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Dan Sartain : Le nouvel enfant terrible du rock américain

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Propos recueillis par Nicolas Vidal - bscnews.fr/ La musique de Dan Sartain est à l’encontre de tout ce qui se fait actuellement sur la scène internationale. Elle a un côté sauvage, électrique mais terriblement touchante. Dan Sartain ne s’embarrasse pas une seule seconde du politiquement correct. Il joue sa musique pour raconter sa propre histoire ou celles qui lui semblent avoir un certain poids. Il fait du rock pour les uns, du garage rock pour les autres ou du rockabilly pour les plus pointus. Peu importe, Sartain joue sa musique comme il l’entend et c’est plutôt décapant. Nous l’avons reçu pour la sortie de son dernier album « Lives».

Dan, comment caractériser votre musique ?
Un magazine au ROYAUME-UNI, que je viens de lire décrit ma musique comme "un amalgame de rockabilly, de blues et de garage rock qui se mélangent ensemble pour devenir un rock brillant, sale et corrosif ".

Quand avez-vous commencé à jouer ?

L'Alabama, d'où je suis, était un obstacle entre moi et le bon goût. Il était vraiment difficile ici d’avoir des rapports avec les gens et de trouver des personnes intéressantes. Heureusement qu’un vieil homme passionné de Blues m’a appris à jouer de la guitare.

Votre album alterne les mélodies et des morceaux de rock rugueux. À quoi est dû l'ambivalence de votre musique ?
Les sons se marient avec le sujet de mes chansons. Sur cet enregistrement de Lives, le chant joyeux de Ruby Carol est pour une fille que j'ai aimée, tandis que la première chanson sur l'album, appelé «Those Thoughts» est assez sombre. J'ai écrit cette chanson quand je vivais dans un entourage violent à Gate City dans l'Alabama. Chez moi, c’était le bonheur mais dehors on entendait les tirs de flingues. C’était des gangs violents. Mais heureusement que mes voisins étaient très sympas !


Quelles sont les sources d’inspirations de vos chansons, Dan ?
Sur cet album il y a quelques chansons qui parlent d’une fille. Mais il y a en comparaison plus de chansons portant sur les Cobras afin de parler des dangers qui règnent là-bas.  Je parle de ce grand mélange de gens qui se retrouvent à San Francisco autour de rituels païens chaque année. Il y a des personnalités importantes qui participent à ces réunions. Ils l'appellent l'Incinération de Soin et il a lieu devant un emplacement appelé Bohème Bosquet.


Votre univers musical particulier est fait de plusieurs influences et se nourrit d’une patte particulière et singulière. Comment le définiriez-vous ?
Les trucs qui m'ont fait vouloir apprendre la guitare le dimanche étaient spécifiquement Alice Cooper et AC/DC. Toute cette musique que les ados arborent maintenant sur des T-shirts pour être rebelles. Moi aussi , j’ai été comme eux. Maintenant, cela ne me plaît plus tout ! J'ai passé beaucoup de temps à écouter Jonathan Richman. Je suis vraiment jaloux de lui. C’est un dieu heureux qui a réussi ! Que pourrait-il m’arriver de plus pour être heureux ?


Quelles sont vos influences musicales, Dan ?
Mon batteur favori est Karen Carpenter. L’un de mes chanteurs favoris est Glen Danzig. Mais je ne sais pas grand chose "de la scène de musique moderne", donc je suis le mieux placé pour en parler. Le dernier album que j'ai acheté a été fait par les gens qui sont morts maintenant. J'ai écrit une chanson sur l'album appelé ' Doin anythin ' je ne dis que des mots qui sont un non-sens complet et ne signifient vraiment rien. J'essayais juste d'écrire une chanson qui toucherait beaucoup de gens. J'ai été inspiré aussi par les gens comme Joan Jett et Gary Glitter, dont la présence sur scène se prête bien à une atmosphère de stade.

Votre style le rockabilly un son particulier, des chansons de la vie quotidienne, Dan Sartain n'est-il pas aussi un personnage à part entière ?
Je ne sais pas si je peux dire que je suis un personnage à part entière. En tout cas, je suis comme je suis et cela c’est la vérité.

Quelle est votre opinion sur le Rock actuel ? Pensez-vous qu’il soit trop commercial ?
Il n'y a pas grand chose que j'aime. Je regarde la culture actuelle et je pense que tous ces nouveaux groupes qui surgissent font juste du commercial. La culture contemporaine fait du commercial. En fait, je n’écoute pas beaucoup de nouveaux groupes mais je sais qu'ils ne sont pas bons.

