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From Montréal

3 premiers romans et 3 uppercuts littéraires venus du Québec

Par Aline Apostolska ( correspondante du BSCNEWS à Montréal) - BSCNEWS.FR / À cause de la culture « vieille France», et certainement grâce à elle, je n’aime pas, ou plus, les romans compassés, repassés, lyophilisés comme des soupes en sachet. Ils se succèdent pourtant, trop souvent, comme des clones à la langue, au rythme, aux thèmes, aux idées comparables sinon identiques, convenues, lassantes pour tout dire. Il y a tellement de choses intéressantes à faire, beaucoup plus que de se coller dans un coin à lire un livre alors si celui-ci ne vous emporte pas, s’il ne permet de vivre une expérience humaine singulière qu’aucune autre activité, aucun autre médium, ne peut vous garantir, alors à quoi bon ?

Ce mois-ci j’ai découvert trois romans québécois qui m’ont littéralement soufflée. Trois invitations à plonger profond dans des univers qui me sont et me demeureront étrangers, et que je ne souhaite pas vivre, au moins pour deux d’entre eux. Dans les deux premiers la magie est d’abord et avant tout dans la forme littéraire, choisie adéquatement pour véhiculer le fond par la forme, et on revient là à qui est déjà bine connu : l’écriture, la création, c’est répondre à la question comment – comment transmettre au mieux ce que j’ai à transmettre – et non à la question quoi.

Car les « sujets », les « idées », c’est pas ce qui manque, au contraire c’est même ce qui bloque. Trouver la forme juste, le transport adapté, demande du boulot, tout le boulot parfois et c’est ce que j’ai admiré avant tout, outre les thèmes traités eux-mêmes puissants, voire perturbants, d’une obscurité hypnotique, dans ces deux premiers titres. Le troisième, quant à lui, m’a littéralement emportée, à cent kilomètres/heure à bord d’un quarante tonnes à dix-huit roues d’une autoroute à l’autre de l’Amérique du nord. Vous n’en rêvez pas peut-être, mais moi si ! Surtout que le camionneur est une camionneuse, menue, mignonne, blonde et souriante, et grande raconteuse devant l’éternité des grands espaces américains. Car, oui, j’oubliais : par pur hasard, car je ne crois pas du tout à l’écriture « masculine » ou « féminine », ce sont ici trois écrivaines dont c’est le premier roman.

Je voudrais qu’on m’efface - Anaïs Barbeau-Lavalette (Éditions Hurtubise, coll. AmericA, 2010, 184 p.)


Anaïs Barbeau-Lavalette est cinéaste et son roman est d’emblée cinématograhique, avec une écriture forte, dépouillée qui surtout, incarne les personnages comme s’ils franchissaient le seuil de votre porte et s’incarnaient devant. En l’occurrence, elle parvient plutôt à faire incarner le lecteur en enfant de douze ans dans le tumulte invivable d’une vie révoltante, inique, qu’on aimerait pouvoir effacer, biffer d’un trait de crayon, pour la récrire. Dans un quartier défavorisé de Montréal, entre des parents fracassés par la vie et qui s’y fracassent fatalement encore plus, emportant leurs enfants avec eux. Des vies comme ça on en connaît, croît-on, y’en a plein les statistiques, plein les écrans de télé, plein les rubriques de faits-divers, ceux-là mêmes que l’on regrette mais qui malgré tout fascinent. Violent, c’est peu dire, bouleversant, absolument, on voudrait sauver ces enfants plus lucides encore que la lumière crue qui est ainsi jetée sur eux par l’auteur.

En 2007, Anaïs Barbeau-Lavalette avait fait un film, excellent, Le Ring, qui racontait l’histoire du petit Jessy face aux uppercuts d’une vie à laquelle il rendait pièce pour pièce et dent pour dent. C’est suite à ce film qu’elle a voulu poursuivre dans la peinture engagée de ce milieu du quartier d’Hochelaga-Maisonneuve, dans le sud-est de l’île, qui sonne comme un 9-3 à l’oreille des Montréalais. Trois enfants de douze ans sont les héros de son roman. Pré-ados trop proches témoins de la violence pour en sortir indemnes. Roxanne subit les railleries à l'école, rejetée car on la croit folle, pendant que chez elle, c'est le champ de bataille, ses parents se tapent dessus soir après soir, ne peuvent vivre que saouls ou gelés, en tout cas jamais en osant regarder leur vie en face. Roxanne pourtant aimée de sa maman, mais l’amour ne sauve pas, n’autorise pas, surtout, en son nom mal défini à imposer l’enfer à l’autre, fût-ce la chair de sa chair, fusion-confusion mortifère. Mélissa s'occupe seule de ses deux petits frères depuis que sa mère, prostituée, junkie, n'a plus le droit de l'approcher à plus de cinquante mètres, et que son beau-père a claqué la porte sans prévenir personne, sans laisser d’argent et sans prévenir la Protection de la jeunesse qui ne dépêcherait de venir placer les enfants ce que Mélissa veut éviter à tout prix, au prix surtout de la mort définitive de son enfance. Kevin, à peine dix ans, vit seul avec son père, mécanicien et lutteur à ses heures, pour qui tout dérape, mais Kevin n’a pas d’autre choix que de croire, vouloir le faire, qu’il gagnera un combat, leur vie entière reposant sur les paris faits sur cette victoire.

