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Actualité littéraire

Joseph Macé-Scaron nous tend un ticket d'entréePar Emmanuelle De Boysson - BSCNEWS.FR / Benjamin, quadra musclé, bobo-gay, journaliste au Gaulois, se pose de bonnes questions. Bien que son journal soit vendu à un industriel obtus, il est promu mais s’aperçoit vite du piège. Benjamin est ailleurs, différent. Il refuse qu’on l’enferme dans un clan ou sous une étiquette politique. Il apprendra qu’au-delà d’une certaine limite, son ticket n’est plus valable. Portrait d’une société multi culturelle, comédie grinçante du pouvoir et d’une France qui déraille, ce roman polémique, écrit avec talent et une bonne dose de courage, est avant tout un éloge de la liberté.
maman chériePar Julie Cadilhac- Bscnews.fr/ Dimanche 29 mai est un prétexte de plus pour pouvoir rendre hommage à sa maman et de lui dire combien on l'aime. Et quoi de mieux que des mots pour exprimer avec ferveur toute l'affection que l'on porte à celle qui nous a porté, consolé, soutenu mais aussi accompagné dans toutes nos joies et toutes nos peines? Oui, quoi de plus pertinent que des mots offerts en bouquets, des mots tendresse, des mots complices, des mots empruntés à de grands auteurs tels qu'Albert Cohen, Albert Camus, Marguerite Duras, Erri de Luca, Patrick Modiano, Jean-Paul Sartre, Romain Gary, Marcel Proust? Des textes qui expriment avec nostalgie, humour, tendresse leurs souvenirs de l'amour maternel et leurs ressentis d'enfant...
Les éditions Folio ont édité à cette occasion un ouvrage collectif serti dans un élégant coffret en velours rose et or qui ravira toutes les mamans assurément! Accompagné de quelques fleurs douceur, un dimanche qui promet de sourire sous l'aura bienveillante de belles plumes de la littérature française.

« Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. » Romain Gary, La promesse de l'Aube

Editions: Folio
Par Stéphanie Hochet - BSCNEWS.FR / Née en 1940, l’auteur des Années et de La place, mainte fois récompensée pour son œuvre, livre un texte dense qu’elle adresse à sa sœur disparue.
On connaissait chez Annie Ernaux l’amour de la photographie et l’importance de son symbole (L’Usage de la photo publié en 2005 en collaboration avec Marc Marie), on ne connaissait pas encore le grand secret avec lequel elle a dû vivre et qu’elle révèle dans cette lettre dont la destinataire est une absente. Une absente à qui jusqu’à présent elle n’avait jamais rien [eu] à dire : sa sœur morte des années avant sa naissance et dont ses parents lui ont caché l’existence. C’est une photo de couleur sépia, ovale (…), elle montre un bébé juché de trois quart sur des coussins (…). Quand j’étais petite, je croyais – on avait dû me le dire – que c’était moi. Ce n’était pas moi, c’est toi. Ainsi commence cette missive dans laquelle l’auteur interroge ses motivations [Est-ce que j’écris pour te ressusciter et te tuer à nouveau ?]. Annie n’avait pas dix ans quand elle a assistée à une scène entre une cliente et sa mère, épicière dans la ville d’Yvetot, en Normandie. La petite se trouve à quelques mètres de sa mère quand celle-ci raconte que sa première fille a succombé à la diphtérie, en 1938 – deux ans et demi avant la naissance d’Annie. Elle ajoute qu’elle est morte comme une sainte, et qu’elle était plus gentille que celle-là – celle-là : Annie. Des mots qui ont la force d’une détonation, détonation profondément silencieuse dont on mesure la force de destruction dans ce livre court où l’auteur raconte les implications d’une telle découverte. Ce dimanche, je n’apprends pas ma noirceur, elle devient mon être. Ce texte est un paradoxe : une lettre écrite à une personne décédée, certes, mais avant tout une personne qui, pour l’auteur, a toujours été sans corps. Tu as toujours dû rôder autour de moi, m’environner de ton absence. Est-ce qu’un destin d’écrivain se forge à ce moment où les mots déchirent la réalité, lui donne une saveur prononcée, violente ? La réalité est affaire de mots, système d’exclusions. Plus/Moins. Ou/Et. Avant/Après. Être ou ne pas être. La vie ou la mort. S’ensuivra la rancune contre une mère à propos de laquelle Annie Ernaux a déjà écrit et qu’elle continue à désigner avec le pronom elle, évitant de la nommer pour se venger de la douleur que l’auteur de ses jours lui a infligée. Ne serait-ce qu’avec cette seule phrase bien acérée : plus gentille que celle-là, ce celle-là qui désignait Annie. L’existence de l’autre implique la comparaison. Quand Annie attrape le tétanos, et que les symptômes (nuque raide, mâchoire crispée) font craindre le pire, on lui injecte du sérum antitétanique, puis sa mère, folle d’inquiétude, lui donne à boire de l’eau de Lourdes. L’enfant survit, presque miraculeusement. Mais cette expérience aux confins de la mort transforme la perception de son identité : JE TE VOIS COUCHEE A MA PLACE ET C’EST MOI QUI MEURS écrit-elle à celle dont on ne parle pas, et en filigrane, la question : pourquoi l’une est-elle morte et pas l’autre ? Jamais les parents d’Annie n’aborderont le sujet de leur premier enfant, on cachera son livret de famille, ses photos, on chuchotera des histoires de visites au cimetière : nous avons maintenu la fiction au-delà de toute vraisemblance. Le plus étonnant, c’est qu’Annie qui avait parfaitement compris, aura toujours respecté leur secret, rusant, à l’adolescence, quand ils s’inquiétaient si elle rentrait tard qu’est-ce que tu veux qu’il m’arrive ? disait-elle avec mauvaise foi.
Raccordant le passé au présent comme elle aime le faire et l’a prodigieusement réalisé dans Les Années, ce très beau texte d’Annie Ernaux est un miracle d’écriture dont on sait qu’elle peut tuer comme l’indique son ouvrage L’Écriture comme un couteau, mais au-delà de cela, et par-dessus tout, ressusciter.


Annie Ernaux : L’autre fille
Éditions Nil. Collection Les Affranchis.
78pages.
Par Nicolas Bodou - BSCNEWS.FR / Quatrième opus de la collection « Asphalte Noir » des éditions Asphalte, Brooklyn noir , rejoint après Londres, Paris et Los-Angeles cette collection mettant en scène une ville à travers un recueil de nouvelles noires et intenses.
Dirigé par Tim Mcloughlin, Brooklyn Noir regroupe vingt nouvelles écrites par et pour ce Brooklyn mythique qu’il nous est donné de voir différemment, loin des clichés et des opinions toutes faites sur la vie brooklynite.
Aidé par vingt auteurs ayant tous un rapport plus ou moins étroit avec ce quartier où les langages et les codes changent au détour de chaque rue.
De Greenpoint à Coney Island, de Red Hook à Brownsville, c’est tout Brooklyn qui est traversé en vingt nouvelles noires qui laissent échapper des histoires de flics, de truands minables, de destins brisés dans la désinvolture de ce Borough fait de toute la Terre.
Des comptoirs usés de Sunset Park, où les vétérans trop plein d’alcool n’ont pas tiré leur révérence, une enquête de routine qui tourne au conte macabre, un écrivain venant chercher sa rédemption finale…

"Les histoires racontées ici sont aussi variées que le quartier lui-même, mais similaires de la façon la plus importante qui soit : comme le sait n’importe quel érudit de bar à gin de Flatbush, ce qui compte, c’est de raconter une bonne histoire." Tim McLoughlin

Brooklyn noir
Dirigé par Tim McLoughlin.
Traduit de l’anglais par Sébastien Doubinsky.
Avec : Ken Bruen, Pete Hamil, Kenji Jasper, Pearl Abraham, Nicole Blackman, Maggie Estep, Nelson George, Luciano Guerniero, Orman Kelley, Robert Knightly, Lou Manfredo, Adam Mansbach, Tim McLoughlin, Ellen Miller, Thomas Morrissey, Arthur Nersesian, Chris Niles, Sidney Offit, Neal Pollack, C.J Sullivan.
Collection Asphalte Noir.
Asphalte editions.

