LA LOUISEPar Nicolas Vidal - Emilie Houillon aime écrire par dessus tout depuis son plus jeune âge. «Je fume» découle de cette passion irrépressible. Entre chansons à texte et reflets rock, cette artiste qui se fait appeler La Louise, auto-produite donne envie d’écouter cette verve littéraire qui n’est pas pour nous déplaire. Rencontre avec une artiste sensible qui écrit pour les autres.

 

Emilie, à quand  remonte votre rencontre avec  la musique ?
Elle remonte à l’enfance ! J’ai été élevée avec Pink Floyd et les Beatles autant qu’avec Brel. Un grand écart permanent qui m’a peut-être ouvert les oreilles dès le départ. Je viens d’une famille dans laquelle les échanges et les fêtes se font beaucoup sous le signe de la musique. On se glisse nos découvertes musicales, on échange des disques et on assiste régulièrement à des concerts ensemble. Comme on est plutôt pudiques, beaucoup de choses se transmettent de cette façon entre nous.  Je pense aussi que la pratique de la danse très jeune a façonné mon rapport à la musique, en en faisant une expérience qui se vit physiquement, qui nous traverse et nous modifie.

Et celle avec les textes puisque vous êtes une chanteuse à textes ?
J’écrivais des livres avant même de savoir écrire ! Je faisais des petites bandes dessinées avec des bulles que je remplissais de gribouillages remplaçant les lettres que je ne savais pas encore former. Une fois que j’ai appris à lire et écrire, je suis devenue insatiable.
Je n’ai jamais réussi à écrire de romans et j’ai cessé d’en être frustrée au moment où j’ai commencé à écrire des chansons, elles représentaient des petits chantiers à taille beaucoup plus humaine me semble-t-il qu’un roman. Il fallait que je trouve cette forme-là ! Le texte est un peu le fil d’Ariane entre mes différentes formes d’expression artistique, que ce soit le théâtre, la danse ou la musique.

Vous définiriez-vous plus comme gravitant dans l’univers du rock ou de la chanson française ?
Très bonne question ! J’ai l’impression qu’il faut sans cesse se catégoriser et ça m’est difficile. Comme s’il fallait choisir qui prédomine entre texte et musique. Je pense que mes textes me rapprochent plutôt du milieu de la chanson française, ou du «rock à texte». Et ce que j’apporte sur scène relève plutôt je crois de l’énergie du rock, dans son côté nu et brut. Et dans l’esthétique musicale et le choix des instruments, ma famille est clairement celle du rock.

Qu’est ce qui pousse à écrire? Est-ce autobiographique ?
Ce n’est pas systématiquement autobiographique mais c’est toujours intime. J’écris parce que cela m’est nécessaire. C’est un élan. Un élan retravaillé ensuite, mais c’est une pulsion. Cette pulsion est très souvent le fruit d’une rencontre avec quelqu’un ou avec une part de moi-même que je ne connaissais pas. Ça peut aussi être un élément d’actualité comme pour le morceau «313» que j’ai écrit pour Clémentine Autain et les 313 femmes qui ont signé ce manifeste. Je n’écris pas «sur», j’écris «pour». Comme un cadeau, un hommage, comme on écrirait une lettre aussi.

 

 


Que vous a apporté le théâtre et la danse dans votre carrière de chanteuse ?
Je dirais que cela m’a permis de préciser mon rapport au public, le regard, la mise en jeu du corps et l’envie de raconter. Et peut-être un de prendre un peu de recul aussi, du fait de ne pas graviter dans un seul milieu. J’ai besoin d’ouverture, de rencontrer des gens et des pratiques différentes, je ne suis pas du tout une monomaniaque !

