Emmanuelle de Boysson

Par Emmanuelle de Boysson - Nous ne les oublierons jamais. Ils sont nos frères, nos amis, nos enfants, ils s’appelaient Corinne, Quentin, Elodie, Nicolas, Baptiste…Ils aimaient le rock, le foot, le whisky, la BD, les voyages, leurs amis, leur famille. 130 destins brisés, un vendredi 13 novembre.

130 personnes assassinées par des fous qui trahissent Dieu, des terroristes, des criminels. Parmi les victimes du Bataclan, Lola Salines, éditrice jeunesse chez Gründ, et Ariane Theiller qui travaillait chez Rustica Hebdo. Dans Le Monde, une vingtaine d’auteurs parmi lesquels Dany Laferrière, Richard Ford, Christine Angot et Pénélope Bagieu ont voulu rendre hommage à Paris et à ceux qui ont perdu la vie. Seul Michel Houellebecq s’est distingué. Dans le quotidien italien Corriere Della Sera, il accuse Hollande et les politiciens : « Il est assez improbable que l’insignifiant opportuniste qui occupe le fauteuil de chef de l’Etat, de même que le débile mental qui accomplit les fonctions de Premier ministre, pour ne pas citer les ténors de l’opposition, se tirent honorablement de cette situation. » Leurs responsabilités ? « Les coupes sombres dans les forces de police, jusqu’à les réduire à l’exaspération, en les rendant presque incapables d’accomplir leur tâche». Mais aussi les opérations « absurdes et coûteuses » en Irak et en Libye, source de chaos : « Ces gouvernements ont échoué lamentablement, systématiquement, douloureusement dans leur mission fondamentale qui est de protéger la population française confiée à leur responsabilité.» On peut contester ces propos, mais ils ont le mérite de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.
Malgré les fêtes de fin d’année, les libraires ont fait grise mine. Depuis les attentats, leur chiffre d’affaire a baissé de 10 à 50 %. « Les librairies situées dans les quartier historiques, très touristiques ou proches des lieux des attentats accusent sacrément le coup », explique Géraldine Chognard du Comptoir des mots (20e). Un constat amer que confirme Marie-Rose Guarniéri, responsable de la Librairie des Abbesses (18e) : « On a vraiment perdu beaucoup de monde, quasiment 50 % de notre chiffre d’affaire en deux semaines. Beaucoup de touristes ont annulé leurs voyages, et surtout, passé 17 h 30, la nuit tombée, les gens ne sortent pas». Si les clients ont aussi boudé la Fnac et les supermarchés, ils sont surtout en quête de livres qui les détendent ou les éclairent, des ouvrages sur Daech, sur l’islam, la radicalisation et le terrorisme. Comme pour l’après Charlie Hebdo, les lecteurs veulent comprendre, trouver des réponses à ces phénomènes. Parmi les ouvrages présents sur les étals, les livres de Gilles Kepel et «Les 100 idées reçues sur l’islam», d’Hassen Chalghoumi, imam de Drancy (Cherche Midi) s’arrachent mais surtout « Le piège de Daech », de Pierre-Jean Luizard, (La Découverte), ainsi que « Les arabes, leur destin et le nôtre» de Jean-Pierre Filiu (La Découverte). « Les gens veulent s’instruire sur ces questions-là », explique Marie-Rose Guarniéri avant d’ajouter « J’essaie de proposer d’autres choses aussi comme le livre de Fethi Benslama, « L’idéal et la cruauté », (éditions Lignes), un livre superbe avec des contributions de psychanalystes et d’anthropologues ou les livres d’Hédi Khadour et de Boualem Sansal qui abordent aussi ces questions mais de manière différente ». En plus de ces achats « pédagogiques », les libraires ont eu la surprise de voir leurs clients se ruer sur « Paris est une fête », l’un des derniers ouvrages d’Ernest Hemingway. Ce cher Ernest doit se retourner dans sa tombe. Son récit autobiographique sur ses premières années d’écrivain sans le sou dans le Paris d’entre deux guerres n’est pourtant pas à l’image de ce qu’imaginent les lecteurs en quête de douceur. Le jeune journaliste boit beaucoup. Il fréquente Gertrude Stein, reine du petit monde des artistes bohême, le poète Ezra Pound, tenté par le fascisme italien, et Scott Fitzgerald avec qui l’auteur du « Vieil homme et la mer » se saoule à La Closerie des Lilas. Le livre se termine par la rupture entre Hemingway et sa femme. Plus de cinquante ans après sa parution en 1964, c’est grâce à l’interview de Danielle, « la mamie préférée » du web que « Paris est une fête » est en tête de gondole. « C’est complètement fou, on en a vendu vingt en à peine 48 heures»,  raconte Emilie, de la Librairie La Manoeuvre (11e). « Ce livre a pris le relais de ce qu’avait été « Traité sur la Tolérance » de Voltaire au moment de Charlie Hebdo », ajoute-t-elle. Le récit d’un jeune alcoolique devenu un symbole, cocasse ! Dans un pays sous la menace, les grands classiques représentent une valeur refuge. On recherche aussi les textes distrayants, d’évasion, avec happy few. Une manière d’exorciser les traumatismes. La librairie apparaît comme un havre de paix où l’on vient pour parler, se retrouver, ouvrir des livres d’art, des BD ou des guides de voyages, pour rêver, se changer les idées, se ressourcer.
Attachés à leur petite librairie de quartier, quels seront les choix des lecteurs en ce mois de janvier, et de février ? Sous le signe du triste anniversaire de l’attentat contre Charlie Hebdo, le 7 janvier dernier, le début de l’année prolonge la tendance aux textes « de fond » ou distrayants. Gageons que les romans nostalgiques et anxiogènes risquent d’en pâtir.

