Par Emmanuelle De Boysson - BSCNEWS.FR / Les femmes se serrent les coudes. Rien de plus normal ! Quelques grincheux, nostalgiques des machos d’arrière-saison, les accusent de trop occuper le devant de la scène. Plus encore, elles seraient responsables de la féminisation du monde et du ramollissement des esprits - jadis virils. Fatiguées d’être des boucs émissaires, des coupables désignées, elles se protègent en se regroupant. Au XVII ième siècle, les précieuses tenaient salon dans l’espoir de changer les rustres, amateurs de pallardises, en amis délicats. Dans les ruelles et alcôves, elles exaltaient les vertus de la conversation, de la galanterie, du Tendre, de la confiance réciproque. Ces précieuses peu ridicules, libres et pionnières, sont les héroïnes de mon prochain roman, Le salon d’Emilie. Oui, les femmes donnent l’exemple, osent se soutenir, rebondir, défendre leurs intérêts. Mes amies du Prix de La Closerie des Lilas sont en ce sens les dignes héritières des amazones de la Fronde. Elles partagent leurs passions, débattent, préservent leur indépendance, révèlent des talents, sans jalousie, gratuitement.
Partout fleurissent des initiatives qui engagent à ne pas démissionner et à se donner les moyens d’aller au bout de ses rêves. En ce printemps 2011, laissez couler en vous une sève nouvelle, bouillonnante et dynamique. Favorisez la contagion, comme le pollen qui sème à tous vents. Inscrivez-vous dans des forums féminins sur internet. Partagez vos coups de cœur avec vos amies, vos lectures, vos hobbies. Inventez des clubs de randonnée, de razzia des musées, de tricoteuses, de brodeuses, comme il s’en trouve dans le Nord de la France ou en Alsace. Rejoignez les associations d’amatrices de jardins, de photos, de cuisine, de ciné, de déco, de yoga, de tai-chi, de massage, d’aromathérapie… Mettez vos albums de photos de vacances en ligne, passionnez-vous pour la généalogie. Organisez des voyages inédits, éco responsables. Battez-vous pour le commerce équitable, pour le respect de l’environnement. Avez-vous remarqué le nombre de femmes qui s’en préoccupe de Nathalie Kosciusko-Moriset à Cécile Duflot ? Créez des structures d’accueil pour enfants dans les entreprises. Soyez à l’origine d’une chorale. Les Français aiment de plus en plus chanter ensemble. Réinventez des salons nouvelle formule qui dépasseront le thé de nos grands-mères et seraient ceux de la libre parole : les femmes osent tout dire, justement ce que les ronchons leur reprochent.
Le printemps des femmes est celui de l’amitié. Pas celui du papotage, mais des échanges constructifs. Pas celui de la rivalité ou des règlements de compte, mais de l’ouverture et de la volonté de rendre le monde plus moelleux, comme un bel oreiller qui sent la Provence. Arrachons de nos esprits ces mauvaises herbes cultivées par les défaitistes, les revanchards, pour ne privilégier que les fleurs sauvages qui poussent, l’une à l’ombre de l’autre, l’une grâce à l’autre. L’avantage des femmes, c’est qu’elles ont toujours des idées !

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Par Emmanuelle de Boysson - BSCNEWS.FR / La période des fêtes regorge d’obligations, de contraintes en tout genre : achats de cadeaux, déco, cuisine, repas bourratifs en famille… Cette succession de réjouissances ressemble souvent plus à des corvées qu’à des plaisirs. A la nostalgie des réveillons d’antan se mêle l’angoisse du temps qui passe. A la joie de se retrouver, l’appréhension de décevoir, de ne pas être à la hauteur de l’attente du cadeau qui plaît, du dîner presque parfait. Nous qui avons été élevées dans l’idée qu’il faut faire plaisir, comment résister aux diktats de fin d’année : consommez, festoyez, deux fois plutôt qu’une ?