352 pages, 20 Euros.
Par Stéphanie Hochet - BSCNEWS.FR / Après le très remarqué Dieulefit ou le miracle du silence, la romancière Anne Vallaeys enquête sur une des figures qui marqua la vie artistique de l’entre-deux guerre.
Né en 1907, Edward James fait partie de ces fous qui ont connu des génies : Magritte, Dali, Kurt Weil, Berthold Brecht, etc., mais que le grand public ne connait pas.
Edward James apparaît dans deux tableaux de Magritte où l’on n’aperçoit pas son visage : Reproduction interdite et Principe de plaisir. Pour la narratrice, c’est le début d’une fascination : Si le modèle peint, ne serait-ce qu’un instant, avait voulu se retourner, j’aurais lu, j’en étais certaine, un sourire démentant l’insondable tristesse de ce dos. Les fascinations peuvent devenir des invitations au voyage, la narratrice du livre d’Anne Vallaeys part sur les traces de ce mystérieux personnage, dandy anglais ayant hérité une fortune considérable d’un oncle d’Amérique (comme dans les contes), dilettante, poète à ses heures, il publia plusieurs recueils de poésie assez bien reçus par la presse, amoureux des arts et des artistes, il s’illustra comme mécène auprès de grands peintres pris dans des difficultés financières… Ami de Marie-Laure de Noailles, il sympathisa avec Berthold Brecht et Kurt Weil qui mit en musique certains de ses vers, plus tard, il discuta art avec Nicky de Saint-Phalle. Une vie d’aventures dont sa vie amoureuse n’était pas exempte. Homosexuel, il tombe amoureux d’une danseuse qu’il épouse et qui lui fait vivre un enfer, divorce. Une vie dorée, chez les puissants du monde…qui se termina à Xilitla (« le pays où naissent les escargots »), au fin fond de la jungle mexicaine. « Edward, voyage dans mon voyage » soupire la narratrice.
Sans doute ce livre n’est-il pas un roman mais un récit où l’auteur converse avec l’aristocrate dilettante. Suivre les traces d’un personnage aussi farfelu, c’est aussi accepter de se perdre dans un endroit qui vous perturbe les sens, un endroit où la réalité se transforme, comme dans le tableau de Dali où les reflets des éléphants se désaltérant dans un lac sont des cygnes. Dans la jungle de minuscules perroquets poussent des cris de lavandières et ce que vous croyiez être des paillettes jetées sur votre peau sont en fait des papillons. Jeu d’être et de paraître qui fut la personnalité même d’Edward James, millionnaire en mal d’amour et de reconnaissance qui finit par construire un palais des courants d’air, sorte de ville démente au milieu d’une forêt tropicale. Hommage, certainement, ce texte est une pérégrination en domaine sensible.

Edward dans sa jungle, d’Anne Vallaeys
Roman Editions Fayard Janvier 2011.
324 pages.
Par Marc Emile Baronheid - BSCNEWS.FR / Denis Cosnard est raide dingue de Patrick Modiano. Pourquoi pas ? C’est plus excitant que de répertorier les chapeaux d’Amélie Nothomb. Mais c’est aussi plus égarant. Un graal au lieu d’un pensum. En mesurait-il l’ampleur, le jour où il a créé Le réseau Modiano, site internet et véritable entreprise prométhéenne qui exige une mise à jour permanente ?
Paraphrasant Brel, il pourrait dire « Patrick, c’est mon Amérique à moi ». C’est aussi un mystère remontant à 1968, année où Modiano s’est inventé une date de naissance. Cosnard a démarré au quart de tour comme un lévrier de cynodrome pour aboutir à un essai au titre évocateur : « Dans la peau de Patrick Modiano ». Tout est dit ; tout reste à dire. Et Cosnard s’en acquitte avec une méticulosité qui laisse pantois. En même temps qu’il relève le défi de l’élucidation, il rappelle ou révèle des faits peu connus des inconditionnels de Modiano. Tel ce commentaire des débuts de Patrick M. au théâtre : « Ce Rastignac n’a qu’un pet de loup dans le ventre ». A notre époque de critique anesthésiée et de presse cornaquée, on imagine mal pareille virulence.
Cosnard analyse le sens du cinéma dans le parcours de ce fils de comédienne qui, jouissant de la liberté de choisir entre l’écrit et l’écran, a privilégié la littérature parce qu’elle promettait le filon inépuisable de la rêverie solitaire.
Modiano truqueur ? Pas vraiment. Disons plutôt arrangeur. Mais il a de qui tenir avec des parents doués pour embrumer la réalité. Lui se borne à la vaporiser. Et des questions se posent. Pourquoi Modiano a-t-il envoyé des lettres à Françoise Hardy ? Quelles ont été ses relations avec Myriam Anissimov, biographe de Romain Gary et donc attirée par les hommes énigmatiques ? Le ténébreux Patrick en homme couvert de femmes ?
A n’en pas douter, ce livre passionnera les inconditionnels de Modiano et attirera les sceptiques demeurés en périphérie de l’œuvre.
« La mélancolie du premier Modiano, comme son insolence et sa violence feutrée, sont effectivement, assez dans l’allure de Nimier ou du Laurent du Petit Canard ». C’est le commentaire d’Alain Cresciucci dans son évocation des Hussards, un autre mythe littéraire du XXe siècle français. N’hésitez pas à lire de quel bois il se chauffe dans son évocation de Nimier, Laurent, Blondin, Déon. En 1968, Antoine Blondin remit à Modiano le prix Roger Nimier pour La place de l’Etoile. Modiano en enchanteur désenchanté : qu’en pense Denis Cosnard ?