Pouvons-nous dire que Dan Sartain un artiste en dehors des modes et les courants musicaux ?
Bien sûr, la plupart des gens sont coincés dans une niche. Mais moi j’ai été chanceux d'avoir beaucoup d'amis avec des goût différents.

(Photos: Cats Steven)

Hey Hey My My : L'éclectisme du rock français

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Hey Hey My My - l'interviewPar Nicolas Vidal - BSCNEWS.FR / Les HEY HEY MY MY font partie de la nouvelle vague de la scène française avec tout de même une particularité qui mérite d’être notée, celle du mouvement libre de leur musique.
Il y a quelque chose d’entraînant et de rafraîchissant dans leur façon de faire passer des morceaux très éclectiques.
Il n’échappera pas aux avertis que le nom du groupe représente déjà un repère musical fort comme un clin d’oeil assumé à Neil Young pour sa phrase « Hey Hey My My, my rock&roll will never die.»
Dans tous les cas, nous souhaitons au moins la même chose aux talentueux HEY HEY MY MY qui n’en finissent pas de faire parler d’eux, balançant leurs mélodies électriques sur les scènes françaises toujours en souriant.

Lorsqu'on se renseigne sur le genèse d'Hey Hey My My, on prend rapidement conscience qu'il y a eu des étapes, des changements, une progression artistique importante et une grosse part de frénésie. Le titre de ce dernier album n'incarne t-il pas à lui seul l'histoire de votre groupe ?
Julien Garnier: Oui, c'est vrai c'est un parcours avec des virages serrés. On s'est rendu compte qu'on voulait retrouver l'énergie rock de nos débuts et prendre encore plus de plaisir en live. Retrouver nos amours de jeunesse en quelque sorte.

Migraine Institute, Bristih Hawaii puis Hey Hey My My, lequel d'entre vous est chargé de choisir le nom du groupe ?
Julien Garnier: Migraine institute a été trouvé sur les bancs d'une école de commerce en plein cours de "négociation avec les américains". Avec du recul, on ne peut pas dire qu'on a été touché par la grâce d'une géniale inspiration avec ce nom.... British hawaii a été trouvé par un ami qui décrivait ma tenue vestimentaire sans queue ni tête: un pantalon de costume et des chaussures noires avec une chemise hawaïenne, Mister Bean en vacances.... Hey Hey My My a été choisi par Julien Gaulier pour la signification de cette chanson intrigante et pour la sonorité des onomatopées.

Après vos nombreux projets artistiques, pouvons-nous dire qu'Hey Hey My My est l'aboutissement de vos envies et de votre musique ?
Julien Garnier: C'est devenu une synthèse de ce qu'on aime faire: des chansons pop mais avec une énergie rock.

Sur votre dernier album, on bascule entre le folk et l'électrique. Le nom de votre groupe est tiré de la chanson de Neil Young qui, elle aussi, comporte deux versions. Est-elle la base de Hey Hey My My ?
Julien Garnier: Comme Neil Young, on ne s'interdit rien: faire un premier album avec des guitares acoustiques (comme Harvest) et un deuxième album avec des guitares électriques (comme l'album live Rust Never sleeps).

En 1979, sur son live " Rust Never Sleeps", Neil Young rappelle que " Hey Hey My My, my rock & Roll will never die". Quel est la résonance de cette phrase dans votre création musicale ?
Julien Garnier: Au premier degré ça résonne comme une furieuse envie de faire du rock quand on est sur scène. Après Neil Young critiquait probablement aussi de façon cynique le "rock and roll circus" à travers cette phrase et c'est vrai que le cirque rock avec ses codes pré-établis (le cuir, la coupe de cheveux et la fameuse rock and roll attitude figée et définie depuis 40 ans) nous rebute un peu.

On vous sent totalement libéré dans vos morceaux sans aucune contrainte de style ou de mélodie dans l'air du temps. Vous jouez ce que vous aimez tout en prenant le contre-pied des styles établis ? N'est ce pas la recette de votre succès ?
Julien Garnier: Nous fonctionnons de manière instinctive sans trop regarder ce que font les voisins, c'est vrai.

Depuis votre rencontre à Bordeaux, quel a été le moment, la rencontre ou l'élément déclencheur qui a fait ce que vous êtes aujourd'hui ?
Julien Garnier: Tout est parti d’une histoire de guitare. Nous ne nous connaissions pas et j'ai réalisé que la guitare de Julien de l'époque était la première guitare électrique sur laquelle j'avais joué 5 ans plus tôt. Cette guitare était passée par plusieurs mains entre temps. C'était un pur hasard. Un destin musical commun était né (c'est beau).

