Liosa350Par Marc Emile Baronheid - « C’est à Paris que j’ai écrit mes premiers romans, découvert l’Amérique latine et commencé à me sentir latino-américain ; j’y ai vu la publication de mes premiers livres ; j’y ai appris, grâce à Flaubert, la méthode de travail qui me convenait  et su quel genre d’écrivain je souhaitais être ».

La bibliothèque familiale avait déjà aiguillé le petit Péruvien Mario Vargas Llosa vers les auteurs français et contribué à façonner sa vocation littéraire. Il a découvert Paris à la faveur d’un concours littéraire gagné à Lima. Dès 1959, il s’ingéniera à  apprivoiser cette maîtresse française, exclusive jusqu’à la tyrannie du don de soi. C’est le prix à payer pour, chemin faisant, débrider l’imaginaire et ouvrir de nouvelles voies au récit, jusqu’à être comparé aux figures emblématiques du Nouveau  Roman que sont Nathalie Sarraute et Claude Simon et se sentir solidaire d’une manière de déferlante qui, dans les années 60, allait porter sur le devant de la scène littéraire une génération venue du Nouveau Monde. Vargas Llosa, c’est aussi une vie familiale désenchantée, une conscience politique jamais en sommeil, la fréquentation des cercles d’études marxistes à l’université,  une passion pour Sartre la candidature inaboutie aux élections présidentielles chiliennes de 1990.  Le choix par Mario Vargas Llosa des 8 titres composant les deux volumes pourra laisser sur leur faim les inconditionnels de l’écrivain ou les amateurs d’insolite, curieux par exemple de lire son roman policier Qui a tué Palomita Molero ? Figure romanesque, la tante Julia, de dix ans son aînée, épousée en 1955, est la femme divorcée d’un de ses oncles. Il divorcera pour épouser une cousine. Cette dimension intime est une des faces de ce déploiement polyphonique, violent, généreux, légitimement repris dans une collection où n’accèdent que les œuvres littéraires ayant l’ambition folle de résister à l’épreuve du temps.
De quoi Shakespeare est-il le nom ? Par exemple celui du désir de tout acteur, clame Denis Podalydès, auteur du récent volume paru d’une collection que les amateurs s’arrachent pour sa pertinence d’analyse et  sa richesse iconographique. « Comme j’ai procédé par bonds et raccourcis, n’ai pas composé une suite logique de textes, mais disposé ceux-ci dans un ordre elliptique et flottant, j’encours de multiples reproches… ». Peut-être. Encore que l’incitation au vagabondage, à l’étonnement, à la débauche d’admiration (l’approche d’un Yves Bonnefoy) ne constitue pas un délit, pas davantage que la promesse de savourer « A la fois la richesse, le luxe, la pléthore, et la simplicité de l’acte d’imaginer. ». Une densité entraînante.

 « Œuvres romanesque », Mario Vargas Llosa, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade. Edition publiée sous la direction de Stéphane Michaud.  Le tome I contient : avant-propos de l’auteur ; introduction, chronologie, note sur la présente édition; La Ville et les Chiens, La Maison verte, appendice : Les Secrets d’un roman , Conversation à La Catedral, La Tante Julia et le Scribouillard ; notice et notes. Prix de lancement : 65 euros
Le tome II contient : chronologie, avertissement ;  La Guerre de la fin du monde, La Fête au Bouc, Le Paradis – un peu plus loin, Tours et détours de la vilaine fille ; notice et notes, bibliographie. Prix de lancement : 65 euros
« Album Shakespeare », Denis Podalydès, album de la Pléiade n° 55. Offert sous condition par les libraires.

 

« Œuvres romanesque » de Mario Vargas Llosa

prix: 59,50 €

 

À lire aussi dans les classiques:

Apollinaire : Modernité, érotisme et invitations au voyage

Boni de Castellane : portrait d'un dandy des années 1900

Henry James : une ambigüité "hautement civilisée"

Pierre Drieu la Rochelle : archange des désenchantements

Georges Bernanos : la Pléiade à tribord

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