 

" Dans un pays sous la menace, les grands classiques représentent une valeur refuge. On recherche aussi les textes distrayants, d’évasion, avec happy few. Une manière d’exorciser les traumatismes. La librairie apparaît comme un havre de paix où l’on vient pour parler, se retrouver, ouvrir des livres d’art, des BD ou des guides de voyages, pour rêver, se changer les idées, se ressourcer."

 

Avant de vous révéler mes coups de cœur, faisons un petit bilan de la rentrée de septembre. Le champion des romans de l’automne est un polar hors compétition, « Millenium 4 », (près de 350.000 ex. vendus). En 2ème position, « D’après une histoire vraie », de Delphine de Vigan, (plus de 200.000 ex., un joli doublé avec le Goncourt des lycéens et le Renaudot) au coude à coude avec « Le livre des Baltimore » de Joël Dicker. Suivent, autour de 120.000 ex. et dans un mouchoir de poche, le Goncourt de Mathias Enard, « 2084 », de Boualem Sansal et « Un amour impossible», de Christine Angot. Ceci dit, il faut toujours diviser par deux les chiffres officiels !
Parmi les romans de femmes, un premier tiercé coup de cœur se dégage avec « Illettré », de Cécile Ladjali, « Les veux ne pleurent jamais », tous deux chez Actes Sud et « Les indociles », de Murielle Magellan, chez Julliard. « Illettré » est l’histoire de Léo, vingt ans, discret jeune homme de la cité Gargarine, porte de Saint-Ouen. Chaque matin, il pointe à l’usine mais il est analphabète. Une tare invisible qui l’oblige à tromper les apparences jusqu’au jour il rencontre Sibylle, une jolie voisine. Un livre lumineux, une réflexion sur la dignité et l’estime de soi impossibles sans le langage. « Les vieux ne meurent jamais » : telle pourrait être la devise de Judith Hogen, 70 ans, américaine qui part avec son amie Janet pour un road movie en France, sur les traces de son passé. Energique, ce roman est écrit dans une langue superbe. D’un style plus «moderne », tout au présent (nouvelle tendance chez les romanciers), « Les indociles », dressent le portrait d’un don Juan au féminin. Le sujet est éculé, mais le roman surprend par son évolution, ses retournements, même si parfois l’auteur semble cavaler. Plusieurs livres intitulés « romans » s’apparentent à des biographies ou à des récits, comme « L’autre Joseph », de Kéthévane Davrichewy (Wespieser), qui évoque la figure de Staline à travers une histoire familiale. Voici le fabuleux destin d’un jeune auteur, Olivier Bourdeaut, qui a envoyé son roman par la poste aux éditions Finitude, à Bordeaux. Figurez-vous que Bojangles a été acheté par huit pays dont les Etats-Unis ! Comme quoi, c’est chez les éditeurs de province et les petits éditeurs que ça bouge !

Saluons la dignité de Régis Debray. A 75 ans, l’écrivain a démissionné de l’Académie Goncourt dont il était membre depuis 2011. Dans une lettre adressée, le 12 novembre, à Bernard Pivot, l’auteur de La neige brûle (Grasset, prix Femina en 1977) écrit : « L’âge vient, avec la nécessité de compter au plus près le temps qui reste, pour resserrer les boulons, relire tout à loisir Musil, Garcia Marquez et Maurice Leblanc, et se replier sur sa propre librairie. Je n’ai plus la disponibilité, ni peut-être, je l’avoue, la générosité que requière, avec nos cinq prix annuels dans divers genres, l’appréciation pondérée des nouveautés qui défilent ». La classe ! Debray publiera le 1er janvier, avec Didier Leschi, « La laïcité au quotidien : guide pratique » (Gallimard). Avec la maladie d’Edmonde Charles-Roux, les jurés devront introniser deux nouveaux.
Pour les fêtes, deux idées de cadeaux : « Figures du XX e siècle » (éd Vents de Sable), livre de photos géniales de Louis Monnier, avec les textes d’Olivier Bosc. Le photographe a saisi l’instant chez Beckett, Aragon, Malraux, Buzatti, Cioran, Ionesco… Autre merveille : « La cuisine de nos régions», de Vincent Ferniot (Solar) : Axoa de veau, Fiadone, Rigodon, bouillabaisse… Des recettes indémodables, faciles pour des repas entre amis. Bon appétit !

 

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