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Noemi Waysfeld - KalymaPar Nicolas Vidal - BSCNEWS.FR / Noëmi Waysfeld a choisi une voie singulière et passionnante, celle de faire émerger des chants oubliés du XXème siècle, ceux de l’exil et de la tristesse des grands départs qu’imposent l’Histoire dans ses périodes les plus noires. C’est avec délicatesse que Noëmie Waysfeld nous replonge dans ces périodes avec ces deux derniers albums qui sont le fruit d’un travail de qualité auquel s’ajoute le talent de la chanteuse. Enthousiaste et passionnée, Noëmie Waysfeld approfondit avec nous ces projets chargés d’émotion.

Noëmi Waysfeld, peut-on dire que ces deux albums Kalyma et Alfama représentent un travail musical sur les origines ?
Oui, on peut dire cela ! En réalité, je n’ai pas prémédité ce choix. Jamais, je ne me suis dit: je veux travailler sur tel ou tel sujet. Je me rends compte à posteriori d’une ligne qui demeure dans mes albums, dans mes envies de répertoire. Cela se fait comme à mon insu. Mais en effet, l’origine, les racines, l’identité, l’héritage, le déracinement reviennent. Maintenant, je commence à le savoir !

Qu’est ce qui a déclenché en vous une passion pour la culture Yiddish ?
Là encore, je ne pourrai dire qu’une passion s’est déclenchée. Il y a plusieurs sources au fait que je me trouve à cet endroit aujourd’hui. Mes origines tout d’abord, l’histoire de ma famille qui m’a été contée, la fascination toujours ressentie pour les pays de là-bas, ceux de mes grands-parents (la Russie et la Pologne)... puis il y a la musique, toujours entendue dans l’enfance, celle qui me donnait la sensation de vivre, de toucher au bonheur, la découverte du théâtre russe, puis la langue... tous ces éléments, je les vivais comme fragmentés, ne sachant où donner de la tête... je sentais qu’ils donnaient des réponses à des questionnements profonds... et puis j’ai commencé à apprendre le yiddish, à chanter plus «officiellement», à savoir où était le vital ; et là tout s’est agencé.

Comment avez-vous abordé la réalisation de l’album Kalyma qui est aussi bien un album de musique qu’une immersion dans une histoire de l’Europe de l’Est du 20ème siècle ?
Je me rends compte maintenant que je suis habitée, hantée parfois par ce 20ème siècle. Que les chants, ceux de Kalyma ou d’Alfama ne sont pas de simples chansonnettes mais bien un témoignage intime et poignant, une mise à nu de l’âme humaine... et de cela découle nécessairement un besoin d’en dire davantage que la musique, en y ajoutant en effet une immersion plus globale, avec des collaborations avec des peintres (Boris Aronson pour Kalyma, Alain Kleinman pour Alfama), des textes, des photographies... cette démarche plus large m’enrichit, et enrichit le projet...

Comment avez-vous procédé pour le choix de ces chants ?
Là, je me suis complètement laisser aller à la musique... les chants qui me touchaient le plus ont été les heureux élus. Ensuite seulement j’ai pris connaissance de leur sens et je me suis attachée au texte.

Un deuxième album qui dit toute autre chose. Comment s’est fait le lien entre ceux deux projets ?
Très naturellement ! À mon sens, ils se répondent et ne sont pas loin. Alfama est plus féminin, tandis que Kalyma portait la voix des hommes prisonniers. C’est une autre destination, une autre émotion, mais portées par un exil, des questionnements, des appels, des espoirs...
Le lien est aussi dans le format du disque : tous deux livres disques, composés de ce livret dense, de la même facture et de la même photographe (Isabelle Rozenbaum)... ce sont des éléments plus concrets mais qui réunissent ces deux albums.

