Alors que se prépare pour la rentrée un mini-remaniement destiné à réajuster quelques menus détails, je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager le fruit d’une découverte estivale. Replongée dans les cartons, dossiers et autres paperasses à ranger, je viens de retrouver un article des Echos daté du 6 juin 2005. Son titre : « Les promesses des nouveaux ministres, l’amertume des sortants ». Dominique de Villepin venait alors d’être nommé Premier Ministre et avait proposé un nouveau gouvernement.

Patrick Devedjian, écarté du ministère de l’Industrie, affirmait partir « avec plaisir » pour retrouver sa « liberté d’expression ». Voilà qui n’est pas sans rappeler la phrase d’un collaborateur d’Yves Jégo, débarqué il y a un mois du secrétariat d’Etat à l’Outre-Mer : « Il a retrouvé sa liberté de parole et compte bien en profiter » (JDD, 30 juin 2009).

Quant à François Fillon, alors évincé du ministère de l’Education, il déclarait : « Quand on fera le bilan de Chirac, on ne se souviendra de rien. Sauf de mes réformes ». Et s’autoproclamait quelques heures plus tard « directeur de campagne de Nicolas Sarkozy » pour la présidentielle 2007. Le futur président de la République venait quant à lui de réintégrer le gouvernement, en tant que ministre de l’Intérieur…

 

Neila Latrous

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18 mai dernier : une lettre ouverte au gouvernement de Birmanie est transmise par l’Elysée aux agences de presse. L’entête : "Carla Sarkozy". La Première Dame de France écrit : "je profite de la position qui est la mienne et de l'écho dont cette lettre pourrait bénéficier pour me faire le porte-parole de tous ceux, dans mon pays, qui trouvent intolérable le sort réservé à cette femme (Aung San Suu Kyi)". Il y a un précédent. Juillet 2007 : Cécilia envoyée par son époux de président en Libye pour libérer les infirmières bulgares. L’initiative est tellement inédite qu’une Commission d'Enquête Parlementaire est créée et demande à auditionner la Première Dame. Une question se pose : la Première Dame est-elle une femme politique comme une autre ?

Ne laissons pas planer de suspens inutile. Clairement, non. La Première Dame n’est ni ne saurait être assimilée à une femme politique. Un monde entier sépare les Cécila et Carla des Filipetti, Batho, Lepage, Dati, Kosciuzko-Morizet et consorts. Une femme politique se définit par un mandat ou une fonction gouvernementale, un rôle et un poids politiques, qu’il soit local ou national. Et à l’origine préside la volonté, voire la vocation. Si Carla Bruni-Sarkozy a sans conteste un rôle et un poids politique, il lui manque l’essentiel. Tant sur le plan symbolique qu’institutionnel.

La question constitutionnelle s’était posée à l’été 2007. Cécilia n’avait pu témoigner devant la commission d’enquête. L’Elysée expliquait alors que l’épouse du chef de l’Etat avait été son "envoyée spéciale" en Libye et que, puisque Nicolas Sarkozy ne peut pas témoigner auprès de cette commission au nom de la séparation du pouvoir, par extension sa femme ne le pourrait pas non plus. Argument qualifié de "baroque" par Pierre Moscovici : "la notion d'envoyé personnel n'existe pas dans nos institutions". Et la question du statut de la Première Dame n’avait pas été tranchée…

Un flou artistique total plane ainsi sur le rôle de l’épouse du chef de l’Etat. Un ami journaliste me faisait d’ailleurs remarquer que ce flou date de l’élection de mai 2007, que ce n’est pas tant être "femme de président" que "femme de Nicolas Sarkozy". Embêtant ? Pas pour l’Elysée en tout cas. Il y a un avantage certain dans un régime présidentiel fort à pouvoir lancer des ballons d’essais sans qu’ils nous éclaboussent. Jusqu’ici, le Premier ministre jouait le rôle de paratonnerre. Une idée qui fait grincer, une initiative qui fait râler, une réforme qui fait gronder, et c’est le locataire de Matignon qui en faisait les frais. Mais l’exercice du pouvoir n’est plus le même avec Sarkozy. Il est en première ligne et c’est vers lui que reviennent se plaindre les mécontents.

