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Jana BrikePar Julie Cadilhac - Bscnews.fr/ Jana Brike a 35 ans, est originaire de Lettonie et y réside encore aujourd’hui . Ses sources d’inspiration sont plurielles : le folklore des contes de fées, les films d’animation russes, la peinture réaliste classique, la culture pop occidentale et ses côtés mystiques, les enfants russes, les terrifiantes histoires de guerre et de déportation dont ses grands-parents ont été les témoins, l’étrange et pompeuse atmosphère des cérémonies de l’Eglise catholique, les performances des ballets de l’opéra... et toutes les douceurs et les amères réalités du quotidien.

Sa principale source d’inspiration s’avère donc la vie, le sens qu’elle lui donne et ses réflexions sur l’état de l’âme humaine. Ses personnages, tous enfantins, semblent faits - comme l’indique l’une de ses séries de toiles - de lait et de sang ; leur blondeur, leur peau diaphane, le blanc de leurs yeux bleus azur en font des êtres en apparence fragiles dont les corps sont piqués de nervures rouges, de piqures, stigmates épidermiques de blessures plus profondes.
Rencontre avec une jeune femme talentueuse du Nord-Est de l’Europe dont le propos est aussi poétique que passionnant.

D’où est née votre envie de peindre? Vous souvenez-vous du moment où vous avez décidé d’en faire votre métier?
Honnêtement, d’aussi loin que je ne me souvienne, j’ ai toujours été le genre de personne qui pensait que la beauté sauverait le monde et je savais que je ferais plus tard quelque chose de créatif. Quand j’étais petite, j’aimais les expositions d’art, les ballets, le théâtre, lire des livres, admirer des illustrations de livres, regarder des films et surtout des dessins animés. Donc, je savais au plus profond de moi que j’allais faire quelque chose dans ce domaine moi-même. J’adorais passer d’innombrables heures à imaginer et à produire quelque chose de créatif dans le calme de ma chambre. Donc, le choix de peindre est venu naturellement.

Travaillez-vous avec des modèles?
Je n’ai pas dans mon entourage quelqu’un de spécial qui me servirait de « muse » et que je peindrais régulièrement. Pas vraiment. J’utilise des modèles de référence, comme certains amis qui ont des traits gracieux, ou mon fils. Mais c’est une démarche tout à fait aléatoire habituellement. En général, il y a certaines caractéristiques physiques qui m’attirent et que je recherche. Mais je ne peux pas vraiment expliquer lesquelles, la beauté est une impression personnelle et subjective, qui se ressent davantage qu’elle ne se justifie. Je me peins moi-même assez souvent. Pas sous la forme d’un autoportrait, plutôt en tant que référence « indirecte ».

Quelle a été votre formation?
Elle a été très académique. Depuis l’école primaire, elle s’imprégnait déjà d’une orientation artistique très marquée. Et cela jusqu’à l’Académie des Arts de Lettonie, au département de la peinture. J’ai une Maîtrise en peinture.

Avec quels outils, matières et supports travaillez-vous?
Généralement j’utilise de la peinture à l’huile. J’aime essayer cependant de nouvelles choses. Mais j’apprécie vraiment le processus lent et en quelque sorte méditatif de la peinture à l’huile chaque jour. C’est aussi parce que c’est la technique que je maîtrise le mieux, comme un artisan.

Vous dessinez des enfants à la peau diaphane, aux yeux souvent très bleus et les cheveux blonds....le visage des enfants de votre pays, la Lettonie?
Oui, mes modèles ressemblent généralement à ceux que je croise près de mon studio, en Lettonie. Il n’y a presque pas de mélange ethnique ici, où je vis pour des raisons historiques. Les classes sociales dépendent de la nationalité en Lettonie, pas du groupe ethnique auquel vous appartenez comme ailleurs. Comme je voyage beaucoup avec mes expositions d’art, j’ ai commencé à prendre des photos de modèles de référence d’ailleurs avec des caractéristiques différentes. Pour un projet à venir aux Philippines, cet été, j’ai peint la beauté des filles et des garçons philippins que j’ai rencontrés l’an passé. Une beauté plus sombre et plus profonde.