« Dans la peau de Modiano », Denis Cosnard, Fayard, 283 pages, 19 euros
« Les Désenchantés », Alain Cresciucci, Fayard, 299 pages, 20,90 euros
Par Carole Zalberg - BSCNEWS.FR / Chaque phrase de Naissance d'un pont est un petit monde qui sonne et résonne. Et de petit monde en petit monde, Maylis de Kérangal en édifie un vaste, fourmillant, avec tout ce qu'il faut de mots à un monde pour exister : ceux de la chair et du sang, ceux des voix diverses et des éléments, ceux des aspirations, des désirs, des douleurs et des regrets, de la vocation et du trouble. Et tout cela, l'assemblage singulier, précis des mots de Kérangal, roule, vibre, lancine ou claque. Avant tout, s'entend.
On comprend dès l’ouverture que le titre du roman énonce à la fois son sujet et sa façon. On verra, tout au long de ces 318 pages industrieuses, la naissance d’un pont, la naissance de l’idée d’un pont, la naissance de l’élan poussant des individus à participer à la naissance d’un pont. Tout à la fin, on verra le pont lui-même : entre les deux rives qu’il relie, un troisième paysage, ainsi que le décrit Waldo son concepteur inspiré. Pour retracer cette épopée, Maylis de Kérangal a pris son souffle et a tout arpenté : les lieux, bien sûr, essentiels dans toutes ses œuvres, mais aussi les territoires fermés aux non initiés des métiers nécessaires à son chantier. La magie, sa magie, c’est qu’on n’a pas le sentiment d’un travail de recherche à l’américaine, fouillé, incarné mais dont le fruit, souvent, ouvre des parenthèses dans les romans. Chez Kérangal, le jargon, la liste des matériaux, l’énoncé des contraintes techniques et des moyens d’y obéir sont le roman. Au même titre que les corps, leurs besoins, leurs chants.
C’est qu’à l’instar de Diderot, le chef de chantier nulle part chez lui que dans la pensée de l’ouvrage à accomplir, Kérangal se place « à la culotte des choses », ne lâche pas un instant sa garde rapprochée. Comme Diderot, le chef de chantier, c’est là qu’elle se déploie. C’est de là qu’elle déroule portrait après portrait, s’arrêtant à un moment donné d’un espace ou d’un personnage et puis tirant, tirant, dévidant la bobine compliquée des vies et des endroits d’un monde unifié par les cohortes en mal d’emploi. On saura en quelques phrases et même parfois en quelques mots ce qu’ont été les existences jusqu’au temps du pont. Celle de Mo, le jeune chinois traversant comme dans un conte les continents pour aller où on embauche, où il pourra vivre. Celle de Katherine Thoreau trimant pour ses enfants et pour son mari empêché, belle encore sous la fatigue, qui dit qu’elle aime sa vie difficile et on la croit parce qu’on a vu de la tendresse au milieu des querelles et des reproches. On a vu du lien. Celle de Summer Diamantis, miss béton que l’indisponibilité parentale a fait petit cheval têtu qui trouvera sa voie. Celle de Shakira la Russe que tenaille le souvenir de son jeune frère Youri parti ado glandeur en Tchétchénie et devenu « le kamikaze de l’escadron ». Et tous les autres, porteurs d’univers, qu’on n’oubliera pas.
Car le miracle de cette épopée du labeur contée par le menu, par l’avant et l’après et les lignes entremêlées des vies, c’est son tissage si étroit, si fin, son calendrier si parfaitement maitrisé que chaque mot, chaque action et chaque chose décrites viennent éclore précisément où il faut. Précisément où elles s’imposent à nous avec l’évidence d’une histoire où nous serions aussi. Dès lors l’attention quasi maternelle qu’a Kérangal pour ses personnages nous inclut, nous réchauffe et son ambition, la puissance de ses phrases taillées sous la loupe nous emportent dans leur mouvement.

(Crédit Photo Maylis de Kérangal - Catherine Hélie Gallimard)

Par Nicolas Vidal - BSCNEWS.FR/ Cette année encore, le Salon du Livre de Paris 2011 a été pour moi l’occasion de chiner sur les stands de toutes ces petites et moyennes maisons d’édition venues d’ailleurs pour présenter leur production éditoriale. J’ai ainsi pris un plaisir considérable à soupeser, à retourner et à feuilleter une grosse centaines de livres de toutes les tendances, de toutes les ardeurs et de toutes les douceurs.

Mon périple m’a amené sur le stand des Editions Xenia sur lequel je me suis attardé très longuement. Xenia a été fondée par l’impétueux Slobodan Despot, grand gaillard qui vous parle avec cette passion généreuse et ce verbe haut de l’éditeur engagé et pressé de vous faire partager sa subversion. Chez Xenia, je vous recommande avec insistance « Le candidat» de Jean Cau (1925-1993), secrétaire de Jean-Paul Sartre et prix Goncourt pour «La pitié de Dieu» en 1961. Le Candidat est à mi-chemin entre la chronique, le roman et le témoignage sur les dessous de l’Académie Française. S’il vous arrive un matin de penser à vous présenter, à l’Académie, lisez Jean Cau sans plus tarder. Le Candidat nous offre une écriture délicieuse, un humour caustique et nous explique que l’ambition et le copinage sont des virus qui se transmettent aussi entre gens respectables et lettrés. «75% des critiques de Poirot étaient frappées du sceau de l’éloge copain, parfois entortillé et, si l’on savait lire, empêtré comme dans une glu qu’il s’efforçait de transformer en miel. Ô le rude labeur !»

Le Candidat de Jean Cau - Editions Xenia

80 pages - 11 euros

Par Nicolas Vidal - BSCNEWS.FR / Concilier football et littérature n'est pas chose aisée tant on peut très facilement tomber dans la caricature ou pire l'ennui. Mais voilà que Bruno Heckmann donne vie à une expérience littéraire agréable à l'aide d'un humour fin et vivace dans son premier roman qui n'est rien de moins que la chronique désopilante d'une équipe de foot corpo, le CGAS, que nous suivons avec plaisir le temps d'une saison. L'auteur a su avec beaucoup de talent parler de cet univers du football loisir où se côtoient les grands anonymes du sport le plus célèbre et le plus pratiqué dans le monde. Le CGAS est une équipe à la dérive lassée " de se faire humilier tous les lundis. Un jour pourtant, un rai de lumière déchire les ténèbres et, stupeur, LA solution apparaît peut-être pour que le slogan de l'équipe devienne Hasta La victoria Sempre". Bruno Heckmann manie avec brio une auto-dérision jouissive pour quiconque a déjà chaussé les crampons pour s'aguerrir aux joutes du football du dimanche. Ce livre séduira assurément tous les initiés de ce football invisible qui se défient par tous les temps et sur des terrains qui n'en ont que le nom. Pour ceux qui le football n'intéresse pas ou peu, vous y trouverez vous aussi des plaisirs de lecture tant le trait est bien fait et les images pertinentes sans tomber dans le cliché de rigueur. Bruno Heckmann dresse un portrait touchant de ces milliers de trentenaires sur le retour pour qui le football est plus qu'une activité ludique mais une quête du beau geste, de la victoire et des apéros d'après match.

Lire Bruno Heckmann en serait presque un geste citoyen tant il a su décrire avec talent cette passion dévorante du footballeur du lundi soir. Enfin pour finir de vous convaincre et bouter vos préjugés sur le football, voici un passage délicieux :" Regardez-les. Autour d'eux, le monde s'agite, dans sa quotidienne et absurde effervescence. Collègues affairés, automobilistes empressés, femme, et enfants excités, vain brouhaha de la foule vacancière. Mais ils s'en moquent. Rien ne peu distraire leur attention, ni la rumeur d'une salle de café, ni les sonneries de téléphone, ni le tambourinement de leurs épouses contre la porte close des toilettes, ni les appels pour l'embarquement porte 18, ni les cris de leurs enfants en train de se noyer. Les tours peuvent bien s'effondrer, la vague monstrueuse submerger la plage exotique, le jour du jugement dernier survenir, qu'importe.

" Regardez-les.

Ils sont là et pourtant ils sont ailleurs.

Ils lisent L'Équipe."