Ces trois existences brisées sont rendues dans une langue crue, celle de la rue, un québécois déroutant et âpre mais authentique, qui montre tout comme au microscope sans jamais verser dans le misérabilisme ou le pathos. Une langue chirurgicale comme une caméra vidéo sans aucun atour, braquée en plan fixe. C’est là l’exploit littéraire de l’écrivaine. Si elle s’était laissée aller, par mégarde, par fatigue, à la moindre sensiblerie, au moindre commentaire émotif ou faussement empathique, tout s’écroulerait. On cherche la faille sans la trouver, c’est sans merci. Grand succès critique et public, le roman est finaliste du Prix des libraires 2011 qui sera remis le 9 mai.

La dévorante – Lynda Dion (Éditions du Septentrion, coll. Hamac, 2011, 230 p.)

Autre roman dont on a beaucoup parlé en bien et qui a finit par se retrouver sur ma malle de voyage de chevet. Le soir où je l’ai ouvert je l’ai gardé près de moi, luttant contre le sommeil finalement remplacé par le magnétisme qui se déployait progressivement au contact de ses pages, jusqu’à ce que je l’aie fini. Il n’est retourné sur la malle qu’une fois dévoré. En lambeaux. Comme si la déesse égyptienne Ammout, dévoratrice de cœurs et des morts, était passée par là après s’être penchée sur l’autopsie in vivo d’un féminin confronté à ses abysses, inévitables autant qu’inconfortables.

Professeure de français dans les Cantons-de-l’Est, magnifique région verdoyante qui s’étend au sud de Montréal et qui fait frontière avec les États-Unis, Lynda Dion a créé le concours littéraire annuel Sors de la bulle ! qui invite les jeunes lycéens à publier une première œuvre. Ce roman est la sienne et elle la dédie à la mémoire de Rainer Maria Rilke dont elle se revendique l’adepte. Avec une maîtrise telle qu’on se demande pourquoi elle n’avait pas publié avant.

j'ai la peau des mains qui fripe qui s'amincit le dedans des cuisses tendre comme du boeuf haché le dos qui coince quand je garde trop longtemps la même position je lis je réfléchis j'écris je médite devant la tête des arbres je ne bouge pas assez j'habite un corps de sédentaire qui n'a pas baisé depuis belle lurette ce qui me semble est pire encore

Depuis la mort de sa mère et le départ de sa fille, la narratrice gît dans sa vie, plus seule que jamais, affamée, assoiffée, terrifiée par son corps et ses exigences, terrorisée aussi d’être dévorée par lui, désertée comme trahie autant par celui qui partage son quotidien que par ceux qui la courtisent sur internet et personne, sinon soi-même peut-être, pour alléger ce cœur qui fait exploser la balance.

Écrire sans points ni virgules n’est pas nouveau ( n’est-ce pas chers Albert [Cohen] ou Marie-Claire [Blais] … ) mais toujours cette forme choisie crée la continuité sans issue et sans respir, l’étouffement, l’oppression. Choix judicieux dans ce roman que l’auteur livre par paragraphes, par mottes, par pavés, jetés les uns après les autres pour bien atteindre leur but : tendre un miroir impudique, ni grossi ni enjolivé, sur le rapport au corps qui prend de l’âge, l’exil intérieur, au féminin comme énigme. Un thème qui serait lourdingue sans l’écriture de Lynda Dion tout à la fois fluide, tranchante et viscérale.

Je vous écris de mon camion – Sandra Doyon ( Éditions Goélette, 2011, 220 p.)

