Décalée
Le héros sous toutes les coutures
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- Publié le mardi 14 décembre 2010 11:35
Par Julie Cadilhac - Bscnews.fr / Illustrations dans l’ordre d’apparition ( Et en cliquant sur les liens, on accède à leur page!) Charlotte Gastaut/ Arnoo/ Rebecca Dautremer/ Fred le chevalier/ Charles Champeau/ Mary-Loup/ Margaud Motin / Alyz Tale/ Fabrice Backes/ David Sala/ Bobi+ Bobi/ Seb Cazes/ Yves BudinUn héros, d'abord, on l'imagine sur un piédestal, figure noble et imposante au sommet de sa gloire...ou bien fendant l'air d'un bras conquérant, dans les cieux ou à cheval, prêt à pourfendre l'ennemi de la pointe de son épée.
Les nostalgiques de l'époque antique encenseront la force physique du héros, vous rediront des choses dures et violentes... «Rappelez-vous d'un temps que les moins de deux mille ans ne peuvent pas connaître où Achille et Hector brandissaient leur glaive sur la plaine troyenne et leurs muscles bandés ne redoutaient que la fureur des dieux! L'âge d'or où des êtres aux pieds légers, aux mille tours, aux douze travaux titanesques, invulnérables, braves et tenaces participaient à des guerres légendaires et étaient prêts à tous les sacrifices pour la gloire!»
D'autres loueront la piété des croisés, les combats loyaux où les damoiselles se pâmaient devant des cavaliers empanachés.Ils nommeront héros ceux qui, autour des tables rondes, juraient fidélité jusqu'à la mort à un bon roi ou au contraire chapardaient chez les seigneurs l'argent qu'ils avaient ravi aux pauvres et le leur rendaient avec la malignité des renards.
Vous pourrez entendre sur les bancs des villages ceux qui prient pour les héros patriotes qui ont résisté malgré les horreurs promises de la torture, ont
avancé sous les huées étourdissantes des bombes, ont supporté les pluies de feu, d'acier et de fer, encore et encore, avant même d'être des hommes souvent...Et puis d'autres citeront simplement des noms: Gavroche, Zorro, Jeanne d'Arc, Roland, Le Cid, Don Quichotte, Lucky Luke, Jean Moulin ou Sophie Scholl, l'israélien David mais aussi Nelson Mandela, l'Abbé Pierre, Gandhi, Mère Térésa...
Les derniers vous chuchoteront les exploits de leurs voisins durant les inondations ou les tempêtes, évoqueront les sirènes rassurantes des pompiers ou de la police et ne plaisanteront qu'à moitié en évoquant "Papa" ou "Maman"...ou leur petite soeur.
Le héros, c'est aussi celui dont on se souvient. Celui qui a vaincu l'ennemi terrible qu'est le temps et sa compagne défaillante, la mémoire.Si avoir besoin de héros à l'échelle collective me semble dangereux car synonyme de période de guerre et de crise - où l'on espère être sauvé par un ( ou des..) SuperX ( N’oublions pas que les kamikazes sont perçus comme des héros),à l'échelle personnelle et pour la sauvegarde de l'imaginaire, l'héroïsme ne doit pas être une valeur dépassée. Si la désillusion et la lassitude peuvent gagner les foules, si aujourd'hui le héros publiquement adulé est éphémère et n'a que peu de chances de se voir immortalisé en statue, si les deux guerres ont peut-être érigé les derniers monuments de courage, au fond de son petit crâne, pour chacun d'entre nous, Ne pas avoir de héros nuit gravement à la santé.
Alors, en quelques mots, avant de vous laisser en compagnie des délicieuses figures de héros que nous ont offert Arnoo, Mary-Loup, Charlotte Gastaut, Rebecca Dautremer, David Sala, Margaux Motin, Charlotte Gastaut, Seb Cazes, Fred le Chevalier, Bobi+Bobi, Charles Champeau, Alyz Tale,Fabrice Backes et Yves Budin, je ne vous parlerai pas d'un héros doté d’un pouvoir d'ubiquité, d'invisibilité, de téléportation ( quoique..), de régénération, d'invisibilité, de métamorphie, de télépathie...non! ce genre de super-héros qui assure manque à mon goût de ces failles sensibles qui rendent un être fabuleux ( et que personne ne m’oppose l’existence de la kryptonite!) . Mon héros a pourtant des accointances avec eux: mais s'il est téméraire au combat et fait voeu de célibat forcé, c'est avant-tout par abnégation et par amour immodéré pour une jeune femme cultivée.
