Smyrne : Le paradis perdu après une catastophe humanitaire / SAURAMPSPar Raphaël ROUILLÉ (libraire Sauramps) - BSCNEWS.FR / La ville anéantie : A travers un récit riche en couleurs, Giles Milton retrace la destruction de Smyrne en 1922 par la cavalerie turque, ville « infidèle » au destin tragique et tumultueux.
Avant 1922, Smyrne était une ville prospère et cosmopolite. Peuplée de Grecs, d’Arméniens, de Turcs et de Juifs elle représentait un cas unique dans le monde musulman. Ce « paradis perdu » a pourtant connu des violences inouïes.
Véritable catastrophe humaine, l’attaque des Turcs a enseveli des milliers de personnes sous les flammes. « On jetait des bombes et du pétrole. Les flammes finirent par lécher les quais où s’entassaient les pauvres gens qui attendaient leur tour d’être sauvés. Rien de ce qu’on pourra dire de l’horreur de ce soir là ne sera exagéré ! » raconte une survivante. Qualifiée d’ « infidèle » pour être majoritairement chrétienne, la cité de Smyrne se tournait depuis longtemps vers la Grèce et les eaux clémentes de la mer Egée.
Aux habitants chrétiens d’origine grecque ou arménienne venaient s’ajouter les Levantins, les Européens ou les Américains, alliés de la Grèce après la Première Guerre mondiale lors de l’invasion de la Turquie. Des représailles semblaient donc inévitables, mais Giles Milton montre bien l’imprudence de la politique internationale et insiste sur la catastrophe humanitaire terrible qui fut suivie d’une déportation massive, véritable nettoyage ethnique que le texte ne cesse de rappeler pour éviter l’oubli.

Le paradis perdu
Milton, Giles
Editions Noir sur blanc
(427 16 pages)
Paru le 15/04/2010
25.00 euros

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Par Raphaël ROUILLÉ ( Libraire Sauramps) - BSCNEWS.FR / Le greenwashing (ou écoblanchiment) est un procédé marketing qui « consiste à donner à une entreprise une image écolo, privilégiant un développement durable, alors qu’elle fabrique et/ou vend des produits polluants ».
Cette technique est née dés les années 1980, avec les premiers arguments publicitaires écologiques des fabricants de lessive. Les auteurs citent par exemple le cas de la lessive Le Chat et les dérivent de plus en plus constantes. Sous couvert d’une bonne conscience, la pratique du business des entrepreneurs est la même. Total, Monsanto, EDF, la grande distribution, les constructeurs automobiles : tous pratiques l’écoblanchiment afin de rassurer les consommateurs sur les produits tout en les dupant.
D’où cette impossibilité, estiment les auteurs, à faire cohabiter l’économie, demandant un retour rapide sur investissement, et l’action politique, ancrée sur le long terme. Véritable fléau, cette communication habile, dangereuse imposture antinomique, se pratique dans une hypocrisie générale.

Ecoblanchiment
Notebaert, Jean-François
Séjeau, Wilfrid
Editions Les petits matins
Essai 18 (184 pages)
Paru le 11/03/2010
18.00 euros


Un article proposé par Raphaël ROUILLÉ, libraire Sauramps en Cévennes.
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ce conte-randonnée issu des Mille et une nuits, captive le lecteurPar Jean-Marie DAVID-LEBRET (Sauramps) - Un boutiquier est émerveillé par un chanteur de rue, nain et bossu, au point de l’inviter à dîner pour qu’il se produise devant sa femme. Mais au cours du repas, le bouffon s’étouffe avec une arête de poisson. Effrayé à l’idée d’être accusé de meurtre, le marchand dépose le corps chez un médecin et s’enfuit.
S’ensuit alors une série d’aventures rocambolesques où chaque personnage, se croyant responsable de la mort du bossu, déposera le corps chez un autre villageois. Si tous se rejettent la faute, au moment du jugement, pris de scrupules, ils se déclareront tous coupables du crime.
Avec sa structure dynamique, répétitive et cumulative, ce conte-randonnée issu des Mille et une nuits, captive le lecteur. L’histoire est cocasse tout en distillant une tension dramatique que refl ètent bien les illustrations de Sébastien Mourrain. Une remise au goût du jour du légendaire récit arabe.

