LEO SIDRAN " Entre chien et loup "Par Nicolas Vidal - Depuis tout petit, Léo a suivi son père, Ben Sidran. Puis il a appris de son talent et de son expérience. Du Winsconsin à New York en passant par Meudon, Léo Sidran propose un très exaltant Entre chien et loup. Le musicien multifacettes nous parle de sa carrière, de ses projets et de sa conception de la musique.


Comment fait-on pour lancer sa propre carrière en étant le fils de Ben Sidran ?
Tout le monde est l’enfant de quelqu’un. Plus je vieillis, plus je comprends que cette question n’a pas vraiment d’importance. Nous devons chacun trouver notre propre chemin, peu importe où l’on commence, ou qui l’on connait, ou ce que les gens en pensent. Mon père a toujours été mon plus grand supporteur, et probablement mon plus grand fan. Parfois, je m’inquiétais de ce que les gens pouvaient penser de ce « fils de », marchant dans l’ombre de son père, mais avec le temps et le travail, je n’y pense plus autant. Je fais juste ce que je pense être intéressant et créatif pour moi. Lors de mes premières représentations, je jouais avec mon père, dans des petits clubs de jazz dans ma ville natale (Madison, Wisconsin). On jouait souvent en duo, moi à la batterie, lui à l’orgue. Parfois, nous avions des guests, des amis de mon père, j’avais la chance de jouer avec des musiciens incroyables quand j’étais adolescent. Des gens comme Phil Upchurch, Richie Cole, Howard Levy et Richard Davis. J’ai passé dix ans à travailler comme batteur de jazz à Madison, avant de déménager à New York. En même temps, j’écrivais des chansons. J’ai commencé à l’âge de 13 ans environ, j’écrivais des chansons constamment et je les enregistrais dans un petit studio que nous avions construit à la maison. Mon père travaillait avec le groupe de Steve Miller (un groupe de rock important), je pouvais donc faire écouter mes chansons à Steve et il m’encourageait à écrire. A la fin, il enregistrait certaines de mes chansons, et je pense que c’est comme ça que je suis devenu compositeur professionnel. Avant même que je ne comprenne ce qui m’arrive, je jouais dans des clubs de jazz et j’écrivais des chansons pop. Tout cela, c’est parce que j’étais le fils de mon père, mais ça s’est aussi fait de manière organique et naturelle. Vingt-cinq ans plus tard, ma vie et ma carrière sont essentiellement une extension de ces expériences. Et je fais toujours beaucoup de musique avec mon père. Mais je pense que j’ai commencé à développer une identité séparée de lui un peu plus tard, peut-être lorsque j’ai découvert la musique latine, la bossa-nova, et la musique espagnole. J’ai aussi développé une carrière en tant que producteur de musique, et ça m’a permis de travailler avec de nombreux artistes du monde entier, et de clarifier mes propres idées sur la musique.

Comment avez-vous fait connaissance avec la musique, Léo Sidran ?
La musique et les musiciens étaient dans ma maison et dans ma vie depuis que je suis né. J’ai appris à écouter de la musique et à en jouer, de la même manière que les gens apprennent à écouter une langue et à la parler. Je n’ai jamais étudié la musique de manière formelle. Mais j’ai appris à écouter le langage de la musique, surtout du jazz, du R&B et de la soul, au même moment où j’apprenais à parler. Mes parents m’ont offert une batterie quand j’avais 5 ans environ. J’ai passé des heures à jouer de la batterie avec mon père, pendant qu’il jouait du piano. J’imagine que j’ai appris ce que ça faisait de jouer et d’écouter de la musique en jouant avec mon père, ce qui explique pourquoi aujourd’hui, nous avons un sens du rythme assez similaire. Alors que je commençais à écrire des chansons, j’ai aussi découvert l’art d’enregistrer. Je faisais partie de l’une des premières générations à avoir un accès rapide à l’enregistrement. Ce n’était pas comme aujourd’hui, où tout le monde peut enregistrer avec un ordinateur. J’avais besoin de beaucoup d’équipements, comme des synthétiseurs ou des magnétophones. Mais en général c’était accessible aux gens comme moi, qui s’y intéressaient. J’ai donc trouvé une technique pour jouer plusieurs instruments dans mes enregistrements. J’ai appris à jouer de la guitare, de la basse, du piano et de la batterie simultanément. J’ai passé tellement de temps à essayer de copier les sons que j’entendais sur les enregistrements, à la fois les sons de l’enregistrement, mais aussi les performances et les compositions… Evidemment, j’échouais à chaque fois, mais le fait d’échouer m’aider à mieux me connaître. Aujourd’hui, je parle à plusieurs musiciens de cette idée, que l’échec est un bon moyen de trouver sa propre identité en musique.