Qu’est ce que vous aimez dans le fait de raconter des histoires?
Retrouver l’intimité que l’on ressent en lisant. Le fait que l’on s’adresse à quelqu’un. Cette sensation très intime quand on lit un livre : on est seul dans un univers dont on a l’impression qu’un auteur l’a créé uniquement pour nous. On entend sa voix nous parler. Cette voix d’un écrivain, je la ressens fortement en lisant.
Et quand je chante j’ai cette envie, cette préoccupation-là. J’écris «pour» et je chante «pour» - pour moi aussi d’ailleurs. Comme une invitation au dialogue. Des questions que je pose y compris à moi-même.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le titre de votre EP ?
J’ai choisi «Je fume», qui est le titre du premier single du disque. C’est un symbole pour moi. C’est une chanson autobiographique, par laquelle la genèse du disque s’est précisée. C’est grâce à «Je fume» que Nathan Harnau, qui l’avait entendue en live, a travaillé sur mon disque. D’une période un peu difficile de ma vie est née cette chanson puis cette collaboration avec Nathan, et c’est aussi le titre dont on me parlait le plus volontiers après les concerts. Beaucoup se reconnaissaient dans ces passages amoureux dans lesquels on se consume. Avec pour compagne de galère la cigarette...
Choisir ce titre pour représenter le disque, c’était mettre en avant le caractère cathartique de l’écriture !

Comment appréhendez-vous aujourd’hui l’univers musical ? Est-il difficile de se faire connaître et de proposer son talent au plus grand nombre ? Quels sont les avantages et les inconvénients de l’auto-production ?
J’ai l’impression de  faire un travail artisanal. Peaufiner patiemment mes chansons, ne pas vouloir aller trop vite (la patience n’étant pas ma qualité première...) Je me dis que plus je suis sincère et près de ce qui me touche, plus je cultive ma différence, plus je vais toucher d’oreilles et de coeurs. Ça ne m’intéresse pas d’avoir une immense exposition médiatique si c’est pour disparaître six mois plus tard  comme cela  arrive  souvent. Je préfère continuer à avancer en étant à la fois patiente et exigeante pour rencontrer et agrandir peu à peu mon public.
L’autoproduction me garantit pour l’instant une totale liberté dans mes choix artistiques, en revanche c’est une économie fragile, il me faut depuis des années concilier ma vie artistique et un travail alimentaire, ce qui requiert pas mal de rigueur pour pouvoir mener mes projets ! Sans argent les choses prennent plus de temps et  ce n’est pas toujours facile à accepter.
Cette indépendance me permet aussi de choisir de qui je m’entoure. Par exemple c’est un ami, Jan Sitta, qui a réalisé le clip de «Je fume».
Le fait d’avoir peu de moyens pousse à être créative, et cette démarche de Do It Yourself, je la trouve très stimulante. La chance et les rencontres ont leur importance aussi : par une heureuse coïncidence on m’a proposé des jours de studio au Studio Garage lorsque je commençais à travailler sur le disque. J’ai également beaucoup profité du studio de Nathan Harnau (arrangeur de «Je fume» et coréalisateur de l’album, il en a fait le mixage également). Sans cette générosité, je n’aurais pas pu enregistrer dans d’aussi bonnes conditions !

Quelle a été votre expérience du financement participatif pour cet EP ?
À la fois très mobilisante et très enthousiasmante ! J’ai récolté 6800 euros qui m’ont permis de financer le pressage et le mastering du disque, mon attachée de presse, le clip, les photos etc.
J’ai   été   sidérée de   voir la mobilisation de personnes que je ne connaissais pas ou peu - et je ne parle même pas de la mobilisation de celles que je connaissais. C’est plus que de l’argent, c’est un encouragement, ça veut dire continue, nous croyons en ce que tu fais, nous avons envie que ça grandisse. Ça m’a donné des ailes, même si c’était un travail énorme de mettre cette campagne en place.

 

Les prochains concerts de La Louise
le 14 juin à 20h30 à la Manufacture Chanson (Paris 11) en première partie d’Hildebrandt
et le 15 juin au Pop In (Paris 11)

 

La Louise
Je fume
Autoproduction

le site officiel de La Louise

 

Lire aussi dans nos interviews musicaux en Backstage :

Da Silva : "Cette aventure est périlleuse mais heureuse"

No Money Kids : la bombe électro-blues

D.I.V.A : l’Opéra sans dessus dessous

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