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Par Laurence Biava - A 53 ans, Jean-François Bouchard, haut-fonctionnaire, économiste,  est un familier des grandes institutions financières et monétaires internationales. Ses missions l’ont conduit en Afrique, dans les anciens pays de l’Est, dans les Caraïbes ou ailleurs. Les circuits financiers, les opérations complexes, le blanchiment de l’argent sale, l’instabilité financière qui déséquilibre notre planète sont autant de domaines dans lesquels il a été amené à œuvrer.

Jean-François BouchardEn 2005, il officie pour la Banque nationale de Roumanie en qualité de conseiller résident. Fin 2007, il est nommé chef de mission à l’Autorité de Contrôle Prudentiel. Il dirige aussi pendant trois ans la succursale de la Banque de France de Lyon. A l’issue de ce vaste projet, il part en juin 2014 en qualité de résident du FMI à Libreville, au Gabon.

Dans cet essai d’économie brillamment romancé – on parlera ici volontiers de   biographie romancée – plus que d’un roman ! -  retraçant  le parcours étonnant de Hjalmar Schacht, génie allemand des finances du siècle dernier, Jean-François Bouchard souligne indirectement l’intérêt de s’inspirer de méthodes économiques qui ont fonctionné. Avec cette grille de lecture, la crise actuelle que nous subissons ne semble plus sans issue. Ou vouée simplement à l’échec, face aux difficultés croissantes entourant le grave problème que représente le chômage..
Ce livre, c’est la destinée authentique et presque incroyable d’un homme au cœur des guerres, des drames, de l'occupation, des conspirations et des coulisses de la grande histoire, au cours des décennies dramatiques sur lesquelles, délibérément ou parfois sans le vouloir, il a profondément imprimé sa marque, annonce Jean-François Bouchard dans les premières pages.

Cet homme, c’est Hjalmar Schacht, dit « Le banquier du diable ».
En 1933, le fuhrer  Adolf Hitler le nomme ministre de l’économie. Enfant issu d’un milieu modeste, élevé sévèrement dans les quartiers populaires du port de l’Elbe, brillant à l’école mais aussi moqué par ses camarades, il développe très tôt une personnalité distante, hautaine, arrogante. Après des études de philosophie et d’économie, (il consacre sa thèse au mercantilisme), il gravit une à une les marches du pouvoir. Commissaire à la monnaie de la République de Weimar en 1923, Hjalmar Schaht réduit l’inflation et stabilise le mark grâce à une initiative miraculeuse : la création d’une monnaie de transition, le Rentemark couvert par des hypothèques. La population adhère, c’est un succès magistral. Pour « ce sauveur de la monnaie allemande », la dévotion qu’il porte à son pays est sans limites. Il se rapproche du NDSAP et participe à l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir, séduit par son programme économique. Nommé aussitôt président de la Reichsbank dans une Allemagne encore très faible, il ne cherche pas à restaurer l’équilibre des comptes de l’Etat. Bien au contraire. Abolissant le dogme de l’équilibre des finances publiques, il applique une politique économique proche du New Deal (lancement de grands travaux) et applique ses propres recettes (rapatriement des capitaux allemands, restrictions des importations aux seules matières premières nécessaires au réarmement, organisation de l’insolvabilité  de l’Allemagne vis-à-vis des ses créanciers extérieurs, création des bons MEF, etccc).
Pour le pays, ce type est un héros. Hjalmar Schacht n’a pas sauvé l’Allemagne de la ruine une fois, mais à trois reprises. Hyperinflation, montagnes de dettes qui étranglent le pays, chômage qui touche sept millions d’Allemands : ce démiurge renverse toutes les situations.

C’est donc la fin du chômage qui sera pour l’Allemagne d’Adolf Hitler un facteur de stabilisation sociale et de consolidation du pouvoir en place. De ce point de vue, l’histoire incroyable du banquier du diable en fait la terrible démonstration. Et l’auteur de démontrer habilement comment les troupes allemande de la Wehrmacht est devenue l’armée la plus puissante du monde. Et aussi, comment ce banquier, né sous Bismarck, mort sous Willy Brandt, œuvre au service du nazisme et des odieuses persécutions  et répressions anti-juives.

Le livre abonde d’éclaircissements en tout genre sur cette époque démoniaque, ainsi que sur les motivations de sa collaboration avec Hitler dans les années 1930. Il détaille sa politique monétaire et économique, revient sur ses prises de distance (aussi) avec ce même régime. Enfin, on apprend comment ce financier conspire finalement pour renverser Hitler. Jeté dans un camp d’extermination, il survit miraculeusement. Devant le tribunal de Nuremberg qui juge les criminels de guerre, les Soviétiques exigent sa tête. Acquitté, il devient après-guerre le conseiller très écouté des grands pays non-alignés. Un parcours hors du commun qu’il termine à 93 ans.

L’ouvrage, très instructif, souligne une intéressante mise en parallèle de la situation de l’Allemagne de 1932 avec celle de la France en 2015. Bouchard dresse un portrait inquiétant d’importantes et étonnantes similitudes entre les deux pays voisins, à deux époques différentes. Ce livre pointu permet ainsi de poursuivre une réflexion tout aussi pertinente que séculaire : l’Europe, hantée par le spectre de l’hyperinflation ne commet elle finalement pas une grave erreur en s’obstinant dans la voie, sans issue, de l’austérité ?
   
Le banquier du diable
Jean-François Bouchard
Essai – Max Milo – 290 pages

 

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