ChristianOlivierPar Audrey Prieur - Le temps d’un OFF, qu’il s’accorde sans ses Têtes, Christian Olivier, sort de son chapeau, un premier album solo - ON/OFF - porté par quinze titres, à l’humeur fluctuante, dans lesquels, le chanteur, à la fine patte poétique, un brin sarcastique, ne semble pas vouloir se résigner, malgré un contexte social pesant.


Ce projet solo, vous l’aviez dans la tête depuis longtemps ?
Non, pas forcément. Je venais de terminer la tournée de l’album Les terriens, et j’ai senti que c’était, peut-être, pour moi, le bon moment de faire une pause. Au départ, j’ai commencé par écrire, sans trop me poser de questions, tout en ayant, tout de même en tête, l’envie de partir vers quelque chose de très différent, musicalement, y compris dans l’écriture.

Justement, comment fait-on, musicalement parlant, pour se démarquer des Têtes raides ? La collaboration avec la productrice Edith Fambuena, vous a-t-elle aidé dans cette démarche ?
C’est vrai qu’il a fallu, au départ, sortir de certaines habitudes de travail, et les rencontres artistiques que j’ai pu faire durant ce projet, y ont beaucoup contribué. J’ai commencé par donner mes maquettes à Edith Fambuena, qui de son côté, a travaillé le son, a posé de petites ambiances : c’est elle, vraiment, qui a donné la direction de l’album. On savait déjà, par exemple, que la guitare allait y avoir une place importante. Pareillement, au niveau de la production, nous voulions approcher certains sons moins organiques et aller vers une texture sonore assez différente. A la différence du travail de production que l’on fait habituellement avec les Têtes raides, j’ai souhaité sur cet album travailler par étape, surtout concernant l’enregistrement.

Dans votre interprétation, au niveau de la voix, on sent que quelque chose a bougé, on sent que vous êtes sorti d’une certaine zone de confort.
Il fallait effectivement, malgré ce changement de cap, que la voix continue à mener l’histoire. D’où un véritable changement dans l’interprétation. Il a fallu que j’occupe très rapidement un nouvel espace sonore. L’écriture des chansons tendait à ça, d’ailleurs. J’ai très vite senti en studio que la voix allait se poser différemment. Avec les Têtes raides par exemple, je dirais que la voix, très rythmique, est un instrument à part entière. Sur cet album au contraire, la voix vient se déposer sur la musique. Après, personnellement, je dois dire que j’aime par nature, « sortir » de ma zone de confort. Là, pour le coup, j’avais réellement envie de tenter une autre expérience. Pour résumer, je dirais que j’ai voulu casser certains automatismes.

Cet album, traduit un certain état d’esprit, fluctuant entre optimisme et pessimisme. Il y a aussi beaucoup de sarcasme. Toutefois, vous ne vous résignez jamais. Sur le titre « Je vais bien », par exemple, vous gardez, malgré le malaise ambiant actuel, l’espoir de jours meilleurs…
Je pense malgré tout qu’il faut avancer, car je crois en l’humain. L’année 2015, aura réellement été, une année très difficile. Et c’est loin d’être fini. Mais, j’ai réellement envie de donner aux gens l’envie de passer outre. J’y crois sincèrement, et il est vrai que le morceau « Je vais bien » traduit parfaitement cet état d’esprit.

« Démocramotie » et « Tapes dans les mains », sont très contestataires. La démocratie a-t-elle encore un sens aujourd’hui ?
Ce titre, je l’ai écrit après les attentats de Charlie Hebdo, ils ont  été l’élément déclencheur de cette chanson. Mais la chanson ne parle pas que de ça. Je dirais que la démocratie a encore un sens, mais qu’elle doit être réécrite, comme pour beaucoup d’autres choses d’ailleurs, si l’on veut les voir perdurer. Aujourd’hui, il est vrai que le débat autour de la démocratie est très critique, et on ne sait plus trop ce qu’elle représente. Il y a donc urgence, je trouve, de réagir. Les gens ont besoin de se réapproprier un morceau de la politique, on le voit bien d’ailleurs, à travers le mouvement Nuits debout. Il faut envoyer un signe fort aux politiques. Pour moi, la démocratie est le socle des libertés et force est de constater, que l’espace de nos libertés, aujourd’hui, se restreint de plus en plus.

Et « Dieu » dans tout ça ?
Aujourd’hui, il n’y a plus aucun débat sans que l’on vienne nous parler de religion, d’où ce titre « Dieu ». Encore une fois, même si chacun est libre de croire en ce qu’il veut, on doit aussi être libre de « ne pas croire », et je pense que cette possibilité-là doit être défendue : nous devons continuer de défendre cet espace de liberté de ne pas croire.

 

Christian Olivier

Album : ON/OFF (sorti le 25 mars 2016)

Page Facebook et site Internet : www.christian-olivier.net

 

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