Le petit Bossu
de Sabine du Fay et de Sébastien Mourrain
Editions le Sorbier
Collection : Au Berceau du Monde
13,5 €

Un article proposé par Jean-Marie DAVID-LEBRET, libraire Sauramps Polymômes.
Article paru dans le PAGE DES LIBRAIRES du mois de mars. En partenariat avec Sauramps.com

Un regard sur le possible
Moins d’un an et demi après le premier volet, Etienne Davodeau clôture les aventures de Lulu, petit bout de femme attachant en proie au doute sur sa vie et qui s’accorde une parenthèse. Un cycle s’achève, mais le récit ne fait que prolonger une réflexion, il commence quelque chose pour le lecteur plus qu’il ne le termine. L’album est splendide. Le dessin est une écriture, digne d’une œuvre littéraire.

Après le récit de Xavier sur la disparition brutale de Lulu, c’est Morgane, sa fille, qui reprend le fil de l’histoire. Famille et amis sont toujours là, à écouter attentivement cette histoire folle d’une quadragénaire qui s’accorde une courte halte pour penser, loin de tous, et qui éprouve un grand besoin de vivre, poussée par ses désirs de liberté. Après son escapade dans les bras de Charles, Lulu part en stop et atteindra Bordeaux. Là, elle fera la rencontre de Marthe, vieille femme vivant seule que l’aventure de Lulu va raviver.
Loin d’une suite quelconque, ce deuxième volet fait plus que raconter une histoire. A la manière de la littérature, le dessin de Davodeau dissimule une écriture qui s’apparente à une forme de partage et de transmission de la mémoire. En racontant aux autres l’histoire de sa mère, Morgane revient aux fondamentaux de la tradition orale. La discussion fait sens, elle fait lien. En décidant de vivre sa vie tout en allant à la rencontre des autres, Lulu se frotte au monde. Elle pense contre elle-même puis trace des repères pour communiquer, pour déranger l’ordre des choses. Roland Barthes disait : « Ecrire, c’est ébranler le sens du monde ». C’est exactement ce que fait Davodeau, par l’intermédiaire de ses formidables personnages, si simples, mais si vivants. Le physique déjà marqué par la vie, Lulu ne veut rien oublier de ce que le monde oublie. Elle semble vouloir fixer le temps, le suspendre. En cela, l’album est très audacieux et finalement très ancré dans notre réalité : tout comme nous sommes aspirés par le temps qui passe à grande vitesse dans nos vies, dont nous devenons parfois spectateur, Lulu semblait enchaînée par ses contraintes quotidiennes. En partant vers l’inconnu, elle arrête le temps et se l’approprie. Sans travail à une époque où c’est la seule valeur de reconnaissance, Lulu choisit les valeurs humaines et la recherche d’une vérité, celle de la liberté de penser et d’agir. Pour examiner la vérité, écrivait Descartes dans ses Règles pour la direction de l’esprit, « il est besoin, une fois dans sa vie, de mettre toutes choses en doute autant qu’il se peut ». Voilà pourquoi, naturellement, Davodeau a probablement choisit ce titre : Lulu, femme nue. Nue, elle l’est réellement, lorsqu’avec Charles elle se déshabille et court sur le sable en direction de la mer à la tombée de la nuit. Elle l’est aussi, au sens de Camus dans L’Exil et le royaume : pour retrouver une vie libre et nue, indique l’écrivain, l’homme doit refuser la servitude, il doit exister dans le refus et la révolte. Dépouillée de tout, Lulu est une femme nouvelle, à la recherche d’une vérité qui ne peut plus lui échapper.
Pourtant, et c’est tout le paradoxe, la fin de ce deuxième volet s’achève par le début du premier, comme s’il n’y avait rien eu de nouveau. Autrement dit, sans en dévoiler le creux (qui reste l’essentiel), l’auteur semble boucler la boucle, ou peut-être tourne-t-il en rond. Peut-être est-il aussi très attaché aux commencements et a-t-il donc du mal à finir cette histoire qui fait naître tant de choses. Au centre de la narration, il existe une sorte de ventre mou qui porte en creux beaucoup de nos aspirations à tous, de nos désirs, de ce que nous pensons, telle une véritable catharsis liquidant les affects longtemps refoulés dans le subconscient et responsables de nos traumatismes psychologiques. Ce cœur bouillonnant agit très efficacement sur le lecteur. « Nous vivons une vie, nous en rêvons une autre, mais celle que nous rêvons est la vraie » écrivait Marie Curie, autre femme de caractère. Les rêves ne trichent pas, ils dévoilent l’intimité de nos vies avec toutes leurs fissures. A travers Lulu, le lecteur respire, il partage un peu de ce rêve qui prend forme, de ce courage qui insupporte les normes sociales.
Plus mélancolique que le premier tome, ce deuxième volet est traversé par un souffle lyrique et poétique, porté par un dessin au service de la narration. Mais cette mélancolie n’est jamais triste ou mortifère, elle revêt plutôt une forme de romantisme engagé et optimiste. Davodeau aime le mouvement, l’esprit de révolte. Il croit dans les valeurs humaines, son dytptique en regorge. Plus qu’une bande dessinée, Lulu est un objet littéraire en forme de poupée gigogne, une réflexion sur le temps qui passe, sur l’écriture et la transmission. Paul Valéry écrivait : « un regard sur la mer, c’est un regard sur le possible ». En suivant les aventures de Lulu, tout semble tout à coup possible aussi.