Après les pérégrinations intimes et sociologiques, l’aventure géographique, comme allégorie du nomadisme et de la liberté de se mouvoir et de penser, l’esprit se meut en se mouvant disait Jean-Jacques Rousseau… Un vrai de vrai road trip, que dis-je, un road dream, un petit bijou qui m’a fait interpellée dès que j’ai vu et entendu Sandra Doyon en parler sur son blogue parlant, des dizaines de clips filmés durant ses voyages, et que j’ai su que son livre sortait en librairie. Un livre qui, alors là c’est certain, ne pourrait en aucun cas exister ailleurs qu’en Amérique du nord. Live sur camionneuse.blogspot.com je vous recommande d’aller la voir, mais je vous recommande aussi de lire son livre, simplement écrit mais qui fait défiler les paysages et les réflexions aussi sûrement qu’elle-même les voit défiler du Canada et surtout des Etats-Unis du nord au sud et d’est en ouest, de Pacifique à Atlantique, de Rocheuses aux Grands Lacs et au fermiers du Texas aux valdoriens des forêts boréales du nord québécois au faux gazon toujours vert de Las Vegas. De bottes d’hiver au départ à ballerines pieds nus à l’arrivée, de nuit aux aurores [ qu’elle préfère et décrit avec une vraie poésie ] de cargaisons en cargaisons, d’obus pour l’armée en cassolettes de fraises, de pièces d’automobile en pneus, de pots de miel en produits explosifs et nocifs, que sont tous ces fardeaux que nous demandons à d’autres de véhiculer à notre place ?

Pas folle la petite guêpe amoureuse du vrai, des rencontres inattendues et de la route. La route, comme Saint-Exupéry qu’elle adore et cite tout le temps à Kerouac évidemment, a must of course. 3 millions de kilomètres en dix ans, 75 fois le tour de la terre, en solo ou avec un co-pilote parfois, elle écrit de son bureau, son camion et c’est le livre le plus iconoclaste que j’ai lu depuis longtemps. On nous barbe sans arrêt, surtout en France en fait, avec le road-movie, road-novel et autres american dreams, des poncifs dont les auteurs atteignent rarement la démesure de la nature et de la réalité. Eh ben, en voilà un de réussi, c’est rafraîchissant, et tentant avec ça !

Bonne route alors, et bonnes lectures ! Au mois prochain.

Montréal : la rentrée littéraire 2010

Par Aline Apostolska - BSCNEWS.FR / Comme chaque année, c’est la saison des ouragans, des orages, du début de l’été indien et, bien sûr, celle de l’envolée des bonnes feuilles, celles écrites par les écrivains et qui sont enfin offertes. Traditionnellement, au lendemain de la Fête du Travail (attention, il s’agit du Labour’s Day et non du 1er mai de chez nous !) qui tombe toujours le premier lundi de septembre, donc cette année le 6 septembre, les étudiants rejoignent leurs classes et les éditeurs débutent le ballet des lancements et autres cocktails de retrouvailles et de convivialité.Grosse rentrée littéraire cette année à Montréal. De plus en plus d’éditeurs, donc de plus en plus de livres, plus de diversité et de noms de jeunes auteurs qui circulent. Malgré une crise qui s’est fait sentir et a souvent obligé la plupart des éditeurs à réduire leur volume de production, parfois jusqu’à 35 à 40 % (!), la saison se veut optimiste. L’équation est simple : retours attendus de valeurs sûres + juste portion de jeunes auteurs typés et atypiques, plusieurs pertinents essais ( au Canada, il se publie presque 4 fois plus d’essais du côté anglophone que francophone, la situation étant proportionnellement inverse en matière de littérature jeunesse… hum, ouais, ça mériterait un papier plus approfondi… ) + des traductions de best-sellers avec en cerise sur le gâteau, une flambée de premiers romans très prometteurs (et dont je me demande si ce n’est pas ce que l’on attend le plus…)

