Alabama Monroe - DrPar Candice Nicolas - BSCNEWS.FR / Didier (Johan Heldenbergh) et Élise (Veerle Baetens) vivent une relation orageuse et passionnée. Coup de foudre, bluegrass et tatouages, ils forment un couple explosif. Didier joue du banjo dans un groupe de bluegrass, il vit dans une caravane dans un coin isolée de la campagne belge et il adore l’Amérique, le pays de toutes les libertés. Élise est tatoueuse, son corps en revêt des dizaines, tous rattachés à un souvenir. Ils se rencontrent, s’aiment, chantent et naît Maybelle. C’est un conte de fées version moderne, mais dans la lignée de « La Merditude des choses » (« The Misfortunates », 2009), qui s’éloigne d’Hollywood pour le grand final. La petite Maybelle tombe gravement malade, et l’univers d’Élise et de Didier s’effondre. Le cercle du bonheur est brisé. Rien ne sera plus jamais comme avant…

Le film « Alabama Monroe » est une adaptation de la pièce de théâtre du même nom, écrite par Johan Heldenbergh – qui joue Didier à l’écran. L’histoire de Didier et d’Élise est racontée façon mosaïque, dans le désordre, des scènes s’enchaînent, sans être dans un ordre chronologique, mais qui suivent plutôt les sentiments qui animent les personnages. La musique, la passion, la maladie, l’amour, le bonheur, le malheur, l’espoir, la foi, tout s’entremêle, très vite, trop vite. Il paraît que l’amour triomphe toujours à la fin, mais parfois non. Le quatrième film de Felix van Groeningen est génial. On a la larme à l’œil plusieurs fois mais on est tout de suite violemment transporté dans la tourmente du jeune couple. Les acteurs sont brillants, la musique entraînante et le scénario de cette histoire d’amour pas banal.


L’interview de Felix van Groeningen, le réalisateur d'Alabama Monroe

Quant à l’origine de son film…
« Johan est un ami, il a joué dans deux de mes films. Quand j’ai vu sa pièce, j’ai été totalement sidéré. La combinaison de détails personnels, de musiques et de vraies questions – comme la religion vs. la raison – m’a vraiment bluffé. Johan est très intéressé par le cinéma, alors il était ravi quand je lui ai parlé d’une adaptation de sa pièce. Il était aussi d’accord pour ne pas collaborer à l’écriture du script. Donc j’ai commencé à travailler sur le scénario avec Carl Joos, mais on a recommencé plusieurs fois avant de vraiment écrire quelque chose de bon, c’est une histoire très complexe ».

Quant aux difficultés de cette adaptation…
« J’avais quelques inquiétudes par rapport à cette adaptation. La pièce était si parfaite que je n’étais pas certain de pouvoir faire un film avec les mêmes qualités. Je me suis demandé si cela valait même la peine d’essayer. Et c’est vrai qu’en plus les drames romantiques ne sont pas trop ma tasse de thé d’habitude. Il y avait beaucoup de monologues dans cette pièce, c’est dur de retranscrire cela au cinéma. Il y avait tellement de « couches » que j’avais l’impression que je ne serais jamais capable de toutes les retranscrire en un seul film. Mais finalement, ce projet me tenait vraiment au ventre. J’étais tellement remué par cette pièce que j’ai fini par trouver l’énergie qui me fallait. Je me suis aussi dit que du fait que ça n’allait pas être facile, cela ferait forcément un film personnel et intéressant. Les particularités (bluegrass, mélodrames) ont fait tout le défi du projet ».

Quant à la structure du film…
« Elle a été créée au montage. L’idée de départ était déjà de présenter la vie de Didier et d’Élise par épisodes, mais le concept du scénario initial était différent du résultat final – comme pour le reste de mes films d’ailleurs. Nico Leunen, avec qui je travaille sur les montages depuis longtemps, est un vrai magicien. Mes films se déroulent autour d’émotions plutôt qu’autour d’une histoire. Il y a toujours beaucoup de choses qui marchent différemment sur le papier et à l’écran, alors évidemment, beaucoup de questions se posent durant le montage, elles sont essentielles au processus de réalisation ».

