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Coree du nordPar Nicolas Vidal - Suivez Benjamin Decoin, photographe, dans un voyage passionnant dans l’un des pays les plus hermétiques et fermés de la planète. Le travail de Benjamin Decoin est une passionnante découverte sociologique et géographique au pays de la dynastie des Kim. Antoine Bondaz apporte, pour sa part, son expertise géo-politique de ce pays et des craintes qu’il suscite auprès de la communauté internationale notamment sur sa stratégie nucléaire.

BENJAMIN DECOIN - photographe

Benjamin, qu’est ce qui vous a poussé à devenir photographe ?
Prendre des photos, c’est à la fois un moyen - une obligation - de découvrir l’autre et de raconter son histoire.
Je suis reporter photographe, une photo, aussi belle soit-elle, doit rapporter, dire quelque chose, pour être utile, sinon c’est une image.  
 
Pourquoi avoir choisi la Corée du Nord pour terrain d’études ?
D’abord j’ai toujours été fasciné par la Corée du Nord, et par l’image qu’elle représente à l’étranger. J’ai pensé qu’en allant là-bas je découvrirais de quoi il retournait vraiment. Je suis revenu avec davantage de questions que de réponses.
Ensuite, la Corée du Nord est un formidable terrain de ‘jeu’ pour tout photographe. La communication du régime passe avant tout par l’image, qui est omniprésente. Les couleurs, l’obsession de la symétrie, la démesure de l’architecture, les anachronismes sont omniprésents et autant d’occasions de photos différentes. Mais, encore une fois, avant d’être un projet photographique, c’était davantage un voyage ‘égoïste’ : essayer de comprendre pourquoi et comment ce pays pouvait vivre de façon si différente du reste du monde.  
 
Comment s’est déroulé votre travail sur place qu’on imagine aisément compliqué ? Comment déjoue t-on les codes et les interdictions pour faire des clichés ?
 Il est très facile d’être un touriste en Corée du Nord car tout est organisé. Ce qui est plus compliqué, infiniment plus compliqué, est de sortir du chemin imposé. Vous voyez une scène formidable sur le trottoir d’en face. Impossible d’aller faire une photo. Il faut se contenter de ce qui se présente directement, sans pouvoir chercher, ce qui est habituellement le ‘travail’ d’un photographe.  Certaines photos sont interdites. L’armée, le génie civil. Tout dépend des guides et des régions. Ce qui est intéressant n’est pas tant de photographier ce qu’ils interdisent (c’est une entreprise assez vaine) que de décrypter ce qu’ils veulent que l’on photographie, et pourquoi. Cela dit bien plus sur la société que toutes les photos de paysans en guenilles ou de soldats endormis.
 
En somme, comment un photographe appréhende-t-il la censure et la propogande d’un Etat comme la  Corée du Nord ?
Lorsqu’on parle de censure on s’attend à ce que le régime regarde vos photos et efface celles qui ne lui plaisent pas. Ca m’est arrivé lorsque je suis passé à un petit poste de frontière entre la Corée du Nord et la Chine. Quand on arrive et repart par l’aéroport de Pyongyang c’est plus rare, les militaires ont, je pense, autre chose à faire. La censure s’exerce à un autre niveau, puisque tout ce que vous voyez a été prévu à 90% par le régime. Le risque de prendre une photo «dérangeante» est ainsi limité. Les 10% d’imprévus sont les plus savoureux.  Ce sont des situations souvent ubuesques, parfois tristes, d’autres fois drôles.
 
Suite à ce voyage, que diriez-vous pour décrire ce que vous avez vu de la Corée du Nord ?
On parle souvent d’un pays qui serait resté coincé dans l’Histoire, à l’ère soviétique. Par certains aspects matériels, c’est assez vrai. Mais davantage qu’un voyage dans le temps, c’est un voyage sur une autre planète, une uchronie.
J’ai vu ce qu’on a voulu me montrer, sans savoir si c’était vrai ou faux.
 
ANTOINE BONDAZ - Docteur associé au Ceri-Sciences Po et membre du Korea-Europe Next Generation Policy Experts Forum