Voici 9 conseils pour passer le cap sans se retrouver avec « un petit ventre rond », être contrainte de se serrer la ceinture, déçue, agacée, tendue.
Résister : Si vous êtes tendance fashion victim, remettez à plus tard un achat coup de folie. Attention aux caddies bourrés de ces jolies décorations dénichées dans des bacs. Aux marques, préférez les vêtements dégriffés, vintage ou sur e.bay. Les produits de beauté du supermarché, les gâteaux fait maison, les cadeaux à mini prix.
Déléguer : Au lieu de tout faire vous-même, n’hésitez pas à mettre vos proches à contribution : chacun apporte un plat, une boisson. Reconnaissance assurée.
Prendre son temps : Déballer les paquets chacun à son tour : c’est long, mais quel suspens ! Rester à table, discuter, attendre le dessert : faites durer le plaisir.
Se protéger : Evitez de dévoiler votre vie privée à « l’amie qui vous veut du bien » ou à votre belle famille. Intéressez vous à vos invités : ils n’attendent que cela ! En cas d’agression, dites-vous que les violents sont des faibles et tournez les talons. Passez sur les agacements, reproches, vantardise et autre tue- l’ambiance.
Grignoter : Personne ne vous oblige à finir votre assiette où gît une tranche de foie gras ou du boudin blanc. Optez pour coquillages ou crustacés, fruits et légumes, plutôt que dinde aux marrons et bûche à la crème.
S’amuser : Dansez, buvez, blaguez, draguez si cela vous chante. Attention à la cuite et au mari jaloux ! Si vous préférez un tête à tête, à vous de jouer les séductrices… C’est vous qui savez !
Rester calme : Avant, pendant, après, ne vous stressez pas. Demain est un jour férié. Libre et légère, naturelle et avenante, vous rayonnerez.
Choisir : Allez vers ceux qui vous apaisent, vous font rire. Evitez Prof, Grincheux, Simplet, Atchoum… Préférez les vieilles dames indignes, les jeunes filles en fleur, les cousins punk.
Jouir de l’instant : Une maîtresse de maison se doit de profiter de sa soirée, quitte à laisser la vaisselle dans l’évier, verres sales, cendriers pleins, une tache de vin sur la nappe de grand-mère. Votre délicatesse, votre bonne humeur les feront oublier.
Se féliciter : Si vos convives oublient de vous remercier, réjouissez-vous : ils vous envient ! Vous les avez épatés, ils repartent heureux et rassasiés. Et vous, soulagée, décontractée.
Très belles fêtes !
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Par Emmanuelle de Boysson - BSCNEWS.FR / Un des derniers livres que j’ai lu sur George Sand est celui de Pierre Canavaggio « George Sand et Alfred de Musset, les amants impossibles» (éd. Alphée). Avec brio et sans complaisance, Canavaggio retrace cette liaison torride qui commence en 1831 alors que George Sand commence à Paris une carrière de romancière retentissante et hors normes et que le poète de vingt ans fréquente les salons. Le jour où celui-ci la congédiera, elle tombera malade d’amour. Elle ira même jusqu’à se couper les cheveux et les apporter à Musset dans un crâne de squelette ! Dix-sept ans plus tard, en décembre 1848, Georges Sand est devenue une célébrité au faite de sa gloire. Pourtant, elle traverse une période de désenchantement politique auquel se mêlent des chagrins personnels : la mort récente de son demi-frère, de Marie Dorval, de Frédéric Chopin, la brouille avec Solange, sa fille. Cette bonne vivante engagée ne se laisse pas séduire par la mélancolie. Ce Noël-là, son fils Maurice invite à Nohant un de ses amis, un graveur inconnu, Alexandre Manceau. Il a trente-deux ans, elle a quarante-cinq ans : ils ne se quitteront plus. Maurice l’aidera à surmonter la mort de sa petite fille. Il partagera sa vie quotidienne, la soutiendra, dévoué, amant et aimant, jusqu’à ce que la mort les sépare. A travers ce dernier amour, Evelyne Bloch-Dano fait revivre le monde littéraire sous Napoléon III, l’amitié de Sand avec les plus grands artistes, comme Flaubert avec qui elle entretint une correspondance passionnante, les engagements de George pour l’amnistie des prisonniers politiques… Le fabuleux portait d’une scandaleuse, grande amoureuse, fidèle en amitié, généreuse, devenue, sur le tard, la bonne dame de Nohant.