Les valeurs sûres : Vedette incontestable et incontestée, bien connue en France aussi où sa trilogie est publiée chez Anne Carrière, Marie Laberge publie Revenir de loin chez Boréal. Le roman raconte l'histoire d'une femme amnésique qui noue une relation avec un jeune voyou. Toujours chez Boréal, on retrouvera Louis Hamelin et La constellation du lynx, « volumineuse fresque sur la crise d'octobre (NB : 1970) », Un dé en bois de chêne recueil de nouvelles de Suzanne Jacob (publiée au Seuil depuis longtemps), Espèces, de la sino-montréalaise Ying Chen, finaliste du Fémina en 95 et anciennement publiée chez Actes Sud, et Tiroir No 24, de Michael Delisle, ces deux auteurs ayant migré, l’une depuis longtemps et l’autre récemment, de Leméac chez Boréal.
Chez Québec Amérique, le bel et sensible auteur Jean-François Beauchemin revient (il écrit plus de deux romans par an alors leur publication suit lentement la production ce qui, avouons-le, est assez rare… ) avec Le temps qui m'est donné récit sur la vie de six enfants baignant dans une atmosphère intellectuelle.
Victor-Lévy Beaulieu, monument de la littérature québécoise (en même temps que du militantisme pour l’indépendance du Québec, ce qui, souvent, allait de pair jusqu’à récemment) et éditeur de sa maison d’édition Trois-Pistoles (du nom du village du bas du fleuve Saint-Laurent qu’il habite et a rendu célèbre), publie son «autoroman» Bibi chez Grasset en même temps qu’il lance au Québec Ma vie avec ces animaux qui guérissent, un étonnant récit sur le rapport qu'il entretient depuis l'enfance avec sa ménagerie. De toutes façons, VLB (comme on l’appelle) constitue une espèce en soi et à part.
N’oublions pas chez Leméac, Michel Tremblay, bien connu du lectorat français grâce à une co-édition d’Actes Sud, qui publie Le passage obligé, la suite de sa série des Traversées et point final de la diaspora des Desrosiers. Il finit par le début, l’enfance de sa mère devenue d’une œuvre à l’autre depuis plus de cinquante ans, un célèbre personnage romanesque Nana.
À surveiller, des écrivains dont les précédents livres avaient marqué et que l’on attend de retrouver.
Chez Leméac, Mathyas Lefebure, publicitaire devenu berger, revient avec Le grand livre des fous : dans les années 70, un gamin grandi avec sa grand-mère laquelle héberge des SDF et autres marginaux. Tiens tiens, une autre version d’un thème également traité par Jean-François Beauchemin… et pas très éloigné de celui de la jeune Anaïs Barbeau-Lavalette, cinéaste socialement engagée, qui livre son premier roman, Je voudrais qu'on m'efface chez Hurtubise, qui nous plonge dans le quotidien de trois enfants négligés du quartier Hochelaga. Un thème qu’elle connaît bien et qu’elle a déjà traité autrement. Chez Hurtubise toujours, mon ex-confrère du quotidien La Presse, le journaliste Nicolas Langelier, avec Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles, tout un titre pour un roman de facture psycho-pop pour raconter la mort du père et les rêves qui s'effilochent.Michale DelisleChez XYZ, Bertrand Gervais avec Comme dans un film des frères Coen, et Emilie Andrewes avec Les cages humaines. Chez Fides, l’acteur Jean-François Casabonne publie L'homme errata, sur les thèmes de la liberté, du désir, de l'amour et de la paternité. Enfin, le journaliste, romancier, formidable organisateur de cabarets littéraires Litt.& Dub (dub = bibine) et fondateur de la maison Coups de tête (dernier éditeur de Nelly Arcan) Michel Vézina, publie Zone 5, la suite de son roman d'anticipation Élise.
(Not) in translations. Éventail intéressant d’auteurs canadiens et étrangers. Chez XYZ, le super best seller international Yann Martel, traduit en 90 langues avec Life of Pi après l’obtention du Man Booker Price anglais 2002, avec la version française de Béatrice et Virgile, une fable sur l'Holocauste à nouveau à travers des personnages d’animaux. Et aussi, La montagne d'or, de Wayson Choy, l'histoire d'un jeune immigré chinois dans le Chinatown de Vancouver dans les années 40.
Chez Leméac, retour de David Homel avec Le droit chemin et L'école des films, ou l'éducation cinématographique d'un jeune homme par son père, de David Gilmour. Ayant vendu une participation à Leméac, Les Allusifs, maison bien positionnée en France, misent cet automne sur Sous un ciel qui s'écaille, de Goran Petrovic.
Chez l’excellente Alto, maison d’édition entre autres de Rawi Hadje (Parfum de poussière, repris chez Denoël) et Dominique Fortier (Du bon usage des étoiles à paraître en France et déjà traduit), L'indésirable, de Sarah Waters et Le soldat de verre de Steven Galloway.
Ah et attention, best-seller ! Flammarion Québec sort enfin En plein coeur, premier polar de Louise Penny auteur canadien qui a connu un immense succès en anglais avant de nous être enfin disponible.






Découvertes et premiers romans
La jeune littérature québécoise est très effervescente et réserve chaque année de belles surprises. Rappelons entre autres Kim Thuy, qui après un beau succès québécois avec Ru, a reçu le Prix RTL-Live lors du dernier Salon du livre à Paris.
Cet automne, découvrons Épique, de William S. Messier chez Marchand de feuilles, récit d'un été de déluge, en pick-up dans les Cantons de l'Est, Si la tendance se maintient, de Pierre-Marc Drouin chez Québec Amérique, qui raconte l'apprentissage d'un jeune homme qui «incarne ni plus ni moins un Québec qui ne se choisit pas».
Les Éditions du Sémaphore proposent Une nouvelle chasse l'autre, d'Hélène Ferland, hey, je suis si fière ! c’est le premier recueil de nouvelles d’une de mes anciennes élèves en littérature, partie vivre avec sa famille à Amsterdam… Enfin, au Quartanier, jeune maison dynamique qui publie aussi l’excellente revue O.V.N.I le premier roman de mon amie Perrine Leblanc, L'homme blanc, odorante et poignante histoire d’un serial killer russe…