Qu’est ce qui vous a plus dans le Fado ? D’où vient votre intérêt pour la musique portugaise ?
Le fado, à peine découvert m’a parlé, bouleversé. Comme un langage familier alors qu’inconnu. Je suis émue par sa puissance, sa sincérité, sa fragilité. Une femme dans mon enfance m’a emmené au Portugal et parlait la langue à mes côtés, cela a du participer à mon envie d’en découvrir davantage. J’ai ressenti tout de suite, comme toute musique populaire, comme tous ces blues, que l’émotion se ressemble, la pénétration profonde du coeur.

Est-ce que le fil rouge entre les chants de l’Europe de l’Est et le Fado n’est pas tout simplement la musique, Noëmi Waysfeld ?
Exactement. Je peux donner beaucoup d’éléments historiques découverts pendant mes recherches et mes lectures qui donnent du poids à ce lien, cette union, mais au bout d’un moment, ce n’est plus le propos. Je ne fais pas une thèse, je fais de la musique. Et c’est elle qui tisse le lien, qui justifie s’il faut justifier - gratuitement.

Pourquoi avoir choisi d’interpréter Amalia Rodrigues en Yiddish ?
Autant le fado me semblait familier, autant je ne sentais pas juste de le chanter tel quel, en portugais, comme une fadista que je ne suis pas. C’était une autre histoire à tisser et j’avais besoin de transposer, comme Paco Ibanez l’a fait en chantant Brassens en espagnol... et donner au yiddish un morceau de son patrimoine européen aussi.

Nous avons pu lire qu’un troisième projet de ce type est en préparation. Pouvez-vous nous en dire plus ? Sera t-il dans la même lignée que les deux premiers ?
Oui, il sera le troisième volet de ce triptyque consacré aux chants d’exils. Encore une autre destination, qui, de Russie, traversera l’Atlantique. Un autre mariage de langues...

Pour revenir sur ce premier album Kalyma, vous semblez tenir énormément à la mémoire par le chant aux prisonniers sibériens. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet, Noëmi Waysfeld ?  
J’ai découvert ce répertoire grâce au vinyle que possédait mes parents. C’est Dina Vierny qui a collecté et ramené ces chants en France, puis les a enregistrés. Lors de l’apprentissage du russe, je suis retombée sur cet enregistrement, et là comprenant davantage le sens, j’ai été interpellée... puis lorsque l’idée d’enregistrer un premier album est né, je ne me suis pas posée la question. C’était ces chants-là. Je suis attachée à la mémoire en général, au sens d’être pétrie de tous ces autres qui ont vécu avant moi. Et je suis touchée et je ressens même de l’admiration pour la qualité de ces textes qui n’aspirent qu’à l’espoir, qui se tournent vers leur Mère Patrie (la Russie) avec foi, tout en s’exprimant dans un russe argotique diaboliquement poétique. Cette grandeur et ces contrastes sont inspirants.

Pouvez-vous nous présenter Blik ?
J’ai la joie de vivre cette aventure avec trois superbes musiciens. Antoine Rozenbaum à la contrebasse, avec qui j’ai fondé le groupe en 2007. Depuis 2009, Thierry Bretonnet, accordéoniste et Florent Labodinière, à la guitare et au oud nous ont rejoints. Tous les trois viennent d’horizons très différents, possèdent des techniques, des styles complémentaires et variés, la non limite du jeu de Thierry, l’assise fondamentale de la contrebasse, le son si particulier du oud, tout ceci permet d’avoir un son «à nous» et immédiatement reconnaissable, ce qui est très précieux.

Où pourra-t-on vous voir en concert dans les semaines à venir ?
Nous revenons juste de Rennes. Nous donnons un concert à Dormund (Allemagne) début juin pour la sortie de notre disque là-bas, puis nous étions au Toboggan près de Lyon le 18 juin... en Bretagne et dans le Sud cet été ... entre autres !


ALFAMA
Noëmi Waysfeld & Blik
AWZ Records

KALYMA
Noëmi Waysfeld & Blik
AWZ Records

 

> Le site officiel de Noëmi Waysfeld

 

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