Bruno Heckmann " Le footballeur" Editions Belfond -16 euros - 216 pages

Par Stéphanie Hochet - BSCNEWS.FR / Pour son troisième livre, le philosophe Raphaël Enthoven s’offre une balade dans la société contemporaine. Le premier chapitre, qui donne son titre au livre de Raphaël Enthoven, est un constat désabusé : la philosophe d’aujourd’hui n’est plus que ce personnage invité à la télévision pour jouer les utilités et dont le monde se moque. La philosophie a-t-elle encore un rôle à jouer dans la société moderne ?
Les dix-huit chapitres suivants répondent brillamment à cette question : Raphaël Enthoven choisit dix-huit concepts – Dieu, le jeu, la rêverie etc. – et développe chacun non pas sous l’angle de la philosophie, ce qui ne représenterait aucun intérêt, mais sous l’angle du philosophe qu’il est. Il circonscrit les concepts, écrivant par exemple au sujet du courage, qu’il n’y a pas de courage proprement dit, mais seulement des actes courageux. Il propose une définition élégante de la mélancolie : Elle est le goût d’éprouver (…) sur le mode de l’amertume le pur bonheur d’exister. Sur le mensonge, il forge ce paradoxe indispensable : qui, d’ailleurs, voudrait accorder sa confiance à quelqu’un qui n’est pas capable de mentir ? Réflexion d’une utilité concrète et quotidienne.
Au-delà de sa nécessité, ce traité philosophique de proximité se lit dans un plaisir constant, entre autres grâce à l’érudition proustienne de son auteur. Ainsi, au sujet de l’égoïsme : Telle Madame Verdurin dont l’horreur d’apprendre le naufrage du Lusitania rehausse le bonheur de tremper des croissants dans son café au lait…
Vivre en philosophie, c’est aussi vivre en la meilleure compagnie.

Le philosophe de service. Raphaël Enthoven.
L’infini. Gallimard. 112 pages.
Février 2011.
Par Stéphanie Hochet - BSCNEWS.FR / Dans le dernier roman de l’américain Dan Chaon, trois histoires se jouent en contrepoint et finissent par s’entremêler d’une manière étonnante. Un coup de maitre pour cet écrivain, également professeur d’université, dont le premier roman Le livre de Jonas avait été salué par la critique.
George Orson, un jeune professeur d’histoire au charme redoutable a séduit une élève du lycée, Lucy, une orpheline de 18 ans. Ils quittent la ville dans la belle Maserati du professeur qui aura longtemps fait jaser les élèves. Ce sont pour la jeune fille des promesses d’aventure, d’échappées belles, de territoires inconnus à conquérir à deux ; Orson a de l’argent, beaucoup d’argent dont personne ne connait la provenance, mais quand on n’a rien vécu de beau jusqu’à sa majorité, comme c’est le cas de Lucy, on n’a pas envie de se méfier. La jeune fille déchante peu à peu quand ils arrivent à destination dans un motel abandonné du Nebraska, un endroit sordide, sensé n’être qu’une première étape, un relai avant le rêve sauf que lors de cette trêve, George devient irritable, il s’enferme dans une pièce pour élaborer des plans étranges, jongle avec les faux passeports, force Lucy a changer d’identité, elle s’appellera pendant un temps Brooke Fremden, et George sera David Fremden, le père de Brooke. Et qu’à partir de maintenant elle l’appelle Papa…
Autres existences troubles, où les identités foisonnent. Miles part à la recherche de Hayden, son frère jumeau. Ils ne se sont pas vus depuis 10 ans, et les seules indications que Miles possède sont les cartes géographiques que son frère atteint de schizophrénie avait élaborées, enfant, pour donner des contours au monde de ses fantasmes. L’atlas redessiné guide ses pas de Cleveland au Cercle Arctique, à la recherche d’une mythologique Grande Tour de Kallapiluk, point précis de la fin du monde pour le paranoïaque Hayden. Hayden brouille ses traces en empruntant de multiples identités, dont celle de son frère Miles. Hayden, méchamment sournois ou volontiers flatteur rappelle à Miles son passé, lui adresse des courriers qui sont des chef-d’œuvres de paranoïa, des notes inquiétantes: l’enfance de Miles meurtrie, humiliée par les comportements manipulateurs de son frère, autoproclamé génie, les événements de leur vie commune, la mort traumatisante d’un père magicien, et hypnotiseur qui aura jeté Hayden sur les voies de la démence, et l’obsession de la prolifération de l’humanité.
Dans une cabane perdue au fin fond du Michigan, cette troisième histoire, la plus hachée, sans jeu de mots : Ryan, jeune homme prisonnier d’un bourreau qui l’a ligoté sur une chaise, vient d’avoir la main amputée devant les yeux de son père Jay qui n’a pas donné les informations concernant un autre Jay. Jay est le père biologique de Ryan, mais faut-il croire que Jay est Jay ?
Peu à peu, des ressemblances apparaissent entre plusieurs de ces personnages…
Les gens font une véritable fixation sur ce qui est réel et sur ce qui ne l’est pas, dira un imposteur de cette histoire. A priori, le monde est rempli de mythomanes, magiciens fous, manipulateurs du monde virtuel au monde réel. De gens qui, comme l’affirme Épictète dans une aporie célèbre, ne disent jamais la vérité alors qu’en énonçant cette phrase ils créent un paradoxe linguistique dont ce roman se repait. Au fil d’un récit tendu, parfaitement maitrisé, élaboré comme un mécanisme de bombe à retardement, Dan Chaon creuse la thématique philosophique de l’être soi, l’être autre, et le sentiment de malaise ou de détachement qui fait suite au changement d’identité. Derrière l’existence d’un nom, un monde peut se former, un autre disparaitre ; vertige abyssal qui donne parfois naissance à une œuvre, on pense à celle de Tolkien à qui l’auteur rend hommage. En convoquant plusieurs univers, Dan Chaon a construit le sien.

Cette vie ou une autre, de Dan Chaon
404 pages.
Albin Michel. Janvier 2011.
Traduit de l’américain par Hélène Fournier
Par Nicolas Vidal - BSCNEWS.FR/ La Cheminante, jeune maison fondée en 2008 et dirigée par Sylvie Darreau, publie ce mois-ci un texte remarquable et terriblement touchant sur l'existence recluse d'une jeune femme musulmane.
" Kant et la petite robe rouge" de Lamia Berrada-Berca, professeur de Lettres Modernes nous plonge dans le quotidien d'une femme voilée qui remet en cause les principes de son existence de femme face à la religion lorsqu'elle s'éprend d'une robe rouge et d'un livre de Kant, volée sur le palier de son voisin.
Lamia Berrad-Berca nous invite sans parti pris à suivre le parcours initiatique de cette jeune mère de famille, Aminata et son rapport à la religion, à l'amour, au désir, au quartier, à la philosophie et à son rôle de mère.
L'auteur évoque ainsi la condition de très jeunes filles musulmanes mariées de force à des hommes plus âgés et d'un apprentissage donnée par un environnement familial " bien plus utile que d'apprendre toutes ces choses qui encombrent le cerveau des femmes. Elles n'ont rien d'autre à savoir qu'obéir à leur mari."
Tout le récit repose sur le désir pour une robe rouge qui ressemble aux couleurs de la liberté alors que celle-ci s'arrête en bas de la rue pour Aminata. "Quand le tissu de la robe glisse sur elle, le miroir lui renvoie ce regard d'une femme qui ne comprend pas très bien où commence et où se termine l'image de cette autre. Mais il y a sur sa peau une nouvelle peau, incomparablement plus douce et plus chatoyante que l'ancienne".

Le danger dans le traitement de ce sujet guette bien souvent les auteurs de céder aux clichés et aux manichéismes de tout ordre.
Lamia Berrada-Berca est parvenue à un tour de force et nous livre ici un ouvrage passionnant, poétique, touchant et très réussi.
Une véritable découverte littéraire à lire de toute urgence ainsi que les Editions de La Cheminante à l'origine de ce très beau texte.

