Matthieu Bonhomme - Lucky Luke - Editions DargaudPar Nicolas Vidal - Matthieu Bonhomme a fait de Lucky Luke son ami d’enfance, celui qui lui a donné le goût de la bande dessinée et du dessin. Aujourd’hui, le dessinateur a réalisé son rêve avec ce One Shot sur son héros favori. Il a poussé l’idée jusqu’à raconter sa propre histoire du célèbre cow-boy de la bande dessinée. À l’occasion de l’exposition de son travail à la Galerie Daniel Maghen, nous avons rencontré le pétillant Matthieu Bonhomme qui nous en dit plus sur cette indestructible passion pour le western,  le dessin, le cinéma américain et son ami Lucky Luke.

Matthieu Bonhomme, quelle est votre histoire avec Lucky Luke ?
Lucky Luke est pour moi comme un ami d’enfance ! J’ai appris à lire et à dessiner avec lui. C’est vraiment ma toute première lecture. Celle qui m’a donné envie de faire ce métier, et qui a construit mon amour pour le genre Western.
C’est aussi une série qui m’a accompagné tout au long de mon parcours. À chaque époque de ma vie, j’ai pu regarder et lire cette BD et apprendre quelque chose de nouveau.

Et celle avec le célèbre Morris ?
Morris est un auteur qui est mort sans que je puisse le rencontrer. C’est quelque chose que je regrette beaucoup. Je n’ai jamais pu lui dire « merci », ou « j’existe! ». En faisant cet album, c’est comme si j’avais provoqué une rencontre qui ne pourra jamais se faire. il y a quelque chose d’un peu mystique dans  tout ça ! (rires...)

Pouvez-vous nous quelques mots sur le génèse de ce one-shot de Lucky Luke ?
Cela faisait longtemps que je voulais faire quelque chose autour de ce personnage, et voyant les expériences éditoriales de « Spirou vu par… » je réunissais des arguments. Il y a deux ans, j’ai reparlé avec insistance de faire un « Lucky Luke vu par » à mon éditeur chez Dargaud (qui gère LUCKY Comic’s) et pour la première fois, un oui a commencé à poindre. J’ai donc couru faire les premiers dessins afin de montrer ma proposition graphique. Ma chance a été que l’éditrice Pauline Mermet réfléchissait aux 70 ans de Lucky Luke à venir, et à des propositions pour jalonner cette année anniversaire. Je suis tombé au bon moment…

Pourquoi Peyro fait-il partie de vos auteurs phares et comment a-t-il inspiré votre dessin ?
Peyo, c’est le Morris du moyen-âge! Il y a chez Peyo, beaucoup de choses en commun avec Morris, (et je pense qu’il lui doit beaucoup, d’ailleurs). C’est une véritable passion pour le récit en image, une vraie simplicité de narration et une abnégation totale de la mise en scène pour servir  l’intensité et la truculence du récit.

Vous semblez accorder une importance capitale au récit qui doit en appeler le lecteur au voyage ? La bande dessinée ne serait-elle pas finalement un alibi pour raconter une histoire ?
C’est à dire que c’est comme ça que je conçois la bande dessinée. Quand je raconte, que je dessine, je pars en voyage. Moi qui suis un parisien, qui passe le plus clair de mon temps derrière ma table à dessin, la case de BD est pour moi une fenêtre vers l’ailleurs, vers l’extique, vers l’émotion, la découverte…
Après, ce que je pense primordial, c’est de tout mettre en oeuvre au niveau technique au niveau du dessin, du scénario, et de la justesse des personnages pour que lecteur parte là où je veux l’emmener. Je veux qu’il oublie la réalité, qu’il passe avec moi de l’autre côté de la fenêtre.


