Loin du patriotisme local propre à la cité mythique, Denis Gheerbrant, à travers ses 7 films, est allé dénicher l’universel au coeur de la détresse engendrée par le renouveau de Marseille. Un documentaire urbain très contemporain, trempé dans la nostalgie d’hier et la misère d’aujourd’hui.
L’argument : La République Marseille nous emmène à travers sept univers (La Totalité du monde, Les Quais, L’Harmonie, Les Femmes de la Cité St-Louis, Le Centre des rosiers, Marseille dans ses replis et La République) qui composent une ville comme une république, celle des dockers, des militants ouvriers, des femmes d’une cité jardin ou des habitants d’une énorme cité ghetto et, dans ses replis, à la rencontre de tout un peuple, ancien junkie, boxeur ou toutes jeunes filles devant la vie. "La République", une grande artère du centre ville. Face à une violente opération immobilière, toutes ces histoires viennent se rejouer.
Notre avis : Que l’on traverse le monde des usines, l’univers des dockers, l’intimité des vieilles dames de la Cité Saint-Louis, les tours HLM du redouté Centre des Rosiers ou la vie des derniers habitants de l’artère centrale de la République, une immense misère se fait ressentir dans chacun des sept formidables reportages de Denis Gheerbrant. Le documentariste local dresse un audit sur le moral des Marseillais, des individus lambda issus de la couche populaire, sortes de représentants anachroniques de la France d’antan. Des gens qui, avec la révolution du secteur tertiaire et ensuite la mondialisation galopante, se sont retrouvés isolés dans un no man’s land social dans lequel ils ont été sacrifiés par les grands de ce monde, qui les considèrent comme inadaptés aux contingences contemporaines.
On retrouve dans ces documents sincères et rigoureux tournés à la caméra numérique, au-delà de l’accent ravageur et du chauvinisme inhérents aux habitants de la cité phocéenne, des personnalités pourtant fortes, en proie au désarroi et à une certaine forme de dépression. Les actifs sont désormais à peine bons pour l’exploitation au port et connaissent donc les ravages du chômage, surtout les jeunes, plus que jamais tentés par la délinquance qui a fait la forte réputation de la ville. Pas étonnant dès lors qu’émane un puissant sentiment de nostalgie pour le passé mythique de Marseille, la république du peuple par le peuple, celle des dockers rois et des usines monstrueuses qui offraient du pain et du pastis tous les soirs à sa main d’œuvre.
Les témoignages de ces petites gens que d’aucuns regarderaient de bien haut, s’inscrit dans l’incompréhension d’un monde qui leur est imposé. L’angoisse de perdre son travail et son appartement lorsque l’on n’a aucune possibilité de rebondir, alors que les groupes immobiliers tentent de déstabiliser la population de manière malhonnête et minable pour boboïser le centre, recèle un caractère universel qui dépasse largement le cadre de l’atavisme des Côtes du Rhône. Il s’agit bien là de toute la détresse de l’homme privé de tous ses repères que l’on essaie en plus d’abattre dans sa dignité.
Le discours social est prégnant et crée une mécanique d’identification avec le peuple de cette « république Marseille » qui ébranle toutes les rivalités incongrues entre villes. Un beau travail.
Frédéric Mignard
Réalisateur - Denis Gheerbrant
Genre - Documentaire
Date de sortie 07 octobre 2009

L'actualité du cinéma en partenariat avec A Voir A Lire

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