De ce point de vue là, Carla Bruni-Sarkozy est le ballon d’essai diplomatique du président. Bisbilles avec la Chine ? Qu’à cela ne tienne, c’est l’épouse du président qui rencontrera le Dalaï Lama. Ne pas mettre en péril nos intérêts économiques en Birmanie ? C’est Carla qui montra au filet pour défendre Aung San Suu Kyi. Libre à lui d’appuyer ensuite ou pas l’initiative de son épouse. Il le fera pour le prix Nobel de la paix birman : "Naturellement, le président de la République est en plein accord avec son épouse sur ce sujet" déclarera Luc Chatel, porte-parole du gouvernement.

Et Rama Yade ? Elle n’avait qu’à accepter de se présenter aux européennes, après tout. Elle ira tout de même réclamer la libération du prix Nobel de la paix au Cambodge et au Vietnam. Bénéfice médiatique : zéro. Et voilà comment l’on fait d’une pierre deux coups.

Si d’un point de vue politicien, le mélange des genres réussit plutôt à Nicolas Sarkozy, il est plus inquiétant d’un point de vue sociétal de voir ainsi une "femme de" bénéficier du même crédit auprès du grand public que les femmes politiques qui se sont battues pour. C’est même une régression pour les plus féministes d’entre nous. Nous assistons depuis 2007 à une féminisation de la classe politique. Etre une femme politiquement impliquée ne choque plus aujourd’hui. Ce n’est même plus un argument électoral. L’évolution est due en grande partie au Parti Socialiste, reconnaissons lui encore une utilité en ces temps difficiles pour lui. Le PS a su en l’espace de deux ans investir une candidate aux élections présidentielles puis élire une Première Secrétaire. Nous sommes bien loin aujourd’hui des remarques misogynes de la présidentielle, n’en déplaise à Laurent Fabius. En quelque sorte, nous n’avions avant 2007 que des femmes en politiques. Aujourd’hui, elles sont véritablement femmes politiques.

Dans ce contexte, accorder à une "femme de politique" le même poids que ces élues nous renvoient à des dizaines, voire des centaines d’années en arrière, à la loi salique qui interdisait aux femmes la succession au trône, à la constitution de 1793 qui réservait le suffrage universel aux hommes, aux débuts de la Ve République où les femmes qui s’impliquaient devaient forcément être femme de ou veuve de. Rendons hommage aujourd’hui à ces Marcelle Devaud, Irène de Lipowski et autres Gilberte Brossolette. Elles ont posé la première pierre. Mais prenons garde à ce que l’édifice ne soit pas aujourd’hui complètement démoli.


Par Neila Latrous
Edgar A. Poe disait à propos de la nouvelle : « Elle a sur le roman à vastes proportions cet immense avantage que sa brièveté ajoute à l’intensité de l’effet. Cette lecture, qui peut être accomplie tout d’une haleine, laisse dans l’esprit un souvenir bien plus puissant qu’une lecture brisée, interrompue souvent par le tracas des affaires et le soin des intérêts mondains. L’unité d’impression, la totalité d’effet est un avantage immense qui peut donner à ce genre de composition une supériorité tout à fait particulière, à ce point qu’une nouvelle trop courte (c’est sans doute un défaut) vaut encore mieux qu’une nouvelle trop longue.»
Comment ne pas croire l’écrivain qui donna ses lettres de noblesse à ce genre littéraire original. La relation entre la nouvelle et les écrivains américains est plus qu’un passage obligé, c’est une profession de foi.. Elle peut être un simple exercice de style, mais elle permet surtout à l’apprenti des mots de se forger un univers propre, un angle de vue précis pour observer le monde et soi-même. Dans le maelstrom des auteurs outre-atlantique ayant démarré leur destinée littéraire par la publication (ou non) de leurs nouvelles, voici trois figures du vingtième siècle dont cette partie de leur œuvre est à découvrir ou à redécouvrir.