Kant et la petite robe rouge
de Lamia Berrada-Berca
Editions La Cheminante
104 pages
6 euros
Par Carole Zalberg - BSCNEWS.FR / Tout est dans le titre qui d’emblée annonce le jeu. Que sait-on avant d’entamer la lecture du dernier roman de Bégaudeau ? Ou plutôt, que croit-on savoir ?
On sait que l’histoire se déroule durant l’été 86. Et pourquoi celui là plutôt qu’un autre ? Parce que c’est celui d’un basculement : les étés qui ont précédé étaient ceux de l’enfance. On ne se préoccupait pas encore de poser.
Le 7 juillet 86, François, 15 ans, arrive à Saint-Michel-en-l’Herm avec un objectif : coucher. Perdre enfin une virginité traînée comme un boulet. Il n’est d’ailleurs plus question que de ça au sein de la petite bande de garçons qui se retrouvent chaque année au moment des vacances dans ce village de Vendée. Coucher, le dire ou tenter de le faire. Tout se réorganise autour de cette injonction émanant autant des corps que du monde où l’on ne doit plus trop tarder à occuper sa place. Et c’est bien le problème de François, éternel décalé, qui se regardait vivre alors comme il s’écrit aujourd’hui, communiste lettré quand d’autres ne sont que jouisseurs et pressés d’en découdre, plein de phrases à l’heure des baisers. Mais il est volontaire, sait que la vie s’emballe et que faire chou-blanc n’est pas une option. Il se jette dans le bain de la grossièreté, d’une misogynie bon enfant puisque ceux qui y nagent à l’aise sont, étrangement, les élus des filles même s’ils finissent toujours par les faire pleurer.François emploie donc les mêmes mots, prend comme eux l’air de celui qui ne veut remplir que ses mains et s’en vante, mais au fond il a tendance à se pâmer, il rêve de partager plus que de la salive, succombe quand il sent les pensées irradier sous la peau.
Et l’on revient au titre qui insinue l’échec ou, en tout cas, une déception. Mais là encore, pas seulement. En affublant la blessure d’un « la vraie », l’auteur, dont on connait la précision, sème le doute. Ce qui s’affirme authentique est forcément douteux. C’est comme clamer partout qu’on est heureux.
Cela ne signifie pas qu’on ne trouvera aucune trace de blessure dans ce récit. Elles se ramassent même à la pelle et presque à chaque page, autant que le rire souvent voilé de nostalgie. Les vannes, les rejets, les chutes, les défaites, les trahisons dont le narrateur est tour à tour victime ou coupable font mille entailles qui ne cicatriseront pas. Elles sont le relief des individus, leur géographie.
N’est-ce pas finalement cela qu’observe Bégaudeau avec une justesse telle qu’après lecture on a le sentiment d’avoir vécu ces péripéties, porté ces habits connotés ? On était là quand les plaisanteries souvent lourdes, et vives, en même temps, gorgées de vitalité, fusaient au bar du village, on était là quand il fallait se lever et marcher jusqu’à l’eau, sur la plage, passer ainsi l’épreuve des regards. On était là quand un idiot, un sublime innocent était malmené par le groupe tandis qu’on se taisait. On était là, dans les conversations poussives et aussi dans l’évidence d’une ultime rencontre, sa promesse qui ne serait jamais tenue. On était dans ce rythme et ce décor daté, quasi disparu, dans ces lieux que la tempête, vingt ans plus tard, viendrait effacer.
On était là quand Bégaudeau, sous nos yeux, s’inventait écrivain. Et l’on en sait gré à la blessure quelle qu’elle soit.

François Bégaudeau
La blessure, La vraie
(copyright photo DR)

L'amant liessePar Mélina Hoffmann- Bscnews.fr/ « Elle l’attend. Elle est l’attente. Chaque matin davantage depuis une semaine qu’elle a pour la première fois senti l’immense vague lui creuser le ventre au rythme de sa langue dans sa bouche, la langue de Liesse, elle est l’attente, l’attente ailée confiante d’une chrysalide, elle sourit, elle pense à la fatalité du désir, puisqu’il arrive (...) »
Prenez une profonde inspiration avant d’entamer la lecture de cette nouvelle brûlante, car vous ne pourrez reprendre votre souffle qu’une fois le livre refermé !
Nul besoin d’intrigues ou de rebondissements, Bertrand Leclair parvient, par un exercice de style magistral, à nous maintenir en haleine d’un bout à l’autre de ce texte transpirant de désir. Un désir projeté dans l’attente quasi insoutenable d’une femme mariée pour son amant, un amant qu’elle appelle Liesse. «Elle veut à frémir qu’il arrive et ses mains sur elle et son souffle et sa peau, sa peau, oui, elle veut sa peau, c’est exactement ça elle veut la peau de Liesse (...)».
Les mots s’enchaînent à une vitesse folle, dans une prose délicieusement poétique où le désir exacerbé repousse les points et les virgules. On lit ce texte d’une seule traite, comme on courrait un 100 mètres. Impossible de s’arrêter.
On se laisse emporter dans ce tourbillon de mots, dans cette cascade de désir. D’un côté, le désir brut, étourdissant et exprimé sans tabou, d’une femme qui attend son amant, un amant qui redonne vie à chaque parcelle de son corps, de son être, «la vie vraie de l’âme au corps accordée», la ramenant à elle-même, entière et vivante ; et de l’autre côté son mari, rongé par la jalousie, qui couche ses doutes sur le papier pour ne pas affronter la réalité. Une réalité qui s’impose de plus en plus à lui, qui se devine de plus en plus dans l’attitude de cette femme «absente à leur univers et pourtant présente à elle-même comme il l’a rarement observée.»
Le désir imprègne chaque phrase, dont certaines s’écrivent sur plusieurs pages avant de nous autoriser à reprendre notre souffle. Un désir interdit vécu sans culpabilité. « (...) femme adultère, ce mot d’adulte au parfum de mystère, ce mot de grande personne peut-être, elle songe, traçant les lettres éphémères au souffle du miroir, ce mot qui la fait grandir et grandir jusqu’au vertige, elle songe, qui vous fait grandir mais vous précipite au sens de la terre (...) ».
L’auteur manipule les mots avec une aisance déconcertante. Jeux de mots, métaphores, brèves incursions poétiques... : on ne lit pas simplement ce livre pour l’histoire qu’il raconte, mais aussi pour la qualité et l’originalité déconcertante de la plume de l’auteur.

Un chant érotique enivrant qui éveillera tous vos sens.


Titre: L'amant Liesse

Auteur: Bertrand Leclair

Editions:j'ai lu

Prix: 4,80 euros

Par Mélina Hoffman - BSCNEWS.FR / « […] Quelques mois plus tôt, je n’avais encore jamais entendu parler de ce Sultanat sud-est asiatique. La description de mon poste était plutôt vague mais je m’imaginais, dès mon arrivée, vivre une grande aventure, trouver une montagne d’argent puis le prince charmant à la place de mon employeur. Le moment était venu de troquer mon manteau de bohémienne contre celui de l’énigme exportée, de la maîtresse royale peut-être ou de l’héroïne de roman policier. Pour formuler les choses de façon prosaïque, j’avais dans l’idée que je m’étais contractuellement engagée à devenir une sorte de prostituée internationale. »