La vie en vrai… Essais, récits, bios.
Dans cette catégorie de plus en prisée par les lecteurs qui aiment à se faire raconter un récit vraie ou donner à réfléchir à partir de et sur la réalité, signalons chez Varia Promets-moi que tu reviendras vivant de la journaliste littéraire Danielle Laurin, série d'entretiens avec des reporters de guerre, sujet qu’elle connaît bien en tant qu’épouse de l’un d’eux. Aux Éditions de l'Homme, Mia Dumont, rassemble L'apprenti-sage, Tome 2 une sélection des meilleures entrevues radiophoniques de Gilles Vigneault.

Et surtout, un délice de lucidité et d’introspection intime qui n’en est pas moins aussi une chronique historico-sociale de 2008 à aujourd’hui, L'éternité en accéléré, chez Héliotrope, le blogue de Catherine Mavrikakis, dont le roman Le ciel de Bay City (Sabine Wespieser en France) a enthousiasmé la critique française en 2009.

Oui, beaucoup de choses… et je souhaite une belle rentrée à toutes et tous. Au plaisir de vous retrouver le mois prochain dans ces pages !

Nota bene /
La Constellation du lynx de Louis Hamelin (date de parution au Québec : 21 septembre – date de parution en France : non déterminée ) Copyright photo auteur : © Martine Doyon
Un dé en bois de chêne de Suzanne Jacob ( date de parution au Québec : 5 octobre – date de parution en France : 13 janvier 2011) ) Copyright photo auteur : © Guillaume Barbes
Espèces de Ying Chen (paru au Québec au Éditions du Boréal – parution en France aux Éditions du Seuil) Copyright photo auteur : © Tie-Ting Su
Tiroir N°24 de Michael Delisle (paru au Québec - sera disponible en France au début du mois d’octobre)
Copyright photo auteur : © Martine Doyon

Montréal, next stop New York…

Par Yves BudinMontréal, next stop New York…par Alina Apostolska - Bscnews.fr /

Les États-Unis, vus de Montréal, ce n’est pas un rêve, c’est la prochaine sortie de l’autoroute. À 40 km d’ici. Et pas seulement de Montréal puisque sur plus de mille kilomètres – goutte d’eau sur l’ampleur du Québec, grand comme quinze fois la France, et ne parlons même pas du Canada dans son ensemble … - les Etats-Unis sont là, toujours là, de l’autre côté d’une frontière passablement moins immédiate à franchir depuis qu’on a appris que les terroristes du 11 septembre, eux et d’autres, avaient vraisemblablement transité pat le Québec, mais tout de même encore simple et rapide à traverser.