Enfants dans les vagues, fleurs dans les cheveux, chevelure ébouriffée par le vent... Comment naissent vos images? Qu’est-ce qui les inspirent?
Parfois, j’ai l’impression que je peins des enfants parce que je ne peux pas être une enfant moi-même. J’ai été élevée dans un environnement très contraignant avec des règles strictes, où il fallait se sentir coupable et honteux pour à peu près tout ce qui était considéré comme la décence de base par tous les autres gens. J’ai gardé ma nature et mon désir de vivre avec l’immédiateté d’un coeur ouvert bien caché au creux de mon sein. Je trompais l’enfant sauvage insouciante qui respirait pleinement à travers moi, je suis encore aujourd’hui en train de le faire. Je travaille en ce moment sur cette idée : le squelette de ma démarche artistique se concentrera sur ce thème. J’ai choisi de peindre des roses dans les cheveux plutôt que toute autre fleur , parce que toutes les petites filles sont des Briar-Roses - à la fois, fleur et épine.
A propos de l’eau, j’ai vécu des rêves exceptionnellement vivaces d’ouragans, de tsunamis et de raz de marée toute ma vie. Je matérialise et résous ces rêves à travers mes peintures. L’eau est un symbole fort et a une signification archétypale spécifique - elle est synonyme d’émotion. Puissante, mystérieuse, parfois mortelle, accablante, incontrôlable. Et mes belles créatures mélancoliques, apparemment fragiles, mais qui ont un visage serein, sont debout au milieu d’une tempête, soit qu’elles n’ont pas vraiment remarquée, soit comme des maîtres ou des enfants-dieux - dans une posture semblable à la manière dont je me suis souvent sentie dans ma vie. Je dois ajouter que je ne vois pas l’environnement comme quelque chose d’externe à mes personnages. C’est un ouragan qui prend tout son espace dans leur âme. Il ne peut pas être mortel jusqu’à ce qu’on le perçoive comme tel.

On découvre aussi des queues qui donnent à vos « créatures» une certaine magie, un caractère hybride....êtes-vous amatrice de mythologie? de contes fantastiques?
J’ajoute parfois certains éléments surréalistes qui donnent un aspect « irréel » à mes personnages, mais pas trop souvent. Les filles avec des queues me servent à représenter une sexualité hermaphrodite, auto-suffisante et créative et une «altérité» avec laquelle elles sont à l’aise, mais je les peins rarement ainsi. J’ai un caractère qui se répète : celui de la «Fille-Fraise ». Nous l’avons créée dans une édition limitée sous forme de sculpture cet hiver aux Philippines. C’est une jeune fille, pas encore une femme, qui est considérée comme une chose délicieuse, mûre et luxuriante, prête à être consommée par la société, et personne ne semble se soucier qu’elle est une personne physique… donc elle n’a pas de visage. Je peins aussi des filles ailées: les ailes représentant la volonté de ceux qui cherchent à atteindre des endroits inaccessibles. Parfois, les ailes sont trop fragiles pour porter ou cassées ou utilisables. J’adore les contes de fées fantastiques; non pas pour leurs éléments caractéristiques, mais pour la façon dont ils racontent une histoire à propos de la vie - pas de façon logique, linéaire et facilement compréhensible pour le cerveau, mais de façon beaucoup plus riche, polyvalente, poétique, où se superposent des couches multiples et où rien n’est comme il paraît.

Vos personnages sourient peu ( sauf Beekeeper’s Bride). Ils semblent songer, rêver, ont les yeux fermés parfois et expriment une certaine gravité. Pourquoi?
Je suis attirée par l’idée d’exprimer des histoires entières avec des moyens indirects et subtils, juste à travers le visage d’un personnage par exemple. Ce n’est pas une tâche facile. Les yeux, le regard sont très importants à capturer pour moi . La vue en tant que telle est une chose très particulière. Nous sommes habitués à penser le processus de recherche, de vision, comme une chose objective - on se dit que la lumière entre à travers nos lentilles oculaires d’une certaine manière et qu’elle nous permet de déchiffrer en toute objectivité «ce qui est à l’extérieur, juste là ». Je suis très attirée par l’idée que cela fonctionne tout autant dans l’autre sens ou même plus: que nous voyons nos sentiments personnels et nos pensées au travers des choses extérieures. Que nous créons des mondes en regardant avec nos yeux certes mais par le prisme de nos visions intérieures. Donc, ce regard vers l’intérieur est une chose que j’essaie de capter et de reproduire.

