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Par Emmanuelle de Boysson - BSCNEWS.FR / La course aux prix, c’est parti. Hélas, sur 589 romans français et étrangers sortis fin août, seule une poignée d’entre eux restera avant Noël dans les bac des libraires, encore moins en lisse pour les grands prix. Les paris sont ouverts. Chaque maison avance ses pions.

Parmi les favoris : Alain Mabanckou, Laurent Binet, Christine Angot, Delphine de Vigan, Boualem Sansal, Hédi Kaddour, Thomas B. Reverdy, Mathias Enard, Jean Hatzfeld, Simon Liberati, Charles Dantzig, Mathias Enard. Dans la sélection du prix Renaudot, notons la présence du premier roman de Christophe Boltanski, particulièrement remarqué dans la rentrée littéraire, mais aussi de titres parus plus tôt dans l’année, comme « Ann », de Fabrice Guénier, publié au mois de mars. En revanche, le nouveau roman de Christine Angot en est absent. Et c’est tant mieux ! Contestée par les critiques littéraires qui la comparent à « un cocktail laborieusement élaboré » dixit Pierre Vavasseur du Parisien, la sélection du Goncourt a éjecté « Profession du père » de Sorj Chalandon (Grasset), un roman remarquable et bouleversant. Drôle d’idée d’aller repêcher «Soudain », d’Isabelle Autissier, paru au printemps.