Mon héros, c'est une cape qui passe, se drape de patience dans la nuit qui le voile et s’éteint en emportant son panache.
Oui, mon héros à moi, c'est Cyrano de Bergerac. L'être de vers et de vaillance qu'Edmond Rostand a sublimé dans une pièce que je connais presque par coeur. Spirituel et engagé, délicat et attentionné, cet être de papier incarne des valeurs qui m'ont toujours précédées. Une en particulier me séduit et me touche car elle me semble en terrible voie d'extinction... Vous souvenez-vous de cette scène provocatrice des Non Merci ou Cyrano hurle en même temps que son indépendance sa douleur de ne pas être aimé de Roxane? Il tempête :"Ne pas monter bien haut peut-être mais tout seul"....ne jamais imiter le lierre parasite, ne pas se compromettre, cultiver son jardin et
en cueillir les roses, qui, si rachitiques et faiblardes qu'elles soient, n'ont pas de prix parce qu'elles sont fruits de nos efforts et de notre persévérance. Voilà mon héros que Rebecca Dautremer a formidablement représenté dans un album aux illustrations époustouflantes de beauté.
Cyrano est un héros salvateur. Je m'y suis accrochée bien des fois où je glissais dans le doute et dans l'envie de succomber à l'arrivisme et la tentation des gloires faciles. Cyrano est un héros salvateur car il donne au sacrifice et à la bonté un caractère héroïque. Dans ce monde qui écrase et vante ceux qui ironisent et méprisent sans vergogne, il est bon de venir se blottir dans les pages de ce texte sensible où authenticité et intégrité riment avec honneur...
Et vous, qui est v
otre héros?


otre héros?






Chronique décalée : Peur de vieillir
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- Publié le vendredi 6 août 2010 12:06
Par Julie Cadilhac - Bscnews.fr / Contributions d'Arnaud Taeron - Pierre Gable - Fred le chevalier - Mary-Loup - Bobi+Bobi - Benjamin Lacombe.Un matin, il est trop tard...
Elle le sait mais comment faire?
Elle regarde son miroir...
Ferme les yeux....un goût amer.
Elle le sait mais comment faire?
Elle regarde son miroir...
Ferme les yeux....un goût amer.
Vieillir, verbe douloureusement passif à mi-chemin entre naître et mourir. Course du temps vers la perte des facultés, la maladie, la laideur, la mort. Epée de Damoclès du vivre qui confine l'être humain dans l'impuissance fataliste. Comment ne pas être désemparé et éviter une survie dépressive plutôt qu'une vie assumée? Face à une société qui favorise à l'extrême la jeunesse, la performance et la beauté et une espérance de vie qui croît sans cesse, la peur de vieillir est une angoisse de plus en plus partagée.
Vieillir, c'est accepter d'être remplacé, regarder en face le miroir qui explique que l'on est détrôné et s'assagir... dans l'idée oui, mais qui saurait renoncer sans larme à sa fraîcheur d'antan? Depuis longtemps , la poésie amoureuse surexploite le thème du temps qui passe où pleuvent regrets et remords. Mais soyons lucides - lorsque les poètes ne cessent de louer la beauté de leurs belles en insistant sur l'aspect éphémère des roses humaines, c'est AUSSI ( et surtout?) à des fins de câlins crapuleux et d'incitation au plaisir épicurien.
Certes, Baudelaire, lorsqu'il compare son interlocutrice aimée à une charogne, fait frisonner le lecteur de ses métaphores macabres, et ce poème à la beauté morbide refroidit nos ardeurs amoureuses aspirant à l'éternité.
"[...]Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
"[...]Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection, Étoile de mes yeux, soleil de la nature,
Vous, mon ange et ma passion !
Oui ! telle vous serez, ô reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses.
Moisir parmi les ossements.
A l o r s , ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
De mes amours décomposés !"
Mais la fuite du temps, dans ce poème, répond à un enjeu esthétique mais aussi, devenant un ennemi pour la femme aimée, se transforme en alliée pour la satisfaction de l'amant qui entend cueillir -rapidement- les roses de la vie au creux de draps blancs.