« Le dernier amour de Georges Sand », d’Evelyne Bloch -Dano, éd Grasset / Crédits Photos : Evelyne Boch-Dano ( Philippe Matsas/Opale/ Editions Grasset)
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Par Emmanuelle de Boysson - BSCNEWS.FR / Dans le numéro d’été de BSC NEWS, j’avais chroniqué, avant sa publication, le roman d’Anthony Palou, « Fruits et légumes » (Albin Michel). Ce petit livre sans un gramme de gras sur le déclin d’une dynastie fruitière est devenu, en quelques semaines, un des événements littéraires de la rentrée. Les libraires le plébiscitent, la presse fait l’éloge de ces « souvenirs en miettes » d’une enfance entre l’Espagne sous Franco et la Bretagne des seventies, bouquet garni tendre, aromatique et coloré.
Comme dans les romans de Faulkner, Anthony Palou ressuscite toute une époque sur une tête d’épingle : Puerto de Soller, dans les Baléares, avant le tsunami du tourisme, avec ses ânes, ses Vespas, ses Seat 500, ses chats squelettiques et les halles de Quimper, avant la déferlante des hypermarchés, avec ses grandes gueules, ses demi-grossistes, ses fruitiers, ses maraîchers, ses vieilles débarquant à la fin du marché en quête de quelques fanes « pour le brouet du soir ». Ici point de nostalgie mais une bonne dose de dérision : « Ma grand-mère fut, peut-être une des causes du succès des supermarchés où le client n’avait plus affaire à une commerçante désagréable ».
Ce styliste ultra sensible sait que « les souvenirs ont toujours quelque chose de complaisant et de répugnant : comme si on léchait la poussière ». Il croque, avec cette légèreté si rare aujourd’hui, les petites gens qu’il affectionne : le père Marcel Le Corre, un mareyeur du Guilvinec qui « hurlait dans sa moustache rousse contre les taxes de la CEE, le prix de la sole, celui du thon rouge… », René la Cloche et sa jambe de bois ou Roger, le soupeur, un ancien d’Indochine. Comme chez tout bon romancier, le narrateur et l’auteur se confondent. Palou transcende la réalité, force le trait. Avec une cruauté élégante et nonchalante, il n’épargne ni ses personnages ni son ego. Construit en une galerie de tableaux, « Fruits et légumes » se boit d’une traite comme une bière fraîche pour se soigner du soleil espagnol et se déguste comme une histoire racontée à son meilleur ami, au fil d’impressions, d’anecdotes qui sont autant de contes grinçants, comiques, poétiques ou poignants. A la fin de chacun des petits drames, Palou se rit, glisse « comme le bruit d’un cageot qu’on écrase d’un coup de pied sec ». Même les huissiers ont « un certain côté poétique ».
Sofinco, « le teckel irascible – douze ans et pour sobriquet le nom d’un organisme de crédit - » que le narrateur heurte avec la 2 CV de son père, comme le taureau de cinq cent kilos qui rechigne à entrer dans l’arène deviennent des métaphores annonciatrices de la faillite familiale et de la fin du commerce de proximité sacrifié sur l’hôtel du profit.
Un livre qui ne ressemble à aucun autre et qui se grave étonnement dans la mémoire, à l’inverse de tant d’autres.
Fruits et légumes, d’Anthony Palou, (éd. Albin Michel).
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