Vous avez également associé votre musique au film de Xabi Molia sorti sur les écrans en avril. Comment s'est présentée à vous cette opportunité et qu'en retirez-vous aujourd'hui?
Julien Garnier: Xabi Molia est venu nous chercher (ce qui nous a flatté!). Ce fut une expérience très intéressante de voir que certaines de nos chansons marchaient bien à l'écran. C'est passionnant de travailler sur le couple son-image. J'espère que nous ferons d'autres musiques de film.

Avec toute cette frénésie et cette allégresse déployées, il est impossible de ne pas vous demander sur quoi travaillez-vous aujourd'hui? Et à quoi devons-nous nous attendre pour les prochains mois ?
Julien Garnier: Nous souhaitons en effet communiquer cette "allégresse" comme vous dites au plus grand nombre sur les routes: c'est ça notre programme.

Que diriez-vous aux lecteurs du BSC NEWS MAGAZINE pour les inciter à se jeter sur a Sudden Change of Mood ?
Julien Garnier: Si tu achètes deux disques, on joue dans ton salon.

Pour finir, trois mots qui définissent au mieux votre formation ?

Julien Garnier: rock mais sobre et gentil .

Hélène Tysman brise le cliché du pianiste à l'eau de rose

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Par Maïa Brami - BSCNEWS.FR / « Les gens qui ne sont pas musiciens associent sans doute Chopin a de la musique de grand-mère, alors que pour moi, parfois, ça s’apparenterait plus à de la musique de films d’horreur ! » confie la jeune pianiste Hélène Tysman, à l’occasion de la sortie de son premier CD chez OEHMS Classics. Primée et lauréate de nombreux concours internationaux, elle a justement remporté en 2007 le 1er Prix au Concours International Chopin, attirant l’attention de certains spécialistes, tel Vladimir Ashkenazy. « Il paraît », m’apprend-t-elle, « que Chopin avait horreur d’écrire et qu’il trouvait inutile de se répandre en explication sur ses œuvres. »
Cette conversation permettra donc, je l’espère, de lui rendre justice, en utilisant les mots avant tout pour donner envie d’écouter sa musique — à travers l’éblouissante interprétation d’Hélène — et de faire voler en éclats ce cliché de compositeur à l’eau de rose qui lui colle à la peau. D’ailleurs, trêve de discours, pour vous en convaincre, cliquez plutôt !


Premier contact avec un piano…
Du plus loin que je me souvienne, il y a toujours eu du piano partout dans la maison. Ma sœur aînée et mon frère en ont joué avant moi, et mon père est porté sur le piano jazz ! Quand j’étais petite, on avait une grande maison et à chaque étage, il y avait quelqu’un qui travaillait son instrument. De la rue, on avait l’impression d’être dans un conservatoire de musique ! Mon père grattait aussi un peu la guitare, ma sœur a étudié la flûte un temps, moi, le violon. En plus, je me souviens, on louait un studio à une chanteuse amateur ! Bref, pour avoir grandi dans cet environnement, la musique s’est imposée à moi comme une évidence. Et je savais qu’au moment où je commencerais à étudier, ce serait sérieux. Je n’ai jamais connu le stade du passe-temps.

Comment s’est fait le choix entre le violon et le piano ?

J’ai toujours préféré le piano, mais j’ai dû faire un choix, car je ne pouvais pas faire les deux. J’ai donc abandonné le violon. J’en avais discuté avec mon professeur, qui m’avait expliqué que mener à bien l’étude de deux instruments de façon optimale est impossible, faute de temps ! Il faut tellement d’heures de travail quotidien pour apprendre un seul instrument, alors vous imaginez deux ?! Et puis, dans le fond, j’ai peut-être aussi été endoctrinée (rires), puisque tout le monde jouait du piano à la maison. D’ailleurs, à l’époque, je pensais que c’était l’instrument roi par excellence, celui qui offrait le plus de capacités. Dire que je pensais même qu’il permettait de mieux gagner sa vie… Quelle erreur ! (rires)

Quelle est votre relation physique à l’instrument ? Le piano est un instrument puissant…

Du coup, justement, j’ai tendance à utiliser les « pianississimo », surtout avec Chopin. La puissance entre en jeu quand on se trouve aux côtés d’un orchestre, le son doit véhiculer alors plus de force que si l’on est seul avec son instrument.

