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Sous les pavés, la plage et l'été

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Par Sophie Sendra - BSCNEWS.FR / Peu avant le début des vacances on regarde dans nos bibliothèques afin de voir s'il n'existe pas un livre que l'on a rangé en se disant qu'on le lirait plus tard ou encore un ouvrage qu'on relirait bien. Alors on cherche.  En philosophie, les lectures de « plage » sont rares. La perspective de lire un « pavé » énorme et indigeste est une idée qui n'est pas très engageante... La Critique de la Raison pure de Kant sous parasol : très « intellectuel », mais impraticable.

Du Roman
Quand on est professeur, on aime bien les histoires de profs un peu fous. Il existe une collection Rivages Poche/ Bibliothèque étrangère qui sort régulièrement des ouvrages atypiques. Des amis imaginaires de Alison Lurie raconte une histoire de dingues. Cette comédie publiée en 1967 et réédité en 1992, est une étude du comportement humain au sein d'un groupe de fanatiques. Deux chercheurs en sociologie font une enquête de terrain. Au terme de celle-ci, on ne sait plus de quel côté se trouve la folie. C'est plein d'humour et de folie passagère.
Autour de ce thème, mais dans un style très différent, vous pouvez lire dès à présent "Vous n'aurez qu'à fermer les yeux" de Marianne Jaeglé (2010). Auteur de films documentaires tel que Moravia, elle signe ici un ouvrage sur la Schizophrénie. Cela se lit très vite, c'est rédigé comme un journal de bord et cette histoire vous guide dans un univers très particulier celui de la folie pure. Vous n'envisagerez plus les histoires d'un soir comme avant.

De la philosophie
Lorsque j'étais étudiante, je suis tombée sur un petit ouvrage intitulé La vie sexuelle d'Emmanuel Kant de Jean-Baptiste Botul (Éditions des Mille et une Nuits, 1999). Je me suis bien entendu précipitée sur cet ouvrage qui était censé démystifier LE philosophe des Lumières. En le lisant j'étais stupéfaite par le récit de ce Botul, par ces cinq conférences datées de mai 1946. Il m'a fallut un long temps pour comprendre qu'il s'agissait d'un canular de Frédéric Pagès. C'était tellement proche de l'idée que je me faisais de cet immense philosophe, que je l'ai dévoré. C'est à mourir de rire quand on voit ce que peut attribuer l'auteur à ce cher Kant. Sueur, Salive, Sperme, Cinquième Causerie, partie de cet ouvrage, est un petit bijoux.
Dans un autre style, Lettre sur les Chimpanzés... de Clément Rosset est également un petit ouvrage  sérieux et sarcastique à la fois. L'auteur, qui fut mon professeur, donne ici un texte qui lui ressemble. Certes l'ouvrage date de 1965 (réédité en 1999), mais il reste d'actualité. Ouvrage atypique sur les catéchismes de tous bords d'où qu'ils viennent, sur les poncifs et sur nos amis les animaux. Profond, drôle et acide à la fois, à déguster sans modération.

De la Géopolitique
Il y en a toujours pour désirer lire quelque chose de plus rude pendant l'été. Il vient de paraître un ouvrage tridimensionnel alliant journalisme, géopolitique et entretiens. L'Émergence de l'Afrique, entretiens avec Christian Malard et Florence Klein-Bourdon (Éditions du Cherche Midi), n'est pas indigeste. Ce sont les regards croisés du Président du Cameroun, du responsable de la Banque ouest-africaine de développement et de Youssou N'Dour, auteur-compositeur-musicien et interprète que tout le monde connaît. Cela peut se lire selon vos connaissances et votre intérêt à découvrir certains sujets. Même si cela peut paraître parfois un peu technique, Youssou N'Dour est là pour raconter l'Afrique d'un point de vue moins « chiffré ». C'est l'année de l'Afrique : la coupe du monde de football, le cinquantenaire des indépendances et le défilé du 14 juillet sur les Champs-Élysées, alors pour comprendre ce continent, ses attentes et son avenir, n'hésitez pas.

