SIMONE VEILPar Sophie Sendra - Il est difficile de critiquer une personne passée de vie à trépas surtout lorsque celle-ci  force le respect de par son parcours, ses épreuves, ses combats, ses meurtrissures. Passer de personne politique à personnage de la vie politique en atteignant l’ultime stade d’icone est en soi un exploit surtout quand on est une femme.

 

Transcender tous les codes jusqu’à devenir « un grand homme de la patrie reconnaissante » - sic – est autrement un pied de nez à ceux qui voyaient en elle une « bonne femme » un peu froide et trop rigide. Cumuler autant de « figures » différentes au cœur d’une seule personne est un exploit. Mais y-a-t-il plusieurs Simone Veil ? Là est la question.

 

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Bien entendu tous les journaux ont retracé la vie de Simone Veil. Petite jeune fille studieuse, enfant de Nice, qui fut raflée par des soldats allemands la veille de ses résultats au baccalauréat – elle ne saura qu’elle est reçue qu’après son rapatriement en France en 1945. La désobéissance de la jeune fille à un ordre de ses parents est à l’origine de son contrôle dans les rues de la Bella.
Une rebelle la Simone ? Une jeune fille rangée – comme l’aurait sans doute appelé Simone de Beauvoir – et d’un grand courage face à l’horreur des camps et la dévastation d’une partie de sa famille.
Il a suffi de regarder les journaux télévisés pour retracer la vie en condensé de cette femme politique pour se remémorer le parcours du combattant qu’elle mena contre les ostracismes, pour la réconciliation franco-allemande, pour l’égalité entre les hommes, pour la libre circulation des européens, mais on ne retint que son discours à l’assemblée pour la dépénalisation de l’IVG – même si ce fut une avancée majeure pour le droit des femmes. Mais alors ..?

 

Simone Veil ou Weil ?
Avant Simone Veil, il y eut Simone Weil. Rebelle contre une autorité esclavagiste, Simone est une syndicaliste et une philosophe française emprunte de mystères. C’est en Alsace, loin de Nice que cette Weil vit le jour. Tout comme la première elle n’eut pas d’éducation religieuse spécifique même si la judéité était présente. Elève du philosophe Alain, croisant Simone de Beauvoir à la Sorbonne, elle avait la réputation de prendre fait et cause pour les plus faibles, les malheureux, les travailleurs, les petites gens dont elle embrassait la condition à chaque occasion. Professeure de Philosophie dans le secondaire, elle n’hésita pas à revêtir le bleu de travail pour expérimenter l’esclavage ouvrier, l’aliénation d’un tripalium dénoncé par Marx. Elle fut ouvrière chez Alstom bien avant la seconde guerre mondiale. Elle en écrira des pages entières, dénonçant la misère humaine dont elle épousa les formes et le fond au sein même de son quotidien – La Condition ouvrière de 1951 et Oppression et Liberté en 1955 furent publiés de manière posthume comme tous les autres de ses écrits. Frappée par le mysticisme, elle connut l’immanence après avoir transcendé le travail philosophique de l’expérience humaine. Au moment où Simone de Beauvoir et Simone Weil se croisent à la Sorbonne, Simone Veil est à naitre. Lorsque Simone Veil passe son baccalauréat, Simone Weil est morte il y a à peine six mois dans des circonstances mystérieuses dans un sanatorium anglais, pays où elle avait rejoint le Général De Gaulle et la résistance. Certains ouvrages disent qu’elle aurait fait une grève de la faim en signe de solidarité avec les français, d’autres qu’elle se serait laissée mourir de faim, d’autres encore qu’il ne s’agissait que d’un des symptômes de la tuberculose dont elle était atteinte. Simone Weil était une résistante à l’oppression – espagnole d’abord puis allemande. Simone Veil en fut une des victimes.

 

Destins croisés
En 2002 une liste de femmes est proposée au gouvernement de l’époque afin de rendre hommage aux femmes – elles aussi – d’exception qui ont traversées l’Histoire de France. Sur cette liste il y avait inscrit « Simone Weil, grande philosophe du XXème siècle ». Elle ne fut pas retenue pour cette intronisation au Panthéon des grands Hommes. Simone Veil, elle, vient de l’être, alors qu’elle ne le voulait pas. Mais alors, que penserait-elle de cette égalité homme-femme, Simone Veil sacrée au rang « d’Homme » de la patrie reconnaissante ? Sans doute une certaine ambivalence, celle peut-être ressentie lorsqu’elle fut filmée le 13 janvier 2013 par une équipe de télévision au cœur d’une manifestation pro-vie, anti mariage pour tous aux cotés de groupuscules extrémistes – politiques ou religieux – qui ne prônaient qu’un seul système d’exclusion celui de l’Autre, qu’un seul modèle de famille moyenâgeux, qu’une seule vision du monde celle d’un christianisme qui la poursuivait jusque dans les couloirs de l’Assemblée Nationale.
Le mysticisme de l’une qui cherchait dieu mais qui n’entrât pas dans celui de tous – panthéon, de tous les Dieux – et l’autre qui refusa ces honneurs mais qui y entrera comme une icône – une image sainte.

 

S’il fallait conclure
L’Histoire n’est pas à une lettre près, elle n’en est pas non plus à un croisement près. Elle révèle toujours des personnages complexes qui, si on les érige en images iconiques, plus difficile sera d’accepter qu’au Panthéon ça n’est rien d’autre que l’humanité dans sa diversité que nous célébrons et rien d’autre, qu’on soit homme ou femme, d’ici ou d’ailleurs.

 

Lire aussi dans nos chroniques philo :

Alexis de Tocqueville : un chroniqueur d’une Amérique en construction ?

Festival de Cannes : une façade de carton-pâte de la Jet 7 ?

Langue française : l'Eternel Féminin

 

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