Vous, mon ange et ma passion !
Oui ! telle vous serez, ô reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses.
Moisir parmi les ossements.
A l o r s , ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
De mes amours décomposés !"
Mais la fuite du temps, dans ce poème, répond à un enjeu esthétique mais aussi, devenant un ennemi pour la femme aimée, se transforme en alliée pour la satisfaction de l'amant qui entend cueillir -rapidement- les roses de la vie au creux de draps blancs.
Les contes de fée s'intéressent aussi à la symbolique du temps qui s'écoule. Ils confrontent un monde enfantin de douceur avec
un monde d'adultes, souvent sévère et cruel et la peur de vieillir se mêle à la peur de grandir. Que symbolisent les vilaines
marâtres sinon cette perte aigrie de la jeunesse, pourquoi tous ces lutins, nains et autres adjuvants minuscules sinon pour symboliser ce refus de grandir? Impitoyablement, la fin du récit montre les anciens péricliter pour laisser la place au sang neuf.
un monde d'adultes, souvent sévère et cruel et la peur de vieillir se mêle à la peur de grandir. Que symbolisent les vilainesmarâtres sinon cette perte aigrie de la jeunesse, pourquoi tous ces lutins, nains et autres adjuvants minuscules sinon pour symboliser ce refus de grandir? Impitoyablement, la fin du récit montre les anciens péricliter pour laisser la place au sang neuf.
Elle pense, l'air absent
Aux couleurs de sa jeunesse
Elle voit s'enfuir le temps
A dos de landau, Ã toute vitesse...
Grandir, c'est perdre l'innocence et l'insouciance ; grandir, c'est réaliser la médiocrité , l'hypocrisie et le carriérisme du monde. Grandir, c'est vieillir d'un coup. Pour accepter de vieillir, il faut ressentir un sentiment de complétude, être serein vis à vis de
son parcours et ne pas regarder sa jeunesse comme l'incarnation de l'idéal.
Dans son ventre, un oiseauDévore à petit feu son être.
Serait-ce Morta,dans son dos
Qui tisserait peut-être!?
Il faut se méfier de ceux qui jouent de cet épouvantail qu'est le temps...ceux qui en font un commerce lucratif de crèmes, de botox et de lotions capillaires... ceux qui médiatisent le mythe de l'éternelle jeunesse. Les victimes, en effet, ne manquent pas et au premier rang, ces cougars en vogue qui pavanent des Adonis bien sapés en trophées de chasse. Il n'y a bien que Faust qui ait trouvé la potion de l'éternelle jeunesse et... c'est le Diable en personne qui lui avait concocté en échange de son âme. Pas de pur lait d'ânesse dans nos supermarchés...ou à quel prix?!!
Dans son chignon, sans détour,
Des dizaines de barrettes
Des dizaines de barrettes
y décompte les jours
Avant la grande grimpette
Avant la grande grimpette

Non, l'ennemi n'est pas le temps à la rigueur de métronome, l'ennemi est notre volonté et notre incapacité à rebondir. L'ennemi est cette aptitude à n'imaginer le bonheur que derrière soi, boniment sous lequel notre optimisme ploie.
Maintenant qu'il est là -haut
A quoi bon regarder derrière?
S'entrelacent sur sa peau
Des monstres, remords de naguère
Pleure ma pomme et entends-tu
Ses mots encore à la chandelle?
Marie, ma mie, le temps nous tue
Un jour, vous ne serez plus si belle...
Le bonheur n'a pas d'âge. Dans la pièce de théâtre de Jean Anouilh, Antigone, l'héroïne éponyme, ne conçoit qu'un bonheur entier, jeune et fougueux; Créon et son expérience de vieux roi rompu lui réplique que le bonheur n'est constitué que de petits moments précieux à additionner, qu'il est " une petite chose que l'on grignote, assis par terre, au soleil" . Les plus cyniques nuanceront qu'il est avant tout le "silence du malheur" ( Jules Renard). Candide pourrait conclure après avoir baroudé quelques mois dans le vacarme du monde que
même si les barrettes du temps s'accumulent dans les chignons des vieilles dames, même si nous serions tentés d'empoisonner tous ceux qui font pâlir d'admiration le miroir qui nous boude,même si chaque jour davantage on sent le serpent de la vieillesse nous essouffler le corps et l'esprit, on sait juste qu'on n'oublie pas les mains de sa grand-mère, ces mains un rien tremblantes qui se tendaient vers les joues en quête d'un baiser bruyant, on n'oublie pas les dimanches en expédition chez ses grands-parents où le temps s'arrêtait, où tout avait la simplicité d'un panierd'osier, de quelques oeufs de poule rousses et d'un piroulis dégusté avec les cousins germains, on n'oublie pas que vieillir, c'est aussi rencontrer une nouvelle génération, l'aimer et lui apprendre à construire à son tour.