Jack London :

Il fut, à coup sûr, l’écrivain américain le moins bien cerné en France jusqu’au jour où la maison d’édition Phébus décide intelligemment de publier depuis la fin des années 1990 l’ensemble de son œuvre. Jusque ici, London était cantonné à une image de conteur naturaliste pour la jeunesse avec les deux livres emblématiques que sont Croc-Blanc et l’Appel Sauvage intitulé également l’Appel de la Forêt. Depuis, on a pu découvrir, au travers d’une trentaine d’ouvrages, un écrivain d’une incroyable modernité autant dans son style que dans l’approche des grandes questions anthropologiques et sociologiques de son époque (matérialisme, condition humaine, devenir de la civilisation occidentale, acculturation,…). A tout cela une origine.. Son expérience mémorable au Klondike, région centrale de l’Alaska, en 1897-1898 lors de la dernière grande ruée vers l’or (plus de 100 000 prospecteurs recensés) dans une Amérique alors en pleine crise économique. London en reviendra avec quelques grammes d’or, le scorbut et une féroce envie d’écrire. De 1899 à 1901, il publie une trentaine de nouvelles au sein de revues (notamment The Overland Monthly) qui seront rassemblées quelques années plus tard en trois recueils : Le Fils du Loup, Les Enfants du froid, Dieu de nos pères (trop fraîchement édité par Phébus début 2009 pour avoir été lu par mes soins, je m’en excuse par avance). Avec Le Fils du Loup, London étudie l’homme au sein du Wild. Cette terre du grand Silence Blanc, splendide d’inhospitalité où les caprices de la nature tiennent lieu de providence. Ici, la moindre expérience devient épique mais le grand talent de London est de nous narrer l’aventure à hauteur d’homme. L’homme dans sa faculté d’adaptation, son sens de l’entraide, de la lâcheté, du dépassement, du vice et surtout dans son impuissance. Avec les Enfants du froid, London est proche du travail de l’ethnologue tout en gardant son sens du mystère. Il se fait l’observateur des tribus indiennes du Grand Nord. Il n’encense pas, il ne critique pas, il trace une perspective, celle de l’incompréhension, de l’incompatibilité entre l’homme blanc devenue machine matérialiste et la complainte des Indiens rendant hommage aux «Lois de la Vie».
Le mot de la fin pour Jeanne Campbell Reesman, spécialiste de l’œuvre de London : «(…) Johnny London, fasciné par le réel le plus immédiat mais le suspectant d’avoir plus d’un tour dans son sac, trouva chez les «sauvages» le moyen de prendre la bonne distance avec le monde : le décrire en y mettant même quelque minutie (…), à condition de veiller à ne pas en parasiter le ‘’chant profond ‘’».

Jack London, Le fils du loup (2000), Les enfants du froid (1999), Dieu de nos pères (2009), Editions Phébus collection Libretto.


Jack Kerouac :

Pour Kerouac, la nouvelle est un chant tout comme un poème est un chorus musical. En 2006, la maison d’édition Denoël eut la bonne idée de publier les écrits de jeunesse du chantre de la Beat Generation. On y retrouve, pêle-mêle, des pièces de théâtre, de courtes autobiographies à destination de potentiels éditeurs, de la poésie ainsi que de brèves nouvelles. Ecrites entre 1936 et 1944, elles sont la déclinaison parfaite de tous les thèmes qu’il abordera dans son œuvre à venir (la famille, le football, l’amitié, l’Amérique, le Jazz, l’instant d’éternité) et notamment son premier roman The Town and the City publié en 1950 (affreusement traduit en français sous le titre Avant la route). On peut distinguer trois contextes de production dans ses années de formatrices. Le premier, est celui de Lowell, sa ville natale du Massachussets. Lieu des premiers émois, des premières amitiés, des premières visions, le «ptit Jean» s’invente une vie de journaliste local et rêve de gloire. Le second, s’inscrit dans sa période universitaire à Horace Mann et Columbia à New York. C’est l’époque de l’apprentissage des grandes oeuvres et se retrouve dans son écriture sous la délicieuse influence de Walt Whitman, de Saroyan, de Wolfe, d’Halper, de Joyce. C’est surtout l’époque des premières virées au sein de la Grosse pomme, de son vice cosmique, de ses promesses fiévreuses. Enfin, le troisième contexte présente les premiers jalons de la Beat Generation après ses rencontres avec Allen Ginsberg, Lucien Carr, William Burroughs.
Finalement ce qui ressort outrageusement de ce recueil, c’est l’envie du jeune écrivain de bouffer l’horizon, tutoyer l’inconnu, s’arrimer aux amitiés les plus folles. Lowell, Boston, New York ne suffisent plus, pour Kerouac il est l’heure de tourner le regard vers l’Ouest.

Jack Kerouac, Underwood Memories, Denoël&d’ailleurs, 2006.



Thomas pynchon :

L’écrivain le plus inclassable et le plus mystérieux de son temps a fait ses armes avec la nouvelle. Cinq pièces écrites entre 1958 et 1964 principalement durant sa période universitaire.. La dernière étant postérieure à son premier roman V (1963). A cette époque, il est fortement influencé par le mouvement de la Beat Generation et l’émergence d’un nouveau genre du roman américain pratiqué par Philippe Roth, Herbert Gold et Saul Bellow. Néanmoins, vingt ans plus tard, Pynchon est presque au bord du reniement de ses premiers écrits comme le prouve la fameuse préface qu’il écrivit pour le recueil rassemblant ces cinq nouvelles, L’homme qui apprenait lentement. Notons cette phrase : «J’espère (…) que ces nouvelles prétentieuses ou un peu cruches ou mal fichues, à l’occasion, pourraient avec leurs défauts intacts, servir d’exemples pour l’étude de fiction au niveau élémentaire. Elles pourraient également montrer au jeune écrivain ce qu’il convient d’éviter». Pynchon est très sévère avec lui-même. Dès le départ, il cherchait à interroger les failles et les égarements de l’Amérique par l’humour, le fantastique, l’absurde, le scientisme, le métaphysique, au fond par l’écriture totale. Celle qui embrasse au sein d’une œuvre une multitude de phénomènes et de questionnements, en y mélangeant les genres et les références. Petite pluie relatait certains souvenirs de sa période au sein de l’US Navy. Basses Terres faisait un détour vers la frontière entre imaginaire et réalité au sein de la jeunesse. Entropie fut écrite sous l’influence de ses études universitaires et essayait de mélanger science mécano-thermique et psychédélisme. Sous la rose revisitait le roman d’espionnage sur fond d’azur égyptien. Intégration secrète offrait une plongée au vitriol dans la banlieue pavillonnaire américaine et son cloisonnement. Heureusement une bande de jeunes morveux visera à mettre un bon coup dans la fourmilière.

-Thomas Pynchon, L’homme qui apprenait lentement, Le Seuil collection Fiction&Cie ou collection Points, 1985.
Alexandre Roussel