Ce qui m’a frappée dans votre enregistrement, c’est à la fois la puissance qui se dégage de votre jeu et sa grande délicatesse par moments…

Vous savez, je ne frappe pas sur le piano, il ne s’agit pas de force physique. Récemment, j’ai joué dans une grande salle avec orchestre, le son se projetait facilement et c’était vraiment agréable. À la fin du concert, un ami m’a confié : « Comment une fille aussi menue peut-elle avoir un son aussi énorme ? »  Alors que ça n’a rien à voir. Il s’agit de réussir à laisser aller toute son énergie — comme un chanteur d’opéra — et c’est ça que j’aime. Normalement, on n’est pas censé être épuisé comme un sportif, après un concert !

Pourquoi avoir choisi Chopin pour votre premier CD ?

De façon assez naturelle. C’était le compositeur de prédilection à la maison ! Je me rappelle que les compositeurs allemands — Schumann, Brahms… — n’étaient pas très appréciés, à part Bach. Ni les Russes d’ailleurs. En fait, on apprenait le piano pour jouer Chopin !


Parlons du choix des œuvres : la Sonate n°2 en Si mineur opus 35 et les 24 préludes opus 28…

Ça a donné lieu à une longue discussion, car on se demandait avec le producteur si la Sonate irait bien avec les Préludes. Je voulais absolument enregistrer les Préludes, car ça fait des années que je me balade avec eux (rires). Mais c’était aussi un énorme défi, car c’est, selon moi, l’œuvre pianistique par excellence, probablement la plus exigeante avec les Variations Goldberg de Bach. De son côté, il m’avait entendue dans la Sonate, et il tenait absolument à ce qu’elle soit dans le CD. Finalement, l’association de la Sonate, très compacte, avec les 24 Préludes passe bien. Il est même intéressant de les avoir mis en parallèle, car les Préludes — œuvre de jeunesse — augurent de toute l’œuvre de Chopin et on en retrouve des échos dans l’écriture de la Sonate.

Comment s’attelle-t-on à l’enregistrement d’un tel monument ? Quelles interprétations de référence aviez-vous en tête ?

D’un côté, je me disais que je n’arriverais pas à les enregistrer et de l’autre, je me disais, que ces œuvres-là sont faites pour être jouées perpétuellement. Et même si on compte une cinquantaine d’enregistrements extraordinaires, ce n’est pas pour autant qu’on n’a plus le droit de les jouer ou de les enregistrer. Évidemment, j’avais très peur au moment de commencer, et j’avais plein de versions en tête, entre autres, celles de Martha Argerich, de Cortot — qui les a enregistrés très jeune —, ou la dernière version d’Ivo Pogorelich. Mais ce qui m’a rassurée d’une certaine façon, c’est que je ne trouvais aucune de ces versions convaincantes à cent pour cent. Pour la simple et bonne raison, qu’il s’agit de 24 œuvres d’art et non d’une seule. En concert, il y a toujours au moins deux préludes qui passent à l’as ! (rires)

D’où l’intérêt de les enregistrer…
Difficile ! Au début, surtout. J’étais stressée, je voulais tout donner. J’essayais en vain de me raisonner, de ne pas être trop exigeante avec moi-même. En plus, on a enregistré fin décembre dans une église glaciale — impossible de se servir de radiateur à cause du bruit qui aurait pu gêner dans certains passages pianissimo. J’ai joué la plupart des prises avec les mains gelées, je ne pensais pas que c’était possible, il faut vraiment avoir le cœur très chaud ! (rires) Pour ne rien arranger, le piano n’arrêtait pas de grincer, les pédales, notamment. On a passé une journée à imaginer ce qu’on pourrait faire pour y remédier. En plus, c’était des journées fériées et tout était fermé. Mais quand je me suis lancée, j’ai tout oublié, il n’y avait plus que la musique ! J’ai préféré enregistrer plusieurs versions intégrales des Préludes à la suite, c’était fatigant, mais très intéressant. Ensuite, au besoin, j’en ai repris un ou deux. Je tenais à garder l’enchaînement entre eux, qu’on ne sente pas les prises, le silence entre. D’autant que l’enchaînement se fait par le système des tonalités et pour moi, c’est une suite de couleurs.
Fonctionnez-vous à la synesthésie : associez-vous les notes à de véritables couleurs ?  Y a-t-il une histoire dans votre tête quand vous jouez ou est-ce totalement abstrait ?
Je n’ai pas vraiment d’histoire, mais une image plus ou moins abstraite. Ça peut partir d’une sensation et arriver à une image ou à une couleur. Des couleurs, il y a en a toujours quand j’apprends des œuvres et surtout avec Chopin, qui est le maître. Sans lui, par exemple, Debussy n’existerait pas. Parfois, j’ai besoin d’une histoire, comme, par exemple, pour la Marche funèbre de la Sonate. Mais je ne pourrais pas y mettre de mots.

