Par Raphaël Rouillé - BSCNEWS & Sauramps / Tandis que l’information s’avale plus qu’elle ne se mastique. Alors que les moyens de communication excellent mais que les êtres humains communiquent de moins en moins. Alors, enfin, que le dialogue s’effrite au profit d’un « prêt à penser » qui sauve les apparences et assure les bonnes consciences, la revue Le Débat, du haut de ses trente ans et à contre-courant des préoccupations contemporaines, propose de vrais débats d’idées, s’inscrivant ainsi dans une forme de résistance à la disparition de la pensée.
Les revues ont toujours joué un rôle déterminant dans les débats d’idées. Véritables réceptacles des questions posées par la société, elles ont permis aux penseurs d’exprimer ou de défendre un point de vue à travers une argumentation, favorisant des prises de position des lecteurs ou permettant simplement au monde d’avancer un peu plus par la réflexion. Pour les Sciences humaines, une revue représente une fenêtre ouverte sur le passé, le présent ou l’avenir. Il s’agit d’un moyen de communication privilégié qui donne du sens à nos engagements et aide à déchiffrer les signaux qui jalonnent le monde. Le constat de nombreux intellectuels est que la sphère qui compose la vie de l’esprit tend à diminuer au profit d’un zapping généralisé qui ne fait qu’effleurer toute chose. Pourtant, de nombreuses revues conservent une place importante sur la scène culturelle. L’enjeu de leur survie et de leur vitalité semble primordial pour la démocratie et pour la représentation de la diversité des opinions.
La plus ancienne est La Revue des deux mondes, fondée en 1829 et à laquelle la très bonne collection « Titres » des éditions Bourgois vient de consacrer un numéro. A ses côtés, des revues comme Les Temps modernes, fondée par Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir en 1945, dirigée ensuite par Claude Lanzmann. Ou encore la revue Esprit, fondée en 1932, interdite en 1941 par le régime de Vichy, puis refondée en 1944. Parmi les jeunes revues on relèvera la belle énergie de la Revue XXI, publiée par les éditions Les Arènes ou encore Ravages (éditions Descartes et Cie).

Dans ce contexte éditorial, la revue Le Débat continue, comme elle l’a toujours fait, à s’interroger sur l’histoire, la politique et la société. En reposant la question qui avait marqué les débuts de leur revue en 1980, Pierre Nora et Marcel Gauchet font le constat d’une « atomisation de l’espace collectif de la réflexion » et d’un « effacement des formes du paysage intellectuel ». Cette question « De quoi l’avenir intellectuel sera-t-il fait ? » ordonne les trois volets de ce numéro spécial. Génération 1980, avec la publication de l’enquête initiale ; Aujourd’hui avec les réactions de ceux qui avait répondu autrefois à cette question ; puis Génération 2010, en compagnie de quelques représentants de la nouvelle génération. Tandis que Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut ou Emmanuel Todd réagissent à leurs déclarations d’antan, Lionel Naccache, Raphaël Enthoven ou Mara Goyet interrogent le futur. Dans la partie centrale, Gilles Lipovetsky indique, par exemple, que nous sommes au temps du « désenchantement de la pensée », de la « philosophie du réconfort » et du « self-service intellectuel ». Tout aussi radical, Jean-Pierre Dupuy titre son article L’inculture comme avenir, fustigeant l’incapacité des intellectuels français à comprendre l’économie et la nature, deux données essentielles du monde contemporain. Dans Génération 2010, Malika Sorel en appelle à Un sursaut intellectuel, tandis que Nicolas Vanbremeersch nous explique que l’avenir intellectuel passe par le numérique, avec une redistribution des rôles, plus collective. A un moment où, dans les rayons « philosophie » des librairies, s’amoncellent des livres à usage « tout public » qui, pour beaucoup d’entre eux, révèlent le manque d’ambition intellectuelle et nivelle la culture par le bas au prétexte que les lecteurs n’ont plus le temps de réfléchir, Le Débat secoue une fois de plus la vie intellectuelle, en vertu d’une exigence et d’une rigueur morale sans faille.
C’est pourquoi, il faut « continuer Le Débat » explique Pierre Nora dans son éditorial au numéro 160. « Dans un monde enfermé dans un présent perpétuel (…) il est essentiel de maintenir l’effort de remettre les choses dans l’histoire, leur histoire, notre histoire », écrit-il. Et c’est justement par une discussion autour des revues que débute ce numéro. Dans Pourquoi les revues ?, Pierre Nora et Régis Debray échangent leur point de vue dans une rencontre organisée par Le Nouvel Observateur en 1980 pour la sortie du premier numéro du Débat. Jugé trop long à l’époque, cet entretien, ici en version intégrale, n’avait pas pu être publié. Ce numéro est aussi l’occasion de prendre beaucoup de recul sur quelques évènements majeurs des trente dernières années et d’en tirer les leçons. Michel Winock, Hubert Védrine, Pascal Ory et Paul Yonnet reviennent sur Le monde tel qu’il change, observant les bouleversements d’un monde sans cesse en mutation. D’une rubrique à l’autre s’exprime toute la détermination d’une revue destinée à poser des questions pour ériger un monde meilleur, un monde d’échanges dicté par la liberté d’esprit, l’indépendance intellectuelle et l’envie d’élargir les horizons.
En compagnie d’éditorialistes et de commentateurs informés, de philosophes, d’historiens ou d’analystes, Le Débat poursuit sa route à contre-courant, cette fois, de la société mais dans la perspective d’un monde pluriel, désinhibé et surtout non édulcoré. On peut donc dire que le débat d’idées existe toujours, reste à savoir pour combien de temps encore.

