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JeremyFelPar Romain Rougé - Les loups à leur porte est le premier roman de Jérémy Fel. Chronique de personnages indépendants qui s’avèrent être liés les uns aux autres par le mal qu’ils font ou qui les traque, le livre tire sa force de sa tension constante et de sa narration originale.

Les loups à leur porte est votre premier roman. Qu’est-ce qui vous a donner envie de vous lancer dans l’écriture ?

Tout simplement le désir d’emmener des lecteurs dans mon univers (et de donner une forme plus concrète à celui-ci), de créer des histoires, des atmosphères, des personnages... Et, comme le disait Céline, de mettre mes «tripes sur la table pour voir ce que cela donne.»

Vous dites vous sentir proche de tous les personnages du roman, même du terrible Walter  ! On imagine qu’écrire 12 personnages principaux en même temps n’est pas aisé… L’empathie, même pour les « loups» détestables, est-elle pour vous un gage de qualité d’écriture ?

J’ai en effet essayé de faire en sorte que les lecteurs puissent, à des degrés divers, éprouver de l’empathie envers chacun de mes personnages, même ceux qui commettent des crimes, qui basculent de l’autre côté. Sans cautionner leurs actes, il devient alors au moins possible de comprendre le cheminement psychologique qui les a menés à se retrouver dans de telles situations. Concernant Walter, bien sûr, c’est un peu différent. Lui représente le mal à l’état pur, un personnage proprement monstrueux qui contamine la vie de tous ceux qu’il croise, ce qui n’a pas non plus empêché certains lecteurs de discerner en lui des côtés humains, voire sympathiques... Il est vrai que je me sens proche de chacun de mes personnages car ce sont avant tout des êtres humains qui commettent des actes que nous aurions tous peut-être pu commettre dans des conditions similaires (je dis bien «peut-être»...). Je ne voulais à aucun moment laisser transparaître un quelconque jugement moral de ma part. Je leur donne vie du mieux que je le peux, avec un regard finalement assez bienveillant, et c’est ensuite au lecteur, après avoir suivi un bout de chemin en leur compagnie, de se positionner d’un point de vue éthique sur leur parcours.

Dans les différentes critiques de votre livre, on retrouve souvent la référence à David Lynch. Il est vrai que certains personnages féminins font penser à Laura Palmer. On retrouve notamment des analogies dans l’ambiance, la folie des personnages, avec la ville de Twin Falls qui fait penser à Twin Peaks… L’univers Lynchéen vous passionne-t-il ?

Lynch a été un de mes premiers grands chocs artistiques. Quand j’ai découvert Blue Velvet, au lycée, j’ai tout de suite été fasciné par cet univers jouant si brillamment avec l’onirisme, l’inquiétante étrangeté... Je vois bien sûr son influence sur mon écriture, sur certaines ambiances de mon roman ainsi que chez plusieurs de mes personnages. On a souvent comparé Walter avec le Frank Booth de Blue Velvet ou le Dick Laurent de Lost Highway par exemple, ce qui n’était pas consciemment voulu mais ne me surprend pas. Et autant vous dire que j’attends la troisième saison de Twin Peaks avec impatience !

Vous dites aimer raconter des histoires d’individus qui n’ont rien à voir les uns avec les autres en créant des liens entre eux. C’est en effet très réussi dans le roman. Pour vous, les relations établies sont-elles forcément inintéressantes ?

J’aime en effet la multiplicité de point de vues en général, les romans dits «polyphoniques».  Au départ, Les Loups à leur porte était un recueil de nouvelles, et j’ai eu très tôt envie de trouver un moyen de faire se croiser certaines de ces histoires. Le but ensuite était que chaque lecteur, en commençant un nouveau chapitre, trouve un côté ludique à se demander quel pourrait être le lien avec les autres. Après, je lis aussi de nombreux romans beaucoup plus «linéaires». Il n’y a pas de règles en littérature, et j’ai des goûts très éclectiques.

L’aspect puzzle assumé du récit intrigue forcément au départ. Mais comment avez-vous pensé le maintien de l’intérêt du lecteur pendant plus de 400 pages ?

En créant un arc narratif principal, justement pour éviter un côté trop morcelé, même si je ne voulais pas non plus que tous les chapitres soient liés de façon systématique. Ce sont douze destins qui se croisent et agissent les uns sur les autres de manière plus ou moins franche, certaines histoires étant même très faiblement liées. C’est aussi pour cela que j’ai créé le personnage de Walter, qui représente une sorte de fil rouge, le «chef de meute», chaque chapitre ayant, de près ou de loin, un rapport avec lui. Le but était de faire de ces douze histoires assez variées un tout cohérent, avec une vraie progression dramatique.

Vous n’aimez pas les romans qui s’enferment dans un genre particulier. Effectivement, Les loups à leur porte passe d’un genre à l’autre sans pour autant perdre le lecteur. Dès lors, vous ne vous êtes imposé aucune limite dans l’écriture ?

