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Capture décran 2016 05 10 à 16.27.39Metteur en scène reconnu, amoureux de Shakespeare, réalisateur et écrivain, Peter Brook est un artiste accompli. L’homme aux 91 bougies présente « Battlefield » au Printemps des Comédiens. Une incise au monument indien Mahabharata qu’il avait adapté à Avignon, il y a 36 ans, dans une immense fresque de neuf heures. Il revient pour nous sur les fondements de l’une des oeuvres les plus marquantes de sa carrière, sur sa nouvelle pièce et sur la société d’aujourd’hui. Rencontre.


Pourquoi avoir revisité votre oeuvre majeure Mahabharata ?

Quand on voit l’actualité tous les jours et tout ce qui se passe dans le monde, on peut se demander pourquoi on continue à nous montrer des événements qui se passaient il y a cinq ans, cinquante ans, ou même dix siècles auparavant… Et malheureusement ce qui était prévu il y a trois mille ans à une résonance aujourd’hui… C’est dans le titre de notre nouvelle pièce Battlefield. Qu’est-ce que vivre avec la victoire ? Ceux qui ont gagné une guerre, avec toutes ses atrocités, sont responsables de l’avenir maintenant. Tous les hommes d’Etat, qui sont élus et qui viennent faire des discours à l’ONU, se retrouvent devant cette situation : quelle est notre responsabilité ? Alors le Mahabharata et sa sagesse, qui vient de si loin, nous mettent face à la réalité d’aujourd’hui, à tous les niveaux, tout ce qui concerne les conflits, les tentations, les confusions. Et en même temps le message du Mahabharata est positif. Si on regarde les informations tous les jours, on ne peut pas rester confiant pour l’avenir du monde et de l’être humain. Le Mahabharata va plus loin dans la nature du conflit et dans la nature humaine. Il nous amène du courage et de la confiance.

Cette fois-ci, vous vous être concentré sur une petite partie de cette fresque. Pourquoi ?

Quand on a repris ce thème, parmi des centaines, il s’est imposé naturellement à nous, Marie-Hélène Estienne, Jean-Claude Carrière et moi-même. Il parle du monde d’aujourd’hui. Avec Jean-Claude Carrière, un ancien collaborateur, on a commencé à se poser la question de ce choix et il m’a dit que dans l’immense texte du Mahabharata, c’est une petite phrase qui résume tout ce que nous voulions faire : « La victoire est une défaite. »

Vous revenez à ce texte, après une fresque immense de 9 heures il y a 30 ans au festival d’Avignon. Aujourd’hui vous adaptez un format minimaliste, très épuré, avec seulement 4 comédiens, un décor simple. Est-ce pour donner une dimension plus humaine au public ?

En fait, il y a deux aspects. Même si on a du mal à le croire aujourd’hui, lorsque nous avons commencé à travailler sur le Mahabharata au tout début, le mot était inconnu de tous, en dehors de l’Inde. Même pour certains savants et professeurs. C’est comme si on découvrait un endroit où personne n’avait entendu parler de la Bible ou du Coran. En Inde on dit « quelque chose qui n’est pas dans le Mahabharata n’existe nulle part ». À l’époque, on avait senti que c’était le moment de présenter au public occidental, cette oeuvre immense que personne ne connaissait. C’était une responsabilité pour nous de la présenter mais c’est aussi une responsabilité du public de s’ouvrir à Mahabharata.
Si on voulait faire un spectacle sur le texte entier, ça prendrait dix-huit jours. En faisant un spectacle de neuf heures, c’était déjà une réduction immense. Il fallait donner cette dimension extraordinairement riche, lumineuse et poétique de l’oeuvre, on a mis en oeuvre tous les moyens du théâtre pour que cela puisse servir à donner au Mahabharata une version digne de sa première sortie en Occident. On a tellement travaillé sur ce projet. On avait fait énormément de répétitions et c’était extrêmement couteux.
Aujourd’hui, nous répondons à un autre besoin. Le but est de faire une pièce qui parle directement aux spectateurs. On n’est pas là pour faire autre chose. C’est pour ça que nous prenons cette direction, entreprise depuis quelques années déjà, de simplement tout réduire à l’essentiel, à ce qui porte le mieux le sujet, sans décoration. Aujourd’hui, dans le milieu du théâtre, il y a une tentation de décorer et finalement on n’en a pas besoin. Dans mon travail il y a une recherche de l’essentiel et de manière naturelle, tout ce qui cache l’essentiel est inutile.

Les textes de Mahabharata sont vieux de plusieurs milliers d’années, pourtant ils ont une résonance forte avec l’actualité et le monde d’aujourd’hui… C’était l’intention principale ?

Le théâtre n’est juste que dans le présent. Dans la langue française, on parle d’une « représentation ». J’ai passé ma vie à lutter contre tout ce qui est traditionnel dans le sens moribond, inerte de ce mot. Le présenter, si c’est une oeuvre comme celles de Shakespeare que j’ai adapté à plusieurs reprises, le but n’était pas de reconstituer d’une manière artificielle le monde autour de Shakespeare, mais de le faire dans un intérêt humain avant tout.
Aujourd’hui, il ne faut pas être naïf et croire que si l’on introduit des costumes modernes et des téléphones on représente « l’actuel ». Non. L’actualité ne correspond pas à sa représentation. C’est au moment où le spectateur partage avec les acteurs un thème particulier, que subitement les mots, les gestes deviennent convaincants et on y croit, dans le présent. C’est pour ça qu’on a mis des costumes très simple. Si on avait mis des costumes d’époque, on perdrait cette notion « d’actuel ». Mais, si on ne fait rien du tout et que tout le monde joue en jean et tee-shirt, il manquerait quelque chose. Je recherche toujours la simplicité. Ce n’est pas un slogan mais le bout d’un chemin qui est toujours difficile à atteindre. L’avantage d’une tournée, c’est qu’on améliore la pièce, on rajoute des choses, on en coupe d’autres. À Montpellier, on va jouer en plein air pour la première fois et ça aussi ce sera un défi pour faire passer un sujet dans des conditions nouvelles pour tout le monde.