Vieillir, c'est aussi ressentir l'envie et la nécessité de transmettre. Nier ce vieillissement, c'est broyer cette chaîne , ouvrir un gouffre d'incompréhension et menacer les générations futures d'être des animaux sans histoire.... Histoire?
La peur de vieillir n'existe qu'en réponse à d'autres détresses personnelles. Vieillir sereinement, c'est savoir s'aimer et avoir confiance en les autres aussi, en leur fidélité pour vos vieux jours grabataires. Mamie et ses bigoudis, Mamie et sa crème anglaise, Mamie et ses cantiques, Mamie et ses dinettes avec sa petite fille espiègle se moque bien de vieillir. . . pourvu qu'on l'aime longtemps...

Le pardon en question
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- Publié le mardi 25 mai 2010 17:36
Par BSCNEWS.FR / Savez-vous pardonner ?
Quel option choisissez-vous lorsqu'un tiers ose incommoder le courant de l'existence de votre petite personne? La vendetta cruelle, la loi du Talion impitoyable ou bien la politique de l'autre joue tendue, la culture des bonzais zens, les pâtisseries qui ragaillardissent, le sourire de l'autruche clémente? On a souvent l'idée - héritage biblique - que le pardon est l'apanage du Bon -"héros" que l'on flétrit d'une nuance un peu nouille mais respectable quand même- tandis que la rancune et sa cousine la vengeance, elles, concernent les Méchants - que l'on montre du doigt "bouh bouh" tout en frissonnant d'admiration contrite. Ce sont des clichés réducteurs insupportables et qui reflètent bien l'ascension dangereuse du paraître sur l'être.
Entrée des Enfers.
Perséphone et son mari Hadès accompagnés de leur toutou impitoyable, l'effrayant Cerbère à trois têtes, accueillent les GM fraîchement vermoulus. Refroidis par l'impassibilité revêche du nocher Charon, sitôt quittés le Styx sinistre, voilà pourtant qu'ils se métamorphosent en bouillonnants plaideurs du forum: chacun essaie de s'accaparer les funestes grâces d'Hadès Le Riche et de gommer ses crimes en amphores de vin. C'est que l'enjeu est de taille éternelle et d'ailleurs, au dessus des deux têtes impériales se sont mis à clignoter des panneaux d'affichage mortellement explicites et indiquant les alternatives de leur avenir post-mortem.
Un tribunal s'installe sur une planche de bois soutenue par des colonnes. Minos, Eaque et Rhadamanthe, juges attitrés ad mortem eternam, feignent de se sentir concernés par le sort des âmes qui leur font face. Tous espèrent les Champs Elysées, le printemps éternel à l'ombre d'une verdure luxuriante à trinquer avec les héros. Mais les vols à destination du Paradis sont de plus en plus rarement distribués. Le Tartare fait le dos rond et engloutit chaque nuit de nouveaux prisonniers. Mais on murmure dans les couloirs du Pro-Léthé-re que des plaintes récurrentes se font entendre auprès du syndicat des gardiens: les conditions de travail deviennent épouvantables et le patron s'enrichit à leurs dépens.
Le sort en est jeté pour le premier appelé à la barre et des frissons parcourent l'assemblée gémissante: Le pré de l'Asphodèle lugubre s'apparente pourtant à la punition la moins douloureuse. Le fantôme s'apprête simplement à vivre éternellement une existence morne et insubstantielle ! Le suivant est condamné à bien pire! Le Tartare promis fait pousser un cri d'horreur à l'inculpé. Il imagine déjà ses premiers pas souffreteux dans cette région aride et sans vie, jonchés d' étangs glacés, de lacs de soufre ou de poix bouillante, où il côtoiera les âmes malhonnêtes, les voyoux d'ici-bas. Les autres répriment l'effroi qui les domine à le suivre dans cet endroit entouré par des fleuves aux eaux boueuses, par des marécages à l’odeur nauséabonde, remparts qui empêchent toute âme d'échapper à sa peine.
