FANTASTIC NEGRITO - The LAst Days of Oakland  Par Nicolas Vidal - Fantastic Negrito est assurément le très gros coup de coeur musical de ce début d’été pour cet artiste totalement atypique qui joue un blues hallucinant.

Il nous vient d’Oakland. Son vrai nom est Xavier Dphrepaulzz. Il rend hommage de façon merveilleuse à la musique noire traditionnelle. The Last Days in Oakland est totalement addictif ! Rencontre avec un artiste hors norme qui continue à se produire dans la rue pour le plaisir !

Fantastic Negrito, vous avez une histoire hors du commun et un parcours incroyable. Quel est le chemin depuis votre signature chez le Label Interscope jusqu’à aujourd’hui ? De plus, pouvez-vous nous expliquer votre nom de scène ?
Mon objectif est de créer une musique capable de communiquer avec le public. Il s’agit d’une thérapie personnelle. En ce qui me concerne, il est très important de contribuer aux rapports humains. En premier lieu, il faut avoir des chansons fantastiques. J’aime particulièrement le côté cru et le sentiment d’urgence propre à la music black roots. En effet, je marche toujours vers la lumière dans le but d’élargir mes horizons de production et de collaboration. J’espère que nous pouvons en arriver à ce point dans dix ans d’ici. Mon chemin est un voyage que beaucoup de gens empruntent. Quand j’ai commencé, je me suis fixé un objectif précis : devenir une star. J’étais certes très inspiré par les grandes musiques mais j’étais aussi très envoûté par la gloire et la renommée que la musique pouvait m’offrir. Décrocher un gros contrat avec le label Interscope me paraissait alors comme une véritable victoire. Mais un problème s’est posé : dès lors qu’un musicien pense ainsi, il succombe aux tentations de la corruption de l’art et il met de côté irrémédiablement la qualité de celui-ci Un gros contrat signifie que vous avez permis à cette entreprise de vous acheter en quelque sorte. Si vous vous focalisez sur les chiffres des ventes, vous influencez votre capacité créatrice de manière négative. C’est difficile à expliquer mais le processus est très important. Plus je me concentre sur la création musicale dans un studio sans m’inquiéter de ce que les gens vont en penser, plus je m’approche de l’honnêteté. Et si je travaille correctement, je serai à même d’interpeller mon public.  Je voulais à tout prix devenir une star et cette ambition a entravé mon chemin vers la création artistique. Lorsque vous signez avec un gros label, il y a un risque qu’on vous impose une manière de faire. Je m’explique : mon premier album ne s’est pas bien vendu et le label a pris peur. Je me suis donc trouvé dans un cercle vicieux où ma valeur d’artiste était mesurée uniquement sur la base des revenus générés par la vente de mes albums. Je me sentais donc obligé envers les gens qui avaient investis sur moi. J’ai pensé que j’avais échoué même si je ne l’ai jamais avoué. J’ai aussi paniqué mais sans le savoir. Je n’avais pas la moindre idée de ce que je devais faire. Il est extrêmement difficile d’écrire des albums à succès. C’est l’une des choses que je n’aime pas faire. Écrire des best sellers est l’une des choses les plus paralysantes pour les artistes. Cependant, j’étais redevable du label qui m’avait fait confiance. Je me suis donc mis à la recherche de morceaux à succès. Ce fut un échec retentissant. Cette quête inutile m’a coûté ma créativité. Cela m’a pris toute une vie pour apprendre cette leçon.  Mon nom de scène est tiré d’une expression que j’utilisais auparavant « Nigga Fantastic », une expression représentative de la disparité de la population afro-américaine, tiraillée entre le génie et le nihilisme. J’étais à la recherche d’un nom qui se voulait  intriguant. J’avais ainsi un prétexte à répéter les noms tels que Skip James, Robert Johnson, Lead Belly and Charlie Patton. Il me semble que le monde ne doit jamais oublier ces pionniers. Le nom de Fantastic negrito met ainsi à l’honneur leur travail surtout maintenant que je dispose d’un écho suffisant pour citer ces noms.


