Kessler350Par Nicolas Vidal - Le parcours de Sari Kessler force le respect pour cette psychologue clinicienne qui s’est lancée dans le Jazz sur le tard pour faire carrière. Aujourd’hui, la chanteuse new-yorkaise sort son album Do Right qui représente l’aboutissement d’un rêve. Nous avons eu terriblement envie de la rencontrer.

Vous avez eu une vie avant le jazz. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
Bien sûr. Je suis psychologue clinicienne de formation. J’ai exercé à mon compte avec les adolescents et les adultes. C’était un travail que j’aimais beaucoup exercer. Malgré le fait que je ne pratique plus, je continue à utiliser ma formation dans la vie de tous les jours, y compris dans ma carrière de chanteuse.

Qu’est ce que cela vous a apporté dans votre carrière actuelle ?
En tant que psychologue, l’arme la plus importante dont je dispose est ma conscience de soi. Lorsque vous vous connaissez bien, vous pouvez apporter de l’aide à vos patients. Je crois que le même principe s’applique à l’interprétation lyrique. Si vous avez une connaissance approfondie de vous-même, vous êtes plus à même d’appliquer votre propre histoire aux paroles. Je connais mes paroles, mes motivations et mes émotions. Ceci me permet de m’investir dans chaque mot et y apporter une touche très personnelle. Cette connaissance approfondie de moi-même, m’a aidée aussi bien dans la gestion de mes relations personnelles que dans la composition de mes chansons.

Pouvez-vous nous raconter votre rencontre avec la musique ?
Ce fut très soudain. Il s’agit d’un long processus. J’ai toujours aimé chanter et cela  depuis tout petite. J’ai donc assouvi cette passion comme un passe temps. Elevée dans une famille juive de la classe moyenne, mes choix de carrière étaient assez limités. Mes options se limitaient à la médecine et au droit, puisque poursuivre une carrière dans les arts ne faisait pas partie de la culture de ma famille. Adolescente, j’ai chanté dans un groupe de reprise ainsi que dans plusieurs choeurs. Je n’ai commencé à prendre des cours de musique que lorsque je travaillais sur ma thèse doctorale traitant de la psychologie clinicienne. Un coach vocal m’a suggéré que je pouvais envisager une carrière de chanteuse, option que je n’avais jamais considéré auparavant. À partir de là, j’ai commencé à chanter sans aucune visée de carrière professionnelle. C’est seulement lorsque j’ai rencontré Mc Garry, mon mentor,  co-producteur  et professeur de Do Right que j’ai commencé à imaginer une carrière dans le  Jazz. En retraçant ma carrière de chanteuse, j’ai pu voir les opportunités qui s’offraient à moi. La course à pied m’a également aidée dans cette prise de décision. Je me suis rendue compte que si j’étais capable de courir le semi-marathon, je pouvais tout faire. Cela m’a fortement encouragé à laisser de côté la psychologie et à poursuive le jazz à plein temps. J’ai finalement enregistré Do Right.

Aujourd’hui, vous présentez ce premier album Do Right. Comment s’est passée sa réalisation ?
 La préparation du CD était une merveilleuse expérience autant qu’un apprentissage passionnant. Cette expérience m’a  beaucoup aidée à devenir la chanteuse de Jazz dont je rêvais. L’aide et le soutien de mes deux producteurs, James Shipp et Kate McGarry ainsi que ceux de mes coachs ( Jp Lawry et Jamie Leonhard) ont été également très précieux. Pour l’enregistrement, j’ai choisi les mélodies contenant  une résonnance émotionnelle forte. Par la suite, James et moi, nous nous sommes arrangés pour trouver des moyens afin d’intégrer l’essence de mes paroles dans les chansons. Par exemple, dans The Gal From Joe’s, Je voulais transmettre l’expérience de la tragédie et de la perte profonde. Afin de créer l’effet de perte, j’ai dû ralentir le tempo sensiblement par apport à la version proposée par Nina Simone. James a fait un pas de plus et a demandé au groupe de jouer lentement. Il m’a également conseillé d’espacer mes phrases et d’éviter tout embellissent inutile. En effet, le génie de James consiste à employer des rythmes particuliers de la musique tels que le groove ou le mood, afin de raconter l’histoire. Il a utilisé un processus semblable pour Walk On Bay.
Malgré le résultat satisfaisant de l’enregistrement, j’ai décidé d’amener ma capacité à interpréter et à chanter le Jazz à un autre niveau. C’est ainsi que j’ai décidé de chanter les paroles à nouveau. Pendant deux ans et grâce aux conseils précieux de Kate McGarry, je me suis plongée dans le langage du Jazz, écoutant des grands vocalistes tout en examinant mes rythmes et en peaufinant mes interprétations (jusque dans les détails du mot et des syllabes) afin de conter mon histoire. James et Kate adhèrent tous les deux à la philosophie de « moins, c’est plus ». Cette philosophie a également contribué au succès de l’album.

Qu’est ce qui vous paraissait important que cet album contienne ?
Raconter mon histoire est important et j’espère qu’à travers de l’écoute de Do Right, mon auditeur aura le sentiment de me connaître sur une base personnelle.

Où puisez-vous vos influences musicales, Sari ?
Je sors beaucoup pour écouter de la musique surtout celle d’autres chanteurs.  Par exemple, j’ai récemment assisté à une performance de Toshi Reagon. J’ai été profondément touchée par sa vulnérabilité, son accessibilité et son rapport au public. J’ai également rencontré Cyril Aimée le mois dernier et j’ai été impressionnée par sa maîtrise musicale ( Lire l’interview de Cyrille Aimée ici). Je continue aussi à m’inspirer des géants du Jazz, à la fois des chants et des instruments. En tant que compositrice, je puise mon inspiration dans le travail des compositeurs traditionnels et contemporains à savoir Cole Porter, Amy Winehouse et Jo Lawry. Mais je suis inspirée avant tout par le défi de chanter le Jazz.. Lorsque je me heurte à un obstacle et je constate que je peux le surmonter, je vais toujours de l’avant. De la même manière, quand j’ai une histoire qui me hante, je suis déterminée à trouver un moyen pour la transmettre souvent par le biais d’une reprise ou d’une composition originale. Je m’inspire aussi des gens capables d’éprouver la joie même dans des conditions très difficiles. Je suis convaincue que ses deux qualités peuvent et feront de moi une meilleure chanteuse.

Quelle différence faites vous entre l’expérience de la scène et celle de l’enregistrement de votre album ?
Dans les deux cas, j’essaie d’être spontanée, mais dans un concert, on doit se laisser aller et faire confiance au processus. Selon mes expériences, on pourrait avoir beaucoup de surprises.

Si vous deviez résumer cet album en deux mots, que diriez-vous ?
Le titre, Do Right résume tout l’album. J’étais tellement passionnée de connaître la tradition, de pouvoir choisir les mélodies qui résonnent avec mes expériences  tout en leur apportant une nouvelle perspective, ma perspective. Autrement dit, je voulais le faire convenablement (Do it right) surtout parce que j’ai emprunté la voie du Jazz tard dans ma vie.

Sari Kessler
Do Right
Ruby Street Music
www.sarikessler.com

 

Traduction Leila Haghshenas -  photos ©John Abbott

À lire aussi dans le Jazz Club:

Lou Tavano : la révélation française du jazz vocal

The Glossy Sisters : un trio de fraicheur et de swing

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