Par Melina Hoffmann - BSCNEWS.FR / Mattia et Alice. Deux enfants meurtris, deux adolescents en mal de vivre, deux âmes qui se comprennent, deux êtres solitaires dont les destins ne semblent pouvoir que se croiser sans jamais parvenir à s’unir.
Leur point commun ? Une blessure profonde qu’ils portent en eux depuis l’enfance. Un choix dramatique pour l’un, un accident pour l’autre, et la vie devient alors une épreuve.

« Alice lui effleura le menton d’une main et attira délicatement sa tête vers elle. Mattia ne vit qu’une ombre se rapprocher de lui. D’instinct, il ferma les yeux, puis il sentit la bouche chaude d’Alice contre la sienne, les larmes sur ses joues, ou peut-être pas les siennes, et enfin ses mains, si légères, qui immobilisaient sa tête et rattrapaient ses pensées en les emprisonnant là, dans l’espace qu’il n’y avait plus entre eux. »
Extrait du livre

Mattia est surdoué et vit complètement isolé du monde. Les mathématiques sont son seul refuge, sa raison de vivre. « Il passait la plupart de son temps dans une solitude qui aurait rendu fou en l’espace d’un mois n’importe quel individu normalement constitué. »
Alice, elle, se passionne pour la photo. Lorsque leurs routes se croisent, Mattia et convaincu qu’Alice et lui sont des nombres premiers, de ceux que l’on dit jumeaux
Elle se sent exclue du monde, il refuse de s’y intégrer. Leur rencontre apparaît presque comme une évidence, tant à leurs yeux qu’à ceux de leur entourage.
Un lien invisible se crée alors entre eux, une amitié bancale faite d’absences et de silences, de douleurs partagées, d’incertitudes. Mais les nombres premiers jumeaux sont toujours séparés par un nombre pair… Mattia et Alice restent seuls, à deux. Parviendront-ils à surmonter les obstacles qui les séparent et à se rejoindre ?
Ne vous épargnez pas la lecture de ce livre sous prétexte que vous souffrez d’une indigestion aux mathématiques ! Il n’en est que très peu question dans ce livre. Les mathématiques servent uniquement à aborder une histoire à l’intrigue somme toute classique de manière originale.
Nous suivons le parcours de ces deux personnages de l’enfance à l’âge adulte, parfois à travers le regard de l’un, parfois à travers celui de l’autre. Les difficultés de leurs quotidiens - qui ne manquent pas ! - sont décrites avec beaucoup de précision, mais Paolo Giordano s’abstient de toute analyse psychologique. Dans ce roman, rien d’autre que du récit, des faits.
En effet, ce jeune auteur de 26 ans - récompensé du prix Straga 2008 pour ce premier roman - trempe sa plume dans un style particulièrement sobre et détaché, prenant ainsi de la distance avec ses personnages. Tellement de distance cependant que l’on peine à éprouver de l’empathie à leur égard. Difficile même de simplement s’attacher à ces êtres fragilisés par la vie…
Une écriture désinvolte, presque froide qui dérange autant qu’elle captive, enrobant l’histoire de tristesse et d’amertume. La fin est à l’image du reste du livre, évasive. Elle peut laisser un goût d’inachevé, mais ouvre également la porte à tous les possibles.
Un livre percutant et captivant, sur lequel il est pourtant difficile d’émettre un avis tranché.

La solitude des nombres premiers
Paolo Giordano, Nathalie Bauer (Traduction)
Editions Seuil

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