Par Alexandre Roussel - BSCNEWS.FR / A l’orée des années 90, l’ensemble des courants musicaux rock avaient un peu la tête dans le seau. Le rock n’roll train avait quelques problèmes d’aiguillage. L’heure était à l’éclatement des genres et au métissage, peu de tendances respiraient la pérennité. Malgré tout, quelques figures musicales apparurent, les observateurs en firent des prophètes de cette période d’incertitudes et, en mal de générique, les étiquetèrent sous la bannière post (post-rock, post-punk, post-wave et j’en passe) ou indépendant. De cette époque, pas si lointaine, reste peu d’élus. Généralement la patine du temps fait bien les choses et nous conserve que le meilleur. C’est le cas du groupe américain Grandaddy célébré par quelques carrés de fidèles à travers le monde. Et ils ont bien raison, car entre l’album Under the Western Freeway, (intéressant mais encore un peu trop vert au goût) et une suite d’opus agréables mais sans magie, se niche une pépite à réécouter urgemment : The Sophtware Slump. Paru en 2000, ce disque résume une décennie de rock américain en onze pistes toutes aussi délectables les unes que les autres. Fausse innocence est le maître mot du talentueux compositeur et chanteur du groupe, Jason Lytle. A l’écoute de l’album, on dirait que le projet était de voir ce que cela donnerait si Brian Wilson (leader des Beach Boys) s’était mis en tête de faire du Radiohead. Du coup, ressort cette espèce de mélancolie joyeuse jamais mièvre, toujours gracieuse sur des titres comme He’s simple, he’s dumb, he’s the pilot ou Jed the Humanoid et son corollaire Jed’s other poems ou bien encore The Crystal Lake. Le groupe joue de breaks intelligents, d’utilisations subtiles des claviers et des guitares et d’arrangements toujours bien placés. En gros, tout ce que rêverait de savoir faire nos amis de Muse mais qu’ils ne sauront jamais composer. Le groupe californien sait aussi manier le rock bastringue de manière tout à fait délicieuse ( Hewletts Daughter), le spleen épuré (Underneath the Weeping Willow), jouer les Beck meilleur cru (Broken Household Appliance National Forest). Voilà un disque qui s’ouvrait les portes d’une décennie que nous venons de quitter et qui ne lui a pas tendu les bras (le groupe a splitté en 2006). Que voulez-vous, quand on s’appelle Grandaddy, difficile de se proclamer le chantre de la jeunesse. De toute manière, à cette époque, les guitares des Strokes pointaient déjà leurs manches ainsi que toute la future vague garage revival. Adieu sagesse.
The Sophtware Slump – Grandaddy

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