Si vous nous parliez de « After the End of Time », votre dernière série d’oeuvres?
J’aime conserver un processus intuitif et ne pas tout intellectualiser . Il n’y a pas un message linéaire direct à déchiffrer. Mes peintures doivent être vues en quelque sorte comme des poèmes. À certains égards, « After the End of Time »est peut-être mon exposition la plus féminine, elle parle beaucoup des mystères de l’âme féminine. Même quand j’y ai peint des garçons, ils ne sont pas vraiment «moi», mais ces garçons sont des parties de mon coeur de femme - des fils, des amants, des héros protecteurs etc. Je cherche à saisir l’esprit pur d’une vraie femme sauvage dans son corps de jeune fille, son chemin, le procès, la catharsis, la mort et la renaissance symbolique. Mon intérêt réside dans ce que la sexualité féminine a de subjectif et d’inhérent, que je décèle comme une partie innée de l’espace de l’âme et de l’initiation à l’âge adulte et non pas comme un corps bien identifié et sexualisé. Mes personnages ne sont pas des Lolitas simples d’esprit que la culture populaire est habituée à décliner en clichés confortables - jeunes filles en toute sécurité asexuées elles-mêmes mais sexualisés pour le bien de l’imagination du spectateur. Cette approche n’est pas du tout attrayante pour moi. En outre, certains thèmes métaphysiques sont présents dans cette série. La façon dont je ressens le monde dans lequel nous vivons. Comme si nous marchions sur un chemin plus ou moins linéaire vers le haut d’une montagne depuis des siècles et des siècles, et que maintenant c’est la fin de la route qui nous conduit encore vers une destruction. Soit nous découvrirons que nous avons toujours eu des ailes bien qu’invisibles, et nous pourrons leur faire confiance et nous envoler vers le haut, ou bien nous nous tuerons en tombant des falaises. Oui, il y a quelque chose de ce sentiment et de cette pensée dans le corps de « After the End of Time ».

Dans une autre série, on découvre notamment une enfant avec un fichu sur la tête et un bâton ( de roses) ou un garçon qui repose sur le sable avec un casque militaire...pouvez-vous nous expliquer la genèse de ces deux oeuvres?
Ces deux toiles font toutes deux partie de l’exposition «Mes Vies parallèles», qui a été créée dans une période de ma vie où j’ai soulevé cette question attractive et urgente dans mon esprit: Que suis-je? Qui suis-je?. Je sentais vraiment fort cette réalité : «Je suis, je existe ». Mais essayer de trouver et de répondre à - Que suis-je exactement? - m’a semblé ouvrir une porte vers un vide sombre. Aucune réponse ne semblait assez bonne, et tout semblait limiter cette présence urgente que je sentais au fond de moi: soit je m’identifie à l’histoire de ma vie, mon conditionnement social, ma personne sociale, mon nom, mon sexe, les cris de l’ego de ce que je devrais être, etc. J’ai donc créé cette exposition où j’ai joué librement, comme des enfants dans des jeux de rôle. Là, j’y suis un million de pièces contradictoires du puzzle de mon coeur, toutes ensemble à la fois - à la fois un garçon et une fille, un rêve, peut-être un soldat qui peut mourir, une religieuse qui pleure, un berger avec une canne fleurie, un bûcheron solitaire dans la profondeur de l’hiver où toutes fleurs ont disparu, un sauveur, un jardinier, une épouse et la mère de tous ces personnages , et ainsi de suite. J’ai joué avec des personnages archétypaux, et non pas avec des professions de la société ou des occupations quotidiennes ; je n’ai pas utilisé les masques de protection sociale qui sont de vilains mécanismes de survie pour garder notre vrai moi bien caché. Je me sentais comme à l’écoute de ce que la vie chante à travers nous, et j’ai essayé de trouver un sentiment d’appartenance à travers une variété de personnages qui sont tous moi dans le sens le plus profond.