Quant à l’Amérique, le paradigme de l’Amérique comme « le lieu de tous les possibles » qui continue à servir de miroir aux alouettes à certains Européens (les Français surtout, pour tout dire, tant le magnétisme mutuel entre France et Usa continue d’être efficient fondé sur les liens historiques réels, et l’émerveillement réciproque, irrationnel, forcément irrationnel mais si gratifiant… ), quant à l’Amérique, donc, c’est ici. Ce n’est pas ailleurs, c’est ici et maintenant, et il n’y a rien à trouver, ou à conquérir, qui ne soit déjà là.
On n’a pas en Amérique de compréhension autre de l’Amérique que ce qu’elle est, un continent. Les Canadiens mettent naturellement les Français, Anglais, Allemands etc… dans un même sac : ils sont Européens. Au début, on est surpris mais c’est une vision continentale, et en définitive la seule valable. Les Québécois sont des Américains point. La vision selon laquelle on pense que les Québécois sont « des cousins français » n’a plus court depuis plus de trois ans. Sur le plan géographique, géologique, culturel, artistique, architectural, gastronomique (quoi que…), sociologique, institutionnel, physiologique, esthétique, économique bien entendu (premier partenaire économique du Canada et du Québec, 80 % des échanges, parité des dollars US et CAD, interdépendance commerciale et souvent aussi, politique et militaire même si le Canada a tenté à quelques reprises d’avoir un positionnement différent), touristique bien entendu (l’hiver en Floride, l’été dans le Maine et le Massachussetts, c’est l’habitude populaire québécoise depuis des lustres) bref, nos « cousins » sont totalement américains. Ne parlons même pas de la perception de l’espace, du positionnement face à l’histoire (ou son absence), aux relations entre sexes, du rapport au corps mais aussi au temps, de la mentalité et des valeurs, tant collectives qu’intimes.
Et même, surtout, sur le plan linguistique, eh oui, en pleine francophonie… Car, contrairement à un poncif obsolète, le Québécois n’est pas du « français du 17ème .» mais bien plutôt. Assurément, un français beaucoup (trop?) aux syntaxes anglophones ( auxiliaire être souvent ignoré ou bizarrement employé : on a passé, mais on est déménagé, on voyage sur l’avion ou sur le train (traduction littérale) on mange des chiens-chauds (hot dogs), des hambourgeois (textuellement burgers de Hambourg ) mais steamés (généralisation de la francisation littérale d’un verbe anglais)… Évidemment pas chez les éditeurs ou les métiers de la communication, mais dans le langage courant, y compris à l’école. Et puis il y a les formules : bienvenu pour welcome, c’est mon plaisir because you say it’s my pleasure, passe-moi une smoke et un lighter, et arrête donc de me flaburgaster…
Au secours l’Académie française, est-ce grave ? Mais non, c’est vivant. C’est même carrément la garantie d’une langue vivante. En plus les Québécois appliquent à la lettre plusieurs principes votés par l’Académie et recommandés par elle : la féminisation généralisée des mots, des fonctions et des titres (une chroniqueure, une docteure, une écrivaine, une professeure, une ministre… le féminisme, à l’américaine, doublé de la tradition matriarcale historiquement québécoise, n’étant pas un vain concept, entériné depuis longtemps par la loi, interdiction pour une femme de porter le nom de son mari, c’est illégal, obligation pour un enfant de porter le nom de ses deux parents… ) ou la nouvelle orthographe ( un éléfant / un cheval des chevals… et autres hérésies pour les plus de trente ans … ).
Les affinités électives côtières étant déterminantes coast to coast, Vancouver est la petite sœur de San Francisco sur tous les plans, à s’y méprendre, tout comme Montréal est la petite sœur de New York. À six d’heures de bagnole, au long d’une route sublime et majestueuse qui signe précisément l’appartenance au continent américain. À pas seulement parce qu’on est ici au Commonwealth et que le chef de l’état canadien est la Reine d’Angleterre. Mais pour cela aussi.
L’esprit britannique, son système social très avancé, l’influence hollandaise déterminante dans l’histoire et l’économie de Montréal mais aussi dans son architecture urbaine ( une ambiance très Amsterdam ou Anvers, dans la conception urbaniste mais aussi dans l’ambiance et la qualité relationnelle à la fois très conviviale et très réservée par respect, justement, du quant à soi) l’appartenance nette et revendiquée à une nordicité qui est aussi une vision du monde, cela caractérise Montréal et fonde d’autant son appartenance américaine, nord-américaine surtout. Les liens en croissance exponentielle, principalement sur le plan des échanges et des coproduction artistiques, du Québec avec la Flandre, l’Allemagne (Berlin et Munich, a Bavière étant le premier partenaire économique européen du Québec), mais aussi l’Angleterre, et par-delà les langues, en dit plus long qu’une démonstration poussive.
Alors Montréal, next stop New York… Ça c’est qui est ça. It is what it is. Loin de Paris et encore plus de Montpellier, en tout cas plus loin qu’on ne pense, n’en déplaise à notre francocentrisme… chacun sur son continent respectif, américain et européen. Ah mais bien sûr, il y a l’amour, les liens du cœur, des relents gaulois et latins qui brouillent les cartes. Les liens du cœur, par-delà l’océan atlantique que les Québécois appellent « la mare », tenaces malgré les siècles, et la distance, les trahisons historiques. Un amour qui amoindrit les étrangetés respectives, expliquant que tant de Français immigrent au Québec mais… c’est aussi les plus nombreux à retourner chez eux (près de 70% repartent dans les 5 ans). Ici l’Amérique, différences irréconciliables.
So what ?
Et d’abord, qui a dit qu’elles devaient se réconcilier ?…

Danse québécoise : un univers hybride et débridé

Par Aline Apostolska depuis Montréal - BSC NEWS.FR / Quand on pense danse canadienne, on pense d’emblée danse québécoise et c’est bien sûr justifié injustifié. La danse contemporaine québécoise en effet se démarque tant sur la scène nationale qu’internationale, en plus d’avoir incontestablement été, depuis la dernière décennie tout particulièrement, une roue motrice majeure du rayonnement de la singularité matière de création chorégraphique. Mais si la spécificité québécoise reste incontestable, par son foisonnement et sa maturité, elle trouve des foyers comparables dans quelques villes canadiennes, notamment à Toronto et à Vancouver.