Revenons-en à Lucky Luke. Pouvez-vous nous parler de votre connaissance du western et des recherches nécessaires pour la réalisation de cet album ? Car ce décor de Western dans cette bande dessinée n’est-il pas un personnage à part entière ?
Oui. Le western est comme un personnage. C’est le personnage principal. Le genre, le décor, c’est très important.
Le western, c’est comme la plus belle aire de jeu qu’on puisse trouver. Ça faisait des années que je voulais retourner au genre. Voilà donc des années que j’accumule de la documentation photo trouvée sur internet, ou des livres des photos de l’Ouest, ou simplement des lectures de romans et le visionage de films. Ma culture western est toujours en construction et elle ne sera jamais achevée. Dans cet album, il y a des références à certains des films qui m’ont le plus marqué. Les John Ford, bien sûr, mais aussi « Impitoyable » de Clint Eastwood, ou les gros plans à la Sergio Leone.

Comment travaille-t-on un personnage aussi célèbre que Lucky Luke et inventé par Morris ? Plus précisément, comment vous êtes vous détaché de l’univers graphique de Morris ? On pense notamment aux aplats de couleurs, la séparation des plans ainsi que la mise en couleur.
J’ai tout fait pour ne pas me mettre trop la pression. Je ne devais pas trop penser au fait que je touchais à un mythe, que j’allais être tellement attendu au tournant. Dès que ce genre de réflexion se mettait en place, ça devenait vertigineux, très impressionnant… Alors je retournais à mon envie, à mon plaisir. Cet album, je l’ai fait pour moi. Vraiment. C’est d’ailleurs ce qui fait sens, je crois. Je voulais retrouver le Lucky Luke que je connaissais, celui que j’aimais.
L’univers du dessin de Morris, c’est quelque chose que j’ai digéré depuis longtemps, au fil des ans. Son influence est là, mais je ne suis pas un « sous » Morris. Donc, je n’ai pas eu d’effort à faire pour m’en détacher.
L’intérêt de ce projet est de faire différemment de la forme Morris. Cela aurait été plus dur pour moi de faire à sa façon, d’ailleurs.
Pour la mise en couleur, je n’ai pas changé beaucoup mes habitudes. Il se trouve qu’elles viennent de lui. La mise en couleurs de bande dessinées telle qu’elle est conçue par Morris me semble la meilleure voie. J’ai déjà expérimenté ce genre de parti pris dans mon premier album : l’âge de raison , et aussi dans TEXAS Cowboys. J’ai continué dans la même direction…

L’incontournable bagarre de Saloon de cet opus, comment l’avez-vous imaginé avant de la dessiner car elle comporte une foule de détails ?
Oui ! ( rires) La scène de bagarre! J’ai fait monter l’ambiance dans les cases d’avant pour en arriver là.  Au niveau dessin, évidemment, il faut remplir, avoir de quoi voir… Il y a celui qui vient de recevoir un coup de poing qui va devoir répliquer, un qui se met à courir sur le bar, l’autre gus qui veut étrangler le méchant, etc…
Pour tout mettre dans la même case, j’ai du prendre de la hauteur. J’ai viré le plafond !
C’est marrant à composer. Il faut qu’il se passe plein de trucs, car je sais que si ça m’amuse, ça va amuser le lecteur, et retenir un peu son oeil…

Vous avez ingénieusement glissé des références au sein du récit. Dans quel but ? On pense notamment à « L’Homme qui tua Liberty Valence ? »
Je voulais que mon Lucky Luke soit un vrai cowboy. Que son univers soit du vrai western. Pas un décor de théâtre désincarné.
Lucky Luke est un John Wayne, un Gary Cooper. C’est un mythe. Les références servent à ça. À le remettre à sa vraie place. Dans ce panthéon. Et puis c’est aussi un clin d’oeil aux amoureux du genre. Et j’espère qu’avec mon album, Lucky Luke aura ré-intégré le Western.

Des références également à John Ford et au cinéma américain des années 1950/1960. Est ce que ce sont des fils rouge de cette bande dessinée ?
Oui, bien sûr c’est un des niveaux de lecture. Il y  a le niveau pour les connaisseurs de western, mais aussi celui pour les enfants qui aiment les cowboys, celui pour tous les pauvres gars qui comme moi, ont arrêté ou essayent d’arrêter de fumer...

