Philo
Indignez-vous d'espérer
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- Publié le mercredi 16 mai 2012 06:34
Par Sophie Sendra - BSCNEWS.FR / Illustration: Arnaud Taeron/ Ce qui caractérise l'époque dans laquelle nous sommes, c'est l'indignation générale inspirée par Stéphane Hessel. Ce qui doit succéder à cette indignation c'est l'espoir comme générateur d'actions et de quête du bonheur. Quand on regarde les différentes définitions philosophiques concernant cette notion d'espoir on peut lire tour à tour « confiance dans l'avenir », « espérer, c'est considérer comme réalisable ce que nous désirons le plus intensément », c'est « la passion dans l'avenir ».
La Femme et la Féminité en bandoulières
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- Publié le jeudi 26 janvier 2012 09:52
Par Sophie Sendra - BSCNEWS.FR / Quand on met en avant le thème « La Femme et la Féminité », il est étrange de constater qu'il puisse exister une distinction entre ces deux termes. En tant que Femme, je ne me pose pas la question pour moi-même. J'ai les attributs sexuels d'une femme, un corps de femme. Quant à ma féminité, je ne me pose pas  non plus la question. Je suis moi avec mon attitude, mes gestes. Je ne m'observe pas pour savoir si je suis « féminine ». Pour que je puisse avoir l'idée de ce dont il s'agit, savoir ce qu'est cette féminité rapportée à mon être, il faut que je me compare à quelque chose d'autre, à quelqu'un, à une image de magazine, que je regarde la démarche des autres femmes, leurs attitudes, leurs gestuelles etc. C'est dans une comparaison que l'on peut faire une définition précise ou approximative de ce terme de « féminité ».
Le concept de « féminité »
Être une femme n'est pas conceptuel. C'est être, comme le disent les anglais, « femelle » c'est-à -dire du genre féminin (au-delà des considérations extérieures telles que la place de la femme dans la société, l'histoire de la femme au sens de Simone de Beauvoir).
Ce qui semble plus difficile à déterminer c'est le terme de « féminité ». Étrange, de ne pas savoir réellement ce que c'est, en ce siècle soi-disant si « féminin ».
Mais si on se pose cette question c'est que le concept n'est pas clair.
Pour reprendre l'exemple donné précédemment, il semble qu'il est indispensable de se référer à autre chose que soi pour savoir si on est « féminine » ou non. Ces « autres choses » peuvent être d'autres femmes, mais aussi des images culturelles ou cultuelles, des stéréotypes, des archétypes.
Si je me compare, alors je dois me trouver ni trop, ni trop peu. Dans une moyenne. Mais alors qu'est-ce qu'une « féminité moyenne » ? Y-a-t-il une « masculinité moyenne » ? Une « virilité moyenne » ?
Étrange que l'on se pose encore la question de savoir ce qu'est la féminité. Peut-être parce qu'on confond féminité et attirance sexuelle (au travers d'images, de clips vidéo etc.).
Le concept de « féminité » se trouve sans doute dans une attitude particulière : des habits particuliers, des attributs visibles ou suffisamment mis en valeur, un intérêt pour la mode etc. Suis-je dans « une » féminité particulièrement affirmée lorsque je me balade le sac à main dans le creux de mon avant-bras, main relevée, portable bien en évidence ? Je ne sais pas, j'ai un sac en bandoulière quand je n'ai pas mon sac à dos ! Ma féminité tiendrait à ce détail, à cette attitude ? Impossible que cela soit le contenu de ce concept tout de même !
Le retour des archétypes
Il semble que cette question de la « féminité » prend de plus en plus de place dans la tête des femmes et des hommes de notre époque. L'aspect esthétique comme révélateur de la féminité tient une place de plus en plus importante : de jeunes femmes, voire des jeunes filles, tiennent à s'offrir (ou à se faire offrir en cadeau d'anniversaire) des implants mammaires qui leur rendront une féminité qu'elles considèrent comme n'étant pas suffisante à satisfaire l'image de ce qu'est une « Vraie » femme. Y-a-t-il alors de « fausses femmes » ? Ou des « moitiés de femmes » ?
Certes non. Il existe surtout un contenu conceptuel, créé ou hérité, réel ou sublimé, de ce qu'est la féminité (comme il existe un contenu conceptuel, créé ou hérité, réel ou sublimé, de ce qu'est la masculinité ou la virilité).
Il y a un certain retour en arrière esthétique, un retour aux canons de la beauté antique. Les habits doivent être révélateurs du corps qu'ils cachent. Il faut « afficher » qu'on est une femme et pas autre chose, ne pas être confondu. On doit avoir des formes révélatrices de notre corps sexuel, une poitrine qui se voit (si possible de loin!). De dos, de face et de profil, il faut (impératif catégorique) être Féminine.
La mode n'étant que la multiplication de retours en arrière présentés comme des nouveautés, cela finira peut-être par ne plus être aussi dictatorial dans le futur, mais pour l'instant c'est ainsi.