YES WE CAN

par Nicolas Vidal
Sur les plateaux de Canal +, lorsqu’il s’agit de ballon rond, les analyses et les statistiques sont reines et princesses d’infos qui se mordent la queue avec une obstination fascinante ; pourcentage de buts marqués entre le 8ème et la 17ème minute de la fesse droite ou gauche, récupération et possession du ballon sous forme de croquis interactif vert ou bleu, série de victoires ou de matchs nuls depuis les années 82 par temps de pluie ou de neige (et oui, cela a son importance, Monsieur!), proportion de buts de la tête, du pied droit, du tibia gauche ou du petit orteil.
Rien n’échappe à la fameuse palette de Philippe Doucet. Et quelle palette ! Une sorte de grande parade du football avec ces calculs savants et ces algorithmes terriblement compliqués, nécessaires voire capitaux à la compréhension d’un “match de ballon”. Les commentaires de nos spécialistes laissent ponctuellement la place pendant le match ( et défense absolue de rater les commentaires à la mi-temps, c’est le climax !) à des salves fournies de considérations mathématiques de toutes sortes pour comprendre clairement que le débordement de l’ailier qui loupe lamentablement son centre n’est en fait qu’une mauvaise appréciation de l’hypoténuse qui relie le banc de touche au poteau du gardien. Et cette action où l’avant-centre finit à quatre pattes derrière le ballon n’est ni plus ni moins que la méconnaissance du cosinus que forment les trois défenseurs lancés sauvagement à sa poursuite, prêts à le faucher pour corriger cette triste équation.
Mais récemment, nous avons connu un paroxysme lors de ce match flamboyant, mythique même, entre Lyon et Le Mans malheureusement éclipsé par les élections américaines ! Voilà que l’équipe Canal + attitrée des soirées de Ligue 1 a clairement expliqué pendant de longues minutes ce à quoi pouvait correspondre le coefficient de spectacularité ! J’ai eu beau chercher “spectacularité” dans le dictionnaire mais rien, introuvable, totalement absent entre spécimen et spectre ! Alors je me suis tourné vers “coefficient” et là, je cite “nombre qui multiplie la valeur d’une quantité”. Alors, posons, dès à présent, ces deux termes côte à côte et tentons de comprendre la démonstration de nos confrères “footeux” de Canal +. Peut-être qu’en divisant le nombre de spectateurs (n’oubliez pas de soustraire les invités, les journalistes, les femmes enceintes et les stewards), au nombre de joueurs gauchers ( Ne tenez pas compte des gardiens) et en additionnant à ce résultat, le nombre de joueurs enrhumés ou constipés ce soir-là et en multipliant tout cela par le nombre de contrôles de l’oreille, on doit parvenir grosso modo, au nombre magique du coefficient de spectacularité.
Je vous concède que commenter un match de Ligue 1 n’est pas forcément une partie de plaisir, mais meubler avec des concepts aussi avant-gardistes a quelque de chose de terriblement stupéfiant et de ...“spectaculaire”.
Et grâce à vous, Messieurs, nous pouvons encore rêver d’une Ligue 1, enorgueillie d’un coefficient de spectacularité bien en avance sur nos voisins européens et ce pour encore de longues années.
YES, WE CAN !
Par Nicolas Vidal
Qui est le mystérieux papa du bébé qu’attend Rachida Dati ? La question accompagne l’arrivée des plats dans les dîners parisiens un peu huppés, ou pas huppés du tout, ce qui, finalement, revient au même. De la concierge de l’immeuble de mon meilleur ami au directeur de la rédaction du premier des news magazines, on sait, on croit savoir, on a entendu dire, on pense que..Mais enfin, voyons, chère amie… c’est évident !

Quand on en a fini sur la paternité du divin enfant, on s’attaque à la vie privée de madame Angot, Christine de son prénom. Laquelle sulfureuse auteur, raconte ses aventures « sentimentales » avec Doc Gyneco, dans un livre que j’ai trouvé fort bien écrit par ailleurs.

Il y a quelques semaines, je me suis retrouvée dans un bistrot avignonnais, entourée de lycéens. On passait de Madame la garde des Sceaux aux dernières tribulations des candidats de l’Île de la tentation. Vous savez, le populaire programme de télé-réalité de TF1. Il s’agit de prendre des couples mal-en-point sentimentalement, ou à la vie privée quelque peu compliquée, et de les soumettre aux pires tentations sexuelles dans un lagon de rêve, le tout arrosé de beaucoup de champagne. Du très intellectuel. « Mais non, c’est un faux couple je te dis… Il paraît même que… Machin a fricoté avec truc pendant que bidule pleurait son amour perdu… ». J’avoue que de la ministre à l’Île suscitée, c’était un peu du pareil au même... du bavardage médiatique.

