Damien Serieyx - Editions du Toucan et de l'ArtilleursPar Nicolas Vidal - Damien Serieyx, directeur des Editions du Toucan et de l’Artilleur est un éditeur iconoclaste, qui se tient loin des codes éditoriaux lorsqu’il s’agit de bâtir son catalogue de publication. Il détaille pour le BSC NEWS sa ligne éditoriale et sa conception de «ses livres qui vont au bout des choses». Alexandre Del Valle, Christopher Caldwell ou encore David Engels sont à l’honneur dans ses publications.  Rencontre avec un éditeur franc tireur dans l'univers de l'édition française.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur vos débuts dans l’édition ?
J’ai travaillé d’abord un an en librairie à Paris puis je suis entré comme stagiaire chez Calmant-Lévy, où j’ai finalement été embauché. Après cinq années passionnantes, j’ai eu la chance de rejoindre Jean-Marc Roberts chez Stock où j’ai passé cinq autres belles années.

Comment s’est fait votre passage des Editions du Seuil au Toucan ?
J’ai quitté Le Seuil, une maison au fonds éditorial extraordinaire, au moment de la vente à La Martinière. Un cabinet m’a alors proposé de rencontrer les dirigeants de Tf1 qui souhaitaient mener une diversification dans l’édition. C’est ainsi que j’ai fondé le Toucan, sous la houlette de ce groupe audiovisuel. Au bout de quelques années, j’ai racheté les parts de TF1 et j’ai pris mon indépendance totale.

Pourquoi avoir fondé votre propre maison d’édition ? Cela participait-il à la volonté d’avoir une plus grande marge de manoeuvre éditoriale ?
C’est d’abord l’opportunité qui m’a poussé à franchir le pas. Ensuite, bien sûr, quitte à prendre des risques, autant essayer de publier des livres qui me semblent parfois manquer dans la production de mes confrères.

Vous publiez des romans mais aussi des essais. Comment choisissez-vous les textes et comment ventilez-vous les différentes publications au sein de votre planning éditorial ?
Je tente de garder un équilibre, une dizaine d’essais et une dizaine de romans par an. Je choisis les textes d’abord et avant tout parce qu’ils me semblent singuliers et pertinents.

Votre ligne éditoriale est tracée loin des sentiers battus avec des ouvrages qui sortent clairement du politiquement correct. On pense notamment au livre de Christopher Caldwell. En quoi cela vous paraît-il important sur le plan éditorial ?
Je ne publie pas d’essais agressifs ou gratuitement polémiques, ce serait sans issue.  Je constate seulement que certains sujets déclenchent volontiers des comportements « hystériques ». Je pense aux questions climatiques, migratoires, européennes entre autres. Sur ces thèmes, qui devraient pouvoir être discutés et évalués sereinement, je recherche des livres sérieux, construits, écrits par des hommes ou des femmes qui font autorité dans leurs domaines.

 

" Je constate seulement que certains sujets déclenchent volontiers des comportements hystériques"

 

Ainsi vous vous placez comme un éditeur qui propose le débat avec des auteurs qui ne seraient très certainement pas publiés dans d’autres maisons que la vôtre. Est-ce cela que vous appelez «des livres qui vont au bout de choses » ?
Pour moi, des livres qui vont « au bout des choses », ce sont destravaux qui ne s’arrêtent pas à des présupposés idéologiques mais qui osent se frotter au réel, pour y être contredits ou confortés.

Fort de cette ligne éditoriale, comment êtes vous perçu par le monde de l’édition française ?
Je n’en sais rien et cela m’importe assez peu. Ce qui me semble important, c’est que les lecteurs soient satisfaits de nos livres.

Vous semblez avoir une analyse très poussée de l’état de la lecture et donc des lecteurs en France aujourd’hui. Vous employez notamment l’expression de «lecteurs forts » qu’ Olivier Donnat utilisait déjà  dans son rapport sur les pratiques culturelles des français paru en 2008 et qui avait déjà évoqué une baisse significative et constante des lecteurs. Quel est donc le lectorat que vous touchez avec vos publications aux Editions du Toucan ?
Je n’ai pas les outils statistiques pour le savoir mais je suppose que mon lectorat est un peu plus « âgé » que la moyenne.

Alexandre Del Valle - Editions du Toucan

À quoi attribuez-vous cette baisse des lecteurs forts ?
Je n’ai pas les compétences pour le savoir. Je pense que la concurrence des objets numériques y est sans doute pour quelque chose.

Pensez-vous que le politiquement correct pourrait-être l’une des causes de l’affaiblissement des ventes de livres et du monde de l’édition en général ? On pense notamment au succès des  derniers ouvrages d’Eric Zemmour en librairie et les échecs de personnalités considérées comme politiquement plus modérées ?
Non, je ne pense pas qu’il y ait un lien et je ne pense pas que l’édition soit affaiblie. Je crois même que le livre papier a un très bel avenir devant lui. Pour ce qui concerne les livres d’Eric Zemmour, deux observations: on est libre d’apprécier ou pas le personnage et ses thèses mais il me semble difficile de contester que son « Suicide français » est bien le fruit d’un travail sérieux, émettant et étayant des hypothèses que personne d’autre ne formule. C’est peut-être, avec son exposition médiatique forte, l’une des raisons de son succès.

Vous considérez-vous comme un éditeur engagé pour la démocratie et la liberté de pensée ?
Oui, absolument. Il me semble que la démocratie est un grand BIEN, dont nous  avons hérité et qu’il nous appartient de maintenir vivant. Pour cela, le débat véritablement ouvert est indispensable.

Pour finir, pouvez-vous nous présenter en quelques mots l’ouvrage d’Alexandre del Valle qui vient de paraître ?
Il fait le lien entre nos vieilles stratégies issues de la guerre froide et les tensions grandissantes entre l’occident et le monde musulman.

 

Editions du Toucan / L’Artilleur
dirigées par Damien Serieyx
www.editionsdutoucan.fr

 

Lire aussi dans nos interviews franc tireurs :

Julia Cagé : "La plupart des médias se sont moqués des électeurs de Donald Trump "

Arash Derambarsh : "Il faut respecter la démocratie suite à l'élection de Donald Trump"

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