Du rire
Mon premier a des lunettes, mon deuxième sera en tournage au mois d'août à Paris, mon dernier s'est « mélangé » allègrement à Dieu et à Shakespeare, et mon tout peut vous faire rire à gorges déployées. Qui suis-je ? Dans L'erreur est humaine (Éditions Flammarion, 2007), Woody Allen raconte des histoires de tous les jours mais sous un angle qui est le sien. Toujours décalé, toujours critique de la vie américaine et toujours en phase avec ses crises existentielles. Recalé, Les jolies colonies de vacances et autres nouvelles vous feront rire ou sourire, mais ne vous laisseront pas indifférentes.

S'il fallait conclure

Tous ces ouvrages ne sont pas des « pavés », ils sont atypiques et différents les uns des autres. Ils peuvent faire l'objet de découvertes de genres et de styles. Ils ne prennent pas de place dans un panier de plage et seront parfaits pour passer un moment de détente. Un dernier conseil : pour moi, pas de lecture sans musique. J'ai parlé de Youssou N'Dour et son dernier album Dakar Kingston s'accordera sans problème avec les préoccupations du « rien faire ». Ainsi, vous êtes parés. Il ne manque plus que les cigales et le farniente. La philosophie c'est aussi le temps de la pause...

De l'Amérique aux States

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Les States  par Yves BudinPar Sophie Sendra/ Illustration Yves Budin - Bscnews.fr /

Un philosophe ne s'attache pas qu'à la Sagesse, il aime le langage. Il aime le Mot. Lorsque la Rédaction a proposé le thème USA, je me suis interrogée sur la portée de ces initiales. Après avoir écrit sur New York, après avoir fait une thèse de philosophie sur une partie de la littérature américaine, qu'avais-je donc à penser de ce continent ? Pour pouvoir répondre à cette question, je me suis demandée comment on appelait ce dernier il y a encore quelques décennies. En effet, même si ce continent a toujours été synonyme de « rêves », son image avait dû évoluer.

L'Amérique

Quand on se tourne vers le cinéma, on remarque que dans les vieux films en noir et blanc, les personnages parlent de l'Amérique comme d'un endroit refuge, fait de rêves. Ils ne disent pas « USA » ou « States », ils disent l' « Amérique ». Comme un Fernandel dans le Schpountz. Ce film de Marcel Pagnol de 1938 montre un Irénée Fabre qui veut être vedette parmi les vedettes, et peut-être partir dans le pays de tous les possibles, l'Amérique.

Ce continent là, c'est aussi celui de Walt Whitman, de ses Feuilles d'herbe de 1891, du regretté Dennis Hopper dans Easy Rider de 1969 ou encore celui de Jack Kerouac dans Les Clochards Célestes de 1963. C'est le pays des écrivains, ceux de cette Beat Generation des Burroughs, Ginsberg et les autres. Cette Amérique qui inspirait les peintres de Pollock à Basquiat dans un grand écart de 40 ans, en passant par Fernand Léger et ses Constructeurs de 1950. C'est New York qui remportait les suffrages de ce désir de partir pour la Création.

Les USA

Quand on parle des USA c'est une autre période qui se fait jour. Celle des T-Shirt très voyants que les personnes de ma génération arboraient au collège. Celle de Bruce Springsteen et de Born in the USA de 1984. Un virage à 180° que l'on pourra voir sur les écrans avec le film de Tom Dicillo When You're Strange. De L'América titre de l'album L.A Woman des Doors et Les USA sublimés par Springsteen, il y a une digression dans le terme et l'évocation de celui-ci.

Ce sont les USA de la série Dallas, les années 80 du Management et des débuts du Brainstorming, de Madonna petite fille du Michigan perdue dans Times Square. C'est la possibilité de partir de rien et de faire fortune. Le « rêve de création et de liberté » est devenu celui du Business, des « affaires ». C'est le « Made in USA » qui cartonne dans les commerces, qui est à la mode. Ce sont des programmes télé qui commencent à être copiés en France. Les dessins animés « Made in USA » commencent à être concurrencés par ceux du pays du Soleil Levant. Mais attention, une autre Amérique arrive bientôt, s'éloignant du « rêve » initial encore un peu plus.