Montréal est la cité des Grands Ballets Canadiens, de Marie Chouinard, Daniel Léveillé et José Navas mais aussi celle d’Édouard Lock, de Margie Gillis, Paul-André Fortier, Benoît Lachambre, Jocelyne Montpetit, Lynda Gaudreau, Danièle Desnoyers, Hélène Blackburn, Paula de Vasconcelos, Zab Maboungou, Mariko Tanabe, Estelle Clareton, Isabelle Van Grimde, Roger Sinha ou Manon Oligny, de compagnies comme Montréal Danse et les Ballets Jazz et de collectifs comme Danse Cité, du Rubberbanddance Group de Victor Quijada et Anne Plamondon, d’Emmanuel Jouthe, de Jean-Sébastien Lourdais, Frédérick Gravel, Clara Furey, Mélanie Demers ou les Sœurs Schmutt, sans oublier bien sûr Dave St-Pierre. La ville de Québec a développé son propre pôle de danse contemporaine, notamment avec Harold Rhéaume et Karine Ledoyen, produisant des projets jusque dans le bas du golfe du Saint-Laurent. L’expansion fulgurante de la danse québécoise justifie d’ailleurs que le Regroupement québécois de la danse lance un premier Plan pour la danse en décembre 2010.

Toronto demeure la cité de James Kudelka, Tedd Robinson, Christopher House, Peter Quanz et Peggy Baker, Eryn Dace Trudell ou Ame Henderson. Et Vancouver celle de Crystal Pite et Wen Wei mais aussi de Sarah Baker ou du Holy Body Tatoo. Pour se faire reconnaître, les créateurs canadiens, notamment Crystal Pite et Wen Wei, ont dû d’abord être reconnus à Montréal, rampe de lancement et de rayonnement par laquelle il faut passer pour émerger et se déployer, au Canada comme à l’étranger. Montréal, ville métisse riche d’apports culturels, manifeste à travers la danse son ouverture, sa bigarrure ainsi que son impertinence créatrice.

Au carrefour d’influences réinventées


Gestes, savoirs, visions et imaginaires venus des traditions autochtones mais aussi d’Inde, du Japon, de Chine, des Caraïbes, d’Amérique du sud, d’Afrique du nord et d’Afrique noire habitent l’écriture chorégraphique contemporaine au Québec et au Canada, tout autant que ceux de la danse classique ou des figures historiques de la danse contemporaine nord-américaine ou européenne.

La danse québécoise en particulier, née au croisement des migrations et des continents autant qu’à celui des esthétiques et des concepts, cette danse se laisse traverser par les flux qui l’ont composée, mais fusionne, voire détourne et réinvente complètement ces influences. Et cela sans souci de se conformer à aucune d’elles, pas plus qu’à une tradition ou à des critères préétablis. Jeune, libre, hybride et débridée, la danse québécoise se caractérise comme une danse « au carrefour » qui en cela même affirme son identité singulière. C’est cette forme d’audace particulière qui sans doute stigmatise la fulgurance de son développement autant que sa richesse.

De Montréal à Vancouver et Toronto, les chorégraphes et danseurs collaborent volontiers et entretiennent souvent des complicités motrices. Des petites salles aux grands théâtres, un public spécialisé suit la danse contemporaine dans les métropoles mais aussi lors de tournées, lesquelles demeurent une priorité. Les festivals se démultiplient, tandis que l’enseignement universitaire existe dans plusieurs universités aux côtés d’autres centres d’enseignement, de résidence en recherche et création, généralement en partenariat avec des centres européens et américains.

Il reste que c’est surtout la danse québécoise qui s’exporte et a d’ailleurs besoin de le faire pour exister et grandir encore, au gré d’échanges et de coproductions. La danse québécoise a créé au fil des ans des relations particulières avec des partenaires européens privilégiés, au premier rang desquels se trouvent la Flandre belge, la Hollande, l’Allemagne, la Catalogne et la France.

Soixante ans et une nouvelle jeunesse

Nord-américaine, la danse canadienne dans son ensemble est née des migrations d’artistes venus d’Europe dès la fin des années 30. Ce phénomène est bien connu dans l’histoire de la danse contemporaine et le Canada s’y rattache forcément, mais historiquement même, Montréal se démarque dès l’origine.

Dès 1940, Elizabeth Leese, d’origine allemande et danoise, choisit Montréal pour ouvrir son école. Élève de Mary Wigman elle s’inscrit d’emblée dans le courant de l’expressionnisme allemand. Sa collègue Ruth Sorel la rejoint en 1944, et toutes deux lanceront le premier Festival de ballet canadien en 1948, créant à Montréal un climat stimulant pour la danse.

