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Julien Doré - LOvePar Julie Cadilhac - BSCNEWS.FR / Est-il besoin de présenter Julien Doré? Cet auteur-compositeur-interprète trentenaire,  au parcours déjà tant jalonné de prix et de consécrations, réussit à garder les pieds sur terre et à poursuivre son chemin sans se laisser influencer par le succès et les tendances du moment. Un miracle déjà en soit qui fait de lui un invité de choix dans nos pages. Après Ersatz en 2008, Bichon en 2011... son dernier album Løve est en tournée jusqu’au 2 août à Marseille. Un album au parfum de «voyages, d’amour et de rupture sur une rivière de hasard».  Rencontre avec un Julien Doré au verbe inspiré !

Parce qu’il faut bien commencer, et plutôt que de m’intéresser à vos menus végétariens - voir rubrique Vie Privée dans Wikipédia -, osons une ouverture sous l’égide du 3ème art : vous êtes l’arrière-arrière-petit-neveu de l’illustrateur Gustave Doré, voilà un ancêtre pour le moins enthousiasmant! Dans quelle mesure êtes-vous sensible à l’oeuvre de cet ancêtre de votre arbre généalogique?
Il est la plupart du temps difficile pour n’importe quel être de se raccrocher aux branches de son arbre généalogique sans tomber à plat ventre.  Je préfère l’idée que dans chaque famille, comportant un artiste ou non, chacun se charge comme il peut de l’idée intime du prolongement, du bourgeon, de la nouvelle branche qui pousse vers le ciel, parfois en rupture, plutôt que la conservation « conservatrice » de ce qui fut et qui devient un jour ou l’autre, pour rester dans l’image de la « dendrologie », du bois mort.


Peut-être parce que la fibre artistique coulait déjà dans votre sang, vous avez fréquenté l’école des Beaux-Arts de Nîmes pendant cinq ans… êtes-vous tenté , parfois, de revenir à vos premières amours? Le faites-vous déjà? En dilettante?
Le dessin est ce que je fais de mieux dans la musique. Je n’ai jamais eu le sentiment d’écrire mes textes mais de dessiner des mots, de composer des formes visuelles de lettres assemblées ou d’images, de même pour la composition musicale, ne connaissant pas le solfège, je me balade en dessinant des trajectoires de mélodies sur mon piano, entre le noir et le blanc, exactement comme sur mes dessins. Tous mes carnets à dessin sont entourés de textes de chansons et inversement. Pour moi tout est lié et depuis toujours. Le vecteur qui décide de lier les médiums est l’artiste, décider de son rôle en fonction des cadres, c’est de l’adaptation, molle et frileuse, je déteste ça.

Des salles de classe du lycée lunellois Louis Feuillade à votre prestigieuse récompense comme Artiste masculin de l’année aux Victoires de la musique en 2015, sur les plateaux-télé, en interviews, vous semblez avoir gardé les pieds sur terre et votre singularité semble ne s’être pas étiolé au contact de la renommée... votre secret ?
J’essaie juste de ne pas trop regarder en arrière, d’éviter la nostalgie, la répétition ou même l’oubli. Je veux vivre au présent chaque chose et décider de l’accueillir ou de la rejeter.  Tout change, tout se transforme et rien ne se perd. Autant suivre le temps qui passe en vivant chaque seconde qu’il propose. C’est le seul moyen d’être soi-même et d’éviter le torticolis en regardant trop dans le passé.  Il est préférable de voir le platane en face que dans le rétroviseur.

 

 

Quelles sont vos sources d’inspiration pour écrire vos chansons? Des poètes? Des lectures? Des promenades solitaires? Érato, Euterpe, Melpomène, Terpsichore... ou des muses plus….  accessibles? Vos textes sont en effet empreints d’une grande poésie… y fleurissent des images étranges, parfois récurrentes, comme celle du Chasse-Spleen... qui est une réminiscence de vos cours au lycée sur Baudelaire?
La contemplation déclenche de la matière chez moi c’est certain. Le vivant m’inspire plus que le travail des autres, mais la plupart du temps je n’ai aucune idée d’où et comment les mots viennent, c’est eux qui décident en moi, je ne fais que le transfert. Je considère l’artiste comme un passeur. En lui, vers lui, vers l’autre, pour lui, pour l’autre. Le pourquoi du comment, c’est le laboratoire intérieur de chacun, la part de misanthropie qui ne s’explique pas. Ce qui compte c’est que quelque chose en sorte.