Le blanc domine vos toiles, rehaussé (ou sublimé) par des touches de rouge ou de bleu... on se trompe?
Il y a quelques années, mes peintures au contraire avaient l’habitude d’être très sombres. Autant dans les couleurs que dans les sujets. Je suppose que la lumière est juste devenue une entité indépendante dans mes peintures, comme un personnage à part entière. Je ne veux pas vraiment la voir comme la pureté d’un autre monde mais plus comme une lumière de la compréhension, une conscience d’être qui est très réelle et qui grandit. Les épreuves et les tribulations de la vie apportent une palette de différentes couleurs. Les couleurs, bien sûr, sont des codes sémiotiques précis que nous déchiffrons tout à fait inconsciemment.
A propos du rouge. J’utilise le rouge sous forme de petites taches, sous la forme d’un ruban ou d’une rose dans les cheveux de la jeune fille. Avez-vous remarqué qu’il y a beaucoup, vraiment beaucoup de contes de fées où un petit objet rouge, comme un accent, joue le rôle le plus important pour faire évoluer l’histoire? Les chaussures rouges qui forcent une jeune fille à danser nuit et jour sans cesse, un chaperon rouge spécial, une fleur rouge qui est le cadeau le plus désirable pour une certaine Beauté, les fraises rouges mûres qui sont réclamées à une orpheline dans la profondeur de l’hiver par sa belle-mère, les gouttes de sang qui percent un doigt d’une manière ou d’une autre, etc. Et toujours l’accent rouge est associé à certains aspects de la féminité, peut-être les trois mystères féminins du sang dans son destin - premier sang de la puberté, le sang de la défloration, le sang de l’accouchement.
Le bleu est la couleur de la distance. Le bleu est la lumière qui ne nous atteint pas, mais s’obtient, dispersé, sur la route, dans les molécules de l’air. Tous les objets lointains semblent bleus en raison de l’atmosphère terrestre - le ciel, l’horizon. C’est une illusion d’optique, donc vous ne pouvez pas atteindre ce bleu. L’eau peu profonde est transparente mais les eaux profondes sont en bleu à cause de cette même lumière diffusée. Pas étonnant qu’il soit utilisé comme adjectif décrivant une certaine humeur en anglais ( to feel blue : avoir le cafard) . Pour moi, le bleu est la couleur du désir et de la nostalgie en raison de la distance et de la séparation. Mais vous devez vraiment profondément aimer quelqu’un pour savoir ce qu’est réellement la séparation. Le bleu est une couleur très très belle pour moi.

Que vous apporte la peinture au quotidien?
J’adore peindre !! Je suis habituée à le faire tous les jours depuis presque toute ma vie, et je suis constamment tentée de peindre encore plus. J’ai ri avec mes amis récemment à propos du fait que j’ai une protubérance solide qui s’est développée sur le majeur de ma main droite, à l’endroit où je pose le pinceau quotidiennement. Plus sérieusement, je me développe comme un sous-espèce d’humanoïde homo-pictorae ou quelque chose du genre. (sourire)

Diriez-vous que vous préférez vous exprimer en dessins qu’en mots…ou c’est complémentaire pour vous?
L’utilisation de la langue est parfois très importante quand je donne des titres à mes peintures - ils soulignent certaines nuances. Parfois le titre vient avant la peinture, le plus souvent c’est l’inverse. Je souhaite insérer une grande quantité de pensées dans les titres d’exposition. Ils apportent habituellement une certaine signification personnelle qui fait sens pour moi et ajoute de la profondeur.

Avez-vous des projets d’édition? d’exposition? Avez-vous déjà exposé en France?
J’ai un projet d’édition ; il n’est pas encore terminé. J’ai exposé en France dans des expositions collectives il y a de nombreuses années. J’aimerais vraiment revenir avec un projet plus vaste ! La France est si belle!

Le site officiel de JANA BRIKE : www.janabrike.com

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