Servais Par Julie Cadilhac - Bscnews.fr/ Scénariste et dessinateur de bande-dessinée belge, Jean-Claude Servais a étudié durant deux années les arts graphiques à l'Institut Saint-Luc de Liège. Sous le pseudonyme de Jicé, il publie ses premières planches dans le journal Spirou et deux ans plus tard il débute une collaboration avec Le Journal de Tintin. En 1980, l'album La Tchalette qui regroupe une série d'histoires sur le thème de la magie et de la sorcellerie est publié aux éditions du Lombard. Il rencontre ensuite Gérard Dewamme avec lequel il élabore la série Tendre Violette qui paraît chez Casterman, illustre Les Saisons de La vie (publié au Lombard) et Les voyages clos. Viennent ensuite Iriacynthe, L'Almanach, La petite Reine, Lova (Dupuis), Pour l'amour de Guenièvre ou encore La mémoire des arbres

Jean-Claude Servais est un dessinateur réaliste qui aime parler de la campagne et de sa région, la Gaume; son univers est à la fois sensible et doux.  Vient de paraître aux éditions Dupuis le premier tome des Chemins de Compostelle, une série qui nous invite, en compagnie de personnages attachants, en quête de réponses existentielles, de sérénité, de connaissances aussi. Une plongée passionnante dans notre patrimoine européen (les Chemins de Compostelle sont depuis 1987 reconnus comme le premier itinéraire culturel européen) qui s'associe à une remarquable qualité documentaire. Nous ne saurions que trop vous inciter à partir à la rencontre de Blanche, "La petite Licorne" que le grand-père brasseur a initié à l'alchimie et qui décide de refaire, comme un hommage, le parcours que son "Papounet" avait accompli lui-même sur les Chemins de Compostelle. Et sur la route, sans doute croiserez-vous avec elle d'autres êtres aussi singuliers qu'attirants ! Assurément, le trait et la plume de J.C Servais sont un guide parfait !

Une question attendue mais qui tombe sous le sens: pour imaginer une bande-dessinée sur les chemins de Compostelle, est-il mieux d'en avoir parcouru soi-même une partie? Et si oui, sans être trop indiscrets, laquelle avez-vous faite?
Je n’ai pas parcouru les chemins de Compostelle.  Je suis marcheur dans les Ardennes et dans les Vosges. Je me suis souvent trouvé dans des villages, des villes situés sur les chemins lors de vacances et aussi lors de festivals BD, surtout dans le Sud-ouest.  J’ai même exposé dans la chapelle de Carjac, dans le Lot et j’avais des visiteurs avec le sac sur le dos, le bourdon à la main.

Si vous deviez citer le site de ce pèlerinage pour lequel vous avez le plus d'affection, lequel serait-ce? Et pourquoi?
Les plus beaux passages se situent sur le tronçon de Puy-en-Velay.  J’ai vu des petits chemins, des chapelles, des vieux bâtiments agricoles restaurés extraordinaires autour de Carjac, autour d’Eauze.  Je profite toujours des matinées pour visiter les lieux lorsque je suis en Festival. Et bien sûr, chez moi, il y a un chemin de Compostelle splendide : Orval, Avioth, Montmédy, ça vaut vraiment le détour !  Je l’ai montré dans ce premier tome.

Blanche, Alexandre, Céline et Dominique sont des personnages inspirés par de vrais rencontres faites en chemin? Ou avez-vous imaginé 4 personnages-type que l'on peut croiser sur ces chemins?( j'imagine déjà votre grimace de désapprobation mais je demande tout de même…)
Les personnages ont été complètement inventés sur base de mes lectures sur les chemins de Compostelle.  Pour Blanche et son grand-père, je me suis inspiré de DVD qui relatent un mystérieux voyage alchimique parallèle aux chemins de Compostelle qui a comme point de départ Bruxelles.  J’en donne les références en fin d’album, ainsi que celles des livres et revues qui m’ont fait découvrir les chemins.

Céline conçoit cette marche comme un acte de foi, Blanche veut rendre hommage à son " Papounet", Alexandre a besoin de redonner un sens à la vie... Dominique n'arrive qu'à la toute fin du premier tome... Ses raisons sont donc inconnus du lecteur. Est-ce parce que ce sera le personnage principal du second tome? Pourquoi ménager du suspense sur ce personnage en particulier?
 Le premier tome est axé sur l’alchimie, Blanche et son grand-père.  Le second qui se déroulera principalement en Bretagne se concentrera sur Céline, partie du Mont Saint-Michel et Dominique, parti du Finistère. Pour le troisième tome, ce sera au tour d’Alexandre.  L’action se concentrera  autour de Notre-Dame de Paris et de la tour Saint-Jacques.  Pour la suite, ce n’est pas encore bien précis, ce sont les personnages qui me guideront.

