Democracy In America Roméo CastellucciPar Romain Rougé – Présenté en avant-première française au Printemps des Comédiens de Montpellier, « Democracy in America » marquait le retour de Romeo Castellucci sur le devant de la scène. Au-delà de son titre et de son contexte politiques, la pièce est l’assurance d’une réflexion plus complexe qu’il n’y paraît. 

Après l’élection de l’inénarrable Donald Trump, la nouvelle création du dramaturge italien avait, avouons-le, une résonance particulière. Dans « Democracy in America », il ne s’agit pas tant de retranscrire sur scène l’œuvre d’Alexis de Tocqueville que de faire la peau (au sens propre) au rêve américain.

Ainsi, à l’aide de matière historique, documentaire ou mythologique, Romeo Castlellucci propose une vision de ladite grandeur américaine. Les fondements de la démocratie athénienne sont comparés à ceux de la Constitution américaine ; l’histoire d’Isaac (fils sacrifié d’Abraham) est mise en perspective avec celle d’une paysanne qui échangera sa fille contre des outils… On parle esclavagisme ou disparition des amérindiens comme autant de passerelles à une fresque dantesque qui a construit la démocratie US. Le titre est lui-même un anagramme de plusieurs phrases, les danseuses militaires qui ouvrent la spectacle nous le rappelle dans une chorégraphie maîtrisée et saisissante : « Cocaïn in Army Medicare », par exemple...

Romé Castellucci : une mise en scène de l'onirisme dans Democracy In America

Disons-le d’emblée, beaucoup de choses marchent dans cet ambitieux théâtre. En premier lieu, la virtuosité de Romeo Castellucci à mettre en scène l’onirisme : les tableaux joués sous un voile cristallin sont époustouflants : corps horrifiques flottant dans l’air, bacchanales chimériques, valse d’objets non identifiés et irréels, le tout sur fond musical transcendant. Le songe à l’état pur.

L’histoire, elle, tourne autour d’un couple de paysans ruinés, prêts à tout pour survivre, de la vente d’un enfant à sa dévotion à Dieu, conduisant à une critique acerbe de l’Américaine puritaine voire carrément bigote. La pièce débute d’ailleurs par une glossolalie et la définition de cette pratique religieuse qui tend à prier à haute voix, dans une langue ayant l’aspect d’une suite de syllabes incompréhensibles. Après tout, ne dit-on pas que les voix du Seigneur sont impénétrables ? Ce qui est tangible en revanche est la performance de Giulia Perelli interprétant une Elisabeth possédée par le démon. Bluffant.

Les dates importantes de l’Histoire américaine sont ensuite projetées dans le désordre. Une confusion des « faits » qui accompagne l’embrouillement du public, tout aussi balancé entre art vivant et art abstrait : « Democracy in America » est parfois trop sibyllin. Si la conclusion est aussi attendue, elle appelle néanmoins à un questionnement intéressant : les mots sont-ils la source de tous les maux ?

 

Democracy in America
Mise en scène, décors, costumes, lumières : Romeo Castellucci
Librement inspiré du livre d'Alexis de Tocqueville
Textes : Claudia Castellucci et Romeo Castellucci

 

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