Au contraire, j’aime beaucoup les romans de genre en général mais j’avoue encore plus aimer les romans qui jouent avec les genres, plus insaisissables, et que l’on pourrait appeler des «transfictions». Et c’est vrai que j’essaie de ne m’imposer aucune limite, de constamment tenter de surprendre le lecteur, de faire en sorte qu’il avance à tâtons entre ces pages, sans trop savoir où aller. Je n’ai jamais, au cours de son écriture, clairement défini ce roman comme un roman noir, un roman d’horreur, un thriller psychologique etc, mais plutôt comme une roman influencé par tous ces genres... D’ailleurs, il est paru chez Rivages dans une collection qui joue constamment avec des genres très différents.

Parlons de la figure du mal, omniprésente dans le roman et « dans chacun d’entre nous » selon vous. Au fond, comment définiriez-vous le mal ?
Jérémy Fel a-t-il déjà succombé à la tentation ?

Les loups à leur porte n’est pas, bien entendu, une thèse sur le mal ni une tentative de le définir. En revanche, je voulais avec mes moyens plonger le lecteur dans le cerveau de personnages qui y sont confrontés, d’à la fois le forcer à ressentir les émotions et les sensations de ceux qui le commettent et de ceux qui en sont victimes. Le rapport au mal en devient alors plus physique, viscéral, qu’intellectuel. Si on prend le terme d’un point de vue moral, le mal représente à mes yeux ce qui est proscrit par la société, ce qui porte atteinte à la liberté et à la vie de l’autre. Et je ne cache pas que j’aime mettre en scène des personnages qui, en connaissance de cause ou pas, franchissent la frontière... Quant à savoir si j’ai déjà succombé à la tentation, je peux vous rassurer en vous disant que ce roman n’est nullement autobiographique...

Vous dites avoir eu peur d’être considéré comme le Dick Rivers de la littérature, d’être l’écrivain qui singe les auteurs américain. Au fond, pensez-vous que l’on puisse enrichir une vie, un travail, un roman sans « modèles » ou « références » ?

Là en fait je reprenais les termes de Nelly Kaprièlian, quand elle m’a interviewé pour Les inrocks. Mais c’est vrai que j’avais un peu peur que l’on m’accuse d’imiter certains grands auteurs américains, de tenter de faire (vainement) de la littérature américaine. Je dis souvent que mon roman est un roman français mais dont une partie se situe aux Etats-Unis. Par contre je ne cache pas mes influences. Ce n’est pas un hasard que le roman débute au Kansas et se poursuit dans l’Indiana et à San Francisco. On ne peut pas, à mon avis, tenter de construire une oeuvre littéraire sans avoir de modèles ou de références, et je suis toujours très heureux qu’elles transparaissent dans ce roman, et des rapprochements avec de grands auteurs que font certains lecteurs. C’est un premier roman, il est forcément pétri d’influences diverses, c’est aussi comme cela qu’on se construit en tant qu’auteur.

En tant que grand fan de Stephen King et de littérature fantastique et américaine en général, quels sont les livres indispensables dans votre bibliothèque ?

Pour Stephen King, je dirais : ça et La tour sombre. En littérature fantastique, je citerais Imajica de Clive Barker, Gormenghast de Mervin Peake, L’échiquier du mal de Dan Simmons, Ghost Story de Peter Straub. Et en littérature américaine, pêle-mêle : Bellefleur de Joyce Carol Oates, Feu pâle de Vladimir Nabokov, Contre-jour de Thomas Pynchon, Dans la ville des chasseurs solitaires de Tom Spanbauer, Les cités de la nuit écarlate de William Burroughs, Lunar Park de Breat Easton Ellis, De Chair et de sang de Michael Cunningham, Le monde selon Garp de John Irving...

Le roman a été très bien accueilli par la critique et le public. Dans quel état d’esprit êtes-vous huit mois après ?

Je suis évidemment très heureux et ému de l’accueil qui lui a été réservé, mais aussi de voir que ce roman peut provoquer des réactions à la fois passionnées et très contradictoires. Ces huit mois sont passés à une vitesse folle. Et je suis bien entendu pressé de finir le prochain !

Vous participez à la Comédie du livre de Montpellier cette année. En tant que jeune romancier, quel regard portez-vous sur cette manifestation ? Comment appréhendez-vous votre rencontre avec le public ?

C’est toujours un grand plaisir de participer à ce genre de manifestation, de rencontrer des lecteurs et prendre le temps de partager avec eux leur ressenti, mais aussi de donner à d’autres l’envie de me lire. Cela reste encore un peu surréaliste pour moi de me retrouver derrière une table à signer mon livre. Je suis également ravi de participer à une rencontre en compagnie de deux auteurs a priori très éloignés de mon univers, et c’est d’ailleurs la première fois que je me rendrai à Montpellier, ce qui me rend d’autant plus impatient.  

Les loups à notre porte
Jérémy Fel
Editions Rivages
448 pages - 20 euros

Crédit photo : Frédéric Stucin

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