Vous avez le choix d’un One Shot avec les Editions Dargaud. Pourquoi ?
C’était le projet de départ. Un One shot. Une histoire. Une proposition.
Parce que c’est comme ça. il y a une série principale et il ne faut pas entrer en concurrence avec elle.

Est-ce que cette bande dessinée est la réalisation d’un rêve pour vous  Matthieu Bonhomme même si Lucky Luke ne fume pas dans ce One Shot ?
Alors, oui. C’est un rêve. Et s’il ne fume pas, finalement ce n’est pas une frustration, puisque c’est mon sujet. Je me suis beaucoup amusé avec ça. J’ai mis beaucoup de moi, dans cette thématique.

Vous avez déclaré chez nos confrères sur le site Bodoi que « vous ne souhaitiez pas faire une galerie de personnages mais plutôt rester dans l’hommage ». Pouvez-vous nous dire quelques mots à ce sujet ?
Oui, c’est tout simple. J’ai amené Lucky Luke vers mon dessin et pas l’inverse. Lucky Luke devenant plus réaliste, et voulant garder une cohérence avec cette contrainte, quoi faire et ne pas faire? Telle fut la question.
Les Dalton? Certainement pas. Ils sont trop typés graphiquement. Vous avez vu l’horreur que c’est quand ils changent de forme? Je pense au film avec Eric et Ramzy… Beuuuuh.
Et Rantanplan? Non plus. Rantanplan, c’est une satire de Rintintin. Le faire en réalisme, ça ressemblerait à quoi? Un truc batârd?…
En plus, mon scénario est vraiment autour de Lucky Luke. Je voulais parler de lui. Pas des autres…

Pour finir, comment s’est passée la mise en place du projet avec Dargaud autour de ce projet ? Y-a-t-il eu des contraintes et des impératifs ? Pouvez-nous nous dire également quelques mots sur cette exposition au sein de la galerie Daniel Maghen ?
Ce fut une belle surprise de me rendre compte que les contraintes n’étaient pas lourdes. La seule imposée fut que ce personnage ne fumerait pas. Pour le reste, j’étais libre. D’autant que ma démarche était vraiment dans l’hommage déférent. Il n’y avait pas de raison, il me semble de vouloir me mettre des bâtons dans les roues alors que je voulais donner du sens, et un regain d’amour envers Lucky Luke.
Faire une exposition avec la galerie Daniel Maghen est un rendez-vous important. C’est comme faire la fête. C’est inaugurer l’album.
Montrer mon travail, mes pages et mes dessins originaux, c’est le seul moment dans lequel le visuel se détache du récit. C’est là que le dessin redevient le dessin et plus uniquement le véhicule de l’histoire, qui est sa très noble et vocation première.
Ça fait exister l’univers différemment et les spectateurs ne sont plus vraiment des lecteurs. Ils s’emparent autrement de tout ça. C’est aussi, il faut l’avouer en toute franchise, une autre source de revenus.  La vente des originaux a longtemps eu mauvaise réputation dans le monde des auteurs. C’est encore aujourd’hui considéré comme un peu sale ! ( rires) Mais je ne ressens plus de gène à le dire et à le faire. Les temps ont changé. Tout le monde est touché par la crise. Les droits d’auteurs sont de plus en plus rares et petits. Les avances aussi sont petites. Et avec les temps qui courent, cela ne va pas en s’améliorant pour cette profession. C’est donc un moyen financier de récupérer du temps pour approfondir les projets, pour les choisir en toute liberté.  Ou pour se payer le luxe de partir en vacances en famille!

Quels sont vos futurs projets, Matthieu Bonhomme ?
Je prépare mon tome 6 d’Esteban. Un nouveau cycle, un nouveau départ. J’ai d’autres choses en préparation, mais c’est encore trop tôt pour en parler.

 

L’homme qui tua Lucky Luke
Matthieu Bonhomme
Editions Dargaud
14,99 euros

 

( Crédit Photos : Romuald Meigneux )

Galerie Daniel Maghen
47 Quai des Grands Augustins, 75006 Paris - www.danielmaghen.com

 

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