serait votre invité(e) de rêve ? Celle ou celui qui pourrait être inaccessible et que pourtant vous souhaiteriez recevoir à tout prix ?
Je pense que je rêve d’entretiens impossibles - avec des invités qui ne sont plus là, des invités qui ne se déplacent pas et des invités qui ne parlent pas. À ce titre, Thomas Pynchon me semble un candidat idéal… Disons Pynchon en dialogue avec Joyce, chez moi, surpris par une performance de Duchamp. Convenez que ce serait formidable !

 

Plus politique maintenant, que pensez-vous du plan bibliothèque confié par la Ministre de la Culture à Erik Orsenna ? Pensez-vous qu’il soit un levier efficace pour ramener massivement les gens vers la lecture ?
La Ministre de la Culture est de fait sensible à la cause des livres, ce dont on peut se réjouir, mais il me semble bien tôt pour tirer un quelconque bilan ou annoncer d’éventuels succès. Je n’ai jamais, personnellement, été favorable au travail le dimanche - mais la question se pose pour les lieux de culture, de sociabilité et d’ouverture. L’espace de la bibliothèque coche toutes ces cases, mais encore faut-il veiller à protéger le métier de bibliothécaire et ses conditions de travail. Quant à savoir si ce plan, s’il est appliqué, sera un levier pour ramener massivement les gens à la lecture, je serais plus modéré. Des SMS aux emails, en passant par les « posts » des réseaux sociaux, notre époque est saturée d’écriture et de lecture. Il s’agit surtout de favoriser et de défendre les livres dans leur matérialité, dans le temps long qu’impose leur lecture et l’ouverture à l’autre qu’elle suppose.

 

Que lit et qu’écoute Augustin Trapenard en ce moment ?
Je suis plongé, en ce moment, dans les oeuvres complètes d’un écrivain populaire qui sera, je l’espère, l’invité de « 21cm » fin novembre.  Je déchiffre avec délice « Souvenirs dormants » (Gallimard), le dernier roman de Patrick Modiano qui sera l’invité de « Boomerang » (du lundi au vendredi à 9h10 sur France Inter) très bientôt. Et je relis « L’été de la vie » de J.M. Coetzee qui est réédité aux éditions du Seuil.  Pour ce qui est de la musique, j’écoute en boucle un album de Sibylle Baier intitulé « Colour Green », d’une infinie mélancolie.

 

21 CM
présenté
par Augustin Trapenard

Daniel Pennac sera l'invité d’Augustin Trapenard le mercredi 22 novembre à 22h50.

 

Augustin Trapenard présente également les émissions suivantes
“Boomerang” - FRANCE INTER “21cm” / “Le Cercle” sur CANAL +

 

( Photo Xavier Lahache/ Canal+)

 

Lire aussi dans nos grandes interviews :

Raoul Peck : "Aujourd'hui, l’opinion suffit sans avoir besoin d’argumenter ou de prouver"

Robin Renucci : la passion des mots

Plantu : "Les dessinateurs se fixent certaines limites"

 

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Commentez l'article

A LA UNE

Hoc,ou le Nez : une pièce qui dérange

Hoc,ou le Nez : une pièce qui dérange

Publication : lundi 20 novembre 2017 16:06

  Par Eloise Bouchet - Publiée pour la première fois en 1835 dans la revue littéraire Le Contemporain, la nouvelle fantastique de Gogol, « Le Nez », raconte l’histoire d’un homme qui perd mystérieusement son nez et qui part à sa recherche. Peinture de la société pétersbourgeoise du XIXème siècle et de ses travers, Le Nez offre également une réflexion philosophique sur la place de l’homme dans la société.

David Sala : à la conquête de Stefan Zweig

David Sala : à la conquête de Stefan Zweig

Publication : lundi 20 novembre 2017 09:42

  Par Nicolas Vidal - David Sala revient pour nous sur ce magnifique projet BD où il a adapté une nouvelle de l’écrivain Stefan Zweig, “le joueur d’échec”. Un travail admirable et une vision personnelle de ce récit où David Sala excelle dans le trait, le choix des couleurs et la construction d’un récit entre folie, secrets et échecs. Un des albums de l’année assurément !

Abonnez-vous à la newsletter

Abonnez-vous gratuitement à notre newsletter !

Sans langue de bois

Chômage : Pôle Emploi, une machine infernale selon Cécile Hautefeuille

Chômage : Pôle Emploi, une machine infernale selon Cécile Hautefeuille

Publication : vendredi 20 octobre 2017 10:11

  Par Romain Rougé - Cécile Hautefeuille est journaliste. De son expérience de demandeuse d’emploi est né un blog, Le Minisphère du Chômage et des Idées reçues, puis un livre, La machine infernale : Racontez-moi Pôle Emploi.

Evénement

BANNER BLUENOTE

 

PUB COESY 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Idées de voyages

BANNER VOYAGE

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Écoutez de la musique

CARRE MUSIQUE

PUB COESY 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Publicité

bandeau auto editionlight

PUB COESY 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer