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Contre-feux : les chroniques iconoclastes

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Edith Hadri - Chèvre-Feuille Etoilée EditionsPar Jonathan Rodriguez - Montpellier, mai 2016, Comédie du Livre, 31ème édition. La foule est bien au rendez-vous. Elle arpente les chapiteaux à la recherche d’ombre et d’auteurs fétiches pour dégotter un autographe sur un coin de table.  Les écrivains sont souvent débordés ou seuls, voilà l’incertaine variable de la notoriété.

Lire la suite : Occitanie : les problématiques éditoriales des éditeurs régionaux

Par Nicolas Vidal - BSCNEWS.FR / C'est le genre d’ouvrage qu’il est bon de lire et de conserver précieusement comme une lampe qui saura nous éclairer lorsque nous serons tentés de nous égarer dans le dangereux et sombre empire de l’ignorance. «Psychologie des foules» de Gustave Le Bon est la fois passionnant, édifiant et terrifiant. L’auteur, né au coeur du 19e siècle, était anthropologue et médecin. C’est à nos confrères du Monde et des Éditions Flammarion que nous devons la réédition d’une collection d’ouvrages considérés comme « scandaleux et visionnaires». Des ouvrages qui « ont transformé les consciences, suscité des controverses, fondé des disciplines, et déclenché des révolutions.»
En effet, c’est une grande chance de pouvoir lire ce texte qui peut et devrait « changer notre vision du monde».
Gustave Le Bon livre ici une analyse détaillée de ce que l’on appelle la foule. Il y a d’une part, et bien sûr, l’effet de nombre, mais l’auteur définit ici la constitution et le fonctionnement de masse.
La foule est la négation de la pensée dite consciente selon Gustave Le Bon qui s’empresse de dresser une hiérarchisation des foules et de leurs caractéristiques.
Il est question notamment du fonctionnement et du comportement de la foule dont le sociologue dit que « quelles que soient les idées suggérées aux foules, elles ne peuvent devenir dominantes qu’à la condition de revêtir une forme très simple et d’être représentées dans leur esprit sous l’aspect d’images ». Lorsque l’auteur traite du raisonnement de celles-ci et expose très clairement que les foules sont dénuées de tout esprit critique. Ainsi, il est très facile de faire le parallèle avec Machiavel tant la dialectique semble minutieuse tout autant que cruelle. Il revient sur la très célèbre rhétorique du pain et des jeux, pérenne depuis la plèbe romaine et plus utilisée que jamais.
Plus loin, on voit poindre la conception «du merveilleux et du légendaire » que Gustave Le Bon considère comme «les vrais supports d’une civilisation ». Il explique avec un ton effroyable l’identité et le fonctionnement de la foule qui résonne en nous avec une inquiétante modernité.
Force est de constater qu’il aborde dans cet ouvrage une kyrielle de thèmes qui obnubilent nos hommes politiques et vampirisent les programmes des présidentielles françaises depuis une vingtaine d’années.
Il traite dans un troisième temps des opinions et de la croyance des foules. À cette occasion, il s’appuie sur un exposé édifiant du panurgisme et de la réaction sociale plus que de la réflexion personnelle « Avec des modèles, on guide les foules, non pas avec des arguments ».
Il met en exergue l’idée que certains parviennent à appréhender les foules et deviennent ainsi des leaders et des chefs. Ceux-là n’ont aucun mal par la suite pour manipuler à loisir ces foules notamment par leur prestige acquis « le propre du prestige est d’empêcher de voir les choses telles qu’elles sont et de paralyser nos jugements. Les foules toujours, les individus le plus souvent, ont besoin d’opinions toutes faites. »

S’il n’est pas question pour cette rentrée (aussi littéraire soit-elle) de vous miner le moral, je ne saurais trop vous recommander de vous procurer cet ouvrage. Ce livre est une formidable leçon de pessimisme presque autant qu’un traité de politique sociale.
Gustave Le Bon dresse un constat effrayant de l’humain en tant qu’entité vivante et en décortique les travers les plus inavouables et les plus primitifs.

> Lisez "Psychologie des foules" de Gustave Le Bon

Par Antoine Fantin - BSCNEWS.FR / Dent arrachée à la mâchoire de la ville qui bouffe ses passants, le terrain vague, bris de silence encastré entre deux immeubles, laisse voir au-delà des tours un ciel de ciment. C’est là que nous avons rendez-vous avec Syrano. Pas qu’il habite le quartier, mais ce soir il chante un peu plus bas, à la Java, où est organisée « une sorte de Téléthon polonais. », « un Téléthon polonais à la Java ? », « Oui, enfin un truc comme ça… »

Crâne lisse, regard franc, voix calme et mains lentes, il a le sourire et il a faim, il a le temps, un sac à l’épaule et l’air détendu. Tellement, qu’on a presque du mal à faire coïncider les deux images. Celle de ce jeune homme calme et tranquille, doux comme un fourreau, et celle de l’artiste de scène : tout en nerfs, intense, musclé, mécanique, tirant de lui une langue acérée qu’il manie sans manière afin de lui donner ce rythme, cette cadence offensive à l’extrémité de laquelle revient sans cesse la rime, comme une estocade. Un rappeur. Un rappeur que les autres rappeurs ignorent. Trop « chanson française » pour ça.

Lentement, nous quittons le terrain vague pour rejoindre les rues grises aux façades criblées de couleurs, de mots, de colères et, un instant, les tags m’apparaissent comme les descendants de l’art pariétal. Une trace de soi laissée sur les parois des jours. Un cri d’espoir. Cela me fait songer à ses textes. Nous évoquons ses influences : Iam, Brel, Brassens, Piaf, Led Zepplin, Portishead, Björk, Ferré. Alors me vient une question toute simple. Stupide sans doute. Pourquoi le rap ?

PREMIERE EPEE : EXCALIBUR
Tout commence à l’ombre séculaire de la Cathédrale de Chartres. C’est là que Sylvain grandit. Quelque part dans une famille un peu perdue, dans un milieu ouvrier sans perspective qui survie à ses rêves en diluant ses illusions dans des verres d’anisette. Condamné à une médiocrité satisfaisante, très vite le jeune Sylvain détoure son ennui de dessins et d’écrits qui, peu à peu, lui donnent vie. Une vie. L‘écriture est là comme un tuteur autour duquel il pousse pour s’extraire du terreau d’une enfance dont il puise toutes les ressources pour mieux s’en délivrer. Dessins et écrits l’inscrivent dans une autre destiné. Il a du talent, la preuve il reçoit même un prix au Festival d’Angoulême qui l’éconduira à s’inscrire à la fac de Tours pour suivre des cours d’Histoire de l’Art dont il se lassera vite, car très vite la musique s’impose. Ou plutôt s’interpose. « Le rap est la suite logique des chansons contestatrices. C’est l’héritage naturel des chanteurs à textes. Lorsque Ferré déclame pendant dix minutes, est-ce encore de la chanson française ? Et puis quand tu veux éclater le moule dans lequel on cherche à te couler, le rap t’en donne l’énergie. »

Premières scènes avec le collectif Excalibur grâce auquel Syrano fera les premières parties de Zebda ou encore d’Alpha Blondy, entre autres. Et c’est l’enregistrement d’un premier disque, Epoque Première, où chaque titre est composé d’un duo. « Ensuite j’ai voulu travailler avec de « véritables » instruments : deux violons, un accordéon, une guitare. Je n’avais pas envie de me restreindre à de la musique balancée exclusivement par des machines. J’avais besoin de m’ouvrir, de me nourrir de toutes sortes d’influences. Et, en tant qu’autodidacte, je n’avais pas de limite, pas de pudeur, pas de principe. Je pouvais prendre toutes les libertés, faire tous les mélanges ». Et le cocktail ne tarde pas à enivrer : Prix Découverte du Printemps de Bourges 2004, Syrano remporte dans la foulée sept autres récompenses en 2005 : le Chantier des Francofolies de La Rochelle, Explo'son, Propul'son, le Prix Décibel 101 et, en 2006, le Prix Découverte de Alors Chante et le 1er Prix du Grand Zebrock. A l’issue de quoi, il sort son premier « vrai » album : Musiques de chambre.

RAP-MUSETTE
Assis l’un en face de l’autre dans l’immense salle quasi déserte d’un restaurant qui paye de mine face au métro Belleville, Syrano revient, avec un certain recul, sur le succès de cet album étrange et fabuleux, sombre et mélodique, qui déplie page après page, morceau par morceau, les êtres métaphorisés qui ne sont pas quelque fois sans rappeler l’imaginaire de Tim Burton : conte d’un Monsieur Neige au cœur ardant, automate romantique, fille-ficelle, épouvantail crucifié ou encore ermite des cimes… Musiques de chambre est un album volontaire et merveilleux, musclé et tendre, à la croisée du « rap musette » et de la chanson à texte : véritable casse-tête pour ceux qui classent par genres.

La tournée de Musiques de chambre révèle que si Syrano est un fin poète, il est aussi un duelliste méticuleux aux prestations scéniques millimétrées, comme pour toucher là exactement où il le souhaite. « Cette précision me vient peut-être des arts martiaux mais aussi, à la différence de beaucoup de rappeurs, je n’aime pas improviser. J’aime que tout soit précis, que chaque chose est un sens, une nécessité. Si bien que les morceaux encore non enregistrés que nous donnions sur scène faisaient exactement le même temps lorsque nous étions en studio. » En 2009, la sortie de l’album Le goût du sans confirme la singularité de Syrano qui, cette fois, s’exile un peu des terres de l’enfance pour aborder plus brutalement ou plus spontanément des sujets polémiques, engagés. Sans doute parce que depuis le premier album Syrano s’est pris quelques coups sur le nez… « Entre Musiques de chambre et Le goût du sans, je me suis marié et j’ai divorcé puis j’ai dû subir deux interventions au cœur. Le Goût du sans est un album hémorragique. » En témoigne le titre « Bleu » : fresque retraçant l’existence d’un homme sur laquelle on retrouve les voix de ses compagnons de voyage, de ses voisins de cœur : Mourad (La Rue Kétanou), François Hadji-Lazaro (Pigalle) mais aussi Imbert Imbert, Frédo des Ogres de Barback, Mell et Batlik.

Vient donc le moment d’aborder le troisième album : A la fin de l’envoi… Mais là, soudain, ses yeux s’obscurcissent, sa voix blanchie. Il repose sa cuillère à dessert. Prend sa respiration. Puis se lance.

GARCON DE JOIE mais HOMME DE PAROLES
En parallèle de l’écriture et de l’enregistrement de l’album Le goût du sans, Syrano met en place un autre projet : Le Grand Zappeur. Un « pestacle » destiné aux enfants dont l’idée lui est venue alors qu’il animait des ateliers d’écritures avec pour thème la télévision. Le spectacle fonctionne bien. Il tourne régulièrement. Un festival assez prestigieux décide même de le programmer puis, à la dernière minute, le refuse si « on » n’en retire pas un passage. « Celui où j’ai doublé avec la voix du Président de la République celle du souverain dans un extrait parodique du dessin animé Le Roi et l’oiseau. » Prévert n’aurait sans doute pas dit non. Mais Prévert n’est plus. Pas plus que le débat d’idées. De nos jours la censure n’existe plus. C’est un temps révolu. Elle a un autre nom, une autre forme. Comme les virus les idées muent. Il est interdit d’interdire. Pas de s’interdire. Tu comprends. Ton métier c’est une profession. Si tu veux être promu, alors range-toi. Ronge-toi. Tu es n’importe qui. N’importe quoi. Si c’est pas toi, ça sera un autre. C’est pas ce qui manque, des artistes. Si tu refuses un autre dira oui et la morale sera sauve. Le show aura lieu car personne n’est irremplaçable. Il faut te le tenir pour dit. Si tu es là ce soir, ça n’est qu’un hasard de calendrier ou de bon vouloir. Toi, un autre, qu’importe. Qui tu es n’a aucune importance. Tu n’es qu’une tendance. Il en faut pour tout le monde, c’est d’accord, alors on y va. Mais tranquille. On ne veut pas faire de politique. Alors tu touches pas au Président. Tu trouves pas que la situation est assez difficile ? On te dit où sont les limites, et tu dépasses pas. Et tout ira bien. Un festival a besoin d’artistes en marge, c’est comme ça que l’on conçoit les choses. Il faut des râleurs pour que personne ne râle. Alors tu râles où on te dit de râler. Y’a pas à se plaindre. C’est comme ça depuis longtemps. Même Molière s’en est très bien sortie.

Seulement Syrano ne plie pas. Il casse. « Je préfère aller droit dans le mur tout seul plutôt que de poursuivre en devant me formater à une morale qui ne correspond pas à ce que je chante ». Ok. Tant pis. « Ca vaut bien une petite censure ». Césure. Tout vole en éclats. « J’en connais qui s’arrangent très bien avec ce contrat. J’en ai vu faire des kilomètres dans le même car sans s’adresser la parole durant tout le voyage et, le soir, sur scène, ils sont là à donner des leçons de fraternité, de chaleur et de dialogue. Ce sont les premiers à s’insurger contre telle ou telle guerre, à dire qu’il faut réconcilier les peuples ! Franchement, c’est ça être artiste ? » Coup de sang qui éclate avec rage. Il se débarrasse d’une partie de son équipe, se recentre sur une structure « légère et agile » puis digère en écrivant A la fin de l’envoi…, troisième album écrit et composé en un mois et demi. Cette fois, il utilise le rap pur et dur, le rap des années 80, sans compromis, sans populisme et fustige le conformisme intellectuel, le consensus culturel et l’autocensure. Ca n’est pas un hasard si cet album s’intitule A la fin de l’envoi… car il fait clairement écho au personnage réfractaire d’Edmond Rostand. Le langage comme une épée capable de sentir à l’extrémité du verbe le cœur qu’elle touche, cela s’appelle « sentiment du fer » : qualité particulière à l'escrimeur qui permet de prolonger la sensibilité tactile jusqu'au bout de l'arme (définition de l’Académie Royale d'Armes de Belgique).