Soudain intermède macabre: les Parques s'invitent précédées des Furies.
Rassurez-vous! Les vieilles fileuses ne sont là qu'à titre décoratif dans le récit, leur rôle en ce lieu est achevé. On sait bien que le troisième âge raffole de la rubrique nécrologique aussi les Parques ne se lassent pas de compter les têtes qu'elles ont abattues d'un coup de ciseau. D'un rire protéiforme et terrifiant, les Furies haranguent la foule des pénitents - pour lesquels le tribunal a été sans appel - avec des slogans provocateurs: Grande braderie des supplices! Tartare en folie: venez découvrir nos dernières attractions! Galère au rocher avec Sisyphe! Délice de Tantale! La roue enflammée d'Ixion! Le tonneau joueur des Danaïdes!
Accréditation presse: consulter Mégère, bureau de droite. Toutes nos promotions sur www.vengeance.com! Et pour nos grands gagnants de la semaine, adhésion immédiate et gratuite! Forfait illimité!
Sanglots dans les rangs: c'est que les Bienveillantes exécutent leur rôle avec beaucoup de rigueur et leurs grandes ailes,leurs serpents pour cheveux et le sang qui coule de leurs yeux achèvent de les rendre antipathiques.
C'est alors qu'un silence de mort fait résonner l'immensité noire: une femme chétive s'est approchée du tribunal aux bras de son mari et clame:
- Ne l'envoyez pas dans le Tartare!
Minos, d'humeur affable, répond sèchement:
- Madame, ce n'est pas à vous d'en décider. Pas de réclamation ici. Et puis, si je puis me permettre une réflexion désagréable, vous avez un couteau dans le dos. Quel précieux mari vous a ainsi parée?
- Il m'a tuée mais je lui ai pardonné.
- Veuillez m'excuser...?
- Soyez cléments, je vous en prie.
Rhadamante soupire, fait un geste d'abandon à Minos et lui dit en confidence:
- Encore une chrétienne...ça commence à pulluler par ici. Va falloir qu'on agisse avant qu'on nous rencarde au chômage....
Vieilles comme le crime qu'elles poursuivent, même les Furies, ministres officielles de la vengeance des dieux, en restent le bec cloué. C'est que le pardon a ses mystères que la vengeance ne connaît pas.
Qu'est-ce que pardonner?
C'est à la fois reconnaître la faiblesse de l'autre, relativiser les erreurs de son humanité défaillante mais aussi ravaler son orgueil blessé et assumer un statut inconfortable de perdant. Pardonner, c'est donner encore quand on a tout perdu : lire Concerto à La Mémoire d'un Ange d'Eric-Emmanuel Schmitt, formidable recueil de paraboles poignantes sur le sujet, ne manquera pas de vous illustrer cette réalité douloureuse.
Le pardon est un acte qui demande une force de caractère au delà de l'imaginable, une volonté de fer associée à une bonté exemplaire. Cest un acte compliqué car il est tributaire d'une conjoncture délicate durant laquelle il ne peut pas faire l'économie de l'effort couplé de deux consciences: l'une qui doit effacer l'affront et l'autre qui doit capituler en reconnaissant la médiocrité de ses actes. Oui, le miracle du pardon est la réparation conjointe de deux blessures narcissiques.
Faire du tort est inéluctable: c'est un penchant naturel de l'être pour apaiser ses propres terreurs, ses maux intestins, ses hurlements muets; c'est un moment intempestif où l'on oublie l'Autre que l'on paralyse de nos aigreurs passagères. Aussi, que nous soyons offenseur ou offensé, la vie nous amène malheureusement à accomplir ce "rite" compliqué du pardon.
Comment pardonne-t-on?
Le pardon est une notion ambivalente parce qu'il s'appuie, communément, sur le présupposé de notre non-liberté d'action. En effet, si nous sommes libres de nos choix et de nos actes, pourquoi serions-nous pardonnables? Pourquoi pardonnerais-je à X d'avoir agi ainsi contre moi si j'étais entièrement sûre que c'était un acte délibéré pour me faire du mal? Pour que le pardon soit possible, il faut que je mette en place des raisons qui le déculpabilisent...que je m'arrange dans ma conscience pour me persuader qu'il ne recommencera pas parce qu'il agissait poussé par une force extérieure, la volonté d'un esprit qui s'est déjà transformé et n'existe plus tel quel.