Derrière ce titre un peu racoleur se cache une histoire vraie. Celle de Jilian, jeune femme issue d’une famille juive, et de ses 18 mois passés dans le harem du prince Jefri de Bruneï, aux côtés d’autres jeunes filles venues des quatre coins du monde, toutes pleines de rêves de gloire et de richesse.
Après avoir abandonné ses études d’art, Jillian travaille comme stripteaseuse et tente d’embrasser une carrière d’actrice. Le jour où l’une des meilleures agences new-yorkaises lui propose de devenir escort-girl, elle hésite d’abord puis finit par se lancer. Elle est alors sélectionnée pour être au service de la famille royale de Bruneï, et plus précisément du Prince Jefri, frère de l’homme le plus riche du monde. Grâce à ce nouveau job, Jillian, des paillettes plein les yeux, espère pouvoir financer son rêve de se rendre à Paris.
Elle a 18 ans lorsqu’elle quitte New York pour s’envoler vers Bruneï, laissant derrière elle ses parents adoptifs - avec lesquels elle entretient des rapports difficiles - et qui la croient partie à Singapour pour le tournage d’un film.
« […] Quelques mois plus tôt, je n’avais encore jamais entendu parler de ce Sultanat sud-est asiatique. La description de mon poste était plutôt vague mais j m’imaginais, dès mon arrivée, vivre une grande aventure, trouver une montagne d’argent puis le prince charmant à la place de mon employeur. Le moment était venu de troquer mon manteau de bohémienne contre celui de l’énigme exportée, de la maîtresse royale peut-être ou de l’héroïne de roman policier. Pour formuler les choses de façon prosaïque, j’avais dans l’idée que je m’étais contractuellement engagée à devenir une sorte de prostituée internationale. »
A son arrivée, elle découvre un palais luxueux dans lequel résident déjà 40 autres filles. Jillian comprend alors qu’elle fait partie d’un harem et n’a plus qu’un objectif en tête : devenir la favorite de ce prince au charme énigmatique.
Ainsi, lorsque ce dernier commence à s’intéresser à elle au point de ne pas vouloir qu’elle embarque dans l’avion qui doit la ramener à sa vie new-yorkaise quelques semaines plus tard, Jillian pense avoir conquis le cœur du prince et accepte de rester. Pour combien de temps ? Elle n’en a pas la moindre idée. Tout au long de son séjour, tandis que de nouvelles filles succèdent aux précédentes dans une valse interminable, elle goûte à une vie d’excès et de démesure où tout est accessible, sans restriction.
« Chanel, Hermès, Versace, Dior, Armani, Gucci. Après avoir dévalisé ce centre commercial, nous allâmes dans un autre, puis encore un autre, jusqu’à ce que les articles les plus chers - surtout ceux-là en fait - me paraissent bon marché et écœurants. Nous n’emportions même plus nos paquets : ils étaient directement chargés dans la voiture. Affolant. »
Mais le rêve se ternit peu à peu lorsque Jillian se rend compte qu’elle vit dans un monde d’illusions où chaque fille est remplaçable… Piégée dans sa forteresse en or, dans sa prison de luxe où chacun de ses mouvements est épié, la dépression s’empare peu à peu de la jeune femme. L’argent, quand bien même il coule à flots, ne remplace ni l’amour, ni la liberté.
« La dépression revenait toujours s’infuser dans mes veines comme du monoxyde de carbone s’insinuant sous la porte : inodore, incolore, capable de pomper votre oxygène et de vous tuer en silence si vous n’y preniez pas garde. Je ne sortais quasiment plus de mon lit avant le début de soirée. Je passais des heures d’affilée dans la baignoire. Mon dégoût de moi-même atteignait des paroxysmes. Les caméras planquées partout et la surveillance permanente m’obsédaient. […] montagnes de fric ou pas, je sentais que ma santé mentale dépendait de mon retour à la maison. »
Elle décide alors de partir, promettant de revenir bientôt sans l’envisager réellement. Elle veut retrouver sa vie d’avant, ses projets, ses plaisirs simples, ses amis. De retour à New-York, elle a pourtant du mal à se retrouver, à goûter sereinement au bonheur qui s’offre à elle. Sans doute lui manque-t-il quelque chose d’essentiel, quelque chose que l’argent n’achète pas et qui fait simplement partie d’elle-même. Une quête qu’elle se décide à entreprendre, l’âme couverte de bleus que seul le temps pourra effacer.

Mes nuits au harem
Jillian Lauren
Editions First
17,9 €
Par Marc Emile Baronheid - BSCNEWS.FR / Comme beaucoup d’intellectuels établis, vous êtes conférencier à l’occasion. Les années passant, votre goût des femmes s’est affirmé, non sans vous conférer une manière d’assurance qui dissimule une naïveté confondante. L’on vous invite en Finlande, pays où vous n’imaginez rencontrer que des glaçons neurasthéniques. L’improbable est au romancier ce que la providence est à la fille de joie : un aller simple pour le pays des mirages. Pour l’incarner, Helena, une jeune fille supposée ardente et sage.
Peut-on raisonnablement conjuguer ces deux éléments ? Ardente ou sage Helena ? La réponse sera « son porte-jarretelles rouge vif, qui striait ses hanches et ses cuisses de traînées de sang /…/ Et que dire alors de la science subtile qu’elle avait montrée dans l’amour ! ». De retour à Paris, le narrateur retrouve son quotidien morne de rédacteur en chef d’une modeste revue d’art et l’ épouse avec laquelle il entretient des rapports empreints de résignation sentimentale et affective. Une étudiante est passée dans sa vie, mais il lui a plus servi de père adoptif que d’amant. Il appelle Helena qui joue les bêcheuses. Le démon de midi est un usurier intraitable ; il vous comble d’or pour mieux vous mettre sur la paille et réclamer des intérêts impayables. Helena débarque. « Raconte-t-on le bonheur ? Non. ». Le roman est à 160 pages de son terme. On les parcourra à grandes guides, pour ce qu’elles réservent de plaisir, de fièvre , de cauchemar, de douleur, de jalousie, d’espoir, de mise à mal de la mécanique amoureuse. On trouvera délectable l’art subtil de la retenue dans l’évocation du désir frénétique et de la passion païenne. Comme un hommage au bandeau du peintre Augustin Rouart qui adorne la couverture, parce que bon sang ne peut mentir.

La guerre amoureuse de Jean-Marie Rouart, Gallimard, 243 pages, 18 euros
( crédit photo D.R)


Par Mélina Hoffmann - BSCNEWS.FR / «Comment les réseaux sociaux ont-ils organisé leur ascension ? Comment un site Internet, qui a vu le jour dans les dortoirs de l’université de Harvard, a-t-il conquis le monde en moins de cinq ans ? Qu’est-ce qui pousse les utilisateurs à collectionner les amis, parfois des milliers, comme nos parents collectionnaient les timbres, et à se mettre à nu au vu de tous ? Et surtout, quels sont les risques de cette nouvelle transparence ? »
Toutes les réponses à ces questions sont ici !

Partager nos humeurs, nos états d’âme ; afficher nos photos de vacances ou de notre dernier Noël en famille ; exprimer nos opinions, nos préférences, nos coups de gueule…, en résumé rendre notre vie privée publique, est aujourd’hui à portée de clic.

Facebook, Myspace, Twitter, LinkedIn… Les sites communautaires et réseaux sociaux sont devenus un véritable phénomène de société. Au cours des trois dernières années, ils se sont imposés sur la Toile et ont conquis des centaines de millions d’internautes de part le monde. Ainsi, Facebook compte près de 400 millions d’inscrits - publiant plus de 3 milliards de contenus chaque semaine -, et MySpace 130 millions, pour ne citer que ces deux là.
Les causes de ce succès : un besoin grandissant de communiquer sur tout et rien, de plus en plus vite (de plus en plus mal ?), avec tout le monde et personne, et surtout de montrer qu’on existe.
Ainsi, Facebook est devenu le plus gros album du monde avec plus de 20 milliards de photos en ligne, auxquelles 2 milliards et demi d’autres viennent s’ajouter chaque mois ! Des chiffres qui ont de quoi donner le vertige !

Si les 18-34 ans sont les plus touchés par ce phénomène, l’audience a néanmoins considérablement grimpé chez les 13-17 ans depuis 1998, et le groupe des 35-44 ans est celui qui progresse le plus actuellement. Personne n’est donc épargné par ce grand déballage de vie privée qui, rappelons-le, n’est pas sans dérives.