Mais déjà, il est l’heure. On nous débarrasse, on se lève. A peine le temps d’évoquer la préparation d’un nouvel album pour lequel il enregistre avec son studio portatif des musiciens de tous les pays et prévoit de faire un voyage en Europe de l’Est. Ou alors la parution d’un livre pour enfants, Monsieur Neige chez Acte Sud, dont il signe le texte et les illustrations. Pas le temps, il est l’heure. Nous quittons le restaurant pour nous perdre dans la foule bancale de la rue Faubourg du Temple.


Syrano est en concert le 18 mars à la Bellevilloise – 19/21, rue Boyer 75020 Paris
( Photo Patrick Ochs)
Bret Easton Ellis : Est-il devenu un écrivain moins que zéroPar Nicolas Vidal - BSCNEWS.FR / C’est bien l’impression que l’on a lorsqu’on se penche sur la revue de presse conséquente accordée au dernier titre de l’écrivain américain. Et la rentrée littéraire de Bret Easton Ellis amorce tout doucement sa petite polémique.
Du dithyrambique (« Du Grand Art» Le Monde), l’opinion de certains critiques virent au tragique en posant sur une seule et même question : Bret Easton Ellis serait-il devenu un écrivain moins que Zero ?
Plusieurs griefs sont retenus contre ce livre. Oui, Suite(s) Impériale(s) peut être perçu au premier abord comme un prolongement de Moins que zéro si l’on s’arrête uniquement aux personnages. Oui, il y a certainement une cruauté et une froideur toute singulière déjà lue dans American Psycho. Bien sûr qu’en cherchant bien, on recoupera certaines façons de dire avec l’écriture de Luna Park. Mais en tout état de cause, Suite(s) Impériale(s) est le bon nouvel opus de Bret Easton Ellis qui se dévore d’une seule traite tant l’auteur a su une nouvelle fois nous contaminer avec un roman à la fois violent, touchant et subversif.
Suite(s) Impériale(s) est une immersion profonde dans le Los Angeles du cinéma et de son univers protégé. On retrouve Clay Easton, pur produit de la jeunesse dorée, dépravée et toxique décrite dans Moins que Zero, plus vieille aujourd’hui de vingt cinq ans, reconvertie dans une ébauche tout aussi malsaine mais guidée par la médiocrité de l’ostentation
Clay Easton est devenu influent, alcoolique, misanthrope et zone dans toutes les soirées mondaines de la Cité des Anges là où l’intérêt et les opportunités sont au coin de chaque cocktail. « Mes yeux errent sur des garçons, qui n’ont même pas l’âge de conduire, en train de nager dans la piscine chauffée, sur les filles en string et talons hauts qui traînent du côté des jacuzzis, sur les sculptures manga dans tous les coins, sur une mosaïque de jeunesse, sur un endroit où vous n’avez plus vraiment votre place. » À moitié ivre, il croise des nymphes, des prostituées, de mauvaises actrices et, au milieu, avachie sur leur prétention une flopée d’individus boursouflés par l’ambition et l’espoir d’être un jour quelqu’un.
Clay Easton dérive dans une atmosphère vide, sans fondement et malsaine tant les personnages incarnent des ratés et des psychotiques. De l’alcool à la drogue jusqu’à la chirurgie esthétique, Clay passe d’un personnage à l’autre et s’y attarde selon son niveau d’influence, ses moyens financiers, sa beauté et sa célébrité « Trent couche avec le plus jeune des agents, un blond avec des fausses dents, d’une beauté si fade qu’elle n’est même pas l’imitation d’un genre». Sa rencontre avec Rain Turner, une jeune midinette qui prétend être actrice, cristallise en somme tous les travers de cette société mondaine et confidentielle, recroquevillée sur elle-même et incapable d’exister simplement. Mais Rain Turner représente du haut sa chevelure blonde l’authenticité biaisée de ces mêmes rapports.
Clay, conscient de son influence dans le milieu du cinéma, promet à de jeunes actrices comme Rain de faire avancer leur carrière pour les pousser à céder à ses pulsions de chair. Il profite de sa situation au même titre que tous les personnages qu’ils l’entourent, tout aussi pervers « Oui, mais ils sont constamment remplacés (...) Jour après jour, par toute une armée d’abrutis impatients d’être humiliés». Et cette façon malsaine de se servir des gens plante l’ambiance du roman mais comprend forcément des risques. Et voilà Clay suivi, épié par un inconnu, prolixe en textos mystérieux et menaçants qui ne manque pas de terroriser le scénariste. Entre deux verres de Vodka, celui-ci a des visions qui le poussent à se cloîtrer dans son ego tout autant démesuré que sa nonchalance à être heureux.