Quant à Johan Heldenbergh, Didier…
« Johann a coécrit la pièce et joué dedans, ça ne m’est pas venu à l’idée qu’il ne devrait pas jouer dans le film ! Pour une raison toute simple, lui et Didier sont assez similaires. Ils aiment bien parler et cela ne les dérange pas d’être au centre des choses. Les vues athéistes de Didier sont très semblables à celles de Johan. Il y a une différence entre la pièce et le film cela dit, pendant les répétitions, on a recherché avec Johan d’autres facettes du personnage de Didier qu’il n’avait pas explorées. C’était un processus très intéressant et nous avons tous les deux beaucoup appris de cette expérience ».

Quant à Veerle Baetens, Élise…
« Le personnage d’Élise est une énigme. Elle est très forte, et fragile aussi. Elle aime la vie, mais elle en prend plein la figure. Vu que le film est plus explicite que la pièce, j’ai dû altérer quelques caractéristiques de son personnage mais c’était toujours un mystère pour moi, jusqu’à ce que je rencontre Veerle pendant une audition. À ce moment, tout est devenu clair. Il fallait qu’elle soit Élise. Veerle lui donnerait tout ce qui fallait. Cette fille est un vrai pitbull, elle mord et elle s’accroche, elle ne lâche pas tant que ce n’est pas fini. C’est une perfectionniste, à tous les niveaux ».

À propos de l’amour…
« Ce film est plus qu’une histoire d’amour parental. C’est une histoire d’amour entre deux personnes extrêmement différentes et sur la perte d’un être cher. Le film montre combien c’est difficile pour nos protagonistes d’accepter la perte de leur petite fille. Didier dissimule son chagrin dans des grands principes et théories, Élise s’échappe dans le symbolisme, la religion et la superstition. Je comprends que le chagrin puisse être aussi écrasant – perdre un enfant ! – et que les gens ressentent le besoin de s’inventer des histoires de Dieu, de Paradis ou de vie après la mort. Je suspecte que certaines personnes naviguent entre deux eaux, d’un côté, rationnelles, et convaincues qu’il n’y a ni Dieu ni vie dans l’au-delà, mais d’un autre, émotionnelles, prêtes à croire, parce qu’il n’y a rien d’autre à faire. C’est cette dualité que l’on retrouve dans le couple Didier-Élise. Tant que tout va bien pour eux, leurs différences les rendent complémentaires. Mais quand leur fille tombe malade et qu’elle risque de mourir, leurs points de vue diamétralement opposés les mènent vers un climax dramatique, parce que Didier et Élise sont complètement déchirés de l’intérieur. À la fin, ils se perdent eux-mêmes, et l’un l’autre ».

À propos du bluegrass…
« Didier et Élise jouent dans un groupe de Bluegrass et ce n’est pas par hasard. Le Bluegrass est intégré de plusieurs manières dans le récit même et forme un lien intrinsèque avec les questions majeures qui apparaissent dans le film : la vie, la mort, la naissance, l’Amérique, la maternité, la paternité, trouver la consolation, la vie après la mort. La musique est aussi ce qui unit le couple. Les chansons sont organisées de manière à avoir le meilleur impact dramatique possible. Parfois une chanson est purement narrative et aide à raconter l’histoire, parfois on en choisit une pour renforcer des émotions. Bjorn Eriksson a composé les chansons bluegrass et a créé la bande originale. Ma rencontre avec Bjorn a été cruciale pour le film, c’est un afficionado du genre depuis qu’il a 16 ans. Un peu intello mais aussi très cool. Le rencontrer a influencé non seulement le son mais aussi le look de mon film. Bjorn joue du dobro et de la guitare, il est chargé des enregistrements et il a coaché les performances de Johan et de Veerle – qui chantent toutes leurs chansons ! »

À noter : Les tatouages d’Élise sont dessinés par Emy La Perla, basée à Bruxelles.

« Alabama Monroe »
(R : Felix van Groeningen – Belgique)
Section : Panorama Spécial - Berlinale 2013
Sortie en France : 28 août 2013

( Photo DR )



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