ChroniquesE2B Avril 2016Par Emmanuelle de Boysson - Parmi les essais du printemps, La littérature sans idéal, de Philippe Vilain, (Grasset) éclaire les tendances de la littérature contemporaine. Le constat de Philippe Vilain n’est pas flatteur : la littérature française d’aujourd’hui est en proie à un désenchantement. Des écrits consensuels, dociles, sociologiques, narcissiques voire biographiques. L’histoire aux dépens du style. On pense à des auteurs à l’optimisme béat, en quête de sujets exceptionnels, se servant d’un personnage historique, d’un écrivain ou d’un philosophe célèbre pour nous faire croire qu’il s’agit d’un roman. Quel est le nouveau crépuscule des idoles ? Le diktat du présent, symptôme d’une époque égocentrée où les auteurs se focalisent sur la biofiction, l’autofiction. A la recherche d’un modèle, ils détournent leur sujet, en font leur petite cuisine, dans l’espoir d’attirer les lecteurs. Vendre : tel est l’objectif.


Dans ce culte du réel, on réinvente les faits d’actualité comme Beigbedder dans Windows on the World avec le fantasme de l’apocalypse now. Voire L’inceste de Christine Angot, qui aime à saisir les situations humiliantes, La vie sexuelle de Catherine Millet ou La honte, d’Annie Ernaux. L’autofiction devient une mythologie personnelle où on satisfait son narcissisme afin de doper sa notoriété. La biofiction consacre les nouvelles idoles. De l’ancien, on fait du nouveau grâce à des personnages « connus ». La liste est longue qui va de Christine Orban et ses « romans » historiques sur Joséphine et Marie-Antoinette alors qu’elle n’est pas historienne – choix des femmes les plus illustres de l’histoire souvent liées à un anniversaire – Le manteau de Greta Garbo, de Nelly Kapriélian, Le chapeau de Mitterrand, d’A. Laurain, Lennon, Les derniers jours d’Emmanuel Kant. Que ce soit Agatha Christie ou la reine d’Angleterre, les stars ne manquent pas. On borde, on se documente, on romance, on s’y croit, et hop, emballé !

De même, la docufiction comme journalisme littéraire marche fort. Un bon fait divers, un journaliste comme Daniel Pearl, et c’est parti. Dans cette course au pitch, au suspense, on en arrive à la fin du romanesque de l’inaction. Le roman pour le roman, à la Proust. Les meilleures pages de l’essai : la « petite fabrique du désécrire », la littérature pour le cinéma, genre 99 francs ou La délicatesse, écrits pour être adaptés ou l’inverse. Au fond, ce que dénonce Philippe Vilain, c’est l’asservissement de l’écrivain au lecteur.

La recherche de sujets qui plaisent, de succès commerciaux quitte à en oublier son désir pour imaginer celui de l’autre. Reconnaissons que les éditeurs ont leur part de responsabilité, eux qui rejettent souvent de leur maison les auteurs qui ne vendent pas, les obligeant à surfer sur la vague des bonnes recettes. Hélas, c’est oublier que le lecteur est intelligent, qu’il aime les vrais romans sincères où coule une musique personnelle. La critique littéraire n’existant pratiquement plus, les lecteurs ne s’y fient plus. Ils écoutent les conseils de leurs libraires préférés qui eux aussi se moquent pour la plupart de la promo.

A propos des libraires, on se souvient de L’élégance du hérisson, succès inattendu né du bouche à bouche et des libraires. Gérard Collard, libraire et chroniqueur télé aux Choix des Libraires, a du nez. Grand lecteur, il dévore des piles d’ouvrages la nuit et s’enthousiasme pour des romans hors circuit commercial. Cette fois, il a repéré Roland est mort paru chez Anne Carrière.  « Roland est mort. Les sapeurs pompiers l’ont retrouvé la tête dans la gamelle du chien. Ils viennent enlever le corps et se débarrassent du caniche en le confiant à son voisin de palier, un homme proche de la quarantaine, au chômage, très seul. Roland est mort depuis une semaine. Son voisin ne le connaissait pas vraiment, mais il aurait dû s’en douter : il n’entendait plus les chansons de Mireille Mathieu, derrière le mur. Il écope du chien puis de l’urne contenant les cendres du défunt. Que faire de ce lourd héritage chargé de poils et de céramique ? Le voisin va tout tenter pour s’en débarrasser, mais en a-t-il vraiment envie ? » Ce livre est un ovni. La force des mots, l’immense sensibilité qui s’en dégage font qu’il laisse une trace et qu’on le quitte avec regret.  La recette du succès ? Une bonne idée toute simple, un style limpide, accessible, de la tendresse et de l’humour.

Autre succès d’estime inattendu : Wanderer de Sarah Léon, chez Héloïse d’Ormesson. Elle a vingt ans, elle a eu le prix Clara, son roman a eu les hommages de Bernard Pivot et est en lice pour le Goncourt du Premier roman. Un univers baroque et musical, une amitié trouble, un texte très littéraire, pas grand public, mais qui charme et envoûte. Bref, il n’y a pas de recettes ! Un bon roman finit par être repéré.

Quid des prix ?  Le Grand Prix RTL Livres 2016 a été décerné à En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut paru aux Editions Finitude. Réaction d’Olivier Bourdeaut : « Quand on écrit, on écrit plus pour des lecteurs que pour un jury : c’est un prix de lecteurs donc je suis très flatté et je suis très heureux, forcément. J’ai tenté de faire quelque chose de lumineux, de poétique, de mélancolique. Et puis l’histoire s’est révélée au fil des jours. Rien n’était prémédité, j’avais seulement un état d’esprit en tête. » Le sujet de ce roman au succès imprévisible : sous le regard émerveillé de leur fils, le père et la mère dansent sur « Mr. Bojangles » de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis. Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mademoiselle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères. Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte. L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom. Olivier Bourdeaut est né au bord de l’Océan Atlantique en 1980. L’Education Nationale, refusant de comprendre ce qu’il voulait apprendre, lui rendit très vite sa liberté. Dès lors, grâce à l’absence lumineuse de télévision chez lui, il put lire beaucoup et rêvasser énormément. Durant dix ans il travailla dans l’immobilier allant de fiascos en échecs avec un enthousiasme constant. Puis, pendant deux ans, il devint responsable d’une agence d’experts en plomb, responsable d’une assistante plus diplômée que lui et responsable de chasseurs de termites, mais les insectes achevèrent de ronger sa responsabilité. Il fut aussi ouvreur de robinets dans un hôpital, factotum dans une maison d’édition de livres scolaires – un comble – et cueilleur de fleur de sel de Guérande au Croisic, entre autres. Il a toujours voulu écrire.

Croire en soi, suivre son désir, se moquer des modes, ne pas chercher le succès ni à plaire aux lecteurs, tels sont les secrets des romanciers qui finissent par s’imposer, même dans des petites maisons, grâce à vous, chers lecteurs, grâce aux libraires.

 

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