Les States

Ici nous dépassons une frontière. Nous passons dans un autre monde, celui des States. Après les « rêves de liberté », les « rêves de fortune », de quoi pouvons-nous rêver de cette Amérique ? Il est difficile de répondre à cette question car l'Amérique a changé. Elle est devenue les « States ». Grande machine - pour ne pas dire grosse - qui nous donne du I Pad, du BlackBerry smartphone, du Mc Do. En grande quantité, en trop grande.

Il serait injuste de réduire ce continent cher à nos souvenirs à tout ceci, mais il est juste d'avoir l'impression que, comme il existe une « vieille Europe », il existe également une « vieille Amérique ». Celle qui se serait levée contre Monsanto, celui-là même qui, sans rire, « préserve les ressources naturelles et l'environnement » (site officiel français).

L'Amérique s'est levée contre la guerre du Viêt Nam, manifestant contre les tueries, les pulvérisations pendant que Monsanto produisait l'agent orange, sévère produit toxique dispersé sur les populations. Les States ont  désormais le marché absolu dans ce domaine et Saint Louis dans le Missouri pleure toujours son T.S Eliot, sa poésie et sa littérature. Mon Amérique me manque parce que par bien des aspects elle reflète bien plus une nostalgie qu'une envie intestine de ces rêves anciens.

S'il fallait conclure

Mon Amérique à moi ne s'appelle pas Goldman Sachs, Madoff, crise des Subprimes, mais Walt Whitman, Toni Morisson, Henry Roth, Jack Kerouac, Jackson Pollock, Jean-Michel Basquiat et tous les autres...

1. Poèmes, Poésie/Gallimard.
2. Éditions Folio.
3. The Beat Generation, Éditions Flammarion.
4. Exposition à partir du 15 octobre 2010 au Musée d'Art Moderne de Paris.
5. New York, Histoire, Promenade, Anthologie et Dictionnaire, Éditions Robert Laffont, Collection Bouquin.
6. Sortie en salles le 09 juin 2010.
7. Album produit en 1971.
8. Siège situé à Saint Louis. Fondé en 1901 par JF Queeny. Fabriquant de désherbant. Producteur du PCB et de l'agent orange utilisé pendant la guerre du Viêt Nam.