On « donne son facebook » comme on aurait autrefois donné son numéro de téléphone, on s’ajoute comme « ami », et voilà que nos proches, nos vrais amis, de vagues connaissances ou parfois même de parfaits étrangers, ont accès à notre intimité et à toutes sortes d’informations plus vraiment personnelles. Des informations qui, une fois publiées, échappent à notre contrôle et peuvent facilement se retourner contre nous, surtout lorsque, comme la majorité des utilisateurs, on n’a pas pris soin de restreindre l’accès de notre compte ou de nos photos aux personnes proches.
Arnaques, harcèlement, contenus pornographiques, incitations à la violence ou au racisme, usurpation d’identité, diffamation, exploitation commerciale de données privées… sont ainsi autant de risques auxquels nous nous exposons plus ou moins consciemment.

Le premier réseau social de la planète a néanmoins du mal à conquérir certains endroits du globe. C’est notamment le cas avec le Japon où Facebook compte cinq fois moins d’utilisateurs qu’en France pour une population deux fois plus nombreuse.
Mais qu’on ne s’y trompe pas, les japonais ont leur réseau social à eux, comme tout le monde !

Olivier Levard et Delphine Soulas, tous deux journalistes, ont interrogé sociologues, avocats, policiers, psychanalystes, dirigeants, et « victimes » de Facebook, pour nous dévoiler la face caché de ces réseaux sociaux et comprendre comment ils fonctionnent.
Une enquête intéressante, d’actualité, qui incite à beaucoup plus de vigilance quant à notre comportement d’internaute.

Facebook : mes amis, mes amours ... des emmerdes !
Olivier LEVARD
Delphine SOULAS
La vérité sur les réseaux sociaux
192 pages
16 €
ISBN :
978-2-84186-517-8

Par Stéphanie Hochet - BSCNEWS.FR / Le troisième roman de la tétralogie de polars qu’ambitionne d’écrire Alain Wagneur, nous emmène en Afrique noire. L’instituteur de formation, directeur d’école à Paris nous livre un roman qui aurait pu s’intituler ironiquement Désirs d’enfants.
Le jeu de piste qui mène à l’assassin n’est pas forcément l’enjeu dans un polar. Alain Wagneur nous en donne la preuve avec son roman Djoliba, fleuve de sang où l’on voit évoluer Richard Zamanski personnage de flic récurrent dans l’œuvre de l’auteur qui a également sévi dans Hécatombe-Les-Bains (prix du de la Société des Gens de Lettres en 2008). Zamanski, l’enquêteur solitaire mi cow-boy blasé, mi détective à la verve de Léo Mallet, a été placardisé à Blainville, une petite station balnéaire des Charente Maritime, un Royan de papier si l’on veut, un bled ou l’on s’ennuie si on a la passion des affaires criminelles. Le récit débute au moment de l’élection de Sarkozy, drôle d’ambiance, les hommes de gauche livrent leur désarroi dans les journaux, insidieusement, les temps changent. Le passé vous rattrape parfois. Zamanski tombe sur Claude Parvillier, son ancien professeur au lycée. Après avoir enseigné en France, il est parti s’installer au Mali et, durant des années, il s’est occupé d’une association d’aide aux enfants des rues : La case des enfants, avant de rentrer un peu précipitamment en France pour une raison étrange. Quelques jours plus tard, on découvre le cadavre du monsieur et Zamanski est appelé sur les lieux, il constate que le prof n’a pas laissé de lettre expliquant un éventuel suicide et que son l’ordinateur a disparu : ne serait-ce pas un assassinat ? Quand on est un flic du type de Zamanski méticuleux et imaginatif, on n’est pas loin de voir le mal partout, même si les médecins légistes statuent sur un suicide. Zamanski n’obtient pas de commission rogatoire pour continuer l’enquête, mais qui pourrait l’arrêter ? La personnalité du professeur était plus que douteuse : on apprend que l’homme était poursuivi pour viols sur mineurs au Mali. Il faut maintenant imaginer le professeur d’économie si sympa en bourreau d’enfants. L’enquête se poursuivra à Bamako avec l’aide de Habbib et Sosso, enquêteurs charismatiques que le romancier Moussa Konate lui aura prêté pour l’occasion. Au Mali, l’association de l’enseignant a été récupérée par des membres des églises évangélistes qui n’ont pas caché leurs bonnes intentions : venir en aide aux enfants d’Afrique sans l’autorisation des gouvernements. On reconnaitra dans Moïse sauvé des Sables une allusion à L’Arche de Zoé, en y ajoutant le prosélytisme religieux : « Ces enfants dans l’Afrique de la corruption et des guerres, c’était un peu les Hébreux maintenus en esclavage. Il s’agissait de les en sortir », dira un des nombreux illuminés de l’association. Mais on n’enquête pas sur ses affaires-là sans déranger des gens haut-placés. « L’Afrique noire est mal partie mais au moins elle est partie » a déclaré Senghor à la suite d’une phrase qui avait fait grand bruit. Ce roman est une plongée de cette effervescence africaine, l’auteur en profite pour tordre le cou à quelques préjugés du néocolonialisme. L’originalité est de s’en acquitter avec un polar de haute tenue.

Djoliba, fleuve de sang. Actes Sud. 321 pages.
Par Stéphanie Hochet - BSCNEWS.FR / Les éditions Stock viennent de publier les lettres que les deux romancières s’échangèrent entre 1923 et 1941. Une relation épistolaire qui devint vite amoureuse, commença quelques mois après leur rencontre et prit fin avec le suicide de Virginia Woolf dans les eaux de l’Ouse le 28 mars 1941.

