parisPar Marc Emile Baronheid - BSCNEWS.FR/ Un livre de Régine Deforges portait ce titre élégant : A Paris, au printemps, ça sent la merde et le lilas. Les nouveautés de ce printemps font plutôt dans le bon goût, ce qui ne dérangera personne. Le dessinateur Charles Berberian (Grand prix de la ville d’Angoulême 2008) et le journaliste Olivier Bauer proposent 10 parcours originaux pour sillonner Paris autrement, aller d’un monde à l’autre, céder à ses penchants pop-rock ou gourmands. Et même  passer entre les gouttes, les jours de pluie, en arpentant les anciens passages. Plans, illustrations, anecdotes, informations historiques, adresses sélectionnées avec une exigence de bon aloi et un carnet pratique confèrent à ce guide une qualité insoupçonnée. Encore qu’avec Lonely Planet, on n’achète jamais de chat dans un sac.

« Paris », Charles Berberian et Olivier Baueur, Lonely Planet, 18 €

S’il faut en croire ce guide, « les Américains nous réinvitent à un rapport décomplexé à la nourriture ». Les amateurs de junk food savent déjà à quoi s’en tenir. Les sceptiques et les indulgents pourront mettre leurs pas dans ceux de Noélie Viallet, soucieuse de nous proposer le meilleur de l’Amérique à Paris en 200 adresses où manger, faire chauffer sa carte bleue, choisir une robe de mariée un peu rock’n’roll, prendre des cours de chaussures à talons, humer comme un parfum d’East Village. Tout est présenté par catégorie, puis répertorié par arrondissement. Au fait, combien de statues de la Liberté trouve-t-on à Paris ?

« Guide des USA à Paris », Noélie Viallet, Chêne, 16,90 €

Les guides Chêne Paris sont au format de poche. Abondamment illustrés, ils proposent des déambulations insolites ou placées sous le signe de l’architecture, sobres notices bilingues et photographies de qualité à l’appui. Découvrez le Paris de Carné et de Doisneau, escaladez ce que Verlaine appelait « un squelette de beffroi », admirez les nombreux témoignages de l’Art nouveau, répertoriés par arrondissement, plans à l’appui, tel ce superbe exemple du style « nouille », dans le 10e arrondissement. De superbes incitations à la flânerie.

« Paris inattendu », photographies de Gilles Falissard, Chêne, 12€
« Paris Art nouveau », photographies de Gilles Targat, textes de Janine Casevecchie, Chêne, 12€

Pour peu que l’on s’affranchisse des ouvrages à vocation d’hameçonnage, le discours est autrement nuancé, voire critique. Paru au Portugal un an après sa mort en 1901, ce roman d’Eça de Queiroz oscille de la « civilisation » incarnée par Paris et la « barbarie » du village de Tormès au Portugal. Jacinto demeure dans un hôtel particulier des Champs-Elysées et jouit des dernières innovations (graphophone, conférençophone, monte-plats, tourneur de pages et autres bienfaits prodigieux de la technologie triomphante). Jacinto découvre sous un autre jour  le monceau providentiel de son terrifiant équipement, lorsqu’une canalisation  éclate et se mue en cataclysme. Il repense avec nostalgie à l’eau chauffée dans de solides chaudrons et montée dans des brocs vers sa cuvette de lavabo, là-bas au village… Consul du Portugal  à Paris jusqu’à sa mort, en 1900, à Neuilly, Eça de Queiroz brocarde jusqu’à la charge  drôle et féroce le factice et le désiroire d’un progrès frelaté, au bénéfice des vertus provinciales.

« 202, Champs-Elysées », Eça de Queiroz, éditions de La Différence, 12 €

D’où cette question : Paris, aujourd’hui, fait-il encore rêver ? N’est-elle plus rien d’autre qu’un musée à ciel ouvert ? Au contraire, peut-elle se muer en capitale du XXIe siècle et se projeter dans un nouvel imaginaire grand parisien ? Régine Robin, historienne et sociologue, revisite la ville-lumière à l’aune de cet enjeu à l’issue incertaine. Nichée près de la gare Montparnasse, elle ose explorer les terrae incognitae situées au-delà du périphérique, les banlieues où dix millions d’habitants n’incarnent pas le meilleur des mondes, mais qu’il faudra associer, bon gré mal gré, au destin de la mégalopole ou tenir en respect, si Lutèce redevenait un camp retranché. Régine Robin n’est ni rêveuse, ni flibustière. Elle est supérieurement documentée. Son imaginaire est solidement ancré dans le sol, avec une ardeur d’avance.  Le Grand Paris : un sacré pari.

« Le mal de Paris », Régine Robin, Stock, 21,50 €

Oui, mais vivre aujourd’hui à Paris, c’est comment ? A quel prix ? Voici le sentiment d’une centaine de Parisiens, femmes et hommes de tous  arrondissements, de tous horizons socio-économiques. Du retraité de l’avenue Foch à l’ouvreuse à l’Olympia, en passant par Manuel, insomniaque, Brice, ancien détenu, un flic dans le 8e, un curé du 15e, un ethnologue, un photographe urbain, une gastronome, une écolo urbaine qui donne des miettes à un merle appelé « poupoule »  … Une agent d’accueil SNCF : « c’est dur, on sert d’éponge à toute la gare » ; un pompiste : « je dois supporter le stress des gens énervés par les embouteillages et de tous ceux qui râlent quand on leur demande de payer avant de faire le plein ». C’est Paris aussi, sans boutiques de luxe assiégées par les nouvelles riches aux yeux bridés, attachant, criblé d’éclats de vies, au cœur qui bat dans une autre dimension.

« Le Paris des Parisiens », Stanislas de Haldat, Stock, 18,50 €

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