La musique va au-delà des mots, au plus près des sensations…
Certains musiciens arrivent à mettre des mots. Ça dépend. J’ai entendu dire que le violoncelliste Boris Pergamenschikow demandait à ses élèves d’écrire un texte sur le morceau qu’ils travaillaient, de raconter une histoire. Je trouverais ça difficile, car, pour moi, ce sont plutôt des harmonies liées à certains passages, qui peuvent changer d’un jour à l’autre.

La particularité d’un pianiste est de ne jamais jouer sur son piano en concert. Qu’est ce qu’un bon piano pour vous ?
Celui qui me permet de faire suffisamment de couleurs différentes. Parfois, selon l’acoustique, un vieux Yamaha peut faire l’affaire. Parfois, je me délecte d’un Steinway magnifiquement bien réglé ! Mais de toute façon, un pianiste est condamné à toujours être sur de nouveaux instruments. Mieux vaut le prendre positivement : chaque nouveau piano apporte quelque chose d’inattendu et savoir profiter de ça, c’est génial. Il m’est arrivé de me retrouver à jouer sur des pianos horribles, mais comme disait Richter : « parfois, les meilleurs concerts se font sur les pires pianos ». Du coup, on a beaucoup moins d’exigence, on essaie juste de faire ressortir les choses comme on peut et parfois, on est étonné du résultat. A contrario, un Steinway réglé au millimètre près peut être inhibant !

Où avez-vous enregistré le CD et sur quel piano ?

Je me suis fiée à l’ingénieur du son, Nikos Samaltanos, qui m’a parlé d’un endroit magnifique, une église dans Paris, où il fait des enregistrements depuis vingt ans. Il m’a fait écouté quelques extraits de répétitions et j’ai trouvé le son sublime, il correspondait à ce que je cherchais, réverbéré mais pas trop. Du coup — contrairement à un enregistrement studio —, on a gardé le son naturel. Le piano sur place est un vieux Steinway au son magnifique, mais ardu à jouer. J’ai dû m’y habituer. J’avais peur de perdre plein de nuances. Heureusement, j’ai demandé à un technicien génial, Michael Barges, de venir travailler dessus. Ça a été très utile ! Je ne fais plus confiance qu’à lui ! Parfois, en tant que pianiste, mieux vaut avoir un bon technicien qu’un bon piano, car tout dépend de l’acoustique du lieu.

La musique de Chopin est souvent associée à un certain sentimentalisme, à un Romantisme exacerbé un peu kitch, mais votre interprétation va à l’opposé de ce cliché…
Certes, Chopin est romantique, mais pourquoi vouloir à tout prix en faire une musique de salon, agréable ? Soit, il était élégant et raffiné, mais on oublie sa modernité. Si l’on observe ses partitions en détail, on s’aperçoit de choses audacieuses et violentes, alors qu’on ne retient de Chopin que sa fragilité et le fait qu’il ne pouvait jouer fort. Il est encore souvent admis par les vieux professeurs, qu’on ne doit jamais jouer à fond un double fortississimo chez Chopin. C’est absurde ! Chacun est en droit de donner sa propre interprétation. D’autant que Ravel, par exemple, avait une façon de jouer qui ne rendait pas justice à ses œuvres : l’un comme l’autre était avant tout des compositeurs !
Il y a une réelle modernité chez Chopin, modernité de l’écriture, des harmoniques. Je lisais encore récemment un texte de Georges Sand sur Delacroix, Chopin, et leur recherche de couleurs. Elle emploie elle-même le mot « modernité ». Certains Préludes, le numéro 14 par exemple, qui est juste porté, lourd, avec la même écriture sur une page entière, ne ressemble en rien au Chopin que certains croient connaître ! Quant à sa soi-disant légèreté, elle cache quelque chose de tragique, même dans certaines valses, on sent l’artiste en souffrance. Mais si on l’étiquette romantique à cause de ça, on oublie qu’il a ouvert la voie à l’Impressionnisme !

À quand le prochain CD ?
Je l’enregistre au mois de juin, même lieu, même équipe et toujours du Chopin ! (rires) Il y aura sûrement les quatre ballades, mais chut ! rien n’est encore sûr.

Photo Alain Cornu

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