Retour à la genèse : comment est née l'idée de ce projet ?
Le but de ce projet est de partir à la découverte de la France, un peu comme si c’était moi-même qui faisais le voyage.  Je vais sur place faire des repérages : j’étais en Bretagne début septembre. C’est mon éditeur, José-Louis Bocquet qui m’a tendu la perche et lancé ce défi.  Après avoir réalisé des albums autour de l’histoire de l’abbaye d’Orval, de Godefroid de Bouillon et des croisades, ça semblait naturel que je pose mes personnages sur les chemins de Compostelle.  Mon héroïne, Tendre Violette, empruntait elle aussi les chemins de campagne.

A quel moment de la création du concept avez-vous pensé qu'il y aurait 4 personnages ? Dés le départ? D'ailleurs, on se pose une question: " Papounet", ce grand-père alchimiste adorable,  a-t-il surgi dans votre esprit avant sa " petite licorne" par exemple?
Les personnages de Blanche et Papounet, brasseurs et alchimistes, sont venus dès le départ.  Je voulais partir de chez moi.  Je les ai situés à 5 kms de ma maison en Gaume, dans le sud de la Belgique. Les autres sont venus après.  Je ne voulais pas descendre vers Compostelle en ligne droite.  Je ne voulais pas rater la Bretagne et je ne voudrais pas ne pas passer sur le chemin du Puy-en-Velay.  Il fait partie du patrimoine mondial de l’Unesco, tout de même ! Les personnages vont se croiser au fur et à mesure des albums.  D’autres pourront arriver, tout est possible.  Je veux garder une certaine liberté.

Comment vous êtes-vous documenté à propos des Chemins de Compostelle? Quelles sont vos sources? Avez-vous (re)visité certains lieux évoqués dans le premier tome? Était-ce nécessaire pour vous?
Je me suis documenté principalement à partir de livres, revues, DVD.  J’ai assisté à des conférences de personnes qui ont fait le chemin.  J’ai découvert des choses que j’ignorais, notamment au niveau alchimique, à propos de la Grand-Place  de Bruxelles et du Mont Saint-Michel.  Ce sont ces découvertes que je veux transmettre à mes lecteurs.

Il semble que vous ayez voulu que tous les personnages qui s'engagent dans cette marche soient lumineux... ainsi que les défunts qui leur manquent. Vouliez-vous vraiment que le lecteur se rappelle ainsi la valeur spirituelle ou du moins initiatique des Chemins de Compostelle ? Parce qu'elle se perd selon vous ?
Il n’y a pas que la spiritualité qui pousse mes personnages sur les chemins de Compostelle.  Pour Céline, la novice du Mont Saint-Michel, plus que les autres… quoique ce soit surtout le choix qu’elle doit faire qui la fait partir.  Dans mes lectures, j’ai remarqué que ce sont des moments forts, des étapes dans la vie qui mènent les gens à partir à l’aventure, bien souvent seuls.  Ils ne le resteront pas longtemps comme je le montrerai dans les prochains albums.

Du point de vue de la composition et du dessin, quelles sont les difficultés rencontrées quand on crée le récit de plusieurs destins qui ont des points communs mais ne sont pas forcément amenés à se croiser?
La composition de ce premier tome a été complexe et délicate, dans le sens où toute la base devait être décrite et tout en découlera.  J’ai revu trois fois le montage, l’ordre des planches pour rendre la lecture plus fluide.  Je suis bien conscient qu’il faut être attentif aux moindres détails, indications.

Cette bande-dessinée est-elle l'expression d'un être très attaché au patrimoine et à sa conservation?
Je suis personnellement très attaché au patrimoine, que ce soient les vieilles pierres, les édifices remarquables, les sites grandioses ou intimes, la nature, les animaux et la gastronomie des régions : je suis très gourmand !

Sept tomes pour raconter les trajectoires de quatre personnages... Le chiffre 7 a-t-il une valeur symbolique lui aussi dans le cadre de ce récit viscéralement inspiré?
Le chiffre 7 est un chiffre magique, bien sûr!  Mais il me faudra bien ça!  Pensez qu’au troisième tome,  je ne serai qu’au niveau de Nantes et de Paris.  Il y aura encore du chemin !

Enfin, une question simple mais indispensable pour les lecteurs: quand paraîtra le prochain tome?
Je compte sortir un album par an, en octobre, comme celui-ci.  J’espère tenir la cadence ! Le deuxième tome qui s’intitulera « L’Ankou, le diable et la novice »sortira donc en octobre 2015, je vous le garantis… si mon bras ne me lâche pas !

Les chemins de Compostelle

Tome 1:  La petite licorne
Dessin : Servais
Scénario : Servais
Collection : Dupuis "Grand Public"
Prix par tome : 16,50€

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