Dans cette question, il manque un élément. Et l'Homme dans tout ça ?
Et bien on lui demande, à lui aussi, de montrer sa « part féminine », de montrer son « côté féminin » et de ne pas en avoir honte.
Dans la tombe de Schopenhauer
Ce philosophe méconnu du grand public est allemand et fut un grand adversaire de Hegel au XIXème siècle. Schopenhauer, auteur du Monde comme volonté et comme représentation a écrit de superbes pages sur les arts, sur la musique, qui à mon sens, sont révélatrices d'un homme passionné. Mais il faisait également preuve d'une misogynie sans borne (que la psychanalyse interprèterait sans doute aujourd'hui comme le résultat d'une grande frustration, castration ou grande peur de la femme tout simplement). C'est à Schopenhauer que l'on doit « Cheveux longs, idées courtes ». La féminité qui se signale, dans toutes les cultures et civilisations, par la longueur des cheveux, est ici montrée comme le signe de l'absence de réflexion. A l'époque des années 70, Schopenhauer s'est sans doute retourné dans sa tombe en constatant que les hommes se laissaient pousser les cheveux et qu'il y eu même la mode des cheveux « à la garçonne » pour les femmes dans les années 20 et que celle-ci revient régulièrement.
Alors qu'aurait-il dit de cette « féminité » que l'on incite à « révéler » chez les Hommes, les « Vrais » (comme s'il y avait de « faux hommes » ? !).
Cette « part de féminité » qui doit s'exprimer chez les hommes serait tout à la fois « communication », « dialogue », « écoute », mais également le fait de « prendre soin de lui », d'oser la mise en valeur de la « netteté de la peau », d'une présentation soignée, et au-delà , l'acceptation d'une paternité assumée presque « maternante » etc. La féminité chez l'homme serait cet équilibre entre un état d'esprit plus ouvert, plus apte à montrer ses émotions et une attitude physique de mise en avant de soi, de sa plastique, de son esthétique. D'une forme d'harmonie entre le corps et l'esprit, comme cela était le cas dans l'antiquité. Les « idées » de Schopenhauer sur la femme et sa capacité à réfléchir sont loin.
La féminité serait donc un équilibre harmonieux dont devraient s'inspirer les hommes?
Je ne suis pas certaine que cela doive s'exprimer en ces termes, mais cela s'en rapproche sans doute un peu. Cela veut-il dire que la femme doit être un « modèle » dont les hommes doivent s'inspirer ? Je ne suis pas sûre que cela soit la question.
La féminité c'est quand on est en accord avec soi-même sans avoir peur de soi ; la masculinité doit suivre le même principe. Les archétypes doivent évolués avec le temps et ne doivent pas servir de modèles car ils peuvent dérouter, faire perdre la mesure de ce qui est. Ils ne sont que l'origine d'une pensée mouvante, progressive qui doit tendre à s'améliorer. La féminité ne doit pas être un critère issu de modèles anciens et dépassés. Elle doit sans doute être synonyme de « femme » tout simplement.
S'il fallait conclure
Être une femme serait se situer en fonction d'éléments extérieurs qui sont censés déterminer votre degré de « féminité ». L'erreur est de se soumettre à ces critères créés de toutes pièces, imposés, martelés par l'éducation, les commentaires, les modes et les images.
Être « femme dans sa féminité » c'est se détacher du regard de l'autre.
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Un siècle de Polémiques
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- Publié le dimanche 13 novembre 2011 07:55
Par Sophie Sendra - BSCNEWS.FR / Quelle est la relation entre Dieu, l'écologie et la politique ? A priori, certains pourraient y voir plus qu'une relation, mais des relations d'interconnexions ; d'autres rien, mis à part une succession de croyances telles que croire en Dieu, croire en l'écologie, croire (encore ou pas) en la politique. En cette rentrée littéraire qui produit à la fois des livres, des auteurs et des polémiques, il en est quelques unes qui ne manqueront pas de surprendre.
Mensonges et immédiateté
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- Publié le mardi 4 octobre 2011 08:44
Par Sophie Sendra - BSCNEWS.FR / Le rire est censé être le propre de l'homme. Il fait la différence entre ce dernier et l'animal. Mais savons-nous si les animaux font des blagues ou conceptualisent l'idée de l'humour ? Bergson tentait déjà de comprendre le comique dans son ouvrage Le Rire au début du XXe siècle. Son impact sur la société, ce qui le déclenche etc. Sorte de punition infligée à ceux que nous considérons comme étrangers à nos règles, nos normes culturelles ou cultuelles, le rire est alors la représentation d'une réaction « contre » l'autre. On pourrait considérer le rire non pas comme « risible », mais comme intentionnellement « punitif ». Est-ce cela notre « humanité », cette capacité à « punir » par le rire ?