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Mondial 2010 : Valeurs et usures du ballon rondPar Raphaël Rouillé - BSCNEWS & Sauramps / Intellectuels, philosophes, sociologues : tous, ou presque, ont botté en touche lorsqu’il s’agissait de parler de football, sport réputé trop « populaire » pour que l’on s’y intéresse. Pour le meilleur ou pour le pire, quatre livres expriment leur point de vue sur le ballon rond.
Dés 1999, le philosophe Jean-Claude Michéa s’insurgeait contre « l’état de transe négative » dans lequel le football avait le don de plonger l’intellectuel moyen. Tout en dénonçant les graves dérives capitalistes, il ironisait sur l’incapacité d’une certaine intelligentia à comprendre ce sport populiste. Citant Ombre et Lumière de Galeano comme la joyeuse Illiade qui manquait alors au football, Michéa, par un texte court, puisait aux sources fécondes des vertus de la philosophie.
Dans son sillon, Jean-François Pradeau, spécialiste de la philosophie Antique et auteur, en 2009, d’une remarquable Histoire de la philosophie, publie Dans les tribunes, éloge du supporter. Hymne à la mythologie et à « l’érection culturelle » du Stade, le livre de Pradeau scande la beauté intérieure de cet antre qu’il compare aux statues anciennes tout en dénonçant de nombreux lieux communs, souvent infondés, qui circulent sur le football. Nous venons au stade, dit-il, comme nos lointains ancêtres grecs allaient rejoindre leur lieu de culte. Plus encore, insiste-t-il : « l’objet véritable de la philosophie est le match de football ».
Moins complaisant, Footafric, dénonce sans détours l’aliénation et le contrôle des peuples engendrés par le football. S’intéressant plus particulièrement au cas de l’Afrique les auteurs fustigent les « requins blancs » de la FIFA, les tentations fascistes, les festins sexuels ou l’appétit capitaliste des occidentaux qui organisent un véritable pillage des fonds publics au profit de grandes sociétés.
En abordant le thème du néocolonialisme, le livre rejoint les propos de Maryse Ewanjé-Epée dans Négriers du foot. Ce document explore les trafics d’identités, chantages, ruines familiales ou disparitions qui parsèment orageusement le monde africain du football, pays où maltraitances et escroqueries se multiplient sous couvert de tickets vers un ascenseur social.
Entre valeurs et usures, le foot se fraie un chemin dans les arcanes de la pensée, une fine percée mais qui contribuera peut-être à le rendre intelligible à tous.

