La nouveauté : The Verve – Forth (Parlophone - EMI Records)

On a tort de voir The Verve comme un simple groupe britpop à ranger au beau milieu des années 1990. Ce jugement hâtif et maladroit se justifie en grande partie par leur album incontournable Urban Hymns sorti en 1997. Opus paradoxal, car déclencheur d’une immense notoriété, que malheureusement le groupe de Richard Ashcroft ne sera pas gérer et qui in fine provoquera en grande partie sa séparation deux ans plus tard. Mais aujourd’hui, le quintette, devenu entre temps quartette avec la décision du guitariste Simon Tong de ne pas rempiler, retrouve le chemin des enceintes avec cette magnifique galette de dix titres sobrement intitulée Forth. A la première écoute, on s’aperçoit rapidement que le groupe évolue toujours dans la cour des grands. Ce constat se vérifie, en premier lieu, grâce une nouvelle production magnifique. En effet, chaque chanson possède un son très soigné qui met en valeur le chant si personnel d’Ashcroft (assurément l’une des plus belles voix de la scène anglaise) et les partitions musicales alternant teintes mélancoliques et explosivité pop (Sit and Wonder, Love is noise, Rather Be). En second lieu, en plein revival rock où les chansons n’excédent pas trois minutes, The Verve prend le temps de développer ses titres et révèle son talent d’élaborer des structures sonores, tantôt rock épique (Valium Skies, Appalachian Springs), tantôt rock psyché (Numbness,Columbo), d’une véritable originalité. Bref, voilà un des rares come-back musical de ces dernières années ayant tenu ses promesses. En espérant, tout de même, ne pas attendre le prochain album dans dix ans.

 

A redécouvrir : The Zombies (Repertoire Records)

Malgré un nom pas très Swinging London, voici le groupe anglais des sixties à faire absolument sortir du purgatoire musical. Formation qui émergea en pleine British Invasion, The Zombies, avec à sa tête les deux pensantes que sont Chris White et Rod Argent, ont, en l’espace de cinq ans, gravaient quelques unes des plus belles pépites pop malheureusement éclipsées par les mastodontes de l’époque. A ma connaissance, rarement un groupe n’a jamais aussi bien digéré les règles du style pop. Mélodies accrocheuses, voix parfaitement maîtrisées, rythmiques ciselées, arrangements d’une précision toute anglaise. Le son reste d’une fraîcheur extraordinaire et l’entrain avec lequel les chansons sont interprétées est vraiment communicatif. Je vous conseille deux écoutes : la compilation The Singles As & Bs regroupe l’ensemble des hits du groupe et présente un parfait condensé (une quarantaine de titres tout de même) de leur carrière musicale. Ensuite attardez-vous sur le délicieux Odessey and Oracles récemment remasterisé pour ses quarante ans d’existence. D’une approche toute baroque (l’ombre du Sergent Pepper des Beatles plane sur tout le disque), l’album auto-produit représente l’apogée musicale mais aussi son chant de cygne. The Zombies ou toute la science anglo-saxonne de la musique pop dans vos oreilles.

 

Le Panthéon : Bob Dylan – Blonde on Blonde (Columbia Records)

Une nouvelle fois, Dylan fait la tronche sur sa couverture de disque et semble se les geler comme sur Freewheelin, et cependant voici à coup sûr le disque du barde de Greenwhich le plus chaleureux et le plus généreux. Quelques explications. Sorti en 1966, Blonde on Blonde, (enregistré à Nashville et une nouvelle fois sous la houlette de Bob Johnston), est tout simplement le premier double 33 tours de l’histoire du rock. Le disque peut se résumer comme le bouquet final de la première période de Dylan. Tout son univers musical s’y trouve illustré en quatorze titres éclectiques et pourtant d’une unité remarquable. On y respire l’odeur des filles américaines (Visions of Johanna, I want you, Just like a woman, Sad Eyed Lady of the Lowlands), y emprunte des asphaltes psychédéliques (Stuck Inside of Mobile with the Memphis Blues again, Obviously 5 Believers) ou encore y écoute les plaintes d’un folk joyeusement paresseux (One of Us Must Know, Temporary like Achilles), tout cela narré par un Dylan d’une nonchalance jamais retrouvé. Avec ce disque, celui-ci perd définitivement les fans de la première heure déjà troublés par la composante rock des deux albums précédents. Peu importe cette trahison pour lui,(même si de ce fait les concerts données à cette époque sont particulièrement houleux), il y gagne le cœur d’amateurs de ce parfait mariage musical entre traditions et nouveaux ingrédients rock et accents pop. Dylan ou l’art du fugitif en perpétuel séduction.

 

Réalisé par Alexandre Roussel

 

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