Mais si l'on refuse le déterminisme? Si l'on pense que l'on est libre d'agir et de faire, comment envisager sereinement le pardon? Pour excuser, il est plus commode de penser que l'humain est défaillant, que l'erreur est humaine, que l'on a été mal conçu! Bref, rendre responsable un tiers - la génétique, un dieu, toute substance psychotrope.
La maxime "l'erreur est humaine" a donné la possibilité incroyable à l'homme de pouvoir se décharger du poids de ses actes. Est-ce bien ou mal? Voilà qui serait le sujet d’une dissertation passionnante. Soulignons juste ici que l'homme de bien est celui qui profite de l'aubaine pour ne pas recommencer. Le monstre est celui qui persévère.
Reste une dernière question tout aussi ténébreuse:
Comment être sûr que l'on a vraiment pardonné? Comment savoir si le pardon accordé est définitif et irréversible et que le doute et la colère ne reviendront pas empester nos tempes de refrains maudits?
En effet, on est forcé de constater qu’un pardon pur ne peut qu’être l'oeuvre d'un être pur et non pas d’un être qui aura simplement refusé de voir l'acte commis, aura joué les aveugles avertis, aura spéculé en espérant que l'avenir lui donnera raison ou aura souhaité une compensation à sa clémence...alors quoi!? le pardon véritable est-il humainement impossible? Les mystiques répliqueront que c’est au travers d’une divinité seule que le pardon est pleinement réalisable, les autres seront plus évasifs et discrets parce que.... le pardon reste tout de même un sacré mystère.
Si vous m'avez suivi jusqu'à cette ultime ligne, tentez déjà de pardonner ma plume incorrigible qui ne sait pas se tarir.
Bien à vous,
Texte : Julie Cadilhac - Illustrations / Arnaud Taeron
Tim Burton : Ã mi-chemin entre le gothique et le Pays des merveilles
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- Publié le mardi 11 mai 2010 08:01
Par Julie Cadilhac - BSCNEWS.FR / Déclinée sur le mode kitsch, férue d'effets spéciaux d'avant-guerre ou de contes de fée parodiés où les sorcières et les vilains canards prennent toute la vedette et ne laissent que des rôles pâlichons aux beaux gosses et aux princesses, Tim Burton devrait être applaudi d'abord parce qu'il décomplexe. Ses héros sont souvent dotés de lourds handicaps, d'angoisses cauchemardesques, de psychoses irrépressibles qui en font des parias de la société. Et c'est avec une poésie toute de noir et blanc, de traits électriques et de folie polychrome qu'il sublime les laissés pour compte et rend honneur à leur bizarrerie.
Oui, Tim Burton est un réalisateur hors pair car il a tracé une esthétique singulière, une patte originale à mi-chemin entre le gothique et le pays des merveilles. Roi des anamorphoses et des antithèses, ses oeuvres fascinantes sont tissées de récurrentes obsessions. Au pays des croque-mitaines enjoués, des chauve-souris étourdies de soleil, des masques qui libèrent le fou et l'introverti, des squelettes rieurs, des araignées qui jouent de la glotte, l'incongru flirte avec le décalé, le délirant avec l'excentricité.
Dès lors qu'on se plonge dans ses entretiens avec Mark Salisbury, on découvre à quel point Tim Burton est un INCROYABLE personnage qui possède une biographie bien plus extraordinaire que tous les héros qu'il a mis en lumière - dans les ténèbres.
Tim Burton me fait l'effet d'un albatros baudelairien qui a brillamment réussi malgré des ailes de géant qui le rendaient pataud et inadapté à la société contemporaine; il a su bousculer les mentalités étroites et conservatrices de ses prochains et a ouvert une porte inconfortable mais troublante, celle d'un au-delà moins effrayant avec lequel on trinque et l'on plaisante bras dessus bras dessous. Oui, cette mort rieuse et barrée qui déstabilise le non averti, embrasse l'oeil du spectateur à grands coups d'orbites expressives, de rayures de bagnards, de mains squelettiques et de sourires à dentiers généreux, c'est l'oeuvre d'un bonhomme étrange qui a essuyé les plâtres chez Disney - summum à ses débuts de la naïveté et de la mièvrerie - et a réussi à s'imposer avec son trait biscornu et irrégulier face à la rondeur bien-pensante du monde.
