Europe cartePar Régis Sully - Bscnews.fr«L’histoire de l’Europe de l’immédiat après-guerre n’est donc pas avant tout celle de la reconstruction et de la réhabilitation -c’est d’abord l’histoire d’un continent qui sombre dans l’anarchie».

On a tendance à considérer que la guerre et la violence destructrice qui l’accompagne prennent  fin le 8 mai 1945 lorsque l’Allemagne capitule. L’ouvrage de Keith Lowe vient opportunément nous éclairer sur le chaos et la barbarie qui perdurent malgré la défaite des puissances de l’axe. Chaos et barbarie dus à des institutions en convalescence et à la violence inouïe des troupes nazies lors de l’occupation des terres conquises qui appelait à la vengeance. Vengeance des prisonniers des camps à l’égard de leurs geôliers, celle des travailleurs forcés à l’égard  des civils allemands que les troupes alliées avaient de la peine à contenir. Ainsi à Hanovre, des dizaines de milliers d’anciens travailleurs mirent la ville à sac en pillant des magasins et en maltraitant des civils. Mais il n’y eut pas que la population allemande qui fut victime des suites du second conflit mondial,  les prisonniers de guerre allemands eurent eux aussi à en payer le prix, surtout ceux aux mains des Russes. Dans les pays occupés, les collaborateurs ou ceux et celles  qui étaient soupçonnés d’avoir établi des liens avec l’occupant eurent maille à partir avec les forces de la résistance et d’une manière plus dure lorsque celles-ci doutaient  de la fermeté de leur nouveaux pouvoirs en place comme en Italie et en France.
A la vengeance à l’encontre de certaines nationalités comme les Allemands  ou les Hongrois viennent s’ajouter des expulsions massives dues au nouveau tracé des frontières. Ainsi près de 12 millions d’Allemands furent chassés de leurs régions où ils avaient vécu. Mais les violences, quelle que soit la forme qu’elles revêtirent, brutalités, exécutions ou expulsions ne furent pas le lot des seuls Allemands ou de leurs alliés. Le cas le plus emblématique et en même temps le moins connu est «le nettoyage ethnique» pour reprendre l’expression de l’auteur qui eut lieu, après le conflit, à l’intérieur des nouvelles frontières polonaises pratiqué avec l’assentiment des autorités voire à leur initiative. Bien sûr, la population allemande des nouvelles régions annexées ( Silésie, Poméranie Prusse orientale) fut contrainte de tout abandonner, mais plus à l’Est,  les Ukrainiens furent renvoyés à l’intérieur de leurs nouvelles frontières quand ils ne furent pas massacrés (on dénombre environ 20 000 victimes). N’accablons pas les Polonais car près de 90 000 d’entre eux périrent en Volhynie (région de l’Ukraine) en Galicie  principalement, victimes des nationalistes ukrainiens. Je laisse au lecteur le soin de découvrir ou de redécouvrir les guerres civiles en Yougoslavie et en Grèce. Au total, retenons que les violences qui ont suivi le second conflit mondial furent importantes, d’ailleurs plus répandues en Europe orientale. Retenons également qu’elles minimisent, ni relativisent, en rien les crimes horribles perpétrées par les Nazis car elles sont loin d’atteindre leur ampleur. Lecture utile pour les Européens que nous sommes.

L’Europe barbare
de Keith Lowe
Editions Perrin
Prix : 25 €

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