SARAH LENKA Par Nicolas Vidal - Sarah Lenka revient avec un 3ème album après une absence de 2 ans des studios et de la scène. L’artiste française revient avec «I don’t dress fine» et se confie sur ce retour gracieux et réjouissant.

 

Bessie Smith et Billie Holiday sont-elles deux icônes qui vous ont poussé à faire du Jazz ? Dans quelle mesure ?
En effet, je n’avais aucune culture jazz, je n’écoutais pas ce style de musique et le jour où j’ai entendu Billie pour la première fois, j’ai été très émue car pour moi elle savait chanter les silences, elles savaient transmettre toute cette douleur qu’elle portait et ça m’a renversée, moi qui ai appris à taire mes propres douleurs.
Billie m’a ouvert la porte de cette liberté au point d’en devenir une quête pour moi. Car, avant tout, avant de penser carrière, il s’agit bien d’une introspection que de vouloir chanter. Avant de partager, il faut savoir de quoi l’on parle, qu’est ce que l’on chante ? Pourquoi on est là ?
Grâce à Billie, j’ai découvert Bessie, et une deuxième grande vague d’émotion. Une fois encore, une femme qui chante sa douleur, sa vie, ses mésaventures, sa maltraitance qui est un thème qui me tient à cœur ; comment vit-on après et pendant la maltraitance ? Bessie savait chanter ça avec toute sa provocation, sa soif de vivre, en cassant les codes imposés. Elle a défié les moeurs, elle s’est battue pour être. Et elle a réussi. Elle a imposé tout un chemin pour les chanteuses qui ont suivies, elle ouvert la voie.
En ce sens ces deux femmes m’ont marquée, troublée et inspirée dans mon chant,  personnellement, en tant que femme et sur ma réflexion concernant la maltraitance. Je me suis plongée dans ces histoires de femmes, leur rapport aux hommes, à l’amour, la douleur et ce que l’on accepte.

 

Pourquoi avoir fait le choix d’un 3eme album sur le répertoire de Bessie Smith?
Je pense que faire cet album était pour moi une nouvelle aventure. Un projet où j’avais envie d’être plus sincère, de me dévoiler. Il m’a permis de me dépasser car pour chanter Bessie Smith, je devais me débarrasser de beaucoup de choses pour être sans artifices, sans maniérisme et juste chanter vrai. Pour y aboutir, il a fallu entreprendre un chemin personnel. À travers cet hommage, je suis sortie différente. On ne chante pas Bessie Smith par hasard.
J’ai voulu être moi et Bessie par sa force et son côté brut m’a permis de me découvrir. J’avais envie de raconter toutes ces histoires, les siennes, les miennes, de partager plus, d’ouvrir, de revenir à l’essence de la musique car c’est ce que j’entends quand j’écoute Bessie. J’entends le fait de jouer, de transmettre, de donner, d’avancer, d’oser, de lâcher, de rire et de pleurer. Et faire cet hommage m’a permis tout cela.

 

 

Comment avez-vous appréhendé le répertoire notamment dans le choix des chansons ?
J’ai choisi les chansons au coup de cœur. J’ai écouté tous les albums, ils défilaient et certains mots, histoires, notes, interprétations m’ont touchée plus que d’autres.
Ensuite je les ai chantées et certaines ne m’allaient pas, ou je ne « connectais » pas avec l’histoire. Je voulais parler d’amour, de vie, des moments où elle parle de cette maltraitance qu’elle ne veut plus, des chansons où elle parle de se battre pour elle et d’être prête à tout pour ça. Ces chansons là étaient mes choix comme Sing Sing Prison Blues, où elle raconte qu’elle a tué son homme car il la trompait, la maltraitait. Elle va en prison pour ça et se sent plus libre en prison que dans sa relation. Elle a fait quelque chose pour elle finalement et n’a pas accepté ces abus. Il y a aussi Outside of that, où elle dit que malgré que son homme soit le pire sur terre, elle en est amoureuse et qu’elle n’a jamais été aimée ainsi. Là c’est l’autre partie, la partie fragile, la femme amoureuse qui cherche l’amour désespérément.

 

Pourquoi avoir opté pour le registre Blues-Folk pour les interpréter ?
Pour cet album, j’entendais le banjo de l’époque, le son des cordes d’une guitare de rue, la contrebasse et la trompette bien sûr,  instrument crucial à la formation. Ce dernier chante avec moi, représente l’époque et forme un duo parfait avec la voix. Je voulais cette formation simple, sans fioritures ; une formation qui peut jouer n’importe où et partout sans être amplifiée. J’aime le côté organique de ces instruments, j’aime aussi la douceur qu’apporte le coté folk des arrangements. J’aime ce mélange d’authenticités.
Le folk,  c’est de là d’où je viens. Les guitares acoustiques, ce type d’arrangements, c’est ce que je voulais entendre. Lier l’ancien, le son d’avant que j’adore et le folk vient apporter ce côté intime, fragile qui est très présent dans les chansons et les histoires de Bessie. Malgré son coté agressif et revendicatif, il y avait chez cette femme une sensibilité à fleur de peau, un espoir de changement, le rêve de vivre une belle vie, libre et respectée.