Les critiques accusent les personnages d’Ellis d’être étrangement figés dans leur comportement et leur mentalité depuis Moins que Zero : « Les personnages de Clay, Trent, Julian, Rip, Blair ont-ils évolué depuis les années 80 ? La réponse est non, tout comme le style de Bret Easton Ellis ». Mais il est difficile de comprendre ce désir vivace de voir les personnages de Bret Easton Ellis brusquement changer pour devenir des gens respectables, charitables et sains tant la narration repose sur cette situation majeure de carnaval social. Et l’écrivain l’annonce comme un clin d’oeil en incipit de son roman en citant Elvis Costello « L’histoire répète les vieilles poses, les réponses désinvoltes, les mêmes défaites...»
C’est justement parce que les personnages s’enfoncent dans leurs défauts et leurs pathologies que ce roman prend son sens et brille par sa concision féroce à montrer cette déchéance et à mettre en exergue une tristesse profonde (« La peur augmente pour devenir une fureur muette, avant de n’avoir d’autre choix que de se transformer en une tristesse simple et obsédante comme une drogue»).
Bret Easton Ellis fait partie de ces écrivains, au même titre que Tom Wolf qui trouve un intérêt à écrire des satires sociales. De fait, leur écriture dépend d’une vision qu’ils ont d’un milieu donné dans une période donnée. A t-on déjà reproché à Tom Wolfe de dépeindre systématiquement et de la même manière des barons de la finance ou des Goldens Boys ( Le bûcher des Vanités, Un homme Un vrai) ou encore les confréries d’étudiants américains, pour le coup très caricaturales (Charlotte Simmons) ? Non, pas à ma connaissance ou du moins pas avec autant de hargne.
Ces thèmes sont des laboratoires de création pour ces écrivains qui leur permettent de poser un regard sur les comportement de groupes sociaux et de formuler une histoire. Il y a fort à parier que l’intrigue dont Clay est la victime n’est qu’une façon d’épaissir cette chronique sociale et de camper plus fermement son personnage dans l’histoire. Quant au décor, Bret Easton Ellis aime prendre Los Angeles comme toile de fond. C’est un fait qu’on ne peut lui reprocher tant son talent de décrire la ville est enthousiasmant. Mais c’est là aussi seulement un accessoire supplémentaire pour bâtir une satire avec le recul des années.
Car, à mon sens, le personnage de Clay Easton n’est finalement qu’un alibi pour décrire l’existence ou la non-existence d’une frange infime de gens « chics », friqués, superficiels et fondamentalement malheureux (« On a un peu l’impression de contempler un vaste monde abandonné, disposé en quadrilatères anonymes, une vue qui confirme que vous êtes bien plus seul que vous ne l’imaginez, une vue qui inspire de fugaces pensées de suicide »).
Ainsi, nous sommes loin de la suite sans panache de Moins que Zero et il me semble un peu hâtif de conclure que Bret Easton Ellis n’a cherché, pour ce livre, qu’à dupliquer ces succès d’antan en nous resservant une soupe littéraire qui ne serait finalement que le bouillon plus fade et sans sel de Moins que Zéro.
Bien au contraire, Suite(s) Impériale(s) est la chronique très romancée d’une classe sociale privilégiée et totalement déconnectée de la réalité de la vie. Au coeur d’un roman où les personnages et leurs comportements sont délibérément exagérés, Bret Easton Ellis propose, avec une vingtaine d’années de recul, une satire au vitriol d’une société fermée qui se pavane et qui fonctionne selon des codes, des règles strictes et qui pourrait très bien être celle du cinéma, du show-biz ou du music hall actuel.

Photo : Jeff Burton

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