L'affaire Onfray

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Les chroniques philo de Sophie SendraPar Sophie Sendra - BSCNEWS.FR /
Il existe une polémique philosophico-psychanalytique. L'affaire est-elle grave docteur ? Assurément diraient les uns, pas vraiment diraient les autres. A peine une tempête dans un verre d'eau.
Pour ceux qui ne sont pas du milieu - très fermé - universitaire, l'affaire peut être incompréhensible, voire extraordinaire, alors que pour les autres, il ne s'agit pas de quelque chose d'incroyable.
« L'affaire » dont je parle est celle qui prend un espace médiatique assez large, qui va des émissions télévisées aux journaux papiers, c'est l' « affaire Onfray ».
De quoi s'agit-il alors ? Qu'y-a-t-il de si perturbant dans son ouvrage ?
L'Homme-Freud
Il est question de plusieurs éléments. Le premier est celui de l'homme-Freud. 
On découvre dans ce livre que ce cher Sigmund a eu une vie très particulière tout au long de ses recherches.  Celles-ci concernaient ce qu'appelait les anciens « l'âme humaine ». En découvrant que cette âme était en fait « esprit », Freud passait d'un postulat religieux à une découverte « scientifique » : le cerveau, l'être tout entier ont une mémoire qui dépasse celle de son histoire et de son immédiateté : l'inconscient.
Comme tout chercheur, il tente de faire passer son postulat au rang de théorème c'est-à-dire de rendre sa découverte théorique, tout à fait pratique et universelle.
Comme tout chercheur, il passe par des expériences aléatoires afin de prouver son « intuition ». Il fait des expériences qui sont censées valider cette dernière.
L'homme-Freud, lui, a des travers, il est de son temps. Il est comme ses congénères. « Frileux » vis à vis des femmes, plein de préjugés, se trompant quant à l'interprétation du comportement de l'enfant etc. Croyant au bien fait de certaines substances, il tente des expériences en tant que cobaye, il devient addicte.
De plus, afin de comprendre Freud, il faut expliquer qu'il s'intéresse à des sujets « oubliés » ; il faut remettre en perspective une problématique de l'époque : personne ne s'intéressait aux femmes et aux enfants. Personne ne pensait étudier la psyché humaine afin de la rendre compréhensible au reste du monde.
Théories Freudiennes
Lorsqu'on lit Freud, on espère que certaines de ses théories ont été rectifiées et améliorées avec le temps et les nouvelles sciences humaines, grâce aux recherches en psychiatrie et en neurosciences.
Quand on débutait des études de philosophie au début des années 90, il existait des unités de valeur qui nous faisaient étudier la psychanalyse et la psychopathologie.
Ce dont parle Michel Onfray dans son ouvrage n'est pas une nouvelle pour tout ceux qui s'intéressent au paratexte et à la psychanalyse.
Ce qui est accessible dans cet ouvrage, ce sont les notes, les recherches et la mise en lumière de ce qui est caché au grand public. Pour le reste, les universitaires le savent très bien. Ce travail a le mérite de rendre en condensé, ce qui est en substance dans tous les cours de philosophie.
Ce qui dérange c'est ce qui peut être qualifié d' « attaque » contre Freud lui-même ou contre la psychanalyse en tant que système. Ce qu'il faut attaquer dans le freudisme c'est le postulat érigé en théorème, en système infaillible. Une sorte d'herméneutique sans failles. Or, elle ne peut se considérer comme telle. 
Herméneutique certes, infaillible nullement.
L'important c'est l'explication
La psychanalyse en soi ne guérit pas, ce qui améliore la vie du patient c'est l'explication. Car ce qui importe dans une recherche de soi c'est de trouver quelqu'un, ou quelque chose qui apporte une réponse possible.
Les questions métaphysiques existaient bien avant Freud. Les questions philosophiques sur l'âme ou le sommeil également. Ce qu'a fait Freud - et nous devons le reconnaître - c'est d'avoir poussé plus loin l'interrogation et l'explication. 
L'analyse soulage parce qu'elle répond à des questions et le patient est soulagé par une réponse. Ce phénomène se constate en philosophie. Les personnes qui prennent des cours de philosophie ou qui lisent les auteurs, trouvent également des réponses.
Si on regarde l'histoire des philosophes, on trouve aussi des personnages bizarres, étranges, hantés par des démons, des êtres pas toujours très moraux. Et alors ? Cela remet-il en cause les questions, les réponses qu'ils apportaient : non. Cela ébranle t-il la philosophie toute entière : non.
Cela leur donne une dimension humaine, complexe. Cela les remet dans leur histoire, dans un contexte. Cela les fait descendre de leur piédestal. Ils sont enfin à notre portée.
C'est sans doute ce qu'a voulu faire Michel Onfray : comme les religions, la psychanalyse est un postulat, elle doit s'humaniser et ne doit pas demander au monde d'adhérer à toutes les interprétations. Elle doit s'attaquer au « tout psy » et devrait sans doute entamer une analyse sur ses propres réactions.
Partir de ce constat ne veut pas forcément dire que la psychanalyse se trompe, mais qu'elle doit améliorer sa recherche et ne pas se confondre en corporatisme sourd aux critiques.
S'il fallait conclure
On mesure souvent l'ampleur de ce corporatisme à l'onde de choc que cela produit, à la « violence » des discours qui entourent la critique.
Cet ouvrage aura eu le mérite de soulever le problème de cette pratique de l'étude du « comportement humain ». Même cette dernière expression à l'air d'être aussi une insulte pour les analystes, allez comprendre…
Ce qui est important c'est la pluridisciplinarité... c'est pas gagné !

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