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Par Florence Yérémian - Katja est une jeune patineuse pleine de talent. Afin de perdre du poids, elle se contraint à un régime alimentaire qui la conduit peu à peu vers les abîmes de l'anorexie. Sous le regard aveugle de ses parents, elle maigrit jour après jour et perd inévitablement toutes ses forces physiques. Seule Stella, sa petite sœur, se rend compte de la spirale autodestructrice de Katja. Mais que peut faire une enfant face à ce mal qui ronge sournoisement ses proies de l'intérieur ?

My Skinny Sister de Sanna Lenken est novateur car il met en scène le drame de l'anorexie à travers le ressenti d'une petite fille. En utilisant l'oeil candide de Stella, la réalisatrice plonge ses spectateurs dans une sphère psychologique rarement abordée: comment réagissent les enfants face aux troubles pathologiques de leur entourage? Ne sont-ils pas eux-même les victimes immédiates de ces maux ?
Pour tenter de répondre à cette question - qui la touche personnellement - Sanna Lenken a misé sur deux actrices assez talentueuses. Dans le rôle de la sportive anorexique, elle a choisi une véritable patineuse artistique : Amy Deasismont. Aussi jolie que ses pirouettes, cette interprète suédoise apporte beaucoup de justesse à la dramaturgie du scénario notamment lorsqu'elle passe par ses phases d'angoisses et de crises nerveuses. À ses côtés, la jeune Rebecka Josephson incarne un contrepoint d'une grande fraîcheur. En effet, malgré son jeune âge, la comédienne confère au personnage de Stella toute une pléiade d’émotions. Avec l'authenticité d'une enfant, elle est tour à tour jalouse, arrogante, triste ou dérisoirement coquette. La moue boudeuse et l'œil interrogateur, elle se questionne sans cesse sur les adultes qui l'entourent, prend du recul pour les scruter, passe par des moments  de joie ou de rébellion et retombe toujours sur ses pieds grâce à son bon sens. Sa maladresse et ses audaces sont savoureuses, mais c'est avant tout son mélange de candeur et de maturité qui séduisent le public : Stella est à la fois très réaliste dans son analyse du monde et adorablement rêveuse lorsqu'elle tombe amoureuse de l'entraineur de sa sœur! Il est amusant de voir cette effrontée tester son pouvoir de séduction auprès d’un homme qui doit avoir l’âge de son père! Il est aussi étonnant d’observer sa détermination lorsqu’elle souhaite venir en aide à son ainée: plus protectrice que ses propres parents, la petite Stella s’oblige inconsciemment à grandir pour épauler Katja.  

Le tandem que forme ces deux soeurs est tout à fait représentatif de la sensibilité très féminine de la réalisatrice: par-delà les conflits et les moqueries, Amy et Katja font preuve d’une très belle complicité. En insistant sur l’amour qu’elles se portent mutuellement, Sanna Lenken souligne de toute évidence l’importance des liens familiaux pour traverser une crise aussi complexe que celle de l’anorexie. En ce sens, son film peut aussi se positionner comme un appel envers les parents qui ne sont pas assez vigilants auprès de leur progéniture. Afin de compléter l’aspect moraliste de ce long métrage, l’on aurait pourtant préféré qu’il soit abordé avec un peu plus d’humour: Rebecka Josephson possédait à n’en pas douter le potentiel adéquat pour atténuer l’ambiance tragique qui domine l’histoire. D’avantage d’humour aurait apporté une belle respiration au scénario sans pour autant gâcher le regard lucide porté par la cinéaste envers ce symptôme qui touche encore aujourd’hui des quantité de jeunes filles.

 
My Skinny Sister
Un film de Sanna Lenken
Suède-Allemagne - 2015 - 1h35
Avec : Rebecka Josephson, Amy Deasismont, Annika Hallin, Heinrik Norlén, Maxim Mehmet
Sortie nationale: le 16 décembre 2015

 

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