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Par Emmanuelle de Boisson - BSCNEWS.FR / Dans un monde en perte de vitesse, les valeurs sûres resurgissent. Si aujourd’hui, les auteurs écrivent sur des ordinateurs, si le numérique s’impose, les manuscrits deviennent des objets sacrés, des objets cultes.

« La littérature ne permet pas de marcher, mais de respirer », écrit Yves Berger. On l’appelait l’empereur, il était un immense éditeur. Ecrivain, grande figure de l’édition, Claude Durand, nous a quitté à l’âge de 76 ans. En 1967, il fait découvrir au public français Gabriel Garcia Marquez  avec « Cent ans de solitude », dont il réalise une traduction avec son épouse, avant la parution du livre en espagnol aux éditions du Seuil. Agent et complice d’Alexandre Soljenitsyne, il publie « L’Archipel du Goulag ». PDG des éditions Fayard pendant 30 ans, il alterne coups médiatiques (enquêtes de Pierre Péan sur le passé de François Mitterrand, sur le journal Le Monde...) et oeuvres littéraires (Kadaré, Debord...). En 2005, il arrache à prix d’or Michel Houellebecq à Flammarion. Dans un monde en perte de vitesse, les valeurs sûres resurgissent. Si aujourd’hui, les auteurs écrivent sur des ordinateurs, si le numérique s’impose, les manuscrits deviennent des objets sacrés, des objets culte. Après la publication des manuscrits de « Vingt mille lieues sous les mers », de « Voyage au bout de la nuit », les éditions des Saints pères publient celui de « Candide ou l’optimisme », de François-Marie Arouet, dit Voltaire. Paru sans autorisation début 1759, ce conte philosophique connaît un prodigieux succès et suscite le scandale. Voltaire, qui a utilisé un pseudo, contredit tous ceux qui lui en attribuent la paternité : « Il faut avoir perdu le sens de pour m’attribuer cette coïonnerie. J’ai Dieu merci de meilleures occupations », écrit-il à Jacob Vernes, pasteur à Genève. Conservé à la bibliothèque de l’Arsenal, le manuscrit fut redécouvert dans les années 1950 alors qu’on le croyait perdu. Les éditions des Saints Pères l’ont tiré à mille exemplaires. Un collector pour les chanceux qui pourront se le procurer ! La co-éditrice des éditions des Saints pères, Jessica Nelson publiera en août « Tandis que je me dénude » chez Belfond. Un roman sur les ravages de la notoriété et de la télévision. A propos de télévision, un excellent documentaire à postcaster a été diffusé le 13 avril sur la chaîne Histoire : « Leur après-guerre ou le roman des hussard »s. 25 août 1944. Nimier, Blondin, Laurent, Déon admirent Céline ou Maurras. Leurs inclinaisons sont différentes mais un même refus les unit : inféoder la littérature à un engagement politique. La défense d’écrivains comme Morand, Montherlant, Fraigneau, Aymé ou même Drieu les classa à droite, voire à l’extrême droite. Relire à ce propos le petit essai de Bernard Frank : « Hussards et Grossards » (1952, Les Temps modernes). Nos Hussards ne sont pas dupes : leurs romans sont autant de confessions d’enfants qui n’ont pas choisi leur siècle. L’écrivain Philip Roth et la romancière Gillian Flynn voient, pour la quatrième et la deuxième fois, l’un de leurs romans prendre le chemin des salles de cinéma. « L’Astragale », d’Albertine Sarrazin, bénéficie également d’une nouvelle adaptation signée Brigitte Sy. Philippe Sollers a connu les hussards, il aurait pu faire partie de la bande. Il publie avec sa compagne, Julia Kristeva, un livre à quatre mains « Du mariage considéré comme un des beaux-arts » (Fayard). Un recueil de dialogues écrits entre 1990 et 2014. Sollers et Kristeva se sont rencontrés à la fin des années soixante. Un couple libre, fidèle (avec un s). Un couple au beau fixe. Pour Sollers : « La fidélité est une sorte d’enfance partagée, une forme d’innocence. Si on cesse de l’être, on est infidèle ». Sollers est le maître de l’amour, le maître de la jouissance. Il a trouvé en sa compagne une psychanalyste qui jamais ne sondera son esprit libertin et vénitien. Elle fut une des étoiles de l’édition : Teresa Cremisi quittera ses fonctions de présidente du groupe Flammarion en continuant à éditer ses auteurs comme Christine Angot, dont le prochain roman paraît à la rentrée, ou Franz-Olivier Giesbert, qui doit lui apporter un nouveau livre politique. Son premier roman, « La Triomphante », raconte la vie d’une femme de près de 80 ans, née comme l’auteur à Alexandrie, qui a fait l’ensemble de sa carrière entre la France et l’Italie. Parmi les meilleurs romans du printemps, lisez le dernier James Ellroy. Avec « Perfidia » premier volume d’une tétralogie, James Ellroy a l’ambition de construire, comme Balzac, une grande fresque sociale. Quatorze volumes pour couvrir une période de 31 ans. Dans cette frise temporelle avec « Le Dahlia noir » au centre. « Perfidia »,  dont l’action se tient le 7 décembre 1941, la veille de Pearl Harbor, de l’entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, est un opéra noir. Quatre cadavres japonais éventrés. Alcool, sexe, corruption, drogue, racisme, rédemption : du pur Elroy ! Parmi les prix littéraires de la saison, le prix Goncourt du premier roman a été remis ce mardi 5 mai, chez Drouant, à l’Algérien Kamel Daoud pour « Meursault, contre-enquête » publié chez Actes Sud le 7 mai 2014.  Saluons, le Prix L’Île aux livres/La Petite Cour, qui récompense un auteur dont le roman, aux yeux du jury, n’a pas reçu la reconnaissance publique ou critique méritée lors de sa publication.  Le jury 2015 est composé de Patrick Poivre d’Arvor (parrain du salon), Madeleine Chapsal (marraine du salon), votre servante, E de Boysson, (Coordinatrice du prix), Mazarine Pingeot, Catherine Ceylac, Baptiste Liger (L’Express), Mohammed Aïssaoui (Le Figaro littéraire), Elisabeth Chavelet (Paris Match), Pierre Vavasseur (Le Parisien), Marie-Madeleine Rigopoulos (France Inter), Karine Papillaud (Le Point), Claire Julliard (Le Nouvel Observateur), Joschi Guitton (Organisateur du salon), Stéphane Guillot (organisateur du salon). Titres sélectionnés : « Quand j’étais vivant » de Estelle Nollet, (Albin Michel) ; « Evariste » de François-Henri Désérable (Gallimard) ; « Je viens » de Emmanuelle Bayamack-Tan, (P.O.L.) ; « Tilleul » de Hélène Lenoir (Grasset) ; «  Nord Nord Ouest » de Sylvain Coher (Actes Sud) ; « Le Voyage d’Octavio » de Miguel Bonnefoy (Rivages) ;  « Le Consul » de Salim Bachi (Gallimard) ; « Les retranchées » de Anne Lemieux (Serge Safran).La délibération en présence des tous les jurés a lieu le mardi 2 juin au restaurant La Petite Cour – 8 rue Mabillon – Paris 6e. Le prix sera remis à l’occasion du salon L’île aux Livres de l’Ile de Ré, les 8 et 9 août. Si vous venez à l’île de Ré cet été, passez au Bois plage. Il y aura de la littérature, de vrais écrivains !

 

Lire aussi :

Sophie Adriansen : une surdouée de la littérature

Les petits bonheurs de l'édition

 

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