Burton, c'est une invitation douce à la transgression du prêt-à -penser, une symphonie d'antithèses délicates et poétiques qui bercent nos coeurs d'enthousiasme - polycorde. Et c'est à tort qu'on l'accuse souvent d'excès d'originalité : ses films tendent tous à plaire et retiennent leur folie par excès de respect pour les producteurs qui ont investi de l'argent et le public qui a investi une confiance.
Lorsqu'on lit les confessions de l'artiste, démiurge de toutes ces créatures mythiques de l'histoire du cinéma que sont Willy Wonka, Sweeney Todd, Le joker, Pingouin, Edward aux mains d'argent, Pee Wee, Beetlejuice, Ichabod Crane, Catwoman, Batman, Vincent, Jack, Victo Van Dort et bien d'autres, on ne peut que constater la volonté du réalisateur de privilégier le divertissement de son public à l'unilatérale peinture d'un monde sombre et sans espoir. Certes, son esthétique se nourrit de ténèbres et de destinées glauques et sinistres mais... dans Batman le défi, par exemple, Gotham s'illumine sous la chaleur des guirlandes de Noël et des animations de fêtes foraines, ce sont des clowns qui constituent l'armée tapageuse de Pingouin et ce dernier se déplace dans les égouts sur un énorme canard de plastique!
Un mot pourrait définir le travail de cet amoureux des dissonances et de l'intuitif au détriment d'une logique trop implacable: OXYMORE. L'oxymore est une figure de style qui consiste à placer à côté deux mots sémantiquement opposés: "cette obscure clarté" de Corneille ou la notion de "mort-vivant" siéent à la perfection au trait burtonien.
La noirceur du monde qu'il dépeint est ambivalente car dans les oeuvres les plus représentatives de son travail éclosent des fleurs humaines, aussi pures que sublimes. Ainsi est Edward, Charlie Bucket, Katrina Van Tassel, même Alice...et leur peau tatouée de blancheur diaphane rayonne en osmose avec leurs regards profondément sensibles...
Au fur et à mesure de ma lecture de l'interview brillamment documentée de Mark Salisbury , j'ai été autant conquise par l'homme que par le réalisateur. Il y a dans la sincérité du propos et sa modestie une authenticité qui sonne presque trop juste. En outre, la lettre rédigée par Johnny Deep, qui fait office de préface, montre à quel point Tim Burton a toujours privilégié le talent à la notoriété et s'est battu contre vents et marées pour soutenir ses intuitions ( N'oublions pas que la participation de l'acteur à la série 21 Jump Street ne le prédisposait pas à cette carrière époustouflante) ...
J'avoue, une biographie est synonyme d'ennui dans ma tête de liseuse. Pourtant j'ai dévoré cette consistante interview comme j'aurais goûté aux mots choisis d'un conteur. J'ai donc relevé, ça et là , quelques mots précieux, quelques idées de ce génie qui combat ceux qui ont le "syndrome du happy end", le sympathisant des chiens, l'amoureux des yeux des gens, le faiseur de "décors à la géométrie brisée", celui qui storyboarde de moins en moins ses films " parce qu'il est plus amusant de préparer une scène et de la laisser prendre sa forme définitive sur le plateau " et je vous les livre, assaisonnés des travaux de deux artistes que je remercie d'une révérence de froufrous de dentelle, Arnoo et Pierre Gable.
Oui, Tim Burton est un réalisateur hors pair car il a tracé une esthétique singulière, une patte originale à mi-chemin entre le gothique et le pays des merveilles. Roi des anamorphoses et des antithèses, ses oeuvres fascinantes sont tissées de récurrentes obsessions. Au pays des croque-mitaines enjoués, des chauve-souris étourdies de soleil, des masques qui libèrent le fou et l'introverti, des squelettes rieurs, des araignées qui jouent de la glotte, l'incongru flirte avec le décalé, le délirant avec l'excentricité.
Dès lors qu'on se plonge dans ses entretiens avec Mark Salisbury, on découvre à quel point Tim Burton est un INCROYABLE personnage qui possède une biographie bien plus extraordinaire que tous les héros qu'il a mis en lumière - dans les ténèbres.