Loin de moi l’envie de démontrer ici mon éclectisme en matière de relations publiques. Des chroniqueurs politiques les plus chevronnés aux élèves de première du Lycée Théodore Aubanel, j’avoue ne pas faire de sectarisme. Mais là n’est pas la question. Non, la morale de cette histoire, c’est que si l’on sait depuis longtemps que les sujets de conversation n’évoluent guère de 17 à 77 ans, il est évident que le microcosme politique était un peu plus discret que le commun des mortels sur la vie privée de ses protagonistes, surtout dans un contexte aussi sulfureux. Évidemment, ces types de commérages ont toujours fait le bonheur de la presse people, et passionné les foules. Sauf que. Sauf qu’avant l’ère Sarkozy, on s’abstenait de les jeter en pâture sur la place publique.
On avait l’habitude d’entendre Loana (Loft Story, M6, 2000) nous conter par le menu ses problèmes de cycles menstruels ou la fréquence de ses allers et venues chez le coiffeur, mais il était déjà plus rare d’entendre un ministre en fonction nous narrer l’état d’avancement de ses petits bouleversements intimes.

Aujourd’hui, comment expliquer que la politique est une chose sérieuse quand on passe des piqûres de moustiques qui démangent les compétiteurs de Koh-Lanta, autre programme de télé-réalité bien connu, à Rachida Dati et à ses révélations essentielles pour l’avenir de la justice française : « Je veux rester prudente car ce n’est pas encore consolidé (sic) Je suis encore dans une zone à risque. J’ai 42 ans ». Voilà qui est palpitant en pleine réforme de la carte judiciaire ! Je me disais bien que le pays avait des problèmes graves ; et d’ajouter « J’ai une vie privée compliquée, c’est la limite que je me pose vis-à-vis de la presse ». Edifiant ! Nous voilà retombé en pleine Île de la tentation.
Soyons très clairs ; je n’ai rien contre Madame Dati, que je crois être une femme d’exception à certains égards. Elle est sans doute, elle-même, la victime de ce que j’appellerais la « téléréalitisation » de la politique. Tout savoir sur tout de nos politiques, en temps réel, comme si des dizaines de caméras devaient les suivre jusque dans leur cabinet de toilette. Ainsi avons-nous déjà eu droit au Twitter, sorte de pager qui permet à un « politique » de communiquer, en temps réel, toute sa palpitante activité à l’ensemble de ses partisans abonnés. Chouette, chouette, chouette... Ils devaient être bien heureux de savoir, à la seconde près, que Madame Hortense Harang, candidate pour le Modem dans le Loiret, venait d’arriver sur tel ou tel marché lors de la dernière campagne électorale. Inutile de dire que ça n’a pas suffi à lui faire gagner les élections !

Sur Internet, il existera bientôt autant de pages FaceBook visant à tourner en dérision la téléréalité politique, qu’il en existe concernant la téléréalité tout court. Ainsi, ais-je été invitée, il y a peu, à un groupe sur FaceBook : « Le groupe de ceux qui ne sont pas le père du bébé de Rachida Dati » !

Puisque les chroniques sont aussi faites pour tirer les sonnettes d’alarme qu’on ne pense pas à déclencher dans l’urgence, je prends ce soin extrême de la tirer, et fort. La France vaut mieux que des bavardages ineptes sur la grossesse des femmes qui sont supposées la gouverner. Un peu de classe, que diable, à la Une des magazines d’actualité politique. Gardons ce débat débile pour nos dîners entre copains, comme cela a toujours été le cas car, finalement il faut s’y faire, nous sommes tous des lycéens.

Au fait, si l’on attendait la naissance du chérubin pour se livrer au traditionnel jeu des ressemblances ? Qui sait ? On pourrait peut-être trouver le papa ?
Je le jure…C’est pas moi!

Tristane Banon

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