Suite à votre accident, comment avez-vous repris le chemin de la musique ?
Après quelques années de travail avec le label Interscope, j’étais vidé de ma créativité. Pour couronner le tout, j’ai eu cet accident de voiture qui m’a abîmé le corps. Je suis resté dans le coma pendant plus de trois semaines et la rééducation a duré des années. J’avais l’intention de quitter le métier mais je ne me sentais pas encore prêt. J’ai donc entamé de différents projets: mettre la musique sur MySpace, utiliser le web pour promouvoir mes spectacles. Mais finalement, j’ai tout laissé tomber. J’ai vendu tous mes instruments et je suis retournée en Oakland pour cultiver des plantes. J’ai donc mis la musique de côté. Pourtant, avec la naissance de mon fils, tout a basculé. J’ai à nouveau trouvé l’inspiration de faire de la musique. Mais il ne me restait plus rien pour produire : aucune d’équipe, pas d’argent et aucun label pour soutenir mon projet. J’ai dû donc me focaliser sur la musique sans aucune distraction. C’est ainsi que j’ai décidé de me tourner vers mes origines.  J’ai mis du temps à trouver mon propre style de son mais je savais exactement dans quelle direction je m’orientais . Si vous écoutez mes anciens morceaux, vous vous rendrez compte de l’évolution parcourue ces dernières années. «Night has turned to day », était ma première récompense musicale entant que Fantastic Negrito. Avec « An Honest Man », j’ai fait mon entrée dans un univers à la fois réel et véridique. Faire de la musique pour le plaisir et sans être obligé de se faire produire par un lable, c’est merveilleux. Il y a trois ans encore, je ne gagnais que quelques centaines de dollars en jouant dans des bars. Ayant perdu tous mes contacts avec le monde de la musique et ne sachant pas comment me promouvoir, j’ai décidé de jouer dans la rue. L’une des particularités de la musique de rue est qu’on sait d’emblée si le public apprécie la musique ou pas. Je suis conscient du fait qu’il existe de milliers de moyens de devenir une star mais pour moi la rue était la meilleure des solutions. Jouer dans la rue m’a permis de savoir si je pouvais accorcher les gens dans leur mouvement pour leur faire découvrir ma musique.
J’ai finalement gagné le Tiny Desk Contest, un événement qui a changé le cours de ma carrière. Après cette réussite j’ai décidé de poursuivre ma propre méthode qui consiste à créer de la musique pour le plaisir qu’il me procure et de continuer à jouer dans la rue. Aujourd’hui, je joue toujours dans la rue et je continuerai à le faire tant que cela est possible.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur ce collectif, Black Ball Universe ?
Il s’agit d’une assemblée de cinq personnes travaillant de manière indépendante et dans le but de produire une musique unique et originale. Nous ne gagnons pas beaucoup d’argent mais nous nous engageons à créer une musique excellente et riche en sens. En effet, ma carrière toute entière ressemble à une petite entreprise. Au sein de notre groupe, tout le monde a une voix donc un vote afin de participer à notre démarche musicale. Mon studio de musique dispose également d’une galerie où nous  exposons les oeuvres d’artistes locaux pas encore connus. Ainsi, BBU s’engage dans une démarche collaborative et créatrice au sein de la communauté ( www.blackballuniverse.com )

On a l’impression que vous définissez de nouvelles frontières dans le Blues avec ce nouvel album. Est-ce exact de dire cela ? Quel rapport avez-vous avec le Blues ?
Oui, et je suis particulièrement fier d’avoir trouvé ma place dans la composition d’une musique qui met à l’honneur le blues. J’essaie de saisir l’esprit des chansons originales. C’est l’esprit même des chansons qui m’amène à créer des sons orignaux s’inscrivant dans la tradition blues et du gospel. Cependant, je ne cherche pas à imiter ce que nos ancêtres ont déjà fait. Je laisse juste les choses suivre leur cours naturel. Il y a une sorte de simplicité dans certaines chansons bleu que je ne peux pas encore saisir mais je compte encore y travailler. J’ai grandi avec hip-hop. Je m’inspire aussi de cette musique. Si mon but est d’atteindre le coeur de la musique roots, le concept de « hip-hop loops », les samples et lesdrums pourront m’aider à atteindre cet objectif. Lorsque j’écris une chanson, je ne garde que l’élément le plus important et je le boucle. J’utilise souvent ces boucles comme fondation de mes chansons. Je fais la même chose avec la batterie. Je me souviens encore de la manière dont le TR-808 a changé le hip-hop. La grosse caisse compte parmi les sons les plus dominants de la Pop. Je me suis inspiré du son de la batterie et je l’ai inversé. Au lieu d’utiliser des effets pour recréer le son de 808, je l’utilise afin de donner un aspect primal et instinctif au son.


