SvetlinPar Julie Cadilhac - Bscnews.fr/ Originaire de Bulgarie, Svetlin Vassilev vit aujourd’hui en Grèce en compagnie de son épouse et de ses deux filles. Après avoir été étudié à l’Académie des Arts « Tc.Lavrenov» à Plovdiv pendant cinq ans puis à l’Académie Nationale des Beaux-Arts « N.Pavlovitch» à Sofia six ans de plus, il s’est lancé dans l’illustration de livres, a publié en Bulgarie, en Grèce, en Espagne, en France, aux USA, en Corée et a participé à de nombreuses expositions internationales. Récompensé pour son travail pour Don Quichotte du « State Childrens Illustration Honouring Award» en 2004 et du « Golden EBGE illustration Award» pour Peter Pan en 2010, vos yeux de lecteurs avertis, après avoir parcouru les quelques illustrations de son travail qui vont suivre, ne pourront être que charmés.


Si Svetlin Vassilev est doué avec son pinceau, son verbe n’en est pas moins capable d’expliquer son esthétique et vous allez pouvoir découvrir avec intérêt et pertinence les secrets de cet artiste de talent, à l’univers aussi cosmopolite que poétique !

Vous êtes né en Bulgarie, vivez aujourd’hui en Grèce... Dans quelle mesure ces deux deux pays ont influencé le choix de vos thèmes et votre esthétique?
Pour commencer, je suis né dans les Balkans. Un endroit avec des couleurs fortes et du caractère, composé d’un mélange étrange de nations et de civilisations. Je compare cela à un chaudron frémissant, dans lequel sont mélangés des résidus de croyances anciennes et contemporaines, des traditions, des mentalités, des religions, des influences etc très diverses. Ces différences forces, quand elles s’affrontent, sont capables d’agir comme une étincelle d’une incroyable richesse et d’inspiration pour la créativité, et en même temps, peuvent être aussi la cause de destruction massive. Je suis né à Ruse en Bulgarie, entre les vieux quartiers arméniens et juifs, très proche d’une mosquée, dans un monde de tradition chrétienne orthodoxe sous un régime athée. Etiquettes, étiquettes, étiquettes. Je suppose que la tolérance entre nous, quand nous étions enfants, m’a donné cette facilité à accepter la beauté sous toutes ses formes et à inclure des éléments de toutes origines dans mon travail. Des années plus tard, avec mon épouse grecque, quand nous avons fait le choix du lieu où nous voulions construire notre vie, nous avons décidé de passer en Grèce. Le paysage, les parfums, les saveurs, les expressions, les relations humaines, les attitudes, tout autour de moi en Grèce a le caractère familier des Balkans, mélangé en même temps avec un merveilleux passé antique. En peu de mots, je dirais que la principale chose que j’ai appris ici en Grèce - et c’est quelque chose qui m’a toujours convenu-, c’est l’anthropocentrisme. Cela signifie toujours placer l’homme au centre de mon art.

Avez-vous des mentors en matière d’arts graphiques? Et si oui, qu’est-ce qui vous séduit dans leur esthétique?
Au cours de ma carrière, de nombreux artistes ont influencé et enrichi ma vision artistique. Grâce à ceux qui l’ont fait de façon directe (mes professeurs) et ceux pour qui l’influence a été indirecte (au contact du travail de différents artistes), j’ai formé mon propre point de vue sur l’art. Si je pouvais résumer , je dirais que j’ai traversé toutes les étapes connues de l’histoire de l’art à peu près dans l’ordre. Ce que je fais aujourd’hui est principalement influencé par Gustav Klimt et Egon Shiele. En outre, par l’observation, en décelant la complémentarité que peut avoir un dessin qui ressemble un peu à quelque chose fait par Toulouse Lautrec avec des panneaux décoratifs japonais, cela a titillé mon intérêt et m’a donné envie d’expérimenter des choses audacieuses, en plaçant , par exemple, mes personnages principaux dans différents environnements décoratifs influencés par un mélange de différentes références artistiques et de formes d’art (religieux, peinture, textile, art de la rue, etc.). À une certaine époque, mes expériences dans la peinture m’ont conduit au constructivisme abstrait .