La grande question est de savoir si c'est réellement le rire qui nous détermine comme différent de l'animal. Cette question reste encore ouverte même s'il est possible de conclure que la capacité à formuler des concepts n'est pas prouvée chez l'animal.
Alors y a-t-il quelque chose qui détermine - autrement que par le rire - l'humanité du XXIe siècle ?
Mensonges
Mis à part une preuve contraire, l'animal ne ment pas. Tout en réaction, il ne calcule pas ses actions. Il peut faire preuve de tactique, de stratégie pour un but essentiel (manger, se défendre etc.), mais il ne ment pas au sens de la définition du mot « mensonge ». Ce dernier vient du latin « mentiri », de « mens » c'est-à -dire « intelligence ». L'animal fait preuve d'une intelligence, d'une capacité d'adaptation, mais le sens de « mens » n'est pas ici celui auquel nous nous attendons.
Le mensonge est la capacité de dénaturer ou de cacher une vérité à son profit, dans un but précis. Il s'agit de reconstruire une réalité de façon intentionnelle : on ne se trompe pas, on trompe l'autre (sauf dans le cas d'un « mensonge à soi », notion de « mauvaise foi » développée par Sartre).
Le mensonge est la faute morale la plus haute selon Kant. Cette idée développée au XVIIIème siècle dans Sur un prétendu droit de mentir par humanité (GF Flammarion) est quasiment visionnaire. Le titre reflète l'état dans lequel se trouve notre société.
Les animaux peuvent-ils mentir ? Non.
Le rire n'est pas le propre de l'homme c'est le mensonge.
Immédiateté
Si nous reprenions l'image célèbre de l'arbre de Descartes (concernant la philosophie et la connaissance développée dans ses Principes de la Philosophie), nous pourrions sans doute dire que les racines du mensonge sont la rhétorique, le tronc la manipulation, et les branches la communication, la politique, le profit, l'apparence et enfin l'immédiateté.
Par souci de convaincre, dirait Platon, nous nous détournons de la vérité et de ce que nous affirmons. C'est cela mentir.
Il faut être là , convaincre à tous prix, mentir pour être là avant et devant tout le monde.
Paradoxalement, l'immédiateté est censée être dépourvue de manipulation puisqu'elle est directe et sans médiation, elle est brute et brutale.
La philosophie étant ce qu'elle est c'est-à -dire une prise de recul, une réflexion, elle ne peut se soumettre à l'immédiateté. Elle doit, et c'est un impératif catégorique, être « mens », intelligence.
Force est de constater que sur certains sujets, seules les « branches » du mensonge importent: les réactions intempestives et dénuées d'intelligence sur le programme scolaire de SVT et sur la « théorie du genre ». Rhétoriques électoralistes faites d'ignorances sur le sujet. Petites phrases exprimant l'idée selon laquelle il faudrait éliminer de la science les théories, la philosophie et ne faire place qu'à la vérité scientifique : exit donc Darwin, Einstein, Pythagore, Thalès, Bachelard et bien d'autres. Exit la théorie de l'évolution, de la relativité. Si la science ne devait retenir que les vérités, nous ne pourrions pas enseigner grand-chose. La théorie est la base même de toute la Science et de toutes les sciences, Monsieur Copé a certainement oublié.
Le public ne pourrait retenir de ces réactions immédiates que les manifestations mensongères (au sens platonicien) de ces politiques en mal de thèmes racoleurs. Espérons que cela ne soit pas.
Reconstructions imaginaires
Le mensonge étant une reconstruction de la réalité, il est possible de constater qu'en ce moment nous sommes servis.
Reconstruction d'une réalité médicamenteuse et pharmaceutique avec les laboratoires Servier, petites phrases politiques en vue des présidentielles Françaises, message clair et distinct du Tea Party aux États-Unis, celui de faire croire que Jésus leur parle et leur dicte de se présenter aux présidentielles, plan « com », sur plan « com », l'affaire DSK, un « non-lieu de poursuivre » contre une « innocence ».
Les reconstructions ne sont imaginaires que pour ceux qui en sont les inventeurs, elles deviennent réelles pour ceux qui ne sont pas vigilants à cette rhétorique mensongère.
S'il fallait conclure
Il est possible de dire que le propre de l'homme n'est pas le rire, mais le mensonge. Ce trait de notre caractère fait de notre civilisation un paradoxe en marche : d'un côté une volonté de tout savoir immédiatement et que rien ne soit caché et de l'autre un champ inépuisable de candidats pour les « boîtes de communication », les « porte-parole », les « spin doctors » et autres rhéteurs spécialistes en manipulations. Contrairement à d'autres, je ne crois pas à la « théorie du complot » miroir d'une paranoïa latente chez certains. En revanche, ce que nous pouvons dire c'est que le mensonge en est la source.
La seule reconstruction de la réalité qui soit admissible est celle de la littérature.
A tous, bonne rentrée littéraire.
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