« LØVE » est, selon vos dires, une sorte de carnet de voyages… comment est née l’idée de cet album ?
De voyages, d’amour et de rupture sur une rivière de hasard.

Ce mot « LØVE », est un emprunt danois qui signifie « lion» ; en outre, il évoque dans la langue de Shakespeare la passion indubitablement...Pourquoi donc ce titre d’album? Est-ce l’adieu amoureux à une femme-lion ( d’où son ton nostalgique?) ? Votre côté félin à la crinière en cascade qui s’exprime? Une envie pressante de rugir?
Le lion sur la pochette du disque devenait miroir pour moi. Le miroir de l’instinct avec lequel j’ai fait ces chansons mais plus largement l’instinct avec lequel je vis. Le lien avec l’animal, archaïque, essentiel, brut est très important pour moi.
Si j’oublie d’où je viens je n’agis plus qu’en fonction de, et ça, c’est une des pires facultés de l’être humain d’aujourd’hui.  J’aime croire et voir l’animal en nous, il m’intéresse beaucoup plus que le reste. Avec lui on comprend que rien ne nous appartient mais que NOUS appartenons bel et bien à un tout.

Une femme souvent désignée comme une louve, c’est un peu troublant... surtout si l’on cherche sa signification latine ambivalente... c’est quoi une femme louve pour Julien Doré? La compagne idéale d’un homme- lion?
C’est la femme-animale, divine féminité qui nourrit le monde de ses huit mamelles de l’or juteux du féminin. Sans le féminin, le monde se serait éteint depuis bien longtemps.

« Habemus Papaye» donne presque l’impression d’être un clin d’œil à «  Chou Wasabi» par ses résonances exotiques... il évoque aussi Rome et sa nouvelle nomination papale l’an dernier...pourtant on est trompé sur toute la ligne quand on découvre le texte... Est-ce votre marque de fabrique? L’envie de ne jamais être là où l’on vous attend? de déstabiliser sans cesse?
Non. Les titres des chansons sont parfois là avant même que les textes ne soient complètement achevés.  Dans l’époque du pré-mâché, je déteste l’idée que le titre suffise à satisfaire la feignantise moderne de ne pas prendre le temps d’écouter ou de lire l’ensemble de quelque chose pour y avoir accès en s’en faisant une vague idée.  Je m’appelle Julien, en rien ce prénom seul suffit à rencontrer qui je suis vraiment.  L’ère de l’hyperconsommation condamne désormais le moindre effort d’accès aux choses et place l’artiste brut comme « louche », « décalé », « bizarre », voire « intello » si son tout n’est pas immédiatement digérable, achetable ou jetable.

Votre tournée pendant plus d’une  année a reçu un succès indéniable et considérable;  à chacun de vos concerts,une relation intimiste et fusionnelle se dégage entre les musiciens et vous-même. Comment expliquez-vous cette osmose? Comment choisissez-vous ceux qui vous entourent sur scène?
Je suis entouré d’une famille artistique unique, sincère, saine; mes musiciens, mon équipe technique, tous les gens avec qui je travaille ont le même rapport à l’art que moi. Cette osmose est inspirante, protectrice et elle nous pousse chaque jour à rêver, créer et à agir ensemble. Ce qui est délicieux avec cette osmose-là c’est qu’elle ne nous appartient pas, elle voyage en permanence entre le public et nous.

Parce qu’il faut conclure.  Et après «LØVE», avez-vous déjà un nouveau projet d’album? un thème qui fleurit? une proposition d’un rôle dans un film?
Rien de tout cela. Juste l’envie de savoir couper avec un peu de temps pour respecter ce qui a été avec ce disque et son histoire. La suite je veux pas trop me la figurer, elle arrivera d’une façon ou d’une autre mais sous quelle forme je ne sais pas.


Julien Doré
LØVE LIVE (Album live / DVD, 2015)

Le site officiel de Julien Doré : www.juliendoreofficiel.com

( Crédit Photo : Jérôme Bonnet )

 

 

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