Bernard BUFFET - Exposition MAMPar Florence Yérémian - Le parcours proposé par le MNAM est chronologique et se déploie autour d’une centaine d’oeuvres soigneusement sélectionnées. Certaines appartiennent au fils de Bernard Buffet mais la plupart proviennent de sa dotation ou de la collection personnelle de Pierre Bergé qui fut un ami très proche du peintre. Débutant dans l’effervescence de l’après guerre et s’achevant par le suicide de Bernard Buffet en 1999, cette rétrospective met en avant son éclectisme, sa grande amitié avec Cocteau et Jean Giono ainsi que sa célébrité si souvent fustigée par la presse française du siècle dernier.

Bernard Buffet: un artiste précoce et mélancolique

Né en 1928 dans le quartier des Batignolles, le jeune Bernard Buffet est un artiste précoce qui triture ses toiles et ses pinceaux depuis son plus jeune âge. Après un bref passage à l’Ecole des Beaux-Arts où il excelle, il présente déjà un style unique où prévaut un trait aussi noir que désespéré. Qu’il s’agisse de natures mortes, de crucifixions ou de portraits, les tableaux de Buffet possèdent en effet un graphisme anguleux à travers lequel posent passivement des personnages arachnéens. Semblables à des pantins, ces figures longues et solitaires sont reconnaissables entre toutes: l’oeil hagard, la bouche morose et la posture statique, elles ne diffusent aucun souffle de vie et arpentent morbidement des pièces closes dénuées de toute profondeur.
Au premier regard, la peinture de Bernard Buffet peut ainsi sembler pauvre et froide mais il faut aller au-delà de son attrait excessif pour l’épure et les tonalités sourdes: derrière cette austérité et ce manque d’émotion se dissimule en réalité un art tortueux que l’on capte en contemplant la puissance incisive de son tracé et l’exaltation douloureuse de ses amples gestes.
Lorsque l’on sait le regarder, l’art de Buffet se transforme ainsi en un creuset fait d’angoisses et de talent qui possède une résonance très particulière. Mutiques et sourdes, ses grandes compositions ont en effet le pouvoir de véhiculer une mélancolie silencieuse qui résonne dans l’esprit du public comme un cri de détresse.

Vers une peinture violente et monumentale de Bernard Buffet

Une fois passées les premières salles où sont accrochés des vues d’atelier désertique et des lapins écorchés, l’exposition perd en grisaille et s’enrichit en matière: les corps des personnages de Buffet se remplissent un peu, quelques éléments décoratifs apparaissent et des teintes ocres ou bleutées viennent orner les fonds de ses grands tableaux.
Malgré ce changement de palette, la thématique ne s’égaie pas: lorsque les toiles de Buffet nous transportent dans le monde du cirque, c’est pour nous montrer des clowns tristes et de maigres acrobates avant de nous plonger sans concession dans les horreurs de la guerre à travers un immense triptyque parsemé de pendus et de fusillés… En faisant face à ces compositions cuisantes et monumentales, chacun des visiteurs ressent immédiatement une violence intrinsèque qui le rend mal à l’aise. Ces oeuvres ne font pourtant qu’annoncer une période encore plus morbide…

Un art proche de l’expressionnisme

Dans les années 70, les huiles de Buffet prennent de nouveau une autre voie: proche de l’expressionnisme d’Otto Dix, elles donnent naissance à des raies gigantesques tailladées au couteau ainsi qu’à un étrange bestiaire allant de l’horrible crapaud aux oiseaux de mauvais augure. Parallèlement à cette thématique animalière, Buffet épaissit son trait, acère son écriture picturale et s’arme d’une texture aussi lourde que brillante. Aux antipodes de ses toiles de jeunesse, il nous livre alors une oeuvre criarde voire saturée où se distinguent d’immenses figures d’écorchés. Poussant le jeu de la provocation, il engendre également sa série des « Folles » dans laquelle il exhibe des douzaines de filles de joie croquées dans les bas-fonds de Pigalle.
 

Bernard Buffet, un précurseur  de l’illustration?  

En contrepoint de ces fresques grotesques et agressives, les dernières salles de l’exposition changent radicalement de registre pour nous offrir des cycles fantaisistes autour de L’Enfer de Dante ou des récits de Jules Verne. Durant les ultimes années de sa vie, Buffet s’est amusé à illustrer Vingt Mille lieues sous les mers en s’aventurant vers une technique qui nous fait étrangement penser aux bandes-dessinées de Fred ou d’Uderzo. Laissant de côté toute sa fibre mélancolique, Il nous donne cependant l’impression de perdre peu à peu son âme au sein d’une mythologie qui ne lui appartient pas.

 
Pressentant la fin de son existence, Buffet décide volontairement de conclure son voyage terrestre et pictural avec une série de toiles représentant la mort. Semblables aux personnages d’un jeu de tarot, les derniers panneaux du peintre sont pétris d’un cynisme effrayant. Réalisés du bout de ses doigts tremblants, ils nous livrent une ultime danse macabre menée par une faucheuse que n’aurait pas reniée Jean-Michel Basquiat….

En sortant de cette rétrospective, l’on a l’esprit hachuré de noir et de désespoir. L’on garde cependant en tête la modernité de ce peintre méconnu ainsi que son talent narratif qui s’illustre notamment à travers sa superbe série de planches consacrées à La voix humaine de Cocteau. L’on s’étonne aussi d’avoir découvert des pépites aussi inattendues que ce fulgurant crâne d’écorché ou cette magnifique mer au bord de l’abstraction.


L’exposition Buffet :  Une relecture virulente mais nécessaire

La peinture de Bernard Buffet a toujours prêté à controverse: adulée ou décriée selon l’époque et les lieux, la voici aujourd’hui à l’honneur du Musée d’Art Moderne qui lui consacre (enfin!) une rétrospective. L’occasion de découvrir la prodigalité et les variations thématiques d’un artiste aussi talentueux que tourmenté.
Par Florence Yérémian - ( photos F.Y)


Bernard Buffet - Rétrospective
Musée National d’Art Moderne
11, avenue du Président Wilson
Paris 16e
T. 0153674000
www.mam.paris.fr
Métro Alma Marceau ou Iéna

Du 14 octobre au 26 février
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Nocturne le jeudi de 18h à 22h

 

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