Vous êtes l’auteur d’un Don Quichotte et d’un Peter Pan: pourriez-vous nous en dire davantage sur la genèse de chacun de ses deux livres?
Avec Don Quichotte, les choses étaient plutôt faciles ; c’est le livre préféré de ma femme ... donc je suppose que l’environnement a mis un peu de pression et que j’ai, de façon toutefois absolument objective, décidé d’accepter cette proposition de travail. Peter Pan est une histoire plus personnelle. Ceux qui connaissent bien le livre sauront probablement que James Matthew Barrie a eu l’idée de génie « d’oublier » de décrire les caractéristiques physiques de son héros. De cette façon, il permet aux lecteurs de s’identifier avec le personnage et de vivre son aventure (ou de revivre son aventure) ,comme si c’était leur histoire. En essayant de suivre sa tactique, j’ai créé un Peter Pan différent, en m’éloignant un peu des stéréotypes qui le dépeignent presque toujours de la même manière, influencée par les premières représentations théâtrales de cette histoire. Je crois que cette rigidité à fixer ce personnage dans une stylisation particulière est en train de tuer une partie de la magie de ce livre. Je voulais faire quelque chose par rapport à cela et c’est l’une des principales raisons pour lesquelles j’ai décidé de choisir ce livre, l’autre raison était tout simplement de travailler sur un texte merveilleux.

Don Quichotte, Peter Pan : deux personnages qui refusent de voir le monde tel qu’il est, non? Don Quichotte par son idéalisme chevillé au corps, Peter Pan par son refus de grandir?
La diversité, l’originalité, l’audace, l’esprit libre, l’intensité, ils ont toutes les qualités magnétiques d’un caractère idéal. Leur personnalité est stimulante et c’est plutôt amusant de passer du temps avec eux pendant un certain temps, à croire en eux, pour leur donner une forme, vivre avec eux. Fondamentalement, le caractère unique de leur caractère cache la possibilité d’une approche différente, la possibilité d’imaginer une illustration beaucoup plus expressive qui dépasse les limites de la vie quotidienne.

Deux personnages lunaires, rêveurs.... qui vous correspondaient bien?
Personnellement, je pense que je n’ai rien en commun avec eux ou peut-être juste un peu avec Peter Pan. Par contre, j’ai toujours aimé les rêveurs, ce sont des créatures sensibles qui donnent naissance à l’optimisme et l’envie d’une vie meilleure, et ce qui est étrange, c’est que je pense que ces deux-là gèrent très bien; depuis tant d’années, ils réveillent toujours les émotions et l’envie de les suivre pour un monde meilleur chez la plupart des lecteurs.

Avec quelles matières, supports et outils travaillez-vous?
C’est une réponse facile. Depuis sept ans, je travaille exclusivement à l’aquarelle et à l’acrylique sur papier. J’ utilise toujours une seule technique à la fois, nette et propre; Je n’aime pas les mélanger.

Revenons à la Grèce où vous résidez aujourd’hui : on découvre dans vos oeuvres de nombreuses illustrations de mythes grecs: Danae, Atalante, Dédale, Pandore, Apollon et Daphné, Orphée et Eurydice...La mythologie, un réservoir inépuisable d’inspiration? Une passion née à l’enfance ou l’adolescence?
J’adore la mythologie grecque depuis que je suis petit. Les mythes et les «1001 nuits» étaient, je pense, mes deux histoires préférées, plus quelques autres contes de fées. Maintenant, en regardant en arrière, j’aurais aimé dire que mon livre préféré était quelque chose comme Le Petit Prince, mais je n’ai compris et adoré cette histoire que beaucoup plus tard. En fin de compte, il semble que j’ai toujours aimé les histoires exubérantes et riches en aventures. De nombreuses années plus tard, on m’a donné l’occasion de travailler sur la mythologie et au final, ce n’était pas du tout facile. Vous devez comprendre qu’en Grèce, ces histoires particulières sont considérées comme d’énormes chapitres de fierté nationale pour les gens. Chaque grec a plus ou moins en lui sa propre mythologie personnelle, unique et spéciale. Mon illustration serait le plus probablement vue comme l’intrusion d’un étranger sur la terre sacrée. Néanmoins j’ai osé et le plus grand défi dans lequel je suis tombé était totalement différent du conflit que j’imaginais, à savoir que ce serait entre moi et les opinions personnelles des grecs sur le sujet qu’il y aurait heurt. La mythologie grecque est pleine de passion, de violence et d’aventure, mais elle n’a aucun sens de l’humour. C’était un très grand défi pour moi d’illustrer un tel texte pour les enfants. Concernant ma relation à la mythologie grecque en tant qu’adulte, par contre, je l’aime toujours. Pour vous donner un exemple de pourquoi, il y a quelque chose que vous ne savez peut-être pas: le son entendu quand une muse vous parle est appelé «musique»! Haw, comment peut-on ne pas aimer la mythologie !! ???