Tim Burton me fait l'effet d'un albatros baudelairien qui a brillamment réussi malgré des ailes de géant qui le rendaient pataud et inadapté à la société contemporaine; il a su bousculer les mentalités étroites et conservatrices de ses prochains et a ouvert une porte inconfortable mais troublante, celle d'un au-delà moins effrayant avec lequel on trinque et l'on plaisante bras dessus bras dessous. Oui, cette mort rieuse et barrée qui déstabilise le non averti, embrasse l'oeil du spectateur à grands coups d'orbites expressives, de rayures de bagnards, de mains squelettiques et de sourires à dentiers généreux, c'est l'oeuvre d'un bonhomme étrange qui a essuyé les plâtres chez Disney - summum à ses débuts de la naïveté et de la mièvrerie - et a réussi à s'imposer avec son trait biscornu et irrégulier face à la rondeur bien-pensante du monde.
Burton, c'est une invitation douce à la transgression du prêt-à -penser, une symphonie d'antithèses délicates et poétiques qui bercent nos coeurs d'enthousiasme - polycorde. Et c'est à tort qu'on l'accuse souvent d'excès d'originalité : ses films tendent tous à plaire et retiennent leur folie par excès de respect pour les producteurs qui ont investi de l'argent et le public qui a investi une confiance.
Lorsqu'on lit les confessions de l'artiste, démiurge de toutes ces créatures mythiques de l'histoire du cinéma que sont Willy Wonka, Sweeney Todd, Le joker, Pingouin, Edward aux mains d'argent, Pee Wee, Beetlejuice, Ichabod Crane, Catwoman, Batman, Vincent, Jack, Victo Van Dort et bien d'autres, on ne peut que constater la volonté du réalisateur de privilégier le divertissement de son public à l'unilatérale peinture d'un monde sombre et sans espoir. Certes, son esthétique se nourrit de ténèbres et de destinées glauques et sinistres mais... dans Batman le défi, par exemple, Gotham s'illumine sous la chaleur des guirlandes de Noël et des animations de fêtes foraines, ce sont des clowns qui constituent l'armée tapageuse de Pingouin et ce dernier se déplace dans les égouts sur un énorme canard de plastique!
Un mot pourrait définir le travail de cet amoureux des dissonances et de l'intuitif au détriment d'une logique trop implacable: OXYMORE. L'oxymore est une figure de style qui consiste à placer à côté deux mots sémantiquement opposés: "cette obscure clarté" de Corneille ou la notion de "mort-vivant" siéent à la perfection au trait burtonien.
La noirceur du monde qu'il dépeint est ambivalente car dans les oeuvres les plus représentatives de son travail éclosent des fleurs humaines, aussi pures que sublimes. Ainsi est Edward, Charlie Bucket, Katrina Van Tassel, même Alice...et leur peau tatouée de blancheur diaphane rayonne en osmose avec leurs regards profondément sensibles...
Au fur et à mesure de ma lecture de l'interview brillamment documentée de Mark Salisbury , j'ai été autant conquise par l'homme que par le réalisateur. Il y a dans la sincérité du propos et sa modestie une authenticité qui sonne presque trop juste. En outre, la lettre rédigée par Johnny Deep, qui fait office de préface, montre à quel point Tim Burton a toujours privilégié le talent à la notoriété et s'est battu contre vents et marées pour soutenir ses intuitions ( N'oublions pas que la participation de l'acteur à la série 21 Jump Street ne le prédisposait pas à cette carrière époustouflante) ...
J'avoue, une biographie est synonyme d'ennui dans ma tête de liseuse. Pourtant j'ai dévoré cette consistante interview comme j'aurais goûté aux mots choisis d'un conteur. J'ai donc relevé, ça et là , quelques mots précieux, quelques idées de ce génie qui combat ceux qui ont le "syndrome du happy end", le sympathisant des chiens, l'amoureux des yeux des gens, le faiseur de "décors à la géométrie brisée", celui qui storyboarde de moins en moins ses films " parce qu'il est plus amusant de préparer une scène et de la laisser prendre sa forme définitive sur le plateau " et je vous les livre, assaisonnés des travaux de deux artistes que je remercie d'une révérence de froufrous de dentelle, Arnoo et Pierre Gable.
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