Toutes les deux étaient des femmes hors du commun. Au moment où elles se rencontrent, l’aristocrate Vita Sackville-West a trente ans, poétesse, écrivain à succès, séductrice réputée - bien que mariée à Harold Nicolson, elle a eu une liaison avec la poétesse Violet Trefusis -, elle possède un certain charme viril que les colliers de perles n’altèrent pas. Virginia Woolf est son aînée de dix ans. A l’époque, elle a survécu à plusieurs crises d’aliénation mentale et a publié trois romans, elle vient de créer avec son mari Leonard Woolf la Hogarth Press, une maison d’édition qui publie entre autres textes La Terre vaine de T.S. Eliot. Sa réputation d’écrivain est prestigieuse, élitiste : elle est avec Leonard un membre important du groupe de Bloomsbury qui réunit l’élite intellectuelle du pays. Il était dans le caractère de Vita de faire le premier pas. Le prétexte pour écrire à Virginia Woolf en ce mois de mars 1923 est une demande d’adhésion à son club de lecture. Hésitation de Virginia qui finalement refuse. Mais la correspondance est amorcée. Virginia a été impressionnée par Vita en qui elle voit une femme supérieure. Une parfaite grande dame, avec toute la fougue et le courage de l’aristocratie, et moins de puérilité de classe que je m’y attendais, écrira-t-elle dans son journal. Virginia propose à Vita de publier son prochain roman à la Hogarth Press. Vita s’acquitte avec zèle et un brin de provocation à écrire son Séducteurs en Équateur qu’elle rédige lors d’un voyage dans les Dolomites. Virginia estime cette œuvre beaucoup plus captivante […] que les précédentes. D’emblée, l’une (Vita) cherche l’autre. L’entreprenante Vita éveille dans les premiers temps chez Virginia un trouble retenu et des remarques moqueuses, même si la confidence n’est pas loin : J’ai beaucoup aimé votre lettre des Dolomites, si intime. Elle m’a causé une grande peine – ce qui est, je n’en doute point, le premier stade de l’intimité. De l’intimité, il en sera question dans cette correspondance, et d’abord par le biais de la littérature. C’est elle qui réunit les deux femmes, Virginia exerçant sur Vita une influence qu’elle ne dissimule pas : Je m’exprime, semble-t-il, un peu comme les jeunes filles de Haye’s Common qui voulaient modeler leur style sur le tien. Même si la littérature est davantage l’obsession de Virginia Woolf dont le travail sur les perceptions va bouleverser son époque, alors que Vita semble aimer à égalité l’amour, la poésie et le défi (comme le souligne le titre d’un de ses romans : Challenge). De Tendre-Sur-Estime, elles passent à Tendre-Sur-Acte. A-t-on prétendu que Virginia Woolf était frigide ? Les lettres de Vita suggèrent le contraire et nous apprennent que c’est Virginia qui a fait basculer la relation dans le charnel : le fameux soir où tu t’es comportée de manière si scandaleuse et parvins à tout jamais à m’acquérir.
Vita idolâtre Virginia pour son génie, Virginia a besoin de l’amour de Vita. Cette constance dans la passion ne faiblira pas, elle s’exprimera avec bonheur et inquiétude, lyrisme et humour, selon les heures et les années. Et nul besoin de remettre en question le mariage de chacune, il en va de l’amour comme du respect pour les hommes qui partagent leur vie et qui acceptent leur amitié particulière. Pourtant la jalousie tourmente Virginia quand elle suppose des liaisons féminines à Vita – suppositions parfois avérées. Virginia connait les affres de la maladie. Elle est sujette aux migraines mais sa force créatrice bouillonne, ses réflexions plongent à des mètres de profondeurs ahurissantes, artiste magnifique, elle doute parfois d’être un bon écrivain. Vita l’inspire, son androgynie, son air à la fois gauche et classe. Elle veut écrire son histoire par delà les époques, les conventions sexuelles, ce sera une biographie romanesque : Orlando, livre qui donnera à Vita ce qu’elle a toujours souhaité : la gloire et un succès populaire pour Virginia Woolf qui n’en avait jamais connu auparavant. Émouvante réflexion sur le personnage de roman, devenu vivant et fictif, qui incite Vita, bouleversée par ce chef-d’œuvre, à signer ses lettres du nom d’Orlando… Au-delà de l’espièglerie, des piques d’humour, la douleur affleure des lettres de Virginia. Douleur d’une femme qui lutte contre la folie mais n’en parle pas, douleur physique (migraines, tremblements, fièvres) qui la cloue sur le lit des jours et qu’elle confie à sa Très chère Créature – un substantif au double sens délicieux depuis Orlando. Comme l’indiquent certaines métaphores aquatiques, et bien avant l’écriture des Vagues et son suicide, la dépression est une noyade progressive à laquelle Virginia Woolf aurait cédé plus tôt si Vita n’avait pas été dans sa vie. Tu m’as donné un tel bonheur lui écrira-t-elle quelques mois avant d’entrer dans les eaux de l’Ouse le 28 mars 1941. Un bonheur qu’on découvre dans ces centaines de lettres poignantes.

Correspondance 1923-1941
Traduction Las Vergnas.
Stock. La Cosmopolite
564 pages.
Novembre 2010
Par Mélina Hoffmann - BSCNEWS.FR / Tasse de café, Iphone et/ou Blackberry, carte Vélib’, pass Navigo, Ipod, CB, briquet inconnu, PV, lunettes de soleil… Cette panoplie est la vôtre ?! Alors souriez (… ou pas !), vous êtes un parfait parisien !!

Paris. Une ville qu’on aime, qu’on déteste. Une ville qu’on aime détester plutôt. Du moins, lorsqu’on est parisien !
En effet, le parisien est fatigué de courir tout le temps, il peste de ne pas trouver de place pour se garer, s’insurge contre la RATP et ses grèves intempestives, déteste être compressé dans le métro aux heures de pointe, il ne supporte pas ceux qui stationnent sur la file de gauche dans les escalators, et trouve son loyer bien trop élevé ! Et pourtant ! Suggérez-lui de quitter Paris et cette « vie de fou » qu’il critique à tout va, et le parisien vous rira au nez !!

« A Paris, visitez un univers magique où chacun est le roi incontesté du monde (ce qui fait beaucoup de rois, mais quand on aime on ne compte pas), où le métro fait office de résidence secondaire, où Boulogne et Montrouge sont considérés comme des régions de province […] où risquer sa vie en traversant la rue est une danse quotidienne joyeusement rythmée par le son des klaxons, où la location mensuelle d’un deux-pièces avoisine le PIB d’un pays d’Afrique, où une boutique qui ferme entre midi et deux n’a positivement aucun avenir […] »

Vous l’aurez compris, cet anti-guide de la capitale est à prendre au douzième degré, comme nous le précise d’ailleurs son auteur ! Caroline Rochet, journaliste au magazine Claire, nous dresse un portrait délicieux et à peine caricaturé du parisien type !
Qualités, défauts, look, vocabulaire, expressions, attitudes… Parisiens : préparez-vous à être rhabillés pour l’hiver !
Ainsi, si notre chic est jalousé dans le monde entier, que nous sommes réputés pour notre dynamisme permanent, notre culture, ou encore notre addiction à la fête, nous sommes néanmoins snobs, blasés, stressés, prétentieux, exigeants, égoïstes et coincés ! Rien de moins ! Ah, et n’oublions pas chauvins s’il vous plaît ! « La France extra-muros n’existe que de temps en temps, en congés ou en week-end, généralement le temps de réaliser combien elle ne vaut pas Paris. Même si elle est bien mignonne avec ses plages, ses petits villages morts et ses attendrissants produits du terroir. » L’auteur rappelle néanmoins très justement que le chauvinisme est un sport régional que les parisiens sont loin d’être les seuls à pratiquer ! Ouf !
Si vous êtes dans la capitale depuis peu de temps ou que vous projetez d’y vivre, ce livre vous préparera avec beaucoup d’humour à ce qui vous attend ! Vous y apprendrez comment être célibataire, parent, lesbienne ou gay à Paris. Vous pouvez aussi y vivre en couple, mais sachez qu’« en raison des difficultés et des tentations permanentes, vous avez plutôt intérêt à être à 4000% fou de votre conjoint si vous comptez survivre ici. N’espérez même pas garder votre couple à flot si vous êtes moyennement amoureux, pas convaincu ou juste attendri par la bête. » ! Vous êtes prévenu !

Vous vous familiariserez avec les différents moyens de transport, sans oublier la marche à la parisienne (qui impose une vitesse minimale, et oui !) ! Vous apprendrez comment devenir parisien et sportif, parisien au supermarché, parisien en vacances, ou encore parisien au volant ! Vous trouverez enfin de nombreuses adresses (bars, restaurants, lieux culturels ou encore adresses clubbing), ainsi que la liste des groupes indispensables auxquels adhérer sur Facebook !

Et oui, être parisien, ça ne s’improvise pas ! Mais n’ayez pas peur, ce n’est pas si compliqué que ça en à l’air. A force d’un peu de pratique, vous verrez même que, sans effort, la « parisian attitude » finit par nous gagner !
Faut-il s’en réjouir ?... En attendant, ce livre ponctué de nombreuses interviews de personnalités vivant dans la capitale, nous propose d’en rire et c’est mission accomplie !

Une lecture plaisante et divertissante, à déconseiller toutefois aux parisiens qui se prennent trop au sérieux… évidemment !

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