D’où vient le nom de l’album Mucho Léo ? Que signifie-t-il ?
C’est un jeu de mots. En anglais, mon nom se prononce comme « Lio » en Français, avec un long « e », comme un « i » français ou espagnol. Un anglais qui verrait le titre de l’album le prononcerait « Mucho Lio ». Mucho signifie « beaucoup » en Espagnol. Donc dans sa plus simple interprétation, ça veut juste dire « Beaucoup de Leo ». Ca fait référence à l’idée que j’ai tout fait sur cet album. J’ai écrit toutes les chansons, joué de tous les instruments, chanté toutes les parties, j’ai enregistré tout ça, je l’ai mixé, j’ai fait la couverture de l’album. Tout. L’album est empreint d’une certaine nostalgie, et beaucoup de chansons examinent mon passé. « Speak To Me in Spanish » et « Where Have I Been » sont des chansons qui réfléchissent à d’autres époques de ma vie. J’ai donc fait ce disque  de la même manière que j’enregistrais lorsque j’étais adolescent, dans la maison de mes parents, à jouer de tous ces instruments, seul dans une chambre où personne ne pouvait me voir. La deuxième signification est la phrase espagnole « mucho lío » qui signifie « beaucoup de problèmes » ou « un gros bazar ».


Pour revenir à ce nouveau projet Entre chien et loup, pouvez-vous nous parler de la naissance de ce disque ?
A l’origine, on avait comme idée de faire une sorte de live de « Mucho Leo » en France. J’aimais l’idée, mais je voulais aussi écrire quelque chose de nouveau pour le projet, parce que je pouvais imaginer à quoi la musique ressemblerait en étant jouée par mon groupe français. J’ai donc écrit deux chansons, en pensant à eux (« Desire » et « Entre chien et loup »). J’ai aussi pensé que ce serait une bonne opportunité de revisiter de vieux matériaux de mes anciens enregistrements qui ne sont jamais sortis en France. Avant « Mucho Leo », j’ai fait trois enregistrements solo, donc j’ai choisi quelques-unes de mes chansons favorites de ces albums et j’ai arrangé la musique pour le format. « Conversation », « I’m Gone », et « Jamboree » en faisaient partie. Le reste est, en réalité, une sorte de «Mucho Leo » en Live.

Comment avez-vous trouvé le titre de cet album Entre chien et loup?
Je dinais avec mes amis Pierre et Max Darmon. Pierre dirige le label en France, et son fils Max joue de la basse avec moi. On regardait le soleil se coucher plutôt tard, un soir de juin, et Pierre me dit : « Tu sais, il y a une belle expression française pour cette période de la journée. On dit ‘entre chien et loup’». J’ai compris que la signification originale était une référence à la vie de la campagne, mais j’aimais aussi la symbolique possible de cette phrase. A l’intérieur de chacun de nous, il y a à la fois un chien et un loup, et nous vivons chaque moment entre les deux. Peut-être que le jour lui-même est une sorte de chien, et la nuit un loup. L’idée qu’il y ait un moment où sont présents à la fois l’ombre et la lumière, l’innocence et l’agressivité, la timidité et la sournoiserie, je trouve cette idée très séduisante.

Pourquoi s’être entouré de musiciens français ?
Au début c’était une sorte d’expérience. J’ai souvent apprécié le fait de travailler avec des collaborateurs internationaux (j’ai fait beaucoup de disques avec des Espagnols et des artistes latino-américains par exemple), mais dans ce cas-là c’était juste un test. Je suis venu à Paris, quand j’étais en tournée en Europe et j’ai rencontré Max Darmon et ses amis, Romain Bouiges et Paul Sany. On a répété une après-midi juste pour essayer, et j’aimais vraiment jouer avec eux. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai eu l’impression d’avoir un groupe. A New York, par exemple, nous avons beaucoup de musiciens incroyables. J’adore la diversité et le défi de jouer avec de nouvelles personnes. Mais à cause des réalités économiques de la ville, et des pressions créatives que nous subissons tous, c’est plutôt difficile de former une réelle unité. A Paris, j’ai trouvé un son cohérent très rapidement. Les garçons étudiaient ma musique, presque trop ! Ils me rappelaient des petits détails de mes chansons que j’avais oubliés. C’est aussi utile que ces gars soient dans un groupe parisien, appelé « Blue Morning », et ils apprennent souvent le répertoire d’autres artistes, donc ils sont à la hauteur. Plusieurs fois dans ma vie, j’ai été le plus jeune musicien du groupe. En commençant comme adolescent avec mon père, on m’appelait « le petit ». Les musiciens de Ben m’appellent toujours «Petit ». En jouant avec ces Français, j’ai très bien ressenti que j’étais le plus vieux, et que mon expérience et ma mentalité avaient de la valeur pour eux. Je pouvais continuer la tradition qui m’avait été transmise lorsque j’étais plus jeune.