 

Qu’est ce qui vous rapproche artistiquement de Bessie Smith ?
Le premier mot qui me vient à l’esprit c’est Authenticité. Passer d’abord par les émotions primaires, par le vrai, par le vécu, par l’intime et l’envie de juste casser certains codes.
D’enjamber un passé qui nous a brimé, écarté ou déformé et le besoin d’être sincère, que cela plaise ou pas ;  de dire, de s’amuser, de bouger, de se dépasser. Musicalement, je suis amoureuse de ces mélodies du début 20e siècle, de ces images des champs de coton et chants d’esclave qu’on entend aussi dans sa musique. Un chant a capela et tout est là, comme ce verse qu’elle chante seule de St Louis Blues et nul besoin d’autre chose. Elle parle, elle dit, elle est là et par elle je me suis permise de le faire avec ce 3e album, je le fais sur scène et c’est magique de se laisser aller ainsi.

 

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Pouvez-vous nous présenter en quelques mots les musiciens qui vous accompagnent ?
Je suis accompagnée par 4 musiciens. Fabien Mornet au banjo & dobro. C’est avec Fabien que nous avons fais tous les arrangements du disque. C’est mon binôme dans la direction artistique. Manuel Marches à la contrebasse. Manuel était également sur mes 2 premiers disques et ça fait maintenant 8 ans que nous travaillons ensemble. Taofik Farah à la guitare nylon. Une très belle rencontre humaine et musicale et Taofik a un jeu unique. Sur l’album c’est Malo Mazurie à la trompette et maintenant sur les tournées, je suis accompagnée de Camille Passeri et  Quentin Ghomari.  J’ai la chance d’être entourée de merveilleuses personnes aussi humaines que talentueuses.

 

Vous avez failli abandonner la musique après votre second album. Pourquoi ?
Oui c’est vrai. Après le 2e album, je ne me retrouvais plus. Quelque chose m’échappait et je ne me retrouvais pas dans la manière où les choses évoluaient. Ce n’était ni ma vision de la musique, ni d’une carrière musicale. Je ne trouvais pas ma place sur scène, dans ce que je disais, transmettais.Je n’avais plus assez de niaque et pour moi la musique est avant tout un plaisir, une envie. Si la motivation n’y est plus, alors  le moment est venu de comprendre pourquoi. J’avais besoin d’aller dans un projet qui me permette d’être moi à 100%, un projet qui allait raconter ma vision de la musique sur scène. J’avais besoin de comprendre ce qui me manquait pour aller dans la bonne direction, pour me découvrir et c’est ce qui s’est passé avec ce 3e album. Notre première scène fut magique car j’ai raconté toutes ces histoires, avec cet humour, ce second degré et j’ai pu ainsi montrer ma manière de présenter et transmettre cette musique et surtout m’amuser, donner le sourire aux gens, les faire voyager, les faire sortir de leurs habitudes, leur faire tout oublier avec nous. Pour cela, il fallait avoir pris le temps de comprendre. Ce recul m’a permis aujourd’hui de pouvoir être complément libre sur scène et de créer un vrai spectacle.

 


Quel est le chemin parcouru depuis Am I blue sorti en 2008, Sarah Lenka ?
Depuis Am I Blue, nous avons beaucoup tourné. Grâce à ce premier album j’ai fait mes pas sur les grandes scènes, j’ai découvert le métier, appris à être leader d’un groupe. J’apprends encore mais lorsque l’on est bien entouré, c’est facile.J’ai ensuite travaillé sur le 2e album en 2012. Ce fut moins évident de sortir un concept. J’avais plein d’idées, et je voulais à l’époque faire un album avec simplement des chansons que j’aimais. Pour la première fois j’offrais des compositions des musiciens, j’explorais différents types d’arrangements comme Glory Box de Portishead ou Stormy weather avec un univers plus sombre, que j’aimerai explorer plus encore. Ensuite j’ai fait cette pause de 2 ans et depuis avec ce nouveau projet sur Bessie nous avons enchaîné de nombreuses dates de concerts dont une grosse tournée entre juillet et novembre derniers. Nous avons été programmés sur de nombreux festivals partout en France et j’ai ainsi pu développer le show, les idées, le concept. Aujourd’hui la formule concert est vraiment au point et le public se lève, danse, s’exprime sur ces histoires de vie. Il y a une ambiance extraordinaire de réciprocité entre le public et le groupe.

 

Que représente ce nouvel album dans votre carrière ? Est-ce celui de la maturité ?
Cet album est un vrai tournant. C’est l’album où je me suis révélée en tant que chanteuse. Je me suis découverte sur scène, j’ai appris à m’amuser, rire, pleurer, partager.
Il m’a ouvert de nouvelles portes, m’a permis des rencontres. C’est un album où je me suis autorisée à être ce que je suis, à rêver et à réaliser mes rêves.
J’ai eu la chance d’avoir une équipe formidable. J’ai pu enregistrer au studio Ferber qui est un « must » ; j’ai fait un duo avec Ben l’Oncle Soul car j’ai osé le contacter au culot, et ce fut magique. Nous allons continuer à faire de la musique ensemble. Cet album m’a fait avancer et il m’a fait revivre .

 

Si vous deviez définir cet album en 2 mots, que diriez-vous ?
Lâcher prise.

 

Sarah Lenka
I don’t dress fine
Fabien Mornet : Banjo, dobro
Malo Mazurié : Trompette
Manuel Marchès : Contrebasse
Taofik Farah : Guitare

 ( Crédit photo : Hughes Anhes )

Lire aussi dans nos interviews Jazz Club :

 Harold Lopez-Nussa : Cuba jusqu’au bout des notes

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