La danse européenne domine également les débuts de la danse contemporaine à Toronto, avec les figures de Bianca Rogge et Yone Kvietys, tous deux réfugiés d’Europe de l’est. Cependant l’influence de Martha Graham joue un rôle important dans la fondation du Toronto Dance Theatre dont les trois membres fondateurs ont été les élèves. À Vancouver également, Paula Ross et Anna Wyman s’inscrivent dans une certaine lignée Graham plus individualisée. À Montréal en 1957 c’est la danse classique dans son purisme russe et allemand qui accoste par bateau avec Ludmilla Chiriaeff, fondatrice des Grands Ballets Canadiens de Montréal, la compagnie, en plus de 50 ans d’existence, étant à présent devenue une compagnie de création contemporaine.

L’influence new-yorkaise s’inscrit cependant clairement dans les générations de chorégraphes et danseurs qui suivront à partir des années 70 et 80, dont beaucoup se seront formés auprès de Merce Cunningham, José Limon (notamment José Navas) et Paul Taylor. Édouard Lock avec sa compagnie La La La Human Steps sera d’ailleurs programmé à la Kitchen de New York dès sa première pièce en 1983.

Une insolente indépendance

Mais dès 1944 la danse contemporaine québécoise se démarque par une originalité rebelle et hybride incarnée par Jeanne Renaud. Pas encore majeure, et avant même le Mouvement du Refus Global (lancé en août 1948 par le peintre Paul-Émile Borduas, mouvement d’artistes automatistes revendicateurs affilié au surréalisme autant qu’à la psychanalyse ), Jeanne Renaud part à New York pour décréter que Martha Graham est déjà « trop classique » pour elle. Elle invente une forme, étonnée de ne pas trouver trace de danse contemporaine à Paris en 1946 lorsqu’elle s’y installe. Revenue à Montréal, elle s’associe d’emblée avec des danseuses proches du Refus Global, notamment Françoise Sullivan et Françoise Riopelle, et intègre à ses chorégraphies des peintres, des compositeurs, cinéastes et des écrivains, créant ainsi une danse délibérément pluridisciplinaire. En 1959, Françoise Riopelle et elle fondent l’École de danse moderne de Montréal, puis s’imposent en 1965 avec leur première pièce. Jeanne Renaud crée dans la foulée le groupe de La Place Royale en 1966 avec Peter Boneham.

La Place Royale est considérée comme le vivier fondateur de la danse contemporaine québécoise, dont sortiront Jean-Pierre Perreault (que Jeanne Renaud fait danser nu dès 1967), Ginette Laurin, Paul-André Fortier, Daniel Soulières, Louise Bédart, Sylvain Émard mais aussi, dans le sillage, Marie Chouinard. Pierres angulaires de la danse québécoise, ces chorégraphes exploreront tous une écriture individuelle en intégrant d’autres formes artistiques. Les générations de chorégraphes qui suivent s’inscrivent dans cette lancée audacieuse, revendicatrice et atypique, qui mélangent les disciplines et se veut hors courants. C’est sans doute ce qui a dès l’origine spécifié la créativité de la danse québécoise et son influence au sein même du Canada, et lui vaut la reconnaissance internationale actuelle. Ce qui explique aussi qu’il y ait autant de formes esthétiques que de chorégraphes dans un foisonnement en perpétuelle croissance.

Présenter quatre compagnies québécoises et deux vancouvéroises lors du 7ème Festival de danse contemporaine de la Biennale de Venise, du 26 mai au 12 juin 2010, reflète donc bien la réalité historique et artistique de la scène de la danse contemporaine au Québec et au Canada. Le Québec là aussi se démarque par la richesse éclectique, la fusion des influences et des vocabulaires chorégraphiques, l’exigence technique, mais surtout, par l’insolente indépendance qui ne cesse de croître depuis plusieurs générations. Pour tous les détails : http://www.labiennale.org/it/danza/festival/

Pendant ce temps, à Montréal, débute le 27 mai jusqu’au 7 juin, le Festival Trans Amérique, grand festival international danse et théâtre, avec notamment, la compagnie Merce Cunningham pour la dernière fois en scène avec le spectacle ultime du chorégraphe décédé en juillet 2009, mais aussi d’autres créations de chorégraphes québécoise, Ginette Laurin et Edouard Lock, et des compagnies venues des quatre coins du monde. Voir le tout au www.fta.qc.ca

Ça ne va pas nous faire oublier que le Festival de Montpellier Danse fête ses 30 ans à partir du 17 juin… sachant qu’il tient, sous la houlette de Jean-Paul Montanari, un rôle majeur de plaque tournante de la danse dans l’ensemble du bassin méditerranéen. À bientôt !

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