Vous avez remporté le Tiny Desk Concert Contest. Suite à cela, vous avez beaucoup joué et aujourd’hui, vous sortez ce bel album «  The last Days of Oakland ». Pouvez-vous nous dire quelques mots sur ce parcours ?
Ce fut une expérience incroyable. Je ne sais pas si cel vous paraît logique, mais ce voyage me semble comme un prolongement de mes tournées dans la rue. Le soutien de NPR entant que partenaire a été sans doute non négligeable. Mais l’esprit de cette compétition s’est formé autour de l’interaction directe avec le public et par le biais des réseaux sociaux.


Quel est votre rapport au fait de jouer de la musique dans la rue ?  Quel rapport cela cree t-il avec les gens ?
Les concerts live et les tournées constituent l’essentiel de mon travail. C’est durant les tournées ou les spectacles que je vis l’instant présent et que je parviens à me connecter avec le public.  L’enregistrement se trouve à l’opposé du live. Lorsque je joue dans la rue, l’énergie des spectateurs joue sur tous les aspects de ma performance.  Ils exercent une influence directe sur la musique et la musique en contrepartie les incite à interagir. C’est donc un cercle sans fin.

Cet album ainsi que votre univers rend hommage de belle façon à la musique noire traditionnelle. Pouvez-vous nous dire quelques mots à ce sujet ?
Je crois que toute la musique Pop tire son origine de la musique noire. Ce que l’on appelle « pop » que ce soit hip hop, rock, R&B, Jazz découlent de la musique Black roots. Comme je l’ai mentionné plus haut, j’essaie toujours d’aller vers la lumière autant que possible.

Pouvez-vous nous expliquer le titre de ce nouvel album ?
L’idée de ce titre, The Last Day of  Oakland, m’est venu lorsque j’étais en tournée. J’avais l’impression que toutes les grandes villes subissaient un changement de taille.La population black traditionnelle était en train de disparaître ainsi que les communautés d’artistes.  De nos jours, il paraît que les grandes villes sont exclusivement réservées aux riches et aux classes aisées. On est vraiment entré dans une nouvelle ère. Les villes telles que The Old Oakland, New Orleans, New York et même Paris et Londres ont disparu à jamais. La fin d’une époque marque le début d’une nouvelle période. Nous avons tous l’opportunité de créer de nouvelles choses à condition qu’on pense et qu’on travaille ensemble. En effet ce qui fait de nos villes des endroits agréables à vivre, c’est les gens qui les habitent. Aujourd’hui, les prix  exorbitants sont en train de chasser les gens qui font le charme de ces grandes villes. Je crois que c’est une tendance dangereuse et intenable. Je pense plus spécifiquement à Oakland et San Francisco Bay qui ont contribué de manière importante par le passé à l’art d’avant-garde. Nous devons préserver ce que nous aime à mesure que nous irons de l’avant.

Cet album représente t-il un nouveau départ dans votre carrière et plus généralement dans votre vie ?
Oui, tout à fait. Je suis en train de chercher un son qui est  à la fois réel et spécifique.

D’où vous vient cette incroyable énergie que vous parvenez à transmettre dans votre album ?
Je tire mon énergie de ma capacité de survie, du fait qu’il n’est jamais trop tard pour recommencer avec les gens merveilleux qui m’entourent.  Il n’y a rien de plus puissant que d’explorer le champ du possible.

Si vous deviez définir votre album en deux mots, que diriez-vous ?
Honesty. Roots

 

Traduction: Leila Haghshenas

 

Fantastic Negrito
The Last Days of Oakland
Tunecore
Sorti le 3 juin 2016
www.fantasticnegrito.com

 

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