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Un article proposé par Raphaël ROUILLE, libraire Sauramps en Cévennes. En partenariat avec Sauramps.com

Article paru dans le PAGE DES LIBRAIRES du mois de mars.


Histoire de la guerre aux Etats-Unis Volume 1, The Goddess of war

Un article proposé par Raphaël ROUILLE, libraire Sauramps en Cévennes.
Article paru dans le PAGE DES LIBRAIRES du mois de mars.

Sensual Cochise
Prévu en trois volumes The Goddess of War est une attaque déjantée contre les faiseurs de guerre. Débridé, le récit explose de toute part. L’esthétique décadente y consacre une guerrière fatiguée, sorte de Barbarella contemporaine givrée sous amphétamines.

Lassée par ses trophées, la Déesse de la guerre se remémore quelques batailles américaines puis s’abandonne au souvenir du grand et sensuel Cochise, qu’elle souhaite revoir absolument. Irrité, le Roi des Dieux décide de se venger et d’abattre sa foudre sur le peuple Apache. Entamé alors que G.W. Bush envoyait ses troupes en Irak, le récit de Lauren Weinstein mélange l’histoire guerrière des Etats-Unis à une sorte de cauchemar halluciné qui renouvèle le genre de la science fiction américaine. Au centre de décors dépravés, Valérie, héroïne alcoolisée, évolue en bichromie, sensuelle et pathétique. Barbarie graphique, humour cinglant, narration explosive : l’univers inspiré de la mythologie nordique de la jeune dessinatrice perfore chaque vignette sur son passage pour laisser place au chaos. Parsemé de quelques gravures à l’eau-forte, l’album mélange les genres avec malice. Banalisée, la violence - qu’elle soit physique ou morale – submerge les personnages et les décors comme autant d’éclats laissés par la guerre. Désabusée, la Walkyrie, arrière-petite-fille de Thor, se raccroche au sensuel Cochise. Mais une déesse peut-elle succomber à un humain ? Parodiques, certaines scènes rejouent des films de série B., au plus grand plaisir du lecteur. Renouvelé à chacune des pages, le système de narration graphique participe à l’ambiance décalée de cet album mutant aux dialogues tantôt crus, tantôt surjoués comme dans une mauvaise pièce de théâtre.

Plus que tout, le lecteur s’émerveillera face à l’inventivité et face à la vitalité graphique. Chaque case est une exploration. Les détails pullulent comme autant de parasites géniaux qui nourrissent le cœur du récit. En filigranes, l’histoire de l’humanité défile, à sa manière, gorgée de contradictions et de questionnements. La clef est peut-être à rechercher auprès de ce sage et vénérable Cochise, véritable aimant narratif et icône sexuée doté de tous les pouvoirs d’attraction. L’Amérique croyante et puritaine peut passer son chemin, The Goddess of War apparaît comme le pendant extravagant et insolite d’Adam et Eve. La rencontre improbable de Valérie et de Cochise alterne violence, sensualité, dégoût, sexe, horreur, rêve, humour et sacré. Ce détonant mélange rappelle les ambiances d’un Robert Crumb (maître de la bande dessinée américaine underground) ou d’un Dave Cooper (rappelons-nous de Ripple : Une prédilection pour Tina). Lauren Weinstein, aussi chanteuse d’un groupe de rock électro, nous ouvre ainsi les entrailles d’un monde délirant, peut-être pas si éloigné du nôtre.
Raphaël Rouille /L'avis des libraires en partenariat avec Sauramps

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