On croise aussi le Baron Munchausen, Roméo et Juliette, Obéron et Titania du Songe d’une Nuit d’été et même Moby Dick... Plus d’hésitation donc, vous êtes un peintre littéraire donc!
Évidemment mon style convient davantage à des classiques et des contes pour adultes, bien que j’ai illustré des livres pour enfants et jeunes lecteurs; la plupart des propositions de travail que je reçois sont des textes plus graves et pendant les deux dernières- trois ans exactement- j’ai travaillé principalement pour des grandes écoles et des universités.

Vous arrive-t-il de peindre des sujets ordinaires...ou avez-vous besoin d’enthousiasme, de lyrisme, de l’extraordinaire de la fiction pour mettre en action votre pinceau?
Curieusement, je crois que je fais exactement cela, la peinture des objets et des personnes ordinaires. La vérité est que j’essaie de leur assigner une essence théâtrale afin de parvenir à une meilleure expressivité dans mon travail, mais la plupart des éléments dans mes images sont très populaires. Lyrisme, poésie et tous autres sentiments caractéristiques d’un héros ou d’un conte sont vitaux et cherchent à donner à mes images davantage d’expressivité. Sinon il y aurait une objectivité simple qui peut, bien sûr, être une forme d’expression en soi, mais certainement pas celle que je cherche.

Vous ne centrez pas vos personnages, obligez l’oeil à regarder autrement l’image, jouez avec les lignes de force du tableau, on se trompe?
La composition, les différents points de vue, l’installation, le «mouvement» dans quelque chose de statique, ce sont les «outils» de mon processus de dessin pour exprimer des sentiments dans une image. La façon dont j’illustre une scène est directement liée à l’expressivité que je veux atteindre. Une scène paisible et calme est présentée très différemment d’une autre qui est dramatique, intense et violente. Dans le premier cas, j’aurais évidemment recherché une composition tranquille, toujours horizontale, alors que dans une scène dramatique, je voudrais aller vers quelque chose de fortement en diagonale, avec un point de vue brusque et une petite surprise si nécessaire. En termes de couleur, j’essaie de suivre le même principe. Quelque chose d’autre que j’aime souvent faire est de casser la perspective en faveur de l’expressivité. En modifiant la perspective, j’essaie d’éviter de donner l’impression de profondeur, mettant en place une impression de proximité, afin d’avoir de plus grandes surfaces avec plus de couleurs décoratives qui, je pense, transportent mieux les émotions et sont beaucoup plus expressives.

De plus, vous créez des arrière-plans qui semblent des tapisseries orientales, moyenâgeuses, petites fenêtres qui embarquent elles aussi vers un rêve..
Comme je l’ai dit précédemment, j’aime beaucoup la combinaison d’un dessin avec les éléments décoratifs autour de lui. Les choix sont illimités et peuvent être atteints grâce à un certain nombre d’expressions artistiques. Je profite et utilise tout ce qui a fait une impression sur moi et je pourrais travailler dans mes dessins avec des motifs de tapisseries, de tissus, de carrelages, de peintures murales religieuses ou encore de motifs qui donnent l’impression de murs avec des graffitis si caractéristiques du street art contemporain. Tout ce qui fonctionne ... pas le moindre scrupule.

Si vous deviez qualifier votre ambition artistique en quelques mots, vous diriez?
J’aimerais que mon art « touche » les gens.

Enfin, puisque vous vivez en Grèce qui vit une époque de changements profonds, quel regard portez-vous sur votre pays aujourd’hui? Êtes-vous satisfait de ses mutations? Etes- vous un artiste impliqué dans la vie politique ou plutôt, justement, quelqu’un qui reste éloigné de tout ça et préfère s’embarquer pour de belles histoires imaginaires?
La situation actuelle en Grèce est telle que chaque action ou inaction est un acte politique en soi. Je vis parmi le peuple et aussi en dehors en tant qu’artiste; je suis aussi le père de deux jeunes filles, ainsi l’avenir du pays me préoccupe de façon vitale. J’essaie d’être un membre actif de la société, d’agir et de participer selon mes pouvoirs.


Le site officiel de Svetlin Vassilev : www.svetlin.gr

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