Qu’est ce qui fait la spécificité totalitaire de la Corée du Nord ?
Le régime nord-coréen est le dernier des régimes totalitaires ce qui, selon la définition du politologue américain Carl Joachim Friedrich, repose sur six caractéristiques. Premièrement, le régime s’appuie sur une idéologie, non pas le communisme, dont la mention a été retirée de la Constitution en 2009, mais le Juche qui infuse toute la politique nord-coréenne. Deuxièmement, le régime est caractérisé par l’omniprésence, à tous les niveaux de la société, du Parti des travailleurs de Corée, créé en 1949. Troisièmement, un contrôle policier très fort va à l’encontre des libertés fondamentales, dont la liberté d’expression ou la liberté de déplacement qui sont pourtant officiellement garanties par la Constitution. Quatrièmement, les moyens de communication sont étroitement contrôlés par le régime et un véritable culte de la personnalité est mis en place par les médias d’État afin de garantir la légitimité du régime. Cinquièmement, le poids de l’armée, quatrième armée du monde en termes d’effectif et étroitement contrôlée par le Parti, est primordial. Et enfin, sixièmement, la Corée du Nord est l’une des dernières économies centralisées et planifiées.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la dynastie des Kim ? En cela quelle est la différence de règne et de style entre Kim Jong-un à son père Kim Jong-Il ? Est-il plus autoritaire que son père ?
La République populaire démocratique de Corée, fondée en 1948, est le seul régime totalitaire dynastique au monde. Kim Jong-un a succédé à son père en 2011 qui lui-même avait succédé au sien, le fondateur du régime, Kim Il-sung. Bien que le style de Kim Jong-un diffère de celui de son père, et se rapproche de celui de son grand-père en s’affichant comme plus proche du peuple et soucieux de son bien-être et en multipliant les visites sur le terrain et les discours en public, la nature du régime n’a pas changé. Le trentenaire dirige le pays d’une main de fer tout comme son père, purgeant le Parti des travailleurs de Corée afin d’éliminer toute opposition potentielle à l’exercice de son pouvoir et de s’assurer la loyauté des dignitaires du régime à travers l’instauration d’un climat de peur.

A votre avis, comment la dynastie des Kim a pu se maintenir au pouvoir malgré la chute de l’empire Soviétique ? Autrement dit comment les Kim ont-ils réussi à asseoir leur pouvoir malgré les changements géopolitiques majeurs depuis 1989 ?
A la fin des années 1980, la Corée du Nord fait face à une crise protéiforme qui va profondément déstabiliser le régime. La majorité des experts et des universitaires considèrent alors qu’un effondrement du régime nord-coréen est inévitable. Sur le seul plan économique, l’économie nord-coréenne s’effondre ce qui, couplé à de violentes inondations, provoque une crise alimentaire et une famine sans précédent. Cette crise a des conséquences durables à tel point qu’aujourd’hui le PIB nord-coréen est tout juste revenu à son niveau des années 1980. La résilience du régime est due principalement à sa nature totalitaire. Kim Jong-il accorde alors la priorité au développement des capacités militaires du pays. Cette stratégie lui permet de renforcer les capacités de dissuasion du pays face à une intervention étrangère tout en accroissant le contrôle sur la population. Il en fait une des sources de la légitimité du régime alors que l’État providence n’est plus qu’une lointaine utopie. En parallèle, il va mener une diplomatie tous azimuts afin de réduire la pression internationale sur le pays en participant notamment au premier sommet intercoréen à Pyongyang en 2000.

En ce qui concerne la force de frappe nucléaire, est-ce que la communauté internationale parvient-elle à savoir où en est la Corée du Nord ?
Depuis plus de vingt ans, la Corée du Nord a défié les injonctions de la communauté internationale et de l’Agence internationale à l’énergie atomique qui lui demande de mettre un terme à son programme nucléaire militaire. Le pays s’enfonce dans une impasse stratégique qui s’explique tant par sa détermination à se doter d’armes nucléaires que par l’échec de la communauté internationale à l’en dissuader.
Le régime a annoncé avoir développé une bombe à hydrogène suite à l’essai nucléaire de janvier 2016, et être parvenu à miniaturiser la bombe, indispensable afin de la monter sur un missile balistique, suite au dernier essai de septembre. Cependant, il est très difficile de connaitre avec précision l’état d’avancement du programme nucléaire nord-coréen. Le pays fait cependant des progrès rapides, notamment depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un qui multiplie les essais tant nucléaires que balistiques.

Aujourd’hui, quelles sont les sanctions internationales entreprises contre la Corée du Nord? Sont-elles suffisantes à vos yeux pour freiner Kim Jong-Un dans sa course à l’armement nucléaire?
Les sanctions internationales, qu’elles soient unilatérales - comme les récentes sanctions américaines visant Kim Jong-un pour « graves violations des droits de l’homme » - ou multilatérales - à l’instar des six résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU depuis 2006 - n’ont pas entamé la détermination du régime. Contrairement aux attentes occidentales, Pyongyang perçoit les bénéfices sécuritaires apportés par son programme nucléaire et balistique comme dépassant largement les coûts économiques des sanctions.
La République populaire démocratique de Corée fait en effet l’objet de sanctions internationales depuis sa fondation en 1948 et a su s’y adapter. Si ces sanctions ont ralenti le programme nucléaire et balistique nord-coréen, elles n’ont pas permis d’y mettre un terme. Compte tenu de l’absence de consensus international sur la nature des sanctions à adopter, la Chine souhaitant éviter toute sanction radicale qui conduirait à un effondrement du régime, il est aujourd’hui difficile d’imaginer que la Corée du Nord abandonne un programme dans lequel elle a tant investi depuis des décennies.


Corée du Nord
Plongée au coeur d’un Etat totalitaire
Photographie : Benjamin Decoin
Textes : Antoine Bondaz

Editions du Chêne

www.benjamindecoin.com

 

( Crédit Photo : Benjamin Decoin )

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