Vous récusez le terme de théâtre « politique » pour celui de  « responsabilité ». C’est important pour vous d’inciter à la réflexion à travers vos oeuvres,  notamment avec « Battlefield » ?

Si on vit dans le monde d’aujourd’hui, soit on se ferme et on devient ermite, soit on ne peut pas fermer les yeux sur la politique. Le théâtre, peut en partie, nous aider à avoir cette liberté d’esprit de reconnaitre que la politique est une tentative désespérée pour trouver des solutions. La politique est basée sur des promesses et des espoirs d’une utopie et très souvent ce ne sont que des mensonges. Alors le besoin de vivre avec une attitude politique doit être continuellement équilibré par le sens de la réalité. La politique est nécessaire mais ce n’est jamais la solution.

Vous avez déclaré « notre vrai public, c’est Obama, Hollande, Poutine et tous les présidents… » Quelle est la place de l’art, et du théâtre, dans l’éveil de la conscience des spectateurs ?

Je ne veux pas généraliser. C’est à chaque personne, qui se retrouve dans cette situation, de parler de ce qu’il le motive au plus profond de lui-même. Mais il n’y a pas de recettes. Hélas s’il y en avait, toute l’histoire  l’humanité a montré que nous cherchons désespérément à chaque moment des recettes, parce que sinon c’est trop difficile. Mais on est obligé de reconnaître que le problème est toujours là et que nous en faisons partie. Il n’y a pas de solutions, mais chacun doit faire le mieux possible. Pour nous jouer en plein air, il n’y a pas de solutions ou de recettes mais c’est un nouveau défi. Et les défis pour les êtres humains c’est très honorable. C’est bon pour nous tous.

C’est vraiment propre à chaque auteur de théâtre ?

On peut comparer le théâtre à un restaurant ou un médecin. Ce sont les mêmes choses. Lorsqu’on va au restaurant, les cuisiniers ont la responsabilité de la qualité de leur cuisine sur les deux cents personnes qui vont venir manger. Si les gens ont une indigestion ou s’ils ont été mal nourri, c’est qu’on a mal fait notre travail. La force du théâtre est de partager quelque chose en prenant en compte les spectateurs. Ce n’est pas élitiste mais réaliste. L’élitisme vient du prix des places, mais notre but principal est d’avoir des spectateurs de tous horizons, de toutes cultures, comme pour les acteurs. On fait en sorte de le rendre accessible, pour les jeunes notamment.  Une fois que l’on obtient ça, c’est comme aller à l’hôpital, ça doit être immédiatement accessible et on doit sortir en se sentant mieux. Si ce n’est pas le cas, c’est que nous avons mal fait notre travail.

La place de la lumière semble essentielle dans votre nouvelle pièce étant donné qu’il y a très peu de décor. C’était le but du travail avec Philippe Vialatte de créer un monde, une atmosphère, juste avec de la lumière ?

Philippe Vialatte est un collaborateur de longue date. On a participé à des projets très différents où les besoins sont toujours renouvelés. Il n’y a pas de lieux identiques et pour Philippe, il n’y a pas manière similaire d’aborder son travail. Mais il est suffisamment doué et sensible, avec une grande expérience, il fait partie de la pièce et contribue à rendre l’expérience unique au spectateur. Il partage tout avec nous. Il voit sur la scène ce qui nécessite une lumière forte et d’autres choses qui se livrent mieux si la lumière est plus douce, et parfois dans la pénombre.

Vous agrémentez également votre pièce d’une musique très simple… quelle est son importance au sein d’une pièce comme celle-ci ?

Toshi Tsuchitori est, lui aussi, un long compagnon de route, depuis au moins 30 ans. Sur Mahabharata, il faisait déjà partie intégrante du projet. Il a une gamme extraordinaire et on n’a pas besoin de plusieurs instruments pour rester concentré. Il a étudié et travaillé dans toutes les parties du monde : au Japon, en Inde. Il fait du free jazz depuis longtemps aussi. Avec son instrument de percussion africain, on a vu qu’avec ses doigts, il avait fait une immense recherche de sons qu’il peut faire ressortir. C’est plus qu’un orchestre, c’est un tout. Il fait partie du groupe qui raconte l’histoire.

Comment s’est effectué la distribution des acteurs ?

Marie-Hélène a un don extraordinaire pour trouver au bon moment l’acteur qu’il faut. Je lui fais une confiance aveugle, elle ne s’est jamais trompée.

Quel effet ça vous fait de venir jouer au Printemps des Comédiens? C’est quand même une manifestation particulière pour le théâtre en France…

Quand on nous a contactés, on a donné notre accord très rapidement. C’est un événement très chaleureux et on est forcément ravi d’y participer et de donner de la visibilité à notre pièce.

Recueilli par Jonathan Rodriguez

 

Printemps des Comédiens
Domaine d’Ô à Montpellier
Du 3 juin au 10 juillet 2016

BATTLEFIELD
Théâtre des Micocouliers
Dates : les Vendredi 3, Samedi 4 et Dimanche 5 juin à 22h.

Sites internet :
www.printempsdescomediens.com
www.printempsdescomediens.com/2016/programme/battlefield.html
www.newspeterbrook.com
www.bouffesdunord.com

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