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Smyrne : Le paradis perdu après une catastophe humanitaire / SAURAMPSPar Raphaël ROUILLÉ (libraire Sauramps) - BSCNEWS.FR / La ville anéantie : A travers un récit riche en couleurs, Giles Milton retrace la destruction de Smyrne en 1922 par la cavalerie turque, ville « infidèle » au destin tragique et tumultueux.
Avant 1922, Smyrne était une ville prospère et cosmopolite. Peuplée de Grecs, d’Arméniens, de Turcs et de Juifs elle représentait un cas unique dans le monde musulman. Ce « paradis perdu » a pourtant connu des violences inouïes.
Véritable catastrophe humaine, l’attaque des Turcs a enseveli des milliers de personnes sous les flammes. « On jetait des bombes et du pétrole. Les flammes finirent par lécher les quais où s’entassaient les pauvres gens qui attendaient leur tour d’être sauvés. Rien de ce qu’on pourra dire de l’horreur de ce soir là ne sera exagéré ! » raconte une survivante. Qualifiée d’ « infidèle » pour être majoritairement chrétienne, la cité de Smyrne se tournait depuis longtemps vers la Grèce et les eaux clémentes de la mer Egée.
Aux habitants chrétiens d’origine grecque ou arménienne venaient s’ajouter les Levantins, les Européens ou les Américains, alliés de la Grèce après la Première Guerre mondiale lors de l’invasion de la Turquie. Des représailles semblaient donc inévitables, mais Giles Milton montre bien l’imprudence de la politique internationale et insiste sur la catastrophe humanitaire terrible qui fut suivie d’une déportation massive, véritable nettoyage ethnique que le texte ne cesse de rappeler pour éviter l’oubli.

Le paradis perdu
Milton, Giles
Editions Noir sur blanc
(427 16 pages)
Paru le 15/04/2010
25.00 euros

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Par Raphaël ROUILLÉ ( Libraire Sauramps) - BSCNEWS.FR / Le greenwashing (ou écoblanchiment) est un procédé marketing qui « consiste à donner à une entreprise une image écolo, privilégiant un développement durable, alors qu’elle fabrique et/ou vend des produits polluants ».
Cette technique est née dés les années 1980, avec les premiers arguments publicitaires écologiques des fabricants de lessive. Les auteurs citent par exemple le cas de la lessive Le Chat et les dérivent de plus en plus constantes. Sous couvert d’une bonne conscience, la pratique du business des entrepreneurs est la même. Total, Monsanto, EDF, la grande distribution, les constructeurs automobiles : tous pratiques l’écoblanchiment afin de rassurer les consommateurs sur les produits tout en les dupant.
D’où cette impossibilité, estiment les auteurs, à faire cohabiter l’économie, demandant un retour rapide sur investissement, et l’action politique, ancrée sur le long terme. Véritable fléau, cette communication habile, dangereuse imposture antinomique, se pratique dans une hypocrisie générale.

Ecoblanchiment
Notebaert, Jean-François
Séjeau, Wilfrid
Editions Les petits matins
Essai 18 (184 pages)
Paru le 11/03/2010
18.00 euros


Un article proposé par Raphaël ROUILLÉ, libraire Sauramps en Cévennes.
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ce conte-randonnée issu des Mille et une nuits, captive le lecteurPar Jean-Marie DAVID-LEBRET (Sauramps) - Un boutiquier est émerveillé par un chanteur de rue, nain et bossu, au point de l’inviter à dîner pour qu’il se produise devant sa femme. Mais au cours du repas, le bouffon s’étouffe avec une arête de poisson. Effrayé à l’idée d’être accusé de meurtre, le marchand dépose le corps chez un médecin et s’enfuit.
S’ensuit alors une série d’aventures rocambolesques où chaque personnage, se croyant responsable de la mort du bossu, déposera le corps chez un autre villageois. Si tous se rejettent la faute, au moment du jugement, pris de scrupules, ils se déclareront tous coupables du crime.
Avec sa structure dynamique, répétitive et cumulative, ce conte-randonnée issu des Mille et une nuits, captive le lecteur. L’histoire est cocasse tout en distillant une tension dramatique que refl ètent bien les illustrations de Sébastien Mourrain. Une remise au goût du jour du légendaire récit arabe.

Le petit Bossu
de Sabine du Fay et de Sébastien Mourrain
Editions le Sorbier
Collection : Au Berceau du Monde
13,5 €

Un article proposé par Jean-Marie DAVID-LEBRET, libraire Sauramps Polymômes.
Article paru dans le PAGE DES LIBRAIRES du mois de mars. En partenariat avec Sauramps.com

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