Ce qui est frappant, c’est que chacun des 12 morceaux a un univers particulier. Pouvez-vous nous en dire plus?
Une chose qui pourrait expliquer cet univers particulier, c’est que la matière de ce disque vient de différentes époques. Deux chansons sont plus jeunes et ont été imaginées pour ce groupe, d’autres sont plus vieilleset ont une énergie différente. Des chansons comme « Jamboree » et « I’m Gone» viennent des années où la musique latine et la bossa-nova étaient profondément ancrées en moi. « Conversation » est encore plus vieille, c’est une chanson que j’ai écrite quand j’avais 15 ans, pour Steve Miller. Et puis, même si l’enregistrement de « Entre chien et loup » a été fait en une nuit en face d’un public, j’ai passé du temps à travailler les sons après, et j’ai fait attention à maintenir l’intégrité d’un concert Live, mais j’ai aussi changé l’atmosphère d’une chanson à une autre. Parfois, vous entendez la taille et la résonance de cette merveille salle du Studio de Meudon. Parfois, j’ai mixé la musique pour qu’elle soit plus serrée et qu’elle sonne immédiatement. Sur certaines chansons, la voix est comme un écho, ou une annonce via haut-parleurs. D’autres fois c’est comme un murmure ou une conversation. Nous avons aussi eu plusieurs guests qui ont changé le ressenti de certaines chansons. Manu Galvin et Elsa Kopf ont tous les deux changé l’énergie de la chanson lorsqu’ils m’ont rejoint sur l’enregistrement.

Pouvez-vous nous dire comment s’est passé l’enregistrement avec la présence du public ?
C’est une situation atypique pour un musicien. Il n’y avait aucune séparation entre la scène et le public, nous étions tous dans un studio ensemble, et c’était assez inhabituel. En réalité, c’était exactement ce que j’avais espéré. Dans un concert traditionnel, je trouve que la scène élève en quelque sorte les musiciens au statut de super-héros. Mais dans ce cas-là, nous étions tous assis au même niveau. Il y avait moins de distinction entre eux et nous. Il n’y a aucun doute que l’air et l’ambiance de l’album sont le résultat direct de la présence du public dans la salle. Mais bien sûr, nous étions aussi très chanceux que ce soit à la fois un enregistrement live et un enregistrement studio, parce que nous étions dans l’un des meilleurs studios en France qui puisse le faire.

Si vous deviez définir cet album en 2 mots, que diriez-vous ?
Au début, je voulais répondre simplement « chien » et « loup », mais peut-être que c’est trop évident. Je vais dire plutôt « alors » et « maintenant ».

Travaillez-vous sur un nouveau projet ?
J’ai commencé à écrire de nouvelles chansons pour un autre album et là, je suis en train de trouver un son qui me rappelle beaucoup la musique de la fin des années 1970 et du début des années 1980. En réalité, je me suis mis à penser plus à l’année 1980. Beaucoup de disques incroyables, d’artistes qui m’ont le plus influencé, sont sortis cette année-là. Steely Dan, Prince, Elvis Costello, Tom Waits, Stevie Wonder, Squeeze, Paul Simon, Joe Jackson, Paul McCartney,… et bien sûr Ben Sidran. Je ressens vraiment les éléments de tout ça, nageant dans les chansons. ça m’a aussi fait penser à une autre idée que je commence à explorer : un hommage à Michael Franks. Il a une matière tellement bonne et je me sens concerné par son esthétique et son atmosphère. Je ne sais pas ce qui va sortir en premier, mais je suis sûr que d’ici à la fin de l’année il y aura d’autres nouveaux projets qui seront prêts.

Leo Sidran
Entre chien et loup
Live à Meudon
Bonsai Music

> Le site officiel de Leo Sidran

 

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