Pour ma part, je remettrai le Goncourt à Boualem Sansal, pour « 2084, la fin du monde » (Gallimard). Reclus en Algérie, cet auteur courageux dénonce avec virulence les dictatures religieuses, la mort des libertés, la suppression du passé, la violence, le crime organisé, le fanatisme. A l’heure où le temple de Palmyre a été détruit, on ne peut s’empêcher de penser que 2084, c’est maintenant. Un livre puissant qui raconte de l’intérieur les dérives des fous de Dieu, au nom de qui des hommes font régner la terreur, violent et assassinent. En avant première, le prix des libraires de Nancy a été remis à Mathias Enard, le prix Fnac à « La septième fonction du langage » de Laurent Binet (Grasset). Ce dernier est une enquête passionnante autour de l’accident au cours duquel le Roland Barthes a été renversé par une camionnette de blanchisserie le 25 février 1980, Laurent Binet imagine que le philosophe aurait été assassiné alors qu’il transportait un document sur la septième fonction du langage, une fonction permettant de convaincre n’importe qui de n’importe quoi. Dans les milieux intellectuels et politiques de l’époque, tout le monde devient suspect. Un texte érudit, captivant et plein d’humour, ce qui n’est pas fréquent en cette rentrée où les femmes s’imposent avec flamboyance. A 49 ans, Delphine de Vigan s’est lancée dans un « vrai faux » roman dont elle a le secret. La narratrice, qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau, est écrivain. Mère de famille, elle aime avec François, un journaliste littéraire. Depuis trois ans, elle n’arrive plus à écrire. Déprimée après la sortie de son dernier roman, la terreur s’est emparée d’elle depuis qu’une de ses admiratrices s’est glissée dans sa vie. Peu à peu, la groupie qui se dit nègre, s’accapare de son existence au point de vouloir se substituer à elle. Un roman sur la manipulation, la vie par procuration, sujet terriblement actuel où chacun a tendance à s’identifier aux people, jusqu’à les singer, voire s’immiscer dans leur existence à travers les réseaux sociaux. Qui n’a pas été piraté ? Qui n’a pas reçu de messages intrusifs sur Facebook ? Qui n’a pas eu dans ses pattes un « ami qui nous veut du bien », ce pot de colle qui bouffe notre temps, nous pompe notre énergie ? Delphine de Vigan va plus loin. Disséquant les effets de la toxicité d’un intruse qui profite d’un de faiblesse, elle sonde la perte de repères, l’angoisse, le vertige, la panique, voire la folie. Ce roman thriller mérite un grand prix et sera immédiatement adapté au cinéma (Lattès). Dans la veine de ses précédents romans, Nathalie Rheims revient sur son histoire, les blessures et les secrets qui ont jalonné sa vie, ces petits drames si universels. Ce qui frappe lorsqu’on ouvre « Place Colette » (Léo Scheer), c’est le style. Un bon roman se reconnaît dès la première ligne par sa musique, son ton. Ici, Nathalie Rheims écrit au passé – cette manie d’écrire au présent m’agace ! Au passé simple s’il vous plaît, le passé composé étant plus lourd. Des phrases légères, bien balancées, élégantes, presque chuchotées. Une gamine de douze ans, pas encore adolescente, tombe amoureuse du théâtre et d’un comédien de trente ans. Quand on sait que la Lolita de Nabokov est une allumeuse, on comprend pourquoi Nathalie Rheims a voulu montrer comment la petite excite, provoque cet acteur qui peut lui ouvrir des portes. Un roman visuel, vivant, un scénario, bien sûr, mais aussi, un roman sensible, de haute tenue, qui, un jour, lui vaudra d’entrer à l’Académie Française, là où elle aurait sa place, là où son père, Maurice Rheims, rayonna. Eve de Castro retrouve ses amours : l’histoire et les rois. A l’occasion de l’anniversaire de la mort de Louis XIV, elle raconte les dernières heures du Roi-Soleil, rongé par la gangrène, à la merci d’un charlatan (Robert Laffont). Colombe Schneck met en scène la jeune Azul, débarquée de Bolivie. Issue d’une famille pauvre, l’immigrée accepte un emploi de boniche avant d’être recueillie à Paris dans une congrégation religieuse. Une histoire qui s’apparente au « cœur simple », de Flaubert où la romancière met en lumière la beauté cachée des humbles, des délaissés, ces migrants trop souvent vilipendés (Stock). Humain, touchant. Notre Amélie Nothomb nationale est la romancière la plus baroque, la plus punk, la plus déjantée, la plus constante, la plus spirituelle, la plus inventive… qui soit (je paraphrase à dessein la lettre de la marquise de Sévigné à propos du mariage de la Grande Mademoiselle avec un homme de «basse condition » à ses yeux). Une conteuse qui nous transporte au pays du conte de Neuville, cet aristo désargenté qui devra, selon une prédiction, tuer lors d’une fête un des invités. Suspense ! Amélie devrait rejoindre Nathalie à l’Académie (Albin Michel).
Jessica Nelson vient de publier « Tandis sue je me dénude » chez Belfond (son éditrice, la sympathique Céline Thoulouze, a repris la collection littéraire de la maison et publie d’excellents romans dont « Azadi », prix de La Closerie des Lilas 2015). Jessica Nelson, chroniqueuse dans l’émission new look animée par Christophe Ono Dit Biot est aussi éditrice des éditions des Saints Pères où elle publie des manuscrits célèbres. Son roman s’apparente à celui de Delphine de Vigan. En effet, une jeune romancière est invitée à une grosse émission de télévision. Elle a le tract, évidemment, mais elle est aussi poursuivie par un dingue qui la harcèle sur les réseaux sociaux. Jessica Nelson dévoile les coulisses de l’émission. Chacun des protagonistes se confie. L’acteur, l’animateur, le politique… chacun son petit tas de secrets. Sous les projecteurs, la romancière/narratrice, est forcément déçue, flouée : elle n’a que deux minutes pour « vendre sa marchandise » à un animateur n’a pas lu son livre. Au-delà de cette satire de la médiatisation, Jessica Nelson livre les fêlures de la jeune femme qui pourrait être son double. Cette « ombre » qui appartient à notre vie privée, cette fragilité, qu’aucune caméra ne reflètera. En mettant en lumière le fossé entre les apparences et l’intimité, elle permet à chacun de se reconnaître. Lorsque nous devons prendre la parole en public et devant les caméras, ne sommes-nous pas déstabilisés ? Comme disait Daphné du Maurier, les auteurs ne devraient jamais avoir à parler de leurs œuvres. Aujourd’hui, on assure sa promo, son service après vente, on participe à des salons, ces foires à bestiaux où l’on attend, honteux, derrière sa table, à côté de ces people qui vendent à tour de bras. Sans qu’elle ait à se déplacer, lisez « Tandis que je dénude », un livre plein d’humour, enlevé, tendre et profond aussi. Gageons tout de même que Jessica sera brillante sur TF1 ou France 2 ! Après « Un héros », portrait féroce de son père, Maurice Herzog, publié en 2012 chez Grasset, Félicité Herzog est entrée dans la Blanche avec « Gratis ». Une charge contre la mondialisation. Tout un programme ! Du côté de la fiction étrangère, Martin Amis, débarqué chez Calmann-Lévy après avoir essuyé un refus de Gallimard, publie « Zone d’intérêt », histoire d’amour dans un camp d’extermination nazi. Parmi les gros calibres : Dinaw Mengestu, David Grossman, Toni Morrison, Jim Harrison et David Foster Wallace qui publie un roman de près de 1500 pages,      
« L’Infinie comédie », paru en 1996 aux Etats-Unis et enfin traduit en français. Mystère chez Grasset autour du « Métier de vivant », d’un certain François de Saintonge, pseudonyme d’un auteur confirmé qui a déjà publié sous ce nom de plume « Dolfi et Marylin » (Grasset, 2012). On parlera beaucoup d’Histoire de l’amour et de la haine, roman de Charles Dantzig où sept personnages nous font revivre les manifestations contre le «mariage pour tous ». Un petit moment de plaisir autour de la boisson préférée d’Hemingway : au Seuil, Philippe Delerm a délaissé la bière pour « Les Eaux troubles du mojito ». Pour les romantiques, Philippe Lacoche publie « Vingt-quatre heures pour convaincre une femme » (Ecriture). Un beau roman autour d’une chanteuse qui quitte un journaliste, « looser ». Il a 24 h pour la reconquérir… Sacré challenge ! Une belle autopsie du couple, avec des scènes de sexe olé olé : « comme pour le remercier, elle lui tendit sa croupe. Il l’empoigna ; elle poussa un petit cri de plaisir quand il pénétra en elle… » Attention ! Une déferlante d’essais va s’abattre sur nos têtes à la rentrée. Trois livres sur le premier ministre grec et son parti, des analyses du terrorisme islamiste, des sujets bateaux : la conférence sur le climat, la rentrée scolaire, la préparation des primaires… A lire, à garder : « Ces amis qui enchantent la vie », de Jean-Marie Rouart (Robert Laffont). Une histoire d’amour avec des écrivains, les livres préférés de l’académicien. Un régal ! A l’occasion du centenaire de la naissance de François Mitterrand (26 octobre 1916) et des vingt ans de sa mort (8 janvier 1996), Eric Roussel publiera en sept chez Robert Laffont : « François Mitterrand, de l’intime au politique ». Un éclairage, entre autres, sur la déception sentimentale qui a dévasté le provincial catholique, le rôle de René Bousquet et l’affaire de l’Observatoire. Ce sera l’année Tonton ! L’année des femmes, surtout !

François Mitterrand (26 octobre 1916) et des vingt ans de sa mort (8 janvier 1996), Eric Roussel publiera en sept chez Robert Laffont : François Mitterrand, de l’intime au politique. Un éclairage, entre autres, sur la déception sentimentale qui a dévasté le provincial catholique, le rôle de René Bousquet et l’affaire de l’Observatoire